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^ 



JOURNAL DE JEAN DE ROYE 



CONNU SOUS LE NOM DE 



CHRONIQUE SCANDALEUSE 



IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR 
A NOGENT-LE-ROTROU. 



R'gvSt^S'j 



JOURNAL 

DE 

JEAN DE ROYE 



CONNU SOUS LE NOM DE 



CHRONIQUE SCANDALEUSE 



1460-1483 



PDBLIE POUR LA SOCIETE DE L HISTOIRE DE FRANCE 



BERNARD DE MANDROT 



TOME PREMIER 




A PARIS 

LIBRAIRIE RENO 

H. LADRENS, SUCCESSEUR 



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LIBRAIRE DE LA SOCIETE DE L HISTOIRE DE FRANCE 
RUE DE TOURNON, N* 6 



M DCGC XCIV 



270 



EXTRAIT DU REGLEMENT. 

Art. J4. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller l'exécution. 

Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail 
lui a paru mériter d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome I" 
de l'édition du Journal de Jean de Roye, dit la Chronique 
ScA:iDALEXiSE, préparée par M. Bernard de Mandrot, lui a paru 
digne d'être publié par la Société de l'Histoire de Frange. 

Fait à Paris^ le 25 novembre ^894. 

Signé : A. LONGNON. 



Certifié : 
Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, 
A. DE BOISLISLE. 



INTRODUCTION 



I. 

Le Journal anonyme vulgairement connu sous le nom 
de Chronique scandaleuse* est un document dont les his- 
toriens du règne de Louis XI ont fait un constant usage. 
Pour l'histoire de Paris en particulier, la Chronique cons- 
titue une source de premier ordre à laquelle se peut compa- 
rer le précieux Journal de Jean Maupoint ; mais le récit de 
Maupoint s'arrête au mois de novembre de l'année 1469, 
tandis que la Chronique embrasse le règne de Louis XI 
tout entier. Aussi la Chronique a-t-elle été, depuis la fin 
du XV* siècle jusqu'à nos jours, maintes fois réimprimée, 
et l'on trouvera plus loin la liste de ces éditions succes- 
sives; mais il convient d'indiquer dès maintenant que le texte 
même de cette Chronique n'a été l'objet d'aucun travail 
critique, et que, jusqu'à ce jour, il a été présenté aux lec- 
teurs sans l'appareil de notes indispensable pour leur per- 
mettre d'en contrôler et d'en compléter les informations. Les 

1. Au cours de cette notice on emploiera couramment cette 
désignation, bien qu'elle soit inexacte en fait, puisque l'auteur 
s'est défendu très justement d'avoir entrepris une Chronique, 
c'est-à-dire une relation officielle. Ce titre de Chronique Scan- 
daleuse, dont l'origine sera expliquée, est si connu qu'il a paru 
inutile de rompre avec un usage consacré par le temps, mais 
Journal d'un bourgeois de Paris sous Louis XI serait préférable. 
I 4 



ij INTRODUCTION. 

recherches mêmes et les discussions des érudits qui ont tenté 
de résoudre les difficultés que présente l'étude des origines 
de la Chronique n'ont, il faut le dire, abouti qu'à des résul- 
tats incomplets ou erronés, et c'est pourquoi il a paru qu'il 
y avait quelque intérêt à reprendre cette étude et à fournir 
enfin à ceux qui prennent intérêt à l'histoire du xv* siècle 
un texte correct emprunté, autant que possible, au manus- 
crit original, et accompagné de notes explicatives ou cri- 
tiques. On trouvera à la suite la série complète des inter- 
polations, souvent étendues et de grande valeur historique, 
qu'un autre anonyme, serviteur de la maison de Cha- 
bannes, a intercalées postérieurement dans le texte de la 
Chronique, et qu'il a consignées dans le manuscrit actuel- 
lement conservé à la Bibliothèque nationale sous le n° 481 
du fonds Clairambault. Ce manuscrit a été l'objet d'une 
lumineuse et très complète notice de Jules Quicherat, qui a 
publié en même temps la plupart des interpolations * ; nous 
disons la plupart, parce que le savant éditeur n'a pas tout 
imprimé, et c'est ainsi qu'il a laissé de côté, entre autres, 
pour une raison qui nous échappe, un fragment important 
sur l'expédition du comte de Dammartin, qui aboutit à l'an- 
nexion, par le pouvoir royal, des domaines de Jean V d'Ar- 
magnac. De plus, Quicherat a, de propos délibéré, négligé 
de reproduire les portions du même manuscrit que J.-B. Tris- 
tan Lhermite de Soliers a imprimées au xvif siècle, de la 
manière la plus imparfaite, dans le recueil intitulé, pour 
mieux abuser le lecteur, le Cabinet du roy Louis XP. 

i. Bibliothèque de l'École des chartes, 4^ série, I, 231-279, 412- 
442, et II, 242-267, 556-573. L'article est intitulé : un Manuscrit 
interpolé de la Chronique scandaleuse. Tirage à part chez Tross, 
1857, in-So de 124 p. 

2. Paris, 1661, in-12. Reproduit sous le même titre au t. II de 



INTRODUCTION. iij 

Enfin, il a omis également certaines interpolations publiées 
par Godefroj et Lenglet-Dufresnoy dans leurs Preuves de 
Commynes. Sans compter que ces ouvrages ne sont pas 
dans les mains de tout le monde , ceux qui ont eu besoin 
de consulter le texte des interpolations de la Chronique 
savent qu'il faut perdre beaucoup de temps pour retrou- 
ver les passages de la Scandaleuse auxquels ces interpo- 
lations se rattachent. Il a semblé utile par conséquent, en 
réimprimant les passages originaux du manuscrit interpolé 
d'une manière plus complète, nous ne voulons pas dire 
plus correcte, que ne l'a fait Quicherat, de faciliter la tâche 
des lecteurs par l'adjonction au texte de la Chronique de 
références, qui leur permettront de retrouver aisément les 
interpolations correspondantes et feront mieux saisir les 
nuances que la difiérence des temps et des opinions a intro- 
duites entre les deux récits d'un même fait. 

De l'origine de ces additions à la Scandaleuse, Quicherat 
a fait une si heureuse recherche qu'il a d'un seul coup épuisé 
le sujet. Il n'est pas douteux qu'un familier de la maison 
de Chabannes, s'appropriant le texte de la Chronique, s'est 
proposé, probablement sur l'ordre de Jean de Chabannes, 
comte de Dammartin, personnage assez peu scrupuleux, 
paraît-il S de transformer ce récit en une chronique domes- 



l'édition des Mémoires de Commynes par Lenglet-Dufresnoy. Les 
pièces et lettres données par Lhermite de Soliers comme recueil- 
lies de diverses archives et « trésors » ont été simplement 
copiées dans le ms. 481 de Clairambault, ainsi que l'a indiqué 
Quicherat. 

1. Sur certaine lettre fausse de sa belle-mère Jeanne, veuve de 
l'amiral de Bourbon, qu'il aurait fait fabriquer afin de discréditer 
cette fille de Louis XI auprès du roi Louis XII, voir la curieuse 
déposition publiée par M. Delisle dans Littérature latine et histoire 
du moyen âge, p. 106 et suiv. Paris, 1890, in-S". 



iv INTRODUCTION. 

tique destinée à mettre en lumière les grandes actions et les 
notables aventures d'Antoine de Chabannes, comte de Dam- 
martin. Cette transformation, le rédacteur de l'Interpolée 
l'accomplit en ajoutant au texte de la Scandaleuse, qu'il 
transcrivit presque sans modifications, des souvenirs per- 
sonnels ou des documents empruntés aux archives de la 
maison qu'il servait. 

Quicherat a démontré que le manuscrit interpolé a dû être 
composé entre l'année 1498, date du divorce de Louis XII, 
et la fin de 1502, époque à laquelle Jean Lebourg, de 
Valognes, en termina la copie. En relevant tous les pas- 
sages où le rédacteur anonyme s'est mis en scène, le sagace 
érudit est parvenu aussi à prouver que ce rédacteur n'est 
autre qu'un ancien secrétaire de Louis XI, nommé Jean 
Le Clerc. Attaché d'abord à la personne d'Antoine de Cha- 
bannes*, Le Clerc passa, au commencement de 1466, au 
service de Louis XI, dont il sut capter la faveur, et qu'il 
servit avec beaucoup d'intelligence. Mais les relations qu'il 
avait conservées avec son premier maître amenèrent sa dis- 
grâce à l'époque où les révélations du comte de Saint-Pol et 
celles du duc de Nemours compromirent le comte de Dam- 
raartin dans l'esprit du plus soupçonneux des rois. C'est 
ainsi que Jean Le Clerc perdit, au mois d'octobre de l'an- 
née 1476, la charge de clerc des Comptes, dont Louis XI 
l'avait pourvu le 2 décembre 1475. Il fut réintégré quelque 
temps après dans son office de secrétaire et reconquit la con- 
fiance du roi; mais ce n'est que le 16 juin 1496 qu'il put 

1. Un Jean Le Clerc était en 1448 notaire et secrétaire du roi 
Charles VII (Bibl. nat., Titres, n" 685, fol. 122). S'il est vrai qu'en 
1461 le rédacteur du manuscrit interpolé avait vingt-six ans seu- 
lement, comme il le dit lui-même (ci-après, t. II, Interpolations 
et Variantes, § i), il ne pourrait s'agir de lui, mais peut-être de 
son père. 



INTRODUCTION. V 

reprendre officiellement à la Chambre des comptes les fonc- 
tions dont il avait été privé assez injustement, semble-t-il, 
pour que, dès le 30 septembre 1484, un an après la mort de 
Louis XI, on lui en rendît les gages. Le Clerc garda son office 
jusqu'à sa mort, survenue à la fin de 1510, et c'est revêtu de 
la robe rouge de clerc des Comptes qu'il figure, la plume à 
la main, sur une miniature placée en tête du manuscrit 
interpolé de la Chronique Scandaleuse*. 

Une chose à noter, c'est que le rédacteur de ce manuscrit 
n'a pas travaillé sur les manuscrits de la Chronique dont il 
empruntait si lestement le récit, non plus que sur l'édition 
sortie des presses de Topie ou de Neumeister, la première qui 
parut de la Scandaleuse, comme on le verra tout à l'heure. 
Le texte qu'il eut sous les yeux est celui qui fut imprimé 
pour Antoine Vérard peu après l'an 1500, et inséré dans 
le tome second de la Chronique Martiniemie. Quicherat 
avait observé déjà que le récit de la bataille de Saint-Jacques, 
tel que Jean Le Clerc l'a donné, est emprunté à ce recueil. 
Une autre preuve assez forte est que Le Clerc a copié un 
paragraphe tout entier concernant le pape Paul II, qui 
n'existe ni dans les manuscrits ni dans l'édition princeps de 
la Scandaleuse, mais seulement dans celle qu'en a donnée 
Vérard^. Le Clerc savait-il le nom du chroniqueur ano- 
nyme qu'il piUait avec tant de désinvolture? On ne peut 
l'affirmer, mais il est piquant de noter qu'il connaissait le 
personnage auquel nous allons tenter de restituer la pater- 
nité de la Scandaleuse : ces deux hommes avaient été en 
rapports fréquents. Est -il téméraire, après cela, de sup- 

1. Ces renseignements sont tirés de la notice que J. Quicherat 
a consacrée à Jean Le Clerc dans l'article cité de la Bibliothèque 
de l'École des chartes. 

2. Ci-après, Interpol, et Var., § ix. 



Vj INTRODUCTION. 

poser que Jean Le Clerc n'a point ignoré l'origine de la 
source à laquelle il puisait*? 



n. 



Il est temps de revenir à la Scandaleuse. On n'en connaît 
que deux manuscrits, dont il importe d'autant plus de dire 
quelques mots que, sauf les éditeurs des grandes collections 
de mémoires relatifs à l'histoire de France qui prétendent les 
avoir consultés, sans qu'il y paraisse beaucoup, personne 
ne semble les avoir jamais vus. Et pourtant tous deux font 
partie, depuis longtemps, des collections de la Bibliothèque 
nationale. Également exécutés sur papier au xv^ siècle, ils 
portent au catalogue : l'un, le ms. fr. 2889, la désignation 

1. Autre hypothèse. Au tome II de la Martinienne, la Chronique 
de Louis XI est précédée de celle du règne de Charles VII, où 
le texte, emprunté en partie à la Chronique de Chartier, a été 
remanié de la même façon et par les mêmes procédés que celui 
de la Scandaleuse dans le manuscrit interpolé. Remplie de détails 
sur les actions militaires de Jacques et surtout de son frère 
Antoine de Chabannes, cette Chronique de Charles VII a été 
visiblement composée sur des mémoires de famille, et, comme 
l'Interpolée, elle reproduit des documents empruntés aux archives 
d'Antoine de Chabannes (voir le Mémoire sur la Chronique Mar- 
tinienne, par l'abbé Lebeuf, dans les Méin. de i'Acad. des inscript., 
t. XX, 1745). D'autre part, la Chronique de Charles Vil n'a été 
certainement rédigée qu'après la mort du premier comte de Dam- 
raartin, de la maison de Chabannes {Martinienne, t. II, fol. ccciv, 
col. 2), par conséquent après le 25 décembre 1488. Serait-elle 
due aussi à Jean Le Clerc? Il est remarquable que la compi- 
lation de Vérard ne fut livrée au public qu'après la mort du pape 
Alexandre VI (f 18 août 1503). Or, Jean Lebourg dit avoir terminé 
la transcription du manuscrit interpolé le 23 décembre 1502. Il 
faut donc que le rédacteur de ce manuscrit ait connu le texte 
de la Chronique Scandaleuse, tel que la Martinienne le donne, 
avant son impression. 



INTRODUCTION. vij 

de Chronique Scandaleuse; l'autre, un titre plus vague, 
qui lui a été attribué à une date déjà ancienne, Histoire de 
France de 1461 à 1479. Ce manuscrit est classé parmi 
les manuscrits français sous le n° 5062. 

C'est le meilleur et le plus ancien ; aussi est-ce lui que la 
présente édition reproduit intégralement jusqu'au mois de 
mars de l'année 1479 (n. st.), c'est-à-dire jusqu'au terme 
de l'année 1478, suivant l'ancien comput* ; c'est là qu'il s'ar- 
rête et s'est toujours arrêté. L'écriture de ce manuscrit est 
fort régulière, le texte en est correct, et, s'il n'est pas auto- 
graphe, il est certain qu'il a appartenu à celui que nous 
considérons comme l'auteur de la Chronique. La mention 
par laquelle ce personnage l'a terminé, mention qu'il a 
signée et que nous reproduirons tout à l'heure, ne laisse pas 
de doute sur ce point, et l'emploi en plusieurs endroits du 
récit de verbes au temps présent témoigne d'une rédaction 
faite au cours des événements. Ce manuscrit est entré à la 
Bibliothèque du roi par achat, en 1670, et on sait qu'il fai- 
sait partie auparavant de la bibliothèque d'un célèbre doc- 
teur-régent de la Faculté de Paris, nommé Jacques Mentel, 
qui avait rassemblé une importante collection de livres et 
de manuscrits^. 

Là s'arrêtent nos renseignements sur le ms. fr. 5062. Ils 
sont plus maigres encore quant au ms. fr. 2889. Aussi cor- 
rect pour le fond que son aîné, mais d'une exécution plus 

1. Exception faite pour le premieret pour l'avant-dernier feuil- 
let du manuscrit, qui ont disparu. 

2. Une partie de cette collection provenait de celles de Jean 
Passerat et de Jean Grangier, professeurs en éloquence latine. 
Né à Château-Thierry en 1597, mort à Paris en 1671, Jacques 
Mentel a été l'objet d'une notice biographique signée par le 
D"" Carlier dans les Annales de la Société archéologique de Château- 
Thierry, année 1872, p. 126 et suiv. 



VllJ 



INTRODUCTION. 



commune, ce manuscrit a été lacéré en plusieurs endroits 
et paraît avoir perdu une cinquantaine de feuillets dont une 
dizaine au commencement, car il débute au milieu du récit 
de l'entrée solennelle de Louis XI à Paris, le 31 août 1461. 
Après d'autres lacunes, il s'arrête brusquement à la fin du 
récit de la bataille de Guinegate (7 août 1479), sans qu'il 
soit possible, en son état actuel, de dire si la narration était 
continuée, comme dans les éditions imprimées, jusqu'à la 
mort de Louis XI. Bien que l'écriture de ce manuscrit 
semble remonter à la dernière partie du xv^ siècle, le fait 
que son rédacteur a employé le temps passé, en plusieurs 
occasions où le verbe est au présent dans le ms. fr. 5062, 
nous fait ranger le ms. fr. 2889 en seconde ligne', et nous 
n'avons adopté le texte qu'il fournit que pour la période de 
temps écoulée entre le mois de mars 1479, date à laquelle 
s'arrête le ms. fr. 5062, et le 7 août de la même année, où 
le ms. fr. 2889 fait défaut à son tour et où la reproduction 
de la première édition imprimée devient indispensable jusqu'à 
la fin. 

L'édition qui semble bien être la plus ancienne de la 
Chronique Scandaleuse n'est pas datée et ne porte ni le 
nom de l'imprimeur ni celui du lieu où elle a été faites C'est 
un volume petit in-folio, gothique, de 73 feuillets non chif- 

1. Les passages dont la rédaction semble confirmer cette opi- 
nion seront signalés dans les notes de la présente édition. 

2. Il est fait un constant emploi, dans cette partie de notre pré- 
face, de la notice d'Aug. Yitu intitulée : La Chronique de Louis XI, 
dite Chronique Scandaleuse, faussement attribuée à Jean de Troyes, 
restituée à son véritable auteur. Paris, Jouaust, 1873, in -8°. 
M. Vitu, dont on verra que nous n'adoptons pas les conclusions, 
n'en a pas moins jeté de la lumière sur les origines de la Scanda- 
leuse. Ses renseignements bibliographiques sont tirés du Manuel 
du libraire de Brunet. 



INTRODUCTION. ix 

frés, a deux colonnes de 45 demi- lignes chacune, sans 
réclames. La place réservée aux lettres capitales en tête des 
paragraphes est demeurée vide, et le titre seul débute par 
un L majuscule très décoré. Ce titre est ainsi conçu : « Les 
Croniques du très chrestien et très victorieux Loys de 
Yaloys, feu roy de France que Dieu absolve, unziesme 
de ce nom, avecques plusieurs aultres adventures 
advenues tant en ce royaulme de France comme es 
pays voisins, depuis Van mil quatre cens LX Jusques 
en Van mil quatre cens quatre vingtz et trois inclusi- 
vement. » Il est presque certain que ce titre est le fait de 
l'éditeur et non celui du rédacteur du Journal anonyme, car 
ce dernier a pris soin d'avertir le lecteur dans son préam- 
bule qu'il n'entend pas que son œuvre soit appelée Chro- 
niques , désignation réservée de son temps aux annales 
officielles. 

Comme ce volume a été imprimé avec les caractères dont 
Michelet Topie et Jacques Herenberck se sont servis à 
Lyon, en 1488, pour leur édition des Saintes et dévotes 
pérégrinations en la cité de Hierusalem, de Breyden- 
bach, Brunet en a conclu que les Chroniques de Louis de 
Valois devaient être attribuées aux mêmes imprimeurs, et 
que la date de l'impression pouvait être fixée à l'année 
1491 environ. Nous nous bornerons à dire que l'édition 
princeps de la Chronique semble appartenir au règne de 
Charles VIII, et que cette opinion est confirmée par l'ex- 
pression de feu roy de France employée dans le titre pour 
désigner Louis XI *. 

1. Il ne serait pas impossible que cette édition fût due à l'as- 
sociation de Topie et de Neumeister, qui collaborèrent pour celle 
du célèbre missel d'Uzès, imprimé à Lyon en 1495. Neumeister 
fut très protégé par le cardinal Charles de Bourbon, archevêque 



X INTRODUCTION. 

Peu après l'année 1500, Antoine Vérard redonna le texte 
de la Chronique de Louis XI, avec quelques modifications 
de peu d'étendue, au tome second et à la suite de la Chro- 
nique de Martin Polonus. La reproduction de la Chronique 
de Louis XI commence au feuillet ccctii de cette compila- 
tion, dont la composition a été étudiée par le savant abbé 
Lebeuf* . Il faut dire que Vérard a comblé quelques lacunes 
de la Chronique et ajouta notamment un petit nombre de 
paragraphes relatifs aux papes qui ont occupé le siège pon- 
tifical entre 1461 et 1483, afin de demeurer fidèle au titre 
général de sa compilation : « La Cronique Martinienne 
de tous les papes qui furent jamais. . . jusques au pape 
Alexandre derrenier decedé^ . . . » 

On retrouve la Chronique de Louis XI au troisième volume 
des Chroniques d' Enguet^rand de Monstrelet, « de nou- 
vel imprimé à Paris » en 1512^. Au feuillet cclxxxiv de cette 
compilation est un « Prologue sur les Croniques des très chres- 
tiens, magnifiques,victorieux et illustres roys de France Loys, 
XI' de ce nom, et Charles VIII son filz, » où ce continua- 
teur de Monstrelet a emprunté des phrases entières au préam- 
bule de la Chronique Scandaleuse. Cet éditeur a certaine- 
ment travaillé sur le texte original de la Chronique et non 
sur celui fourni par la Martinienne, car il a, au cours du 

de Lyon et protecteur aussi de l'auteur de la Scandaleuse. Après 
lamort du cardinal de Bourbon (1488), Neumeister trouva un autre 
Mécène, Angelo Catto, archevêque de Vienne en Dauphiné. Ce 
prélat était un fervent d'histoire, et on sait que c'est à sa demande 
que Ph. de Gommynes composa ses Mémoires. Sur les premiers 
imprimeurs lyonnais, voir A. Claudin, Antiquités typographiques 
de la France. Paris, 1880, in-8". 

1. T. XX (1745) des Mém. de l'Acad. des inscript. 

2. In-folio gothique à deux colonnes, sans date, fin de 1503 au 
plus tôt. 

3. Petit in-folio gothique à deux colonnes. 



INTRODUCTION. xj 

récit, reproduit des passages retranchés ou modifiés dans 
l'édition de Vérard*. 

La Chronique de Louis XI reparut deux années plus tard 
dans le troisième volume des Chroniques de France, dites 
de Saint-Denis, réimpression faite pour Guillaume Eustace, 
libraire duroi^ Notons que, dans les deux éditions données 
précédemment des Chroniques de France, en 1486 par 
Pasquier Bonhomme, en 1493 par Vérard, la narration 
s'arrête à l'année 1461, et que, dans celle de 1514, elle se 
poursuit jusqu'en 1513. 

En 1517 et 1518, les mêmes Chroniques étaient impri- 
mées de nouveau pour Galliot du Pré dans la Mer des his- 
toires^, et avec elles celle de Louis XI. Quant à l'édition 
signalée dans la Bibliothèque historique de la France du 
Père Lelong^, nous ne la connaissons pas plus que ne l'ont 
connue Brunet et Aug. Vitu, et il est douteux qu'elle ait 
jamais existé. 

Ce serait en 1558 seulement (le privilège porte la date du 
31 décembre 1557) que parut chez Galliot du Pré la seconde 
édition de la Chronique isolée. Ce volume petit in-S" n'est 
autre que la reproduction de l'édition du xv^ siècle et porte 
le même titre ; mais l'éditeur nouveau a supprimé une dou- 
zaine de passages dont le contenu lui semblait porter atteinte 
soit à l'honneur de certaines famiUes soit à la mémoire de 



1. Il est juste d'ajouter qu'en certains endroits (entrée de 
Louis XI à Paris, bataille de Montlhéry), l'auteur, critiquant 
Monstrelet, ou plus exactement son premier continuateur, qu'il 
trouve incomplet ou partial, ajoute : « Je trouve et ay leu à la 
vérité, oultre ce qu'il dict, que... » « Je trouve en ung aultre 
cronique dud. roy Loys sur ce que a omis led. Monstrelet. » 

2. 3 vol. in-folio gothique, 1514. 

3. 4 vol. in-folio gothique. 

4. Éd. Févret de Fontette. Paris, 4768-78, t. Il, 197. 



xij INTRODUCTION. 

Louis XI. L'édition suivante, qui parut en 1611 dans le 
même format, ne porte pas la trace des mêmes scrupules, 
car une adresse au lecteur, imprimée au verso du titre, 
déclare que le nouvel éditeur de la Chronique (il ne se 
nomme pas, non plus que l'imprimeur) la donne « en sa 
pureté, tant pour le langage que pour l'instoire, après l'avoir 
conféré (sic) sur divers manuscrits dignes de foy. » C'est 
beaucoup dire, et rien ne confirme la sincérité de cette der- 
nière assertion. Ce volume de 438 pages renferme, il est 
vrai, une table alphabétique des matières et un portrait de 
Louis XI, mais, s'il est exact que l'éditeur, ainsi qu'il le dit, 
a pris la peine de donner la Chronique « non à moitié, 
comme du Haillan* et quelques autres ont fait, mais entière 
et sans altération, » il est probable qu'il s'est borné à repro- 
duire l'édition princeps. Ce qui est particulier dans cette 
édition, c'est le titre du volume : « Histoire de Louys 
unziesme, roy de France, et des choses mémorables 
advenues de son règne depuis Van 1460 jusques à 1483, 
autrement dite la Chronique Scandaleuse, escrite par 
un greffier de l'Hostel de Ville de Paris, imprimée 
sur le vray original, MDCXI. » C'est la première fois 
que cette désignation de Chronique Scandaleuse appa- 
raît en tête de ce Journal anonyme; mais il n'est pas exact 
qu'elle ait été inventée par les libraires pour achalander 
l'édition, ainsi que le veut SoreP, puisque, dès 1584, La 
Croix du Maine, en sa Bibliothèque françoise (Paris, 
in-foL, article Jean de Troyes), écrivait : « Cette Chro- 
nique. . . est vulgairement appelée la Chronique Scandaleuse 
à cause qu'elle fait mention de tout ce qu'a fait le roi 

1. Historiographe de France, auteur d'une Histoire générale des 
rois de France (1576, in-fol.), souvent réimprimée. 

2. Bibliothèque françoise, 1664, in-12. 



INTRODUCTION. siij 

Louis XI et récite des choses qui ne sont pas trop à son 
advantage. » On la connaissait aussi sous le sobriquet de 
la Mesdisante, et c'est le titre que Paul Petau (1568-1614) 
a tracé de sa main sur l'un des deux exemplaires de l'édi- 
tion princeps de la Chronique que possède la Bibliothèque 
nationale*. Médisante ou scandaleuse, voilà comment les 
hommes du xvf siècle qualifiaient l'innocente Chronique 
de Louis XI ! Le nom est resté, mais il parait peu justifié 
au lecteur moderne, nourri d'indiscrétions d'une tout autre 
portée. 

L'édition de 1620 est une reproduction de celle de 1611. 
Le volume, de format petit in-4°, ne porte pas le nom de 
l'éditeur. Le titre est le même que celui de 1611, mais à côté 
du portrait de Louis XI est un second titre répété encore en 
tête du texte de la Chronique, et qui n'est autre que celui de 
l'édition princeps avec cette addition : « Imprimées de nou- 
veau sur les vieux exemplaires sans aucun changement. » 

On retrouve la Chronique de Louis de Valois à la suite 
des éditions que Godefroy et l'abbé Lenglet-Dufresnor ont 
données des Mémoires de Ph. de Commynes-. 

Enfin, de nos jours, elle a été imprimée dans la Collec- 
tion complète des Mémoires relatifs à l'histoire de 

1. Réserve Lb 27. L'autre exemplaire a appartenu à d'Hozier, 
et une main plus ancienne a écrit au-dessous du titre imprimé 
les mots Histoire mesdisante. C'est le titre aussi que donne à la 
Chronique le Père Garasse {Recherche des recherches d'Estienne 
Pasquier, 1622, p. 3) ; mais il se trompe quand il prétend que 
l'auteur intitula ainsi sa chronique avec l'intention de diffamer 
Louis XL M. Vitu l'observe avec justesse (omit, cilé, p. 13), mais 
il a tort de conclure qu'aucune édition n'ayant porté le titre de 
Chronique Médisante, l'ouvrage n'a jamais été connu dans le public 
sous ce nom. 

2. Bruxelles, 5 vol. in-S», 1723; Paris et Londres, 1747, 4 vol. 
in-4<». 



xiv INTRODUCTION. 

France, de Petitot (Paris, 1819-29, iii-8% t. XIII-XIV); 
dans la. Nouvelle Collection des Mémoires sur l'histoire 
de France, de Michaudet Poujoulat (Paris, 1836-39, in-4°, 
t. IV), et par Buchon, dans son Choix de Chroniques et 
Mémoires (édition du Panthéon littéraire. Paris, 1836-38, 
iii-4°). Aucune de ces éditions ne marque un progrès sen- 
sible sur leurs devancières, et ceux mêmes d'entre les édi- 
teurs qui prétendent avoir examiné les manuscrits de la 
Chronique commettent de si étranges bévues qu'il est cer- 
tain au moins que leur examen n'a pas été approfondi. 

ni. 

La Scandaleuse constitue- 1- elle une œuvre originale, 
comme le veut Yitu^ ou faut-il la considérer avec l'abbé 
Lebeuf et Jules Quicherat comme l'œuvre d'un plagiaire 
qui s'est emparé du texte de la Chronique officielle de 
Louis XI, et s'est borné à y ajouter quelques menus faits et 
quelques anecdotes parisiennes? La question vaut la peine 
d'être examinée. 

Et d'abord, une remarque générale. A lire la Chronique 
sans avertissement ni prévention, aucun doute ne traverse- 
rait l'esprit; c'est une œuvre d'origine évidemment pari- 
sienne, où rien ne sent le plagiat. L'auteur anonyme a noté 
les événements au jour le jour, tels qu'il les voyait se dérou- 
ler sous ses yeux ou tels qu'il les entendait raconter, non 
pour faire acte d'historien, mais, comme il le dit lui-même, 
pour passer le temps et « esquiver oisiveté. » Aucune pré- 
tention dans le style, peu de jugements, et pourtant une 
appréciation assez indépendante des choses et des hommes, 
voire du maître, de Louis XI lui-même. Des événements 

\. Vitu a connu l'édition princeps, mais non les manuscrits. 



INTRODUCTION. XV 

politiques une connaissance qui ne dépasse guère la surface 
et qui est bornée souvent à ce qu'on en pouvait apprendre à 
Paris. Avec cela, chose singulière, des renseignements pré- 
cis sur tous les mouvements du roi et, ce qui s'explique plus 
aisément, sur les faits et gestes du monde de l'Hôtel de Ville, 
du Palais et du Châtelet, comme sur les faits divers de la 
capitale. Rien de suspect dans tout cela ni qui ressemble à 
ce qu'on appellerait aujourd'hui un livre « démarqué. » 

En fait, personne ne soupçonnait la Chronique de ne pas 
être une œuvre de bonne foi, lorsqu'un des érudits les plus 
sagaces du dernier siècle, l'abbé Lebeuf, étudiant en 1745 
la compilation publiée par Vérard vers 1503 sous le titre de 
Chronique Martinienne, s'avisa que le rédacteur de la 
Scandaleuse n'était qu'un vulgaire plagiaire qui s'était appro- 
prié le texte de la continuation des Chroniques de Saint- 
Denis, en se bornant à y ajouter un préambule de sa façon 
et quelques « racontars » parisiens assez dénués d'intérêt. 
Donc, pour le fond, la Chronique dite Scandaleuse serait 
l'œuvre de l'historiographe officiel du règne de Louis XI 
et n'aurait d'autre valeur que celle que possède la copie 
légèrement dénaturée d'une œuvre disparue*. 

Sur l'autorité de Lebeuf, l'abbé Lenglet, qui a réim- 
primé la Chronique en tête de ses Preuves de Commynes, 
prit soin d'avertir le lecteur, dans la préface du tome P'' des 
Mémoires, que la Chronique « à laquelle on a donné mal 
à propos dans les imprimés l'épithète de Scandaleuse » n'est 
pas l'ouvrage d'un seul homme, mais « un détachement de 
la Chronique qui fut compilée successivement par divers 
auteurs sous le titre de Chronique de Saint-Denis. 

1. Après la mort du chroniqueur Jean Castel, Louis XI se fit 
apporter à Gléry ce qui était rédigé de la chronique de son règne. 
Qu'en fit-il ? On l'ignore. 



xvj INTRODUCTION. 

Un siècle plus tard, Jules Quicherat, adoptant sans 
réserve l'opinion émise par l'abbé Lebeuf, excommuniait à 
son tour la malheureuse Chronique, qui, suivant son expres- 
sion, n'avait de scandaleux que le sans-gêne avec lequel son 
rédacteur avait pillé l'œuvre d'autrui. La Chronique était 
une copie de la Chronique officielle de Louis XI, non pas, 
comme l'avait cru Lebeuf, de celle rédigée par Jean Castel, 
abbé de Saint-Maur, car Jean Castel n'aurait laissé que des 
notes, mais une simple copie de la relation composée sur ces 
notes par un moine de Saint-Denis, Mathieu Lebrun, qui, 
succédant à Castel en 1476, ne prit pas la peine de classer 
correctement les papiers laissés par son prédécesseur, et 
commit au moins une « bévue » chronologique si forte qu'elle 
suffit à marquer le peu de valeur historique de l'œuvre tout 
entière. Nous n'insisterions pas sur la preuve soi-disant 
décisive apportée par Quicherat contre l'autorité de la Chro- 
nique qu'il attribue à Lebrun et, par conséquent, contre 
celle de la Scandaleuse, s'il ne s'agissait pas d'opposer à 
sa thèse une opinion toute contraire, mais à l'accusateur 
incombe la preuve; si cette preuve fait défaut, l'accusation 
doit tomber d'elle-même, et notre Chronique, quelle que soit 
son origine, ne mérite pas le dédain dont on l'a accablée. 

Donc, voici ce que narre la Chronique : Le samedi matin 
14 mars 1472 (v. st.), Louis XI partit du Plessis-lès-Tours, 
« à privée compaignie, » pour s'en aller à Bordeaux et à 
Bayonne, et, afin de ne point être suivi, il fit tenir toutes les 
portes de Tours fermées jusqu'à dix heures, rompit un pont 
par où il avait passé et donna ordre à M. de Gaucourt, capi- 
taine des gentilshommes de sa maison, de demeurer en 
arrière afin de veiller à ce que personne n'allât après lui*. 

i. Ci-après, à la date. 



INTRODUCTION. Xvîj 

— Le fait est curieux, mais voici que M. Quicherat découvre 
qu'il s'est passé, non pas au mois de mars 1473, mais au 
mois de mars de l'année 1462, car 1° Ghastellain le conte à 
cette dernière date, 2" le recueil des ordonnances (t. XVII) 
indique que Louis XI tenait conseil à Tours le 29 mars et 
qu'il passa tout le mois suivant entre Tours et Poitiers. 

Sur le premier point la réponse est aisée. De ce que 
Louis XI prit incognito la route du Midi en 1462, « habillé 
de gros drap gris, rudement, en manière de pèlerin, une 
grosse rude paternostre pendue au col*, » s'ensuit-il qu'en 
1472 il ne recommença pas l'excursion en de pareilles con- 
ditions? On sait de reste qu'à diverses reprises, pour échap- 
per aux fâcheux ou pour mieux garder le secret d'une expé- 
dition dont l'objet était politique, le roi Louis dissimula ses 
allées et venues, et cela pendant plusieurs jours. L'autre 
argument, tiré delà date fournie par des ordonnances incon- 
testées, serait irréfutable s'il n'était notoire que l'indication, 
au bas d'un document de ce genre, du lieu où il a été rédigé 
indique que le Conseil et la chancellerie royale séjournaient 
en cet endroit à telle date, mais n'entraîne pas forcément la 
présence du roi en personne. Or, l'Itinéraire de Louis XP 
nous montre ce prince en route pour le Midi dès la moitié du 
mois de mars 1473. Sa présence est signalée à Bordeaux le 
24 du même mois et un peu plus tard à Notre-Dame-de- 
Soulac en Médoc. Et, si l'on doutait de l'exactitude de l'Iti- 
néraire, qu'on ouvre le tome III de l'édition Lenglet des 
Mémoires de Commynes, et l'on y trouvera la preuve que 

1. Chronique de Ghastellain, édition Kervyn 4e Lettenhove. 
Bruxelles, 1864, in-S», t. IV, p. 196. 

2. Ce précieux travail, entrepris par M"e Dupont pour l'édition 
des Lettres de Louis XI, nous a été obligeamment communiqué 
par M. Vaesen, que la Société de l'histoire de France a chargé 
de cette pubUcation, actuellement en cours. 

I 2 



xviij INTRODUCTION. 

c'est la Scandaleuse qui a raison contre Quicherat. En effet, 
le vendredi soir 9 avril 1473 (et non 1472, comme le veut 
Lenglet, car en 1472 le 9 avril tomba un jeudi), le chan- 
celier d'Oriole écrit à l'êvêque de Léon, alors à Bruxelles 
pour conclure une trêve entre le roi et le duc de Bourgogne, 
que Louis XI est « allé en son veage » et que sa chancelle- 
rie ne l'a pas accompagnée Quelques jours plus tard, le 
13 avril, c'est le comte de Saint-Pol qui écrit de Laon au 
même évêque de Léon : « Vous avez sceu que le roy est tiré 
à Bayonne*. » Il est inutile de pousser plus loin la démons- 
tration ; aussi bien paraît-il presque certain que ni l'abbé 
Lebeuf ni Quicherat n'ont consulté de la Scandaleuse ni les 
manuscrits ni l'édition originale. Il y a mieux : ils ne se sont 
point aperçus que les deux premières éditions des Chroniques 
de Saint-Denis, celle de Pasquier Bonhomme, parue en 1486, 
et celle de Vérard, imprimée en 1493^, les deux seules que 
le compilateur de la Martinienne aurait pu connaître, ne 
contiennent la mention d'aucun fait postérieur à la mort de 
Charles VII. C'est dans l'édition de 1514'' que pour la pre- 
mière fois la narration est poursuivie jusqu'en 1513. Il y a 
donc bien eu emprunt, mais c'est l'éditeur de la compila- 
tion pseudo-officielle qui a pillé la Scandaleuse et non pas, 
comme on l'a dit, le rédacteur de cette dernière chronique 
qui s'est approprié le texte de celle dite de Saint-Denis. 



IV. 



Si la Chronique de Louis XI est, comme tout l'indique, 

1. P. 184. 

2. P. 186. 

3. Voir G. Brunet, la Finance liUéraire au XV^ siècle, etc., p. 4G. 
h. 3 vol. in-folio gothique. 



INTRODUCTION. xix 

une œuvre originale S il est intéressant d'en rechercher 
l'auteur 2. Ici encore, nous rencontrons M. Vitu, non plus 
en allié, mais en adversaire. Recueillons d'abord les opi- 
nions des anciens. La première édition, celle qui parut 
avant 1500, ne porte pas de nom d'auteur. La seconde, 
celle de la Martinienne^, paraît attribuer la paternité de 
la Chronique à Jean Castel, qui fut, on l'a dit plus haut, 
chroniqueur de France de 1461 à 1476 et eut pour suc- 
cesseur, après sa mort, survenue au mois de février de cette 
dernière année, frère Mathieu Lebrun. Il n'y a point à 
s'arrêter à cette attribution, qui, si elle était acceptée, 
équivaudrait à reconnaître dans la Scandaleuse une simple 
copie de la Chronique officielle de Louis XL — En tête de 
l'édition de 1558, pas de nom d'auteur, mais, dès 1583, on 
voit le Trésor des Histoires , composé par l'écri vain- 
libraire Gilles Corrozet (1510-1568) et édité par son fils 
Galliot, attribuer sans autre explication la Chronique de 
Louis XI à Jean de Troyes. L'année suivante, Jean de 
Troyes, devenu un «historien français du temps de Louis XI, » 
avait les honneurs d'un article dans la Bibliothèque fran- 
çoise de La Croix du Maine, et dès lors sa fortune était 
faite. D'autres, cependant, l'éditeur de 1611 et celui de 1620, 
se bornèrent à donner pour auteur à la Chronique « un 

1. A la réserve de quelques passages (voir par exemple le récit 
de la bataille de Nancy), qui semblent bien être la reproduction 
de certaines relations qui eurent cours à Paris à l'époque. 

2. Les conclusions qui vont être présentées au lecteur ont été 
formulées par nous dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 
année 1891, {""^ et 2« livr., p. 130 et suiv. 

3. « Le second de la Martiniane, qui suyt selon les dactes des 
temps des croniques de France selon le croniqueur Castel et ni07iseig' 
Gaguin, gênerai des Mathurins de l'ordre de la Trinité, et plusieurs 
autres croniqueurs. Et finissent lesdictes croniques là où ledit Gaguin 
a fine de sa croniqice derreniere jusques à l'an mil cinq cens, » 



XX INTRODUCTION. 

greflBer de l'hostel de ville de Paris, » et le Père Lelong, 
rappelant le nom de Jean de Troyes dans sa Bibliothèque 
historique de la France (1719, in-fol.), ajoute : « D'autres 
nomment cet auteur Denis Hesselin . » 

De nos jours, et jusqu'à ce que M. Vitu se fut donné la 
peine d'instruire la cause à nouveau, on peut dire que Jean 
de Troyes a régné sans contestation sur la Scandaleuse, et 
c'est à peine si, actuellement encore, les érudits les mieux 
renseignés abandonnent ce personnage fabuleux. Dans une 
notice d'allure très vive, presque belliqueuse, Aug. Vitu a 
présenté au public savant un candidat différent, Denis Hes- 
selin, qui, pour n'être pas de son invention, possédait sur 
Jean de Troyes l'inestimable avantage d'avoir existé sous 
Louis XI, d'avoir été greffier de l'hôtel de ville de Paris, 
d'avoir enfin été fréquemment mis en scène par la Chronique 
Scandaleuse. 

Pour écarter Jean de Troyes, M. Vitu a commencé par 
rechercher si les documents du xv^ siècle fournissaient un 
personnage de ce nom, et il a constaté qu'à Paris, après 
deux conseillers au parlement nommés Jean de Troyes qui 
vivaient au xm® siècle, on retrouve un échevin de ce nom 
en 1411, lequel fut capitaine de la Conciergerie et, fervent 
Bourguignon, fut proscrit en 1413, déjà âgé, lors de la 
rentrée des Armagnacs à Paris. Enfin, M. Vitu a découvert 
deux autres Jean de Troyes, l'un bourgeois de Paris, cité 
dans les registres du Parlement à la date du 15 décembre 
1436, l'autre qui fut procureur au Châtelet en 1454*. 

Nous avouons que, si nous n'avions d'autres raisons à 
opposer, ce dernier Jean de Troyes nous eût paru digne 
d'être discuté. M. Vitu n'en a pas jugé ainsi : il lui fallait 
un greffier, et il s'est borné à constater que la liste de ceux 

1. Vitu, ouvr. cité, p. 20-27. 



INTRODUCTION. xxj 

de l'hôtel de ville, telle qu'il l'a rectifiée et complétée, ne 
porte le nom d'aucun De Troyes, mais bien celui de Denis 
Hesselin. Elu de Paris dès 1456 au moins S prévôt des mar- 
chands de 1470 à 1474, après cela clerc-grefïier de la ville 
à la place de Jean Luillier, fonctions qu'il conserva jusqu'à 
l'an 1500, ce « grand bourgeois » fut un serviteur très 
empressé de Louis XI, dont il possédait la confiance. La 
Chronique le cite souvent, lui et ceux qui avaient avec lui 
des liens de parenté, toujours avec éloge; M. Vitu en a 
fait la remarque, de même qu'il a observé que la Chronique 
passe sous silence certains faits révélés par l'Interpolée et 
qui sont moins à l'honneur d'Hesselin ; il a noté enfin que, 
dès que ce personnage a quitté la prévôté des marchands, le 
titulaire de cette charge n'est plus nominativement désigné 
dans la Chronique. 

Toutes ces raisons sont bonnes assurément, mais M. Vitu 
n'eût pas été aussi certain de son fait, s'il avait pris la peine 
d'examiner les manuscrits. Il en est un, le ms. fr. 2889, 
qui ne lui eût rien appris quant à la personnalité du « fai- 
tiste » de la Scandaleuse, mais il en va tout autrement du 
ms. fr. 5062, auquel le titre peu précis qu'il porte au cata- 
logue de la Bibliothèque a valu peut-être de passer plus ina- 
perçu. On a vu plus haut que dans ce manuscrit la relation 
s'arrête au mois de mars 1478 (v. st.), mais ce n'est point 
à l'insu de celui qui a tracé de sa main au moins le dernier 
feuillet du volume, car il l'a terminé par ces mots : « Expli- 
cit ce présent petit volume qui parle seulement depuis l'an 
de grâce M CCCC LX jusques en M CCCC LXXIX, » et il a 
signé J. DE RoYE, non sans accompagner ce nom d'un parafe 
notarial. 

Ou nous nous trompons fort, ou voilà l'origine du trop 

1. Arch. nat., Obituaire de la grande confrérie aux bourgeois. 



xxij INTRODUCTION. 

célèbre Jean de Troyes, né soit de quelque confusion de GiUes 
ou de Galliot Corrozet, soit d'une erreur typographique d'un 
prête du xvx" siècle. 

Reste à éclaircir le point le plus intéressant. Ce J. de 
Roye a-t-il rédigé la Scandaleuse? Voyons d'abord ce qu'il 
était. Nos renseignements sont peu nombreux, sans doute, 
mais ils sont suffisamment précis pour qu'il soit possible de 
déterminer l'identité du personnage. En premier lieu, ce De 
Roye, qui s'appelait Jean, ainsi que la Chronique elle- 
même nous l'apprend, dans un passage que nous citerons 
tout à l'heure et qui est le seul où il soit nommé , ce De 
Roye appartenait à une famille de bourgeoisie parisienne 
qui ne paraît avoir eu rien de commun avec celle des sei- 
gneurs de Roye, célèbre dans les fastes militaires du moyen 
âge'. Jean de Roye était pourvu, dès le commencement du 
règne de Louis XI, d'une charge de notaire au Châtelet, 
ainsi que l'atteste un acte dressé par lui et signé de sa main 
exactement de la même façon que le ms. fr. 5062^. Cet acte, 
qui porte la date du 30 mars 1462, v. st., concerne précisé- 
ment deux personnages qui sont mentionnés dans la Chro- 
nique, Jean Baillet, conseiller et maître des requêtes de 
l'hôtel, et Pierre L'Orfèvre, écuyer, seigneur d'Ermenon- 
ville, conseiller et maître des Comptes^. Un autre acte, qui 
ofifre cette particularité intéressante qu'il est entièrement 

1. Rien d'impossible, par contre, à ce qu'il appartînt à la famille 
de Pierre de Roye, conseiller au parlement de Paris (Arch. nat., 
X<=> 19, fol. 13, à la date du 5 février 1364). 

2. Ces fonctions le mirent en rapports fréquents avec bien des 
familles parisiennes dont il cite les divers membres. Les Hesse- 
lin, leurs parents et alliés étaient sans doute ses clients, d'où la 
mention fréquente de leurs noms dans la Chronique. 

3. Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1747, dossier L'Orfèvre, n» 18; 
orig. sur parch. 



INTRODUCTION. xxiij 

écrit et signé de la main de Jean de Roye, existe en double 
exemplaire aux Archives nationales. C'est une expédition 
colla tionnée d'un vidimus délivré le 9 août 1466 par le pré- 
vôt de Paris, Robert d'Estouteville, un protecteur du chro- 
niqueur, de certaines lettres patentes délivrées à Montargis 
au mois de juillet précédent, en confirmation d'autres lettres 
du mois de novembre 1465 par lesquelles Louis XI étendait 
les privOèges du duc de Bourbon*. 

En 1469, Jean de Roye fut commis avec un de ses col- 
lègues, Henri leWast, à dresser l'inventaire des biens trou- 
vés en la ville de Paris qui appartenaient au cardinal Balue 
et à prendre note des dépositions des témoins que les com- 
missaires désignés pour instruire le procès de l' ex-favori du 
roi jugeraient à propos d'interroger. Rien d'étonnant après 
cela si la chronique est si minutieusement informée de la 
distribution qui fut faite des biens de Jean Balue 2. 

Jean de Roye était donc l'un des soixante notaires auChâ- 
telet de Paris, mais ce n'est pas le seul office qu'U détenait. Il 
portait encore le titre de secrétaire du duc de Bourbon , Jean II , 
et exerçait les fonctions de concierge de l'hôtel de Bourbon à 
Paris. On sait que cette somptueuse demeure, une des plus 
magnifiques du vieux Paris, reconstruite et augmentée à la 
fin du xrv^ siècle par le duc Louis II, occupait sur la rive 
droite de la Seine l'espace compris entre la colonnade actuelle 
du Louvre et le cloître Saint-Germain-l'Auxerrois. L'hôtel 
servait de résidence au duc de Bourbonnais et à sa famille 
lorsqu'ils séjournaient à Paris, et il est certain que la place 
de concierge ou de garde de cet édifice était un poste de 

1. Arch. nat., P 1371, cote 1948. Parch. jadis scellé. 

2. Compte de Jean de Beaune des deniers provenant de la confisca- 
tion du cardinal d'Angers. Bibl. nat., ms. fr. 4487, fol. 54; orig., 
parch. 



xxiv INTRODUCTION. 

grande confiance. Jean de Roye y fut installé sans doute 
après la guerre du Bien public, car les sentiments décidé- 
ment royalistes qu'il exprime en narrant les événements de 
1465 ne permettent pas de supposer qu'il fût à cette époque 
au service d'un des chefs de la rébellion. Dès 1466, au con- 
traire, tout l'indique dans son récit, et les noms des divers 
membres de la maison de Bourbon ne sont enregistrés qu'avec 
respect, parfois avec vénération. Il y a longtemps que le 
Père Lelong, frappé du fait, émettait, dans sa Bibliothèque 
historique de la France, l'opinion que l'auteur de la Chro- 
nique « devait être un officier de la maison de Bourbon, » 
et M. Vitu lui-même n'a pu s'empêcher de signaler cette 
opinion, mais en la combattant par la raison que l'ensemble 
de l'œuvre ne permet pas de supposer que le chroniqueur ait 
quitté Paris. Cet argument n'est pas applicable au garde de 
l'hôtel de Bourbon. 

C'est Jean de Roye lui-même qui a pris soin de nous dire 
quelles étaient ses fonctions, à l'occasion d'une fête que le 
cardinal-archevêque de Lyon, Charles de Bourbon, frère du 
duc Jean II, donna à l'hôtel au mois de mars 1478, après 
Quasimodo. Le galant prélat, un des serviteurs préférés de 
Louis XI, et qui, bien plus souvent que son frère, résidait à 
Paris, offrait un souper à la duchesse douairière d'Orléans, 
Marie de Clèves, à son fils le duc Louis et à d'autres grands 
personnages. Le repas, somptueusement servi, réunit la 
noble compagnie dans la fameuse galerie dorée, mais 
]y[me (jg Narbonne, Marie d'Orléans, « alors fort grosse, » 
son mari, Jean de Foix, et six de leurs intimes soupèrent 
en une chambre basse, « au logis de Jehan de Roye, secré- 
taire de Mons. le duc de Bourbon et garde dudit hôtel de 
Bourbon. » Cet hôtel, qui était un peu sa chose, le chroni- 
queur l'a nommé encore à d'autres reprises. C'est là que fut 



INTRODUCTION. XXV 

célébrée, le 4 septembre 1467, la fête des noces de Nicole 
Balue, frère du cardinal, avec la fille de Jean Bureau, sei- 
gneur de Montglat, fête que le roi, la reine, le duc et la 
duchesse de Bourbon honorèrent de leur présence. C'est là 
encore que, le 12 septembre 1480, Julien de la Rovère, car- 
dinal de Saint-Pierre-ès-Liens, légat du pape, dîna et soupa 
avec le cardinal de Bourbon. C'est là enfin qu'au mois de 
janvier 1482, pour célébrer la paix conclue entre Louis XI 
et Maximilien et pour faire honneur aux ambassadeurs fla- 
mands, le même Charles de Bourbon fit représenter « une 
moult belle moralité, sottie et farce, où moult de gens de la 
ville alerent pour les voir jouer, qui moult prisèrent ce qui y 
fut fait; » et le chroniqueur d'ajouter, avec un soupir de 
regret, « que les choses eussent esté plus triumphantes se 
n'eust esté le temps qui moult fut pluvieux et mal advenant 
pour la belle tapisserie et le grand appareil fait en la cour 
dudit hostel, laquelle cour fut toute tendue de la tapisserie 
de mondit seigneurie cardinal, dont il en avoit grand quan- 
tité et de belle. » 

Dans le cours de son récit, Jean de Roye fait une mention 
fréquente des faits et gestes du duc de Bourbon et du cardi- 
nal son frère. Jean II est nommé plus de quarante fois, 
Charles de Bourbon à vingt reprises différentes. Comme l'a 
remarqué M. Vitu, « de tous les promoteurs de la guerre 
du Bien public, le duc de Bourbon est le seul que le chroni- 
queur ménage. » Après cette époque, Mgr et M""* de Bourbon 
sont toujours cités très respectueusement après le roi et la 
reine. La mort d'Agnès de Bourgogne, veuve du duc Charles 
de Bourbon, au mois de décembre 1476, est l'occasion que 
saisit Jean de Roye d'énumérer fort exactement les enfants 
issus de cette union et encore vivants à cette date. C'est une 
marque de préférence qu'il n'a donnée à aucune autre mai- 



xxvj INTRODUCTION. 

son, et il dit aussi que la défunte duchesse « vesquit sainc- 
tement et longuement » et que « son trespas fut fort plaint 
et ploré de tous ses enfants, parens, serviteurs et amis et de 
tous aultres habitans esdits pays de Bourbonnois et d'Au- 
vergne. En benoist repos gise son ame ! » 

Plus émue encore est la mention consacrée à celle que le 
chroniqueur qualifie « sa très redoubtêe dame très noble, 
puissante, saincte et des bonnes vivans l'exemplaire » Jeanne 
de France, sœur du roi, épouse de Jean II, duc de Bourbon, 
laquelle mourut au mois de mai 1482. 

Jean de Roye, c'est lui qui nous l'apprend dans son préam- 
bule, avait trente-cinq ans en 1460: il serait donc né vers 
1425. A quelle époque mourut-il? quelles furent ses alliances? 
laissa-t-il une postérité? On n'en sait rien. Il est probable 
qu'il n'existait plus en 1495 , car à cette date un certain 
Ambroise de Villiers, écuyer, seigneur dudit lieu, fut pourvu 
de la garde de l'hôtel de Bourbon à Paris. Ce personnage, 
qui avait été écuyer tranchant du duc Jean II, puis capitaine 
de la ville et du château de Thizy (1" déc. 1488), résigna 
ces fonctions à la fin de 1495 ou au commencement de 1496 
pour prendre possession à Paris de la conciergerie de l'hôtel 
de Bourbon. Or, il est dit que sa femme se nommait Perrette 
de Roye^ Les chances ne sont-elles pas pour que cette Per- 
rette fût la fille de notre chroniqueur? 

On a observé que la Chronique Scandaleuse, assez indif- 
férente pour la dernière année du règne de Charles VII, 

1. « Provision de concierge de l'hôtel de Bourbon à Paris en 
faveur de maistre Jehan de Colonges, seigneur de la Motte, con- 
seiller et maître des requêtes de M™» la duchesse, pour se pouvoir 
loger commodément à Paris, que souloit tenir feu Ambrois de 
Villiers et Perrette de Roye, sa femme. A Montbrison, pénultième 
février 1503 » {Extraits de titres de la Gliambre des comptes de Mou- 
lins. Wa\. nat., ms. fr. 22299, vol. I, fol. 195. Cf. fol. 128). 



INTRODUCTION. xxvij 

est absolument nulle pour les années 1462 et 1463. Le 
chroniqueur se borne à dire que, pendant cette période, « ne 
survint riens que doye estre mis en grant mémoire, » Qui- 
cherat, qui voyait dans la Scandaleuse une rédaction faite 
sur les notes de Jean Castel, donne pour raison au silence 
de la Chronique les pérégrinations que Castel entreprit à 
cette époque à la suite de Louis XL Mais que penser d'un 
historiographe officiel qui aurait omis de garder mention de 
ces événements d'importance capitale, l'acquisition du Rous- 
sillon et de la Cerdagne, la guerre de Catalogne et surtout le 
rachat des villes de la Somme? Inexplicable est bien aussi, 
il faut le dire, le silence de Jean de Roye sur des faits dont le 
dernier fut l'occasion d'emprunts considérables effectués au 
greffe du Parlement et dans les caisses particulières des 
membres de la bourgeoisie de Paris. Comment n'a-t-il pas 
conservé le souvenir de cet acte despotique, qui fit grand 
bruit à l'époque? C'est un mystère que l'absence de tout 
renseignement sur la vie de Jean de Roye, pendant les 
années 1462 et 1463, ne permet pas d'éclaircir. Avec les 
années 1464 et 1465 surtout, la Chronique devient extrême- 
ment détaillée et prend les allures d'un journal tenu au jour 
le jour. L'auteur fréquentait certainement l'hôtel du prévôt 
de Paris, Robert d'Estouteville, où l'intelligence et les grâces 
de M"*^ d'Estouteville, Ambroise de Loré, réunissaient tout ce 
que Paris contenait de personnages d'importance ' ; il était 
donc en mesure d'être très exactement informé de ce qui se 
passait soit en Bourbonnais pendant la triomphante cam- 
pagne de Louis XI, soit à Paris durant les longues et moins 
brillantes journées de cette guerre de mesquines intrigues, 

1. Il faut noter que le chroniqueur officiel Jean Castel était, 
lui aussi, l'un des familiers de la maison d'Estouteville et qu'as- 
surément des relations ont dû exister entre Jean de Roye et lui. 



1 



xxviij INTRODUCTION. 

qui se poursuivit au dedans comme au dehors des murs de 
la grande ville pendant l'automne de la néfaste année du 
Bien public. 

Le plus ancien manuscrit de la Scandaleuse, celui que 
Jean de Roye a signé, s'arrête, on l'a déjà dit, à la date de 
Pâques 1479. Ceux-là mêmes qui n'ont pas connu les 
manuscrits ont observé qu'après l'année 1477, et jusqu'à la 
fin, le récit du chroniqueur devient moins détaillé et prend 
une allure beaucoup plus rapide*. C'est une remarque juste, 
surtout si on substitue la date de 1479 à celle de 1477; 
mais ce qui est également facile à constater, c'est qu'à 
partir de cette année 1479 les jugements du chroniqueur 
sur les actions de Louis XI et de ses agents deviennent plus 
sévères. Aux éloges des précédentes années succède une 
réserve dont les motifs sont aisément pénétrables pour qui 
veut bien se souvenir qu'à la suite des révélations plus ou 
moins sincères du duc de Nemours, Louis XI conçut de ter- 
ribles soupçons contre le duc de Bourbon, et que le cardinal 
son frère, jusque-là un des favoris du roi, dut quitter Paris 
pour un temps, complètement disgracié, tandis que les offi- 
ciers de Jean II, poursuivis devant le Parlement pour avoir 
empiété sur les droits du roi, étaient emprisonnés, soumis à 
de sévères interrogatoires et finalement relâchés. Il ne serait 
pas surprenant que, dans ces circonstances, Jean de Roye 
eût interrompu son œuvre pour ne la reprendre et la com- 
pléter qu'après la mort de Louis XL Ceci expliquerait la 

Voir les vers adressés par Castel à Gh. de Gaucourt, au nom du 
prévôt de Paris, en mars 1465, v. st. : 

« Cent mille fois, monseigneur le prevost 
D'Estouteville a vous se recommande, etc. » 
(Quicherat, Recherches sur Jean Castel, dans la Bibl. de l'École 
des chartes, {"> série, t. II.) 
\. Vitu, ouvr. cité, p. 37. 



INTRODUCTION. xxix 

rapidité avec laquelle la Chronique, remplie auparavant 
de détails sur les événements parisiens, résume les dernières 
années du règne. 

Concluons donc que la Chronique Scandaleuse est l'œuvre 
d'un notaire parisien nommé Jean de Roye, secrétaire du 
duc de Bourbonnais Jean II et garde de l'hôtel de Bourbon 
à Paris. La Scandaleuse n'est pas, comme on l'a dit, une 
réédition de la Chronique officielle du règne de Louis XI, 
mais une œuvre originale et personnelle, dont le contenu a 
été au contraire reproduit parfois textuellement par ceux 
qui ont écrit l'histoire de cette époque ' et par les compila- 
teurs qui, au xvi^ siècle, travaillèrent à la continuation des 
Grandes Chroniques de France. 

Nous adressons, en terminant cette trop longue préface, 
de sincères remerciements à ceux qui ont bien voulu nous 
assister dans les recherches qu'a nécessitées l'annotation de 
la Chronique. Nous sommes particulièrement reconnaissant 
à nos confrères MM. Vaesen et Spont, qui ont mis à notre 
service les trésors de leur érudition et nous ont libérale- 
ment communiqué des renseignements sur une époque de 
l'histoire nationale qu'ils possèdent mieux que personne. 

1. Cf. particulièrement le Compendium supra Francorum gestis, 
de Robert Gaguin, 1497, in-4o. 



JOURNAL DE JEAN DE ROYE 

CONNU SOUS LE NOM DE 

CHRONIQUE SCANDALEUSE 

1460-1483. 



A l'onneur et louange de Dieu, nostre doulx saulveur 
et rédempteur, et de la benoiste, glorieuse vierge et 
pucelle Marie, sa mère, sans le moyen desquelz nulles 
bonnes euvres ou operacions ne pevent estre con- 
duictes; et pour ce aussy que plusieurs roys, princes, 
contes, barons, prelatz, nobles hommes, gens d'église 
et aultre populaire se sont souvent delictez et delic- 
tent à ouyr et escouter des hystoires merveilleuses et 
choses advenues en divers lieux, tant de ce royaulme 
que d'aultres royaulmes christiens, au trente cinc- 
quiesme an de mon aaige me delectay, en heu de passe 
temps et d'eschever oysiveté, à escripre et faire 
mémoire de plusieurs choses advenues au royaulme 
de France et aultres royaulmes voisins, ainsy qu'il 
m'en est peu souvenir, et mesmement depuis l'an mil 
quatre cens soixante que regnoit à roy de France 
Charles, septiesme de ce nom, jusques au trespas du 
roy Loys, unziesme de ce nom, filz du dit roy Charles, 
qui fut le penultime jour du mois d'aoust mil quatre 



2 JOURNAL DE JEAN DE ROYE 

cens quatre vingtz et troys, combien que je ne vueil 
ne n'entens point les choses cy après escriptes estre 
appellées, dictes ou nommées Groniques, pour ce que 
à moy n'appartient, et que pour ce fayre n'ay pas esté 
ordonné et ne m'a esté permys, mais seulement pour 
donner aucun petit passe temps aux lisans, regardans 
ou escoutans icelles, en leur priant humblement excu- 
ser et supployer à mon ignorance et adresser ce qui 
y seroyt mal mis ou escript ; car plusieurs desdictes 
choses et merveilles sont advenues en tant de diver- 
sitez et façons estranges que moult pénible chose 
auroit esté à moy ou aultre de bien au vray et au long 
escripre la vérité des choses advenues durant ledit 
temps ^. 

1. Interpolations et Variantes, § i. — Il est manifeste que la 
rédaction de ce prologue est postérieure à la mort de Louis XI. 
Donc, il n'a jamais figuré en tête du ms. fr. 5602, actuelle- 
ment dépouillé d'ailleurs de ses deux premiers feuillets. A-t-il 
été transcrit au commencement du ms. fr. 2889? On ne peut 
le savoir, car ce manuscrit, plus maltraité encore que son 
aîné, débute seulement avec l'entrée du roi Louis XI à Paris. 
Le texte reproduit ici est celui fourni par l'édition gothique. 
Hors un renseignement sur l'âge du chroniqueur, ce prologue ne 
contient rien d'original. Les idées qu'il exprime se retrouvent 
dans la plupart des préambules des mémoires ou chroniques de 
l'époque, depuis le Miroir historial de Vincent de Beauvais, dont 
la traduction française par Jean de Vignay (Bibl. nat., ms, fr. 50) 
fut imprimée pour Vérard en 1495, jusqu'à Olivier de la Marche. 
Pour ce que oiseuse est chose nuisant et commancement et 
atrait de tous vices selon ce que sainct Jeroisme tesmoingne..., » 
écrit frère Vincent; et le chroniqueur bourguignon, qui rédigeait 
sa préface vers 1472 ou 1473 : « Ayant de présent en souvenance 
ce que dit le saige Socrates que oysiveté est le délicieux lict et la 
couche où toutes vertus s'oublient et s'endorment... je doncques... 
ay emprins, etc. » Et, plus loin : « Et n'entens pas que ceste ma 
petite et mal acoustrée labeur se doibve appeler ou mettre ou 
nombre des cronicques. » Enfin, Olivier termine aussi par le vœu 



1460] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 3 

Et premièrement, touchant le fait et utilité de la 
terre durant ladicte année mil quatre cens soixante, 
au regart et en tant que touche le terrouer et fînaige 
du royaulme de France, il y creust compettamment 
de blez, qui furent bons et de garde ; et n'en fut point 
vendu, au plus chier temps de ladicte année, que vingt 
quatre solz parisis le septier, mais il n'y creust que 
bien peu de fruict. Et, au fait des vignes, il y eut bien 
peu de vin, et par especial en l'Isle de France, comme 
d'ung muy de vin pour chascun arpent, mais il fut 
bien bon ; et se vendit chier le vin creu es bons ter- 
rouers d'entour Paris, comme de dix à unze escus 
chascun muy^. 

En ce temps fut faite justice et grande execucion 
audit heu de Paris de plusieurs povres et indigentes 
créatures, comme de larrons, sacrilèges, pipeurs et 
crocheteurs. Et pour lesdis cas plusieurs en furent 
batus au cul de la charette, pour leurs jeunes aages et 
premier méfait, et les aultres, pour leur mauvaise 

« que les lisans et oyans suppleront mes faultes, agréeront mon 
bon vouloir et prendront plaisir et delect de ouyr et savoir plu- 
sieurs noi)les, belles et solempnelles choses advenues de mon 
temps et dont je parle par veoir, non pas par ouy dire » (éd. Beaune 
et d'Arbaumont (Soc. de l'hist. de France), t. I, p. 183-187). 

1. Il en fut de même dans le Nord [Mémoires de Jacques du 
Clercq, éd. Reiffenberg. Bruxelles, 1823, 4 vol. in-8o, t. III, 
p. 27 et 92) et en Normandie. Les Rouennais adressèrent au 
Conseil du roi des représentations pour que l'exportation des blés 
fùl interdite, considérant que, dès le mois d'août, il ne restait 
plus rien de la récolte précédente et que les céréales avaient été 
cette année rentrées dans de fâcheuses conditions. Il était à 
craindre aussi que vins, cidres et poirés ne fussent peu abon- 
dants, ce qui augmenterait la consommation de la bière et de la 
cervoise, boissons qui se fabriquaient avec du grain (Reg. des 
délibérations de l'hôtel de ville de Rouen, A^, fol. 181). 

I 3 



4 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1460 

coutume et perseverence, furent penduz et estranglez 
au gibet de Paris, nommé Montigny, nouvelle[ment] 
créé et estably pour la grant vieillesse, ruyne et déca- 
dence du précèdent et ancien gibet, nommé Mont- 
faucon ' . 

Audit temps fut fait mourir et enfoye toute vive, 
audit lieu de Paris, une femme nommé Perrette Man- 
ger, pour occasion de ce jque ladicte Perrette avoit 
fait et commis pluseurs larrecins, et en ce faisant par 
long temps continué, et aussy favourisé et recellé plu- 
sieurs larrons, qui aussy faisoient et commettoient 
plusieurs et divers larrecins audit lieu de Paris; les- 
quelz larrecins pour lesditz larrons vendoit et distri- 
buoit, et l'argent que de ce elle recepvoit, en bailloit 
et delivroit ausditz larrons leur portion, et pour elle 
en retenoit son butin. Pour lesquelz cas et aultres 
par elle confessez fut condempnée par sentence don- 
née du prevost de Paris, nommé messire Robert d'Es- 
touteville, chevalier-, à souffrir mort et estre enfouye 
toute vive devant le gibet, et tous ses biens acquis et 

1. Le gibet neuf de Montigny, élevé vers 1457, n'était pas éloi- 
gné de celui de Montfaucon, lequel datait du sin« siècle et se dres- 
sait en dehors de l'enceinte de Paris, entre les portes Saint-Martin 
et du Temple (voir le plan de Paris, dit de la Tapisserie, et Lon- 
gnon, OEuvres de Villon. Paris, 1891, in-8*, p. xxu). 

2. Robert d'Estouteville fut armé chevalier par Charles VII en 
1441, après la prise de Pontoise (Beaucourt, Hist. de Charles Vil, 
t. III, p. 192). Seigneur de Beynes, baron d'Ivry et de Saint- 
André en la Marche, conseiller et chambellan du roi et garde 
de la prévôté de Paris, il succéda dans ce poste important à son 
beau-père Ambroise de Loré (1447). Robert d'Estouteville, desti- 
tué par Louis XI dès son avènement au trône, fut rétabli en 1465 
et exerça l'ofhce de prévôt de Paris jusqu'à sa mort, survenue 
au mois de juin 1479 (voir ci-après). 



1460] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 5 

confisquez au roy. De laquelle sentence et jugement 
elle appella formellement en la cour de Parlement; 
pour révérence duquel appel fut différé à exécuter. 
Et après que par ladicte court le procès d'icelle eut 
esté veu et visité fut dit, par arrest d'icelle et en con- 
fermant ladicte sentence, que ladicte Perrette avoit 
mal appelle et l'amenderoit, et que ladicte sentence 
seroit exécutée^; ce qui fut dit à icelle Perrette, laquelle 
declaira lors qu'elle estoit grosse : par quoy fut dere- 
chief différé de l'exécuter et fut fait visiter par ven- 
trières et matrosnes qui rapportèrent à justice qu'elle 
n'estoit point grosse. Et incontinent ledit raport fait, 
fut envoyée exécuter aux champs devant ledit gibet 
par Henry Cousin-, exécuteur de la haulte justice audit 
lieu de Paris. 

Merveilles advenues au royaulme d'Angleterre 
en ladicte année^. 

En ce temps passa la mer en Angleterre ung légat 
de Romme, légat de par le pape^, qui illec prescha le 

1. Arrêt du 21 novembre 1460 (Arch. nat., X^a 3i^ fol. l). 

2. Il exerça ces fonctions au moins jusqu'en 1478 (voir ci-après, 
à cette date, et Longnon, Villon, p. 91). 

3. Ce titre est reproduit par respect pour le texte de l'édition 
gothique, mais il est douteux qu'il figurât dans les manuscrits. 
Le paragraphe tout entier, relatif aux affaires d'Angleterre, a été 
imprimé par Deuys Godefroy et reproduit par "Vallet de Viriville 
à la fin de leurs éditions de {'Histoire de Charles VII de Jean 
Ghartier (Paris, 1661, in-fol., et 1858-59, 3 vol. in-16, t. m, p. 121- 
124). Vallet de Viriville observe que ce chapitre, qui suit le récit 
des funérailles de Charles VII, manque dans la plupart des exem- 
plaires de la chronique de J. Ghartier, et il nous semble fort dou- 
teux que la rédaction en appartienne à l'historiographe de 
Gharles VU. 

4. François Goppini, évêque de Terni, chargé par le pape Pie II 



6 JOURN.VL DE JEAN DE ROYE [1460 

peuple du pays et par especial en la ville de Londres, 
maistresse ville dudit royaulme, là où il fist plusieurs 
remonstrances aux habitans dudit lieu et autres d'en- 
viron, contre et au préjudice du roy Henry d'Angle- 
terre; lesquelles remonstrances le cardinal d'York'', 
qui acompaignoit ledit légat, après ladicte exposition 
par luy, exposa en leur langage. Et tantost après 
ladicte exposition faicte, ledit peuple, qui estoit de 
legiere créance, se esmeut pour faire guerre à ren- 
contre dudit roy Henry de Lancastre et de la royne 
sa femme, fille du roy René de Cecille et de Jherusa- 
lem, et du prince de Galle, leur fîlz^. Et print le dit 
populaire pour leur capitaine le comte de Warwyk^, 

de travailler à la réconciliation des partis en Angleterre et de 
prêcher la croisade contre le Turc, fit dès l'abord cause commune 
avec la maison d'York. Le 26 jum 1460, le légat s'embarqua à 
Calais avec les comtes de March, de Salisbury et de Warwick, 
fugitifs depuis l'insuccès de leur précédente rébellion, et, après 
leur entrée triomphale dans Londres, il continua à poursuivre 
activement le succès de leur cause. Rappelé par le pape, Goppini 
fut privé de l'épiscopat (Beaucourt, Charles VII, VI, 290 et 324, et 
R. Brown, Calendar of stale papers, etc., existing in the Archives... 
of Veiiice and other libraries of Northern Italy, in-8', t. I, p. 89 
et suiv.). 

1. WiUiam Booth ou Bothe, archevêque d'York dès 1452, mou- 
rut en 1464 (Chronique de Jean de Wavrin, pubUée par M"« Dupont 
(Soc. de l'hist. de France), t. II, p. 270). 

2. Henri VI de Lancastre, fils de Henri V, roi d'Angleterre, et 
de Catherine de France, né le 6 décembre 1421, roi d'Angleterre 
le 1" septembre 1422, couronné à Londres le 6 novembre 1429, 
épousa Marguerite d'Anjou au mois d'avril 1445 et fut mis à 
mort le 21 mai 1471. Son fils Edouard, prince de Galles, fut tué 
quelques jours plus tôt, après la bataille de Tewkesbury (4 mai 
1471). 

3. Richard Nevill, le faiseur de rois, était fils de Richard, comte 
de Westmoreland et de Salisbury. Il épousa Anne Beauchamp, 



1460] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 7 

qui estoyt capitaine de Calais, pour et au lieu de 
Richard, duc d'York, qui vouloit et pretendoit à estre 
roy dudit royaulme, qui maintenoit à luy duyre et 
competter ledit royaulme d'Angleterre comme prou- 
chain héritier de la lignée et du cousté du roy Richard^. 
Et peu de temps^ après, ledit duc d'York, qui avoit 
après lui grant nombre de populaire en armes, se 
mirent aux champs et vindrent en ung parc où estoit 
ilecques ledit roy Henry avecques plusieurs ducs, 
princes et autres seigneurs, aussi tous en armes. Et 
ouquel parc y avoit huit entrées qui estoient gardées 
par huit barons dudit royaume, qui tous estoient 
traistres audit roy Henry. Lesquelz huit barons, quant 
ilz sceurent venir ledit duc d'York devers ledit parc, 
le laissèrent entrer en icellui avecques le conte de 
Warwyk et autres, qui vindrent tout droit où estoit 
ledit roy Henry, lequel ilz prindrent et saisirent^. Et 

fille du comte de Warwick, Richard, et fut tué à Barnet le 
14 avril 1471. 

1. G'est-à-dire du roi Richard II, fils d'Edouard, le prince Noir, 
mort eu 1376, et petit-fils d'Edouard III (1327-1377), auquel il 
succéda directement. Déposé en 1399, Richard II mourut peu 
après sans postérité et fut remplacé par son cousin Henri IV 
(1399-1413), fils de Jean de Gand, quatrième fils d'Edouard III, 
lequel avait épousé Blanche de Lancastre. Henri IV eut pour fils 
Henri V (1413-1422), auquel succéda Henri VI. D'autre part, 
Richard, duc d'York, descendait directement d'Edmond de Lan- 
gley, cinquième fils d'Edouard IH, mais il représentait aussi les 
droits au trône du troisième fils de ce roi, Lionel, duc de Clarence, 
dont l'héritière, Anne Mortimer, avait épousé Richard, comte de 
Cambridge, propre fils d'Edmond de Langlcy. 

2. Ici débute, en son état actuel, le ms. fr, 5062, dont le texte 
sera dans la suite intégralement reproduit. 

3. Bataille de Northampton, 10 juillet 1460. Henri VI, à demi 



8 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1460 

incontinent ce fait, vindrent tuer plusieurs princes 
et autres grans seigneurs de son sang qui estoient 
autour de lui. Et ces choses faictes, ledit conte de 
Warwyk print ledit Henry et l'amena tout droit en la 
ville de Londres, et portoit l'espée nue devant ledit 
Henry comme son connestable. Et quant icellui roy 
Henry de Lencastre fut audit lieu de Londres, il le 
mena tout droit devant la tour dudit Londres, dedens 
laquelle estoient quatre barons dudit pays pour ledit 
Henry, ausquelz lesdits Henry et Warwyk parlèrent 
par belles paroles, les tirèrent hors d'icelle tour après 
ce qu'ilz leur promisdrent qu'ilz n'aroient nul mal de 
leurs personnes et qu'ilz les asseuroient; lesquelz 
soubz umbre desdictes promesses, yssirent hors de la 
dicte tour. Et, ainsi qu'on menoit lesdiz quatre barons 
après lesdiz Henry et Warwyk, pluseurs de ladicte 
ville de Londres s'esmeurent et vindrent tuer l'un des 
diz quatre barons, nommé le seigneur de Scales, et 
lui baillèrent plusieurs cops orbes ^; et le lendemain 
ilz firent escarteler lesdiz autres barons devant ladicte 



insensé, et le comte de Buckingham, furent, l'un fait prisonnier, 
l'autre tué (Jean de Wavrin, t. II, p. 227). 

1. C'est-à-dire portés avec des instruments contondants. — En 
quittant Londres pour se porter contre les forces du roi Henri de 
Lancastre, les Yorkistes avaient laissé le comte de Salisbury, 
père du comte de Warwick , devant la Tour de Londres , que 
tenait pour Henri VI Antoine Woodville, lord Scales. Il résista 
trois semaines, mais, encombrée de réfugiés, la bastille london- 
nienne capitula faute de vivres. Scales, auquel on avait promis 
la vie sauve, fut mis en une barque pour être conduit à West- 
minster, mais en route « do grosses paroUcs » s'élevèrent entre 
lui et les mariniers, « qui le murdriront là entr'eulz, dont il y 
eut grant bruit » (Jean de Wavrin, t. H, p. 230 et suiv.). 



1460] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 9 

tour de Londres, nonobstant lesdictes promesses 
ainsi à eulx faictes. Et s'i fye qui vouldra* ! 

Oudit temps, advint à Paris ung grant débat entre 
les gens et officiers du roy en sa Chambre des Aides 
à Paris et ung des bedeaulx de l'Université d'icelle 
ville, pour ung exploict fait par ledit bedeau à ren- 
contre de deux conseillers de ladicte Chambre des 
Aides : pour lequel exploict ledit bedeau fut cons- 
titué prisonnier en la conciergerie du Palais royal, 
audit lieu de Paris. Dont ceulx de ladicte Université 
furent moult desplaisans, et pour le ravoir firent ces- 
sacions en ladicte \ille de prescher, lire et estudier. 
Et après furent appoinctez, et fut tout restably, et 
demourerent contens^. 

Oudit temps, advint à Paris aussi que ung nommé 
Anthoine, bastard de Bourgongne, vint et entra en 

1. « Et puis se fie qui voudra à de semblables prometteurs, » 
dans Jeaa Chartier, éd. Yallet de Viriville, t. III, p. 124. 

2. Une ordonnance de Charles Vil, datée de Salles-le-Roy, en 
Berry, le 24 septembre 1460, vise le cas dont parle notre chro- 
nique. Le roi y blâme sévèrement les « abus ou entreprises » 
commis au mépris de ses droits « sous couleur de l'Université 
et de ses privilèges. » Au « pourchas d'aucuns suppôts de l'Uni- 
versité, » on a cité certains fermiers des aides, fait admonester et 
excommunier les officiers élus de Paris et d'Alençon, déclaré 
parjures l'évêque de Troyes, président, Guillaume Longuejoueet 
Charles Rapioust, conseillers aux aides, et fait cessation de ser- 
mons en la ville de Paris. Le roi enjoint à l'Université de réparer 
tous ces excès avant la Toussaint et de ne pas les renouveler, 
sous peine de voir effacer ses privilèges {Collection des ordonnances 
royales, XIV, 197. Cf. dans Félibien, Histoire de Paris, V, 707, le 
texte de la bulle du pape Pie II, datée des ides de février 1462, 
et conçue en termes fort désagréables pour le recteur et pour 
les suppôts de l'Université de Paris). 



\0 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1460 

ladicte ville de Paris en habit mescongneu, et n'y 
séjourna qu'un jour et une nuit, et puis s'en retourna. 
Et, quant il fut sceu qu'il estoit ainsi venu en ladicte 
ville, plusieurs officiers du roy et gens de façon 
d'icelle furent fort ymaginatifz comment ne pourquoy 
il estoit ainsi venu que dit est. Et de ladicte venue 
en furent portées les nouvelles au roy par aucuns 
qui en parlèrent à la charge de ladicte ville, qui n'y 
avoient aucune coulpe. Et, pour ceste cause et à grant 
haste, le roy envoya audit lieu de Paris son mareschal, 
seigneur de Loheac, et maistre Jehan Bureau, tréso- 
rier de France, pour pourveoir et donner provision 
audit donné à entendre. Et, à ce que le roy n'eust 
aucune ymaginacion que ceulx de ladicte ville de 
Paris eussent aucune coulpe ou charge à ladicte 
venue, lui fut envoyé de par ladicte ville une amba- 
xade où estoient maistre Jehan de l'Olive, docteur en 
théologie et chanceUier de l'église de Paris, Nicolas de 
Louviers, sire Jehan Clerebout, gênerai maistre des 
monnoyes, sire Jehan Luiller, clerc de ladicte ville, 
Jaques Rebours, procureur d'icelle, Jehan Volant, 
marchant, et autres, tous lesquelz le roy receut très 
benignement. Et, après leur propos fait servant à 
leur excusacion, fut le roy très content d'eulx et leur 
fîst bonne et gracieuse response, et s'en retournèrent 
joieusement à Paris dont ilz estoient partis*. 

1. Sur les circonstances de cette affaire, voir l'analyse que 
M. de Beaucourt a donnée d'une délibération prise par le con- 
seil du roi le 14 novembre 1460, et dont le proci'S-verbal se 
trouve au ms. fr. 5040 de la Bibl. nat., fol. 213. André de 
Laval, seigneur de Lohéac, de Kergorlay, etc., maréchal de 
France, celui que Ghastellain qualifie « une perle de chevalier 



1460] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. H 

En ce temps messire Robert d'Estouteville, cheva- 
lier, qui estoit prevost de Paris, fut mis et constitué 
prisonnier en la bastide Saint-Anthoine à Paris, et 
depuis au Louvre, par l'ordonnance desdiz seigneurs 
de Loheac et maistre Jehan Bureau, pour aucunes 
injustices ou abus qu'on lui mettoit sus qu'il faisoit 
en excercant sondit office; dont de ce ne fut point 

entre mille » (éd. K. de Lettenhove, IV, H4 ; cf. Vaesen, Lettres de 
Louis Z/(Soc. de l'hist. deFr.),IlI, 266), reçut l'ordre de se faire 
assister, pour l'information qu'il était chargé d'ouvrir, par maîtres 
Pierre du Refîuge, Jean Avin et Henry de la Cloche, qui les 
premiers avaient dénoncé la présence à Paris du fils bâtard de 
Philippe le Bon. Ce séjour clandestin, à un moment, où les rela- 
tions du roi Charles avec le duc de Bourgogne, aigries par la 
présence du dauphin en Flandre, étaient extrêmement ten- 
dues, avait paru suspect et fit craindre un moment qu'il n'y eût 
« quelque entreprinse ou que l'on pourchassast, par delà, faire 
aucune chose préjudiciable au roy. » — Jean Bureau, chevalier, 
seigneur de Montglat, etc., conseiller de Charles VII dès 1437, 
commis au fait de l'artillerie (1439), maître des comptes et tréso- 
rier de France (1445), maire de Bordeaux (1451), capitaine de 
Meaux, gouverneur de Pons(Bibl, nat., ms. fr. 20487, fol. 96), avait 
épousé Germaine Hessehn (voy. Beaucourt, Charles VII, passitn, 
et Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 93). Il mourut le 5 juillet 1463. 
— Jean de l'Olive était chanoine de Notre-Dame et passait pour 
fort éloquent [Mém. de la Soc. de l'Hist. de Paris, t. IV (1877), 
p. 31). — Nicolas de Louviers, bourgeois de Paris, échevin, 
puis receveur des aides, créé enfin conseiller aux comptes par 
Louis XI à son avènement, prévôt des marchands en 1463, mou- 
rut le 15 novembre 1483. Il avait épousé Michelle Brice (Lon- 
gnon, Villon, p. 321, et Bibl. nat.. Pièces originales, vol. 1764, 
doss. Louviers). — Jean Clerbout était l'un des sept maîtres des 
monnaies désignés par l'ordonnance du 29 juin 1443 (Beaucourt, 
Charles VII, III, 471). — Jean Luillier, bourgeois de Paris, était 
clerc-gretlier et receveur tant du domaine que des aides de la 
ville depuis le 19 août 1447 (Vitu, La Chronique de Louis XI dite 
Chronique Scandaleuse , etc., p. 44). Il avait épousé Jeanne de 
Vitry (Obituaire de la Grande Confrérie aux bourgeois, Arch. nat., 
LL 437, à la date du 5 janvier). 



12 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1460-1461 

attainct. Et lors, par maistre Jehan Avin, conseiller 
lay en la court de Parlement, furent fais plusieurs 
explois en l'ostel dudit d'Estouteville, comme de cer- 
cher boistes, coffres et autres lieux pour savoir se on 
y trouveroit nulles lettres ; et fist plusieurs rudesses 
oudit hostel à dame Ambroize de Loré, femme dudit 
d'Estouteville, qui estoit moult sage, noble et hon- 
neste dame. Dieu de ses exploiz le vueille punir, car 
il le a bien desservy'^ ! 

En ladicte année furent les rivières de Seine et 
Marne moult grandes, tellement que en une nuit 
ladicte rivière de Marne creut et devint si grande à 
l'environ de Saint-Mor des Fossez^ comme de la haul- 
teur d'un homme, et fist plusieurs grans dommages 
en divers lieux. Et, entre autres dommages, ladicte 
rivière vint si grande à ung village nommé Cloye^, et 
en ung hostel ilec estant qui est à l'evesque de 
Meaulx, qu'elle en emporta toute la massonnerie du 

1. Jean Avin avait été l'un des commissaires ordonnés à faire 
le procès de Jacques Cœur. Il vivait encore en 1489. Son hôtel 
était situé rue Saint-Antoine (Bibl. nat., ms. fr. 11686, fol. 129). 
Si la malédiction que le chroniqueur adresse à ce personnage 
n'a pas été ajoutée au moment des poursuites que Jean Avin fut 
chargé de diriger contre les officiers du duc de Bourbon en 1479 
(voy. plus loin, à la date), il faut conclure que depuis longtemps il 
était l'ennemi des « Bourbonnais. » Il suffit peut-être que, dans 
l'occasion présente, il se soit acharné contre les d'Estouteville 
que Jean de Roye aimait , dont il fréquentait l'hôtel , et qu'il 
cite toujours avec un affectueux respect. Ambroise de Loré pas- 
sait pour une des personnes les plus accomplies de son temps. 
Mariée vers 1446, elle mourut en 1468. Villon lui a dédié une 
ballade (éd. Longnou, p. 79 et 319). 

2. Aujourd'hui dép. de la Seine, cant. de Gharenton-le-Pont. 

3. Glaye, Seine-et-Marne, arrond. de Meaux, sur un petit aflluent 
de la Marne. 



1460-1461] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 13 

devant dudit hostel, où il y avoit deux belles tours 
nouvellement basties, dedens lesquelles y avoit de 
belles chambres bien natées, voiriées^ garnies de litz, 
tapisserie et autres choses, que tout emporta ladicte 
rivière. 

En ce temps, advint en Normandie que le corps 
de l'église de Fescamp, par maie fortune et feu 
d'aventure, qui vint de la mer de devers les marches 
de Gornouaille, se bouta ou clocher d'icelle abbaye, 
qui fut tout brûlé et ars. Et furent les cloches d'icelle 
abbaye toutes fondues et mises en une masse, qui fut 
moult grande pitié en ladicte abbaye^. 

Oudit temps, fut grandes nouvelles par tout le 
royaume de France et en autres lieux de une jeune 
fille de l'aage de xviii ans ou environ, qui estoit en 
la ville du Mans, laquelle fist plusieurs folies et 
grandes merveilles, et disoit que le dyable la tour- 
mentoit, et sailloit en l'air, crioit, escumoit et faisoit 
moult d'autres merveilles, en abusant plusieurs per- 
sonnes qui l'aloient veoir. Mais, enfin, on trouva que 
ce n'estoit que tout abus et qu'elle estoit une mes- 
chante foie et faisoit lesdictes folies et dyableries 
par l'ennortement, conduite et moien d'aucuns des 

1. C'est-à-dire dont le sol était recouvert de nattes et les 
fenêtres vitrées : 

« Sur mol duvet assis ung gras chanoine 
Lez ung brasier, en chambre bien natée. » 

(Villon, éd. Longnon, p. 83.) 

2. Cette catastrophe eut lieu le l" février 1461. Suivant Du 
Clercq, la foudre fondit les cloches et abattit le clocher avec la 
moitié de la nef (III, 97). L'abbé Cochet signale seulement 
la destruction d'une flèche en bois qui surmontait le clocher (Les 
églises de l'arrondissement du Havre, 1845, in-8°, 2« part., p. 9). 



14 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1460 

officiers de i'evesque dudit lieu du Mans, qui la main- 
tenoient et en faisoient tout ce que bon leur sembloit, 
et qui ausdictes folies faire l'avoient ainsi duite^ 

Oudit temps, advint derechef oudit royaume d'An- 
gleterre, après que la desconfiture devantdicte ot 
ainsi esté faicte par ledit conte de Warwyk que le 
duc de Sommerset, cousin dudit roy Henry d'Angle- 
terre, acompaigné de plusieurs autres jeunes sei- 
gneurs, parens et héritiers des autres princes et sei- 
gneurs qui avoient esté tuez à la prinse dudit roy 
Henry de Lencastre, firent de grans amas de gens 
d'armes et vindrent tenir les champs à l'encontre du 
dit duc de York. Et tant firent qu'ilz le vindrent 
trouver en ung champ lui et sa compaignie, qui 
furent ruez jus. Et oudit champ, nommé les pleines 
Saint-Albons, fut tué ledit duc de York; et, après qu'il 
ot esté tué, lui copperent la teste, laquelle ilz mirent 
au bout d'une lance; et autour d'icelle teste lui mirent 
une couronne de feurre en figure de couronne royale, 

1. Cette « diablerie » fit grand bruit à l'époque, et Du Clercq 
en conte tout au long les péripéties (III, 98 et suiv.). La soi- 
disant possédée, Jeanne Seron, réussit à abuser complètement 
l'évèque du Mans, Martin Berruyer, ainsi qu'en témoigne la lettre 
qu'il adressa à la reine Marie d'Anjou le 19 décembre 1460, 
lettre dont le chroniqueur d'Arras a transcrit le texte. Charles VII 
envoya de Bourges au Mans, pour informer du fait, plusieurs doctes 
personnages, et, entre autres, le doyen de Rouen, maître Nicole 
Dubois (Reg. de l'hùtel de ville de Rouen A^, fol. 184). A la suite 
de cette enquête, Jeanne Seron fut, par délibération du conseil 
du roi, amenée à Tours, interrogée, trouvée « sorcière et cor- 
rompue. » Convaincue de concubinage avec un jeune clerc, elle 
avoua son imposture, et fut condamnée à être mitrée et préchée 
publiquement au Mans, à Tours et à Laval, enfin à pleurer ses 
péchés en prison à Tours pendant sept ans « en pain de douleur 
et en eau de tristesse. » 



1461] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 15 

en desrision de ce qu'il se vouloit faire roy dudit 
royaume. Et avecques lui moururent oudit champ 
bien six vins barons, chevaliers, escuiers et gens de 
nom dudit royaume et grant nombre d'autres gens 
de guerre, que bien on estimoit de ix à x™ com- 
batans ^ . 

Et le mercredi, tiers jours de février oudit an 
mil GGCC LX, furent leues et publiées à Rouen et 
en divers autres lieux de la duchié de Normandie, 
es lieux publiques et à son de trompe, les lettres 
patentes du roy par lesquelles il declairoit son plaisir 
estre tel que, par tout ledit pays de Normandie et les 
pors de mer d'icellui, feussent laissez paisiblement des- 
cendre tous Anglois et Anglesches, de quelque estât 

1. La reine Marguerite, réfugiée en Ecosse, reprit les armes à 
la fin de l'année 1460, entra en Angleterre et réussit à soulever 
les comtés du Nord. Renforcée par les contingents qu'amenaient 
Edmond Beaufort, duc de Somerset, le comte de Northumber- 
land et d'autres seigneurs de la Rose-Rouge, l'armée de la reine 
battit Richard, duc d'York, près de Wakefield, le 30 décembre 
1460. Le duc fut tué, et son jeune fils, le comte de Rutland, fut 
massacré après le combat avec nombre de partisans de la Rose- 
Blanche {Chronique de Jean de Wavrin, II, 260 et suiv. Cf. la Lettre 
d'Antoine délia Torre au duc de Milan, du 9 janvier 1461, dans 
Rawdon Brown, Calendar of State papers, etc., t. I, p. 95). — 
Le chroniqueur a confondu la bataille de Wakefield, où le duc 
d'York perdit la vie le 30 décembre 1460, avec la seconde bataille 
de Saint-Albans, gagnée également par Marguerite d'Anjou, le 
17 février 1461. Il ne dit pas non plus que la reine, après avoir 
reconquis son mari, le roi Henri VI, abandonné par les Yor- 
kistes sur le champ de bataille de Saint-Albans, n'osa pousser 
sur Londres, où l'opinion publique était défavorable à la cause 
lancastrienne. Le nouveau duc d'York, Edouard, s'y fit procla- 
mer roi le 4 mars suivant, se mit à la poursuite de ses adver- 
saires et leur fit essuyer une sanglante défaite à Towton, le 
29 mars 1461. 



16 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1460 

qu'ilz feussent et en tel habit que bon leur sem- 
bleroit, tenans et advoans le parti dudit roy Henry 
d'Angleterre et de la royne sa femme, sans aucun 
sauf conduit avoir de lui, et de les laisser converser 
par tout son royaume. 

En l'an mil CCCGLXI, ou moys de juillet, advint 
que ledit roy Charles fut malade ou chasteau de 
Meun sur Yevre^ d'une maladie qui lui fut incu- 
rable, dont et de laquelle maladie il ala de vie à 
trespas audit lieu de Meun, le mercredi xxn^ jour 
dudit mois de juillet, feste de la benoiste Magdaleine, 
entre une et deux heures après midi dudit jour, dont 
fut grant pitié et dommage. Ou royaume des cieulx 
puisse estre l'ame de lui en bon repos! car, quant il 
vivoit, c'estoit ung moult sage et vaillant seigneur et 
qui laissa son royaume bien uny et en bonne justice 
et transquihté^. 

Et, incontinent après ladicte mort et qu'elle fut 
manifestée, la pluspart des officiers dudit lieu de 

1. Mehun-sur-Yèvre (Cher, arrond. de Bourges). 

2. Dans les premiers jours de juillet, Charles VU, dont la 
santé était depuis longtemps ébranlée, fut atteint d'un mal dans 
la bouche, et dès lors il s'affaiblit de jour en jour. M. de Beau- 
court, qui, dans le dernier volume de sa magistrale Histoire de 
Charles VII, a résumé tout ce qu'on sait des derniers moments 
du roi (t. VI, p. 439 et suiv.), montre à quel point furent una- 
nimes les regrets provoqués par sa mort (p. 445 et suiv.). — 
C'est le dimanche 19 juillet que la "nouvelle de la maladie de 
Charles VII fut rendue publique à Paris, et tout aussitôt l'évêque 
ordonna des processions générales. La mort fut connue dès le 
\eïi.dredï2i ']\ii\let (Journal de Maupoint, édit. Fagniez, apud3/m. 
de la Soc. de l'Hist. de Paris, t. IV, p. 39 et suiv.), à Rouen le 
lendemain (Arch. munie, de Rouen, reg. des délibér. de la ville 
A», fol. 189). 



1461] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. M 

Paris et plusieurs autres du royaume s'en partirent, 
et alerent ou pays de Henault et de Picardie, par 
devers monseigneur le daulphin, qui ilec estoit avec 
monseigneur le duc de Bourgongne, lequel monsei- 
gneur le daulphin par le décès de son feu père venoit 
à la couronne, pour savoir de lui quel estoit son 
plaisir et comment ilz se auroient à gouverner soubz 
lui, et pour estre de lui confermez en leurs offices*. 
Auquel lieu, après icelle mort, fist plusieurs nouveaulx 
officiers en sa Chambre des Comptes à Paris et autres. 
Et entre autres y fist et créa maistre Pierre L'Orfèvre, 
seigneur d'Ermenonville, et Nicolas de Louviers, con- 
seillers en ladicte chambre, et maistre Jehan Baillet, 
maistre des requestes et raporteur en sa chancellerie. 
Et y conferma à président en icelle chambre messire 
Symon Charles, qui aussi se fist porter oudit pays 
en une lictiere'^; et les autres officiers requerans estre 

1. « Nous tirons devers le roy, de par la court de Parlement, 
pour lui faire révérence et obéissance, comme raison est... » (Le 
premier président Yves de Scépeaux à Jean Bourré, secrétaire de 
Louis XI, de Gompiègne, le 28 juillet. Bibl. nat., ms. fr. 20486, 
fol. 54, orig.). Et Ghastellain : « Loys, non dauphin maintenant, 
mais roy non couronné, prestement changea lieu, et, partant de 
Genappes atout charroy et ce que avoit de baghes, vint loger au 
pays de Haynau, toujours dreschant son chemin vers France... 
Sy vinrent gens de toutes parts à Avesnes, princes et barons, 
plusieurs evesques et prélats, gens de cités et de bonnes villes, 
commis de par ceux du Parlement et de l'Université, dont l'evesque 
de Paris, maistre Guillaume Gharretier, fut l'un, et proposa 
devant le roy » (IV, 30. Gf. Arch. nat., X2a 28; du Glercq, III, 
143 ; Basin, Hist. de Cluirles VII et de Louis XI, publiées par J. Qui- 
cherat, pour la Soc. de l'Hist. de France, t. Il, p. 4, 7 et 19). 
Les délégués rouennais partirent le 25 juillet (Reg. de l'hôtel de 
ville A8, fol. 189). 

2. Conseiller et chambellan du roi, maître en la Ghambre des 



18 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

confermez furent renvoiez à Paris, pour ilec attendre 
la venue du roy^. 

Et, le xxiiii^ jour de juillet, oudit an LXI, maistre 
Estienne Chevalier, qui avoit esté trésorier des finances 

Comptes, Pierre L'Orfèvre était fils de Pierre L'Orfèvre, châtelain 
de Pont-Sainte-Maxence et seigneur d'Ermenonville « en San- 
tois, » etc., et de Jeanne de Laillier. Il fit ses études au collège de 
Navarre, à Paris, et à l'Université d'Orléans, et épousa Geuffrine 
Baillet, avec laquelle il habitait à Paris rue de la Bretonnerie. 
Pierre L'Orfèvre mourut vers 1498 (Bibl. nat., Pièces orig., 
vol. 1747, doss. VOrfèvre; cf. le dossier Laillier). — Son beau- 
père, Jean Baillet, fils de Pierre Baillet et de Marie de Vitry, 
seigneur de Sceaux, conseiller au Parlement de Paris et maitre 
des requêtes ordinaire de l'Hôtel, vivait encore en 1477. Il avait 
épousé Colette de Fresnes (Pièces orig., vol. 168, doss. Baillet). 

— Simon Charles était l'un des plus anciens serviteurs de Char- 
les YII. Conseiller et maître des requêtes de l'hôtel dès 1430, il 
fut chargé de diverses missions à l'étranger. Au mois d'août 
1442, il s'intitulait « président en la Chambre des Comptes (il 
exerçait cette fonction depuis plusieurs années) et commis au 
gouvernement de toutes finances es pays sur et deçà les rivières 
de Seine et d'Yonne » (Beaucourt, ouvr. cité, III, 237 et passim). 

— On trouvera, au Recueil des Ordonnances des rois, t. XV, p. 1 
et suiv., le texte des lettres patentes de Louis XI confirmant dans 
leurs fonctions les gens des Comptes et du Trésor. 

1. Le l^"" août 1461, Louis XI expédiait d'Avesnes à Paris un 
de ses familiers, Jacques de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, 
pour prendre possession de la ville en son nom, recevoir le ser- 
ment des bourgeois et habitants et assurer la sécurité publique 
jusqu'à l'arrivée du roi (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 3021, doss. 
L'Isle-Adam, orig. sur parchemin donné sous le scel du secret en 
l'absence du grand). — A Rouen, dès le 29 juillet, Jean d'Estuer, 
écuyer, seigneur de la Barde, conseiller et maitre d'hôtel du roi, 
vint prendre possession au nom de Louis XI des ville, château, 
palais et ponts, et présenta au conseil de ville des lettres royales 
datées des Roches, le 25 juillet, qui lui prescrivaient de recevoir 
le serment des habitants et de remettre la garde provisoire de la 
place à douze notables. Cette cérémonie eut lieu le 29 juillet 
(Reg. de l'hôtel de ville A», fol. 190 v et 195). 



146Î] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. \9 

dudit feu roy Charles et lequel il avoit nommé eslre 
ung des exécuteurs de son testament, et aussi maistre 
Dreux Budé, audiencier de la chancellerie de France, 
se partirent de la ville de Paris pour aler au corps 
dudit defunct audit lieu de Meun ' ; mais par le seigneur 
d'Aigreville, cappitaine de Montargis, par le pourchas 
d'ung gentilhomme nommé Waste de Mompedon-, 
furent arrestez audit lieu de Montargis lesdiz Ghe- 
vaUer et Budé, et ilec furent une espace de temps et 
jusques à ce que le roy les envoya faire délivrer eulx 
et leurs biens, et depuis furent par lui entretenus en 
leur offices de trésorier et audiencier. 

1. Né vers 1410 et mort le 3 septembre 1474, Etienne Cheva- 
lier occupait avant 1444 le poste de secrétaire de Charles VII. 
Il remplit plusieurs missions diplomatiques, fut nommé conseiller 
et maître des comptes (15 août 1449), receveur général des 
finances et contrôleur de la recette générale. La disgrâce où il 
tomba à l'avènement de Louis XI fut de courte durée, et, en 
1463, il joua un rôle important da"ns la grosse opération finan- 
cière du rachat des villes de la Somme (Mém. de Commynes, éd. 
Lenglet-Dufresnoy, 1747, in-4'', Preuves, t. Il, p. 392 et 399). 
Sous Louis XI, il exerça la charge de trésorier de France (Pièces 
orig., vol. 742, doss. Chevalier). — Dreux Budé, qui, lui aussi, 
avait commencé sa carrière en remplissant les fonctions de 
secrétaire de Charles VII (1439), portait, dès la fin de 1441, le 
titre d'audiencier du roi. Il y joignit celui de trésorier des chartes 
(voy. Vaesen, Lettrées de Louis II, II, 219). 

2. Jean de Montespedon, dit Houaste comme son père, sei- 
gneur de Basoches et de Beauvoir, premier valet de chambre du 
dauphin Louis et l'un de ses confidents intimes, fut chargé à 
deux reprises de se rendre à la cour de Charles Vil pour négo- 
cier la réconciUation du dauphin avec son père (commencement 
de 1461. Beaucourt, Charles VU, VI, 312-322). Le 23 août 1461, 
son procureur, Emery Vuille, prit possession pour lui du bail- 
liage de Rouen (Reg. de l'hôtel de ville A^, fol. 193 v). Houaste 
fut tué à la bataille de Guinegate, le 7 août 1479 (voy. ci-après, 
à la date). 

I 4 



20 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

Et est assavoir que, le jeudi xxiii® jour de juillet, 
oudit an LXI, qui fut le lendemain de ladicte mort, 
environ ix heures de nuit, fut veue ou ciel courir 
bien fort une très longue comète, qui gectoit en l'air 
grant resplendisseur et grande clarté, tellement qu'il 
sembloit que tout Paris feust en feu et en flambe. 
Dieu l'en vueille préserver ! 

Et, le jeudi Yi® jour d'aoust oudit an IIIP LXP, le 
corps dudit defunct arriva et fut amené reposer en 
l'église de Nostre-Dame des Champs hors Paris, où il 
fut amené dudit lieu de Meun. Et le lendemain fut 
aie quérir audit lieu et apporté à Paris en moult 
grant et belle conduicte, ordonnance et révérence 
qui fut faicte audit corps, comme bien le valoit : 
c'est assavoir du clergié, des nobles personnes, offi- 
ciers, bourgois et populaire. Et y avoit pour lumi- 
naire porté devant ledit corps ii" torches de iiii livres 
de cire chascune pièce, toutes armoiées en double 
aux armes de France, et est oient portées par ii" povres 
personnes, tous revestus de robes et chaperons de 
dueil. Et estoit ledit corps porté en une lictiere 
par les henouars de Paris ^ ; laquelle Hctiere estoit 

1. Lisez : le mercredi soir, 5 août. Sur les funérailles de Char- 
les VII, voir Beaucourt, Chronique de Malhieu d'Escouchy (Soc. 
de l'hist. de France, 1863-64), t. II, 424-444; Fclibien, Histoire 
de Paris, 1725, in-fol., t. IV, Pièces justif., p. 599, et particulière- 
ment le récit de l'Histoire de Charles VII de Jean Gbartier, éd. 
Vallet de Viriville, in-12, t. III. 

2. Les henouars, oiiiciers de gabelle au nombre de vingt-quatre, 
jouissaient du privilège de porter le cercueil du roi. Dans l'occa- 
sion présente, ils se conduisirent assez mal. Sous un prétexte 
futile, ils menacèrent d'abandonner le corps à la Croix-aux-Fiens, 
sur la route de Saint-Denis, si on ne leur comptait pas dix livres 
parisis. Il fallut, pour les décider à reprendre leur funèbre far- 



1461] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 21 

couverte et assemillée d'un moult riche drap d'or 
qui bien povoit valoir mil ou xn^ escuz d'or. Et 
dessus ladicte lictiere estoit la pourtraicture faicte 
dudit defunct roy Charles, revestu d'un bel habit 
royal, une couronne en la teste; et en l'une de ses 
mains tenoit ung ceptre, et en l'autre le baston royal*. 
Et en cest estât fut porté en la grant église Nostre- 
Dame de Paris. Et tout devant aloient tous les crieurs 
de corps de ladicte ville pareillement vestuz de dueil 
et armoiez devant et derrière desdictes armes de 
France. Et après eulx estoient portées devant icelle 
lictiere lesdictes ii*^ torches ainsy armoiées en double 
que dit est. Et après icelle lictiere aloient faisans le 
dueil Messeigneurs les duc d'Orléans et conte d'An- 
golesme, frères, les contes d'Eu et de Dunois, messire 
Jehan Jouvenel des Ursins, chevalier, chancelier de 
France, et le grand escuier, tous revestus de dueil et 
montez à cheval-. Et puis, après icelle lictiere, aloient 

deau, l'intervention de Tanneguy du Ghâtel, qui, au reste, paya 
de sa poche les frais des funérailles de son maître. 

1. « Estoit lad. figure faite de cuir, revestue d'une tunique et 
d'un manteau de velour blanc à fleurs de lys fourré d'hermines, 
tenant en une de ses mains la main de justice et en l'autre main 
un grand sceptre ayant une couronne sur la teste et un oreiller 
de veloux dessous et un manteau d'or dessus » (J. Chartier, éd. 
Vallet, l. c). 

2. Charles, duc d'Orléans, né le 26 mai 1391, mort le 4 jan- 
vier 1465, avait épousé en troisièmes noces Marie de Clèves, 
qui lui survécut. Son frère Jean, comte d'Angoulême, né en 1404, 
mourut en 1467. — Charles d'Artois, comte d'Eu, succéda tout 
enfant à Philippe, son père, en 1397. Il mourut le 25 juillet 1472. 
— Jean, comte de Dunois, fils bâtard du duc d'Orléans Louis, 
naquit vers 1403 et mourut le 24 novembre 1468. — Le chan- 
celier de France, en 1461, se nommait Guillaume Jouvenel des 
Ursins, seigneur de Traînel, et non pas Jean; celui-ci était 



22 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

à pié, deux et deux, tous les officiers de l'ostel dudit 
defunct, aussi tous vestus de dueil angoisseux, 
lesquelz il faisoit moult piteux veoir ; et, de la grant 
tristesse et courroux qu'on leur veoit porter pour la 
mort de leurdit maistre, furent grans pleurs et 
lamentacions faictes parmy toute ladicte ville. Et aussi 
y avoit au joignant de ladicte lictiere six des pages 
dudit defunct, housez et esperonnez, sur six cour- 
siers tous vestus et couvers de veloux noir, et lesdiz 
pages oudit habit de dueil. Et Dieu scet le doloreux 
et piteux dueil qu'ilz faisoient pour leurdit maistre ! 
Et disoit on lors que l'un desdiz pages avoit esté par 
quatre jour entiers sans boire et sans menger pour la 
grant passion qu'il portoit de ladicte mort. 

Et le lendemain, qui fut vendredi vn® jour d'aoust 
oudit an LXJ, ledit corps d'icellui defunct fut tiré 
hors de ladicte église Nostre-Dame de Paris, environ 
trois heures après midi, et mené et acompaigné, 
comme devant est dit, en l'église Saint-Denis en 
France, et là il fut inhumé et y gist ' . Nostre Sauveur 
Dieu ait mercy de son ame ! 

archevêque de Reims. Guillaume et Jean Jouvenel étaient frères, 
d'ailleurs, et tous deux fils de Jean Jouvenel, mort en 1431, pré- 
sident au Parlement de Poitiers. Guillaume Jouvenel, né le 
15 mars 1400, mort le 23 juin 1472, exerçait les fonctions de 
chancelier depuis le 16 juin 1445. On verra plus loin qu'il fut 
destitué par Louis XI à son avènement, puis rétahli en 1465. — 
La charge de grand écuyer était exercée depuis le 20 mai 1454 
par Tanneguy du Chàtel. Il avait épousé Jeanne de Raguenel, 
vicomtesse de la Bellière, et fut tué devant Bouchain en 1477. 

1. Le cortège atteignit l'église de Saint-Denis le vendredi à 
huit heures du soir, et l'inhumation eut lieu le lendemain matin, 
après une messe dite, comme l'avait été celle de Notre-Dame do 
Paris, par Louis de Harcourt, patriarche de Jérusalem (J. Char- 
tier, éd. Vallet, /. c). 



146ÎJ OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 23 

Et, vers la fin dudit mois d'aoust^, nostre souve- 
rain seigneur et roy de France Loys, lors estant daul- 
phin de Viennoys et ainsné filz dudit defunct, succéda 
à ladicte couronne, fut sacré roy à Reims, par l'arce- 
vesque Jouvenel ~ ; auquel lieu il fut moult noblement 
acompaigné par la pluspart des seigneurs de nom de 
son royaume, en moult grant et notable nombre. 

Et, le derrenier jour dudit moys d'aoust, il party 
d'un hostel, estant aux faulxbourgs de la porte Saint- 
Honoré, nommé les Porcherons, appartenant à mes- 
sire Jehan Bureau, qui fut fait chevalier audit sacre à 
Reims, pour venir faire son entrée en sa bonne ville 
et cité de Paris ^. Au devant de laquelle entrée yssi- 

1. Le samedi 15 août. On trouvera des détails sur le sacre de 
Louis XI dans Maupoint, p. 42; Th. Basin, II, p. 8 et suiv.; du 
Glercq, III, p. 151 et suiv., et particulièrement dans Ghastellain, 
IV, p. 54 et suiv. Cf. Bibi. nat., ms. fr. 5739, fol. 234 et suiv., 
pap., xv« s. 

2. Jean Jouvenel des Ursins occupa le siège archiépiscopal 
de Reims du 13 mai 1449 au 14 juillet 1473. 

3. Interpolations et variantes, § II. — Le nouveau roi, accom- 
pagné d'une suite nombreuse, se rendit de l'abbaye de Saint- 
Thierry, près Reims, à Paris, en passant par Meaux, oii le 
duc de Bourgogne, Philippe le Bon, parti de Reims après lui, le 
rejoignit le 21 août. Louis XI séjourna à Meaux et arriva à Saint- 
Denis le 25, puis, le 29, il vint s'installer en « une petite placette 
nommée les Porcherons, » pour attendre que les Parisiens eussent 
terminé leurs préparatifs (Ghastellain, IV, 75). Dès le 14 août, le 
prévôt des marchands et les échevins prenaient leurs disposi- 
tions pour loger chez l'habitant les gentilshommes qui faisaient 
cortège au roi, le nombre des hôtelleries ayant beaucoup dimi- 
nué depuis que le feu roi et la cour avaient cessé de fréquenter 
Paris. Le 18, on vit arriver au bureau de la Ville les maréchaux 
des logis du roi et des princes du sang en (juète de gîtes pour leurs 
maitres, et les quarteniers les conduisirent chez les habitants qui 
avaient offert des lits, les bourgeois de Paris ne pouvant être 



24 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

rent hors de ladicte ville tous les estas d'icelle et par 
bel ordre pour illec trouver le roy et lui faire la révé- 
rence et bienveignant. En laquelle assemblée estoient 
l'evesque de Paris, nommé Ghartier^, l'Université-, 
la court de Parlement, le prevost de Paris, la Chambre 
des Comptes et tous officiers, le prevost des marchans 
et eschevins, tous vestus de robes de drap de damas 
fourrées de belles martres. Etlesquelz prevost des mar- 
chans et eschevins vindrent aux champs rencontrer 
et faire la révérence au roy. Et proposa devant lui 
pour ladicte ville ledit prevost des marchans nommé 
maistre Henry de Livres^, qui lui bailla et présenta 
les clefz de la porte Saint -Denis, par où il fist 
sadicte entrée. Et, ce fait, chascun se tira à part; 
et ou mesme lieu le roy fist ce jour grant nombre de 
chevaliers. Et, en venant par le roy vers ladicte porte 
Saint-Denis, il trouva près de l'église de Saint-Ladre* 

contraints par fourriers à loger les olïiciers du roi, gens^de guerre 
ni autres (Ordonn. des rois, t. XV, p. 10 et suiv.). 

1. Guillaume Ghartier occupa l'évêché de Paris du 4 décembre 
1447 au 1" mars 1472. 

2. Le 25 juillet, l'Université fut assemblée pour discuter la 
question de savoir si elle se porterait au-devant du nouveau roi, 
et c'est seulement le 25 août qu'il fut décidé de ne rien changer 
aux habitudes anciennes et d'attendre Louis XI avec le clergé 
au parvis Notre-Dame (Du Boulay, Hist. de l'Université de Paris, 
1670, in-fol., t. V, p. 651). Cette résolution déplut au roi, qui 
accueillit assez mal la harangue des universitaires (Voy. Relation 
de l'entrée du roi Louis XI à Paris, p. p. M. de La Fons-Melicoq 
dans le Messager des sciences de Gand, année 1401, p. 115). 

3. Henry de Livres est qualifié, au mois d'août 1468, couseiller 
du roi au Parlement es requestes du Palais (Bibl. nat., ms. fr. 
2921, fol. 53). 

4. L'église Saint-Lazare était en dehors des murs et très près 
de la p(trt(^ Saint-Denis. 



146iJ OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 25 

ung herault monté à cheval, revestu des armes 
de ladicte ville, qui estoit nommé Loyal Cuer, qui 
de par ladicte ville luy présenta cinq dames riche- 
ment aournées, lesquelles estoient montées sur cinq 
chevaulx de pris, et estoit chascun cheval couvert 
et habillé de riches couvertures, toutes aux armes 
d'icelle ville ; lesquelles dames et chascune par ordre 
avoient personnages tous compilez à la significacion 
des cinq lettres faisans PARIS, qui toutes parlèrent 
au roy, ainsi que ordonné leur estoit*. 

Et, en icelle entrée faisant, le roy estoit moult 
noblement acompaigné de tous les grans princes et 
nobles seigneurs de son royaume, comme de messei- 
gneurs les ducs d'Orléans^, de Bourgongne, de Bour- 
bon et de Gleves, le conte de Gharrolois, filz dudit 
duc de Bourgongne, les contes d'Eu, d'Angoulesme, 

i. « ... Y avoit V femmes, toutes vestues de drap d'or à manière 
de royne, ayans sur leur bras leurs nons selonc les v lettres de 
Paris. La première portoit P, qui segnefie Paix, la seconde A, 
par quoy est entendu Amour; la tierche portoit R, par quoy est 
entendu Ray son; la quarte portoit I, par quoy est entendu Joye, 
et la chinquieme portoit S, par quoy est entendu Seureté. Et 
estoient toutes v richement montées à cheval, vestues de drap 
d'or jusques aux pies, et devant elles ung heraus ayans cote d'armes 
semée du blason de Paris » [Messager de Gand, cité, p. 115). — 
Sur l'entrée de Louis XI, cf. la description si colorée de Ghas- 
tellain, IV, 75 et suiv.; du Glercq, III, 158 et suiv.; Basin, II, 
15 et suiv., et Maupoint, p. 45. 

2. Suivant Du Glercq, le vieux duc d'Orléans, alors septuagé- 
naire, se borna à regarder passer le cortège assis à une fenêtre 
(III, 167). Et Chastellain : « En cest assemblement ne comparu 
pas le duc d'Orléans. » Le même chroniqueur note l'absence du 
roi de Sicile, René, de François II, duc de Bretagne, et du comte 
de Foix, « qui ne veoient point l'heure propre pour eux y estre 
en personne » (IV, 88, 91). 



?6 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

de Saint-Pol* et de Dunois, et autres plusieurs contes, 
barons, chevaliers, cappitaines et autres gentilz- 
hommes de grant façon, qui, pour honneur lui faire 
à ladicte entrée, avoient de moult belles et riches 
housseures dont leurs chevaulx estoient tous couvers. 
Lesquelles housseures estoient de diverses sortes et 
façons, et estoient les unes d'icelles de fin drap 
d'or fourrées de martres sebelines, les autres de 
veloux, de pennes d'ermines, de drap de damas, 
d'orfaverie, et chargées de grosses campanes d'ar- 
gent blanches et dorées^, qui avoient cousté moult 
grant finance. Et si y avoit sur lesdiz chevaulx 
et couvertures de beaux jeunes enfans pages, bien 
richement vestus, et sur leurs espaules avoit de 
belles escharpes branlans sur les cr[o]upes desdiz 
chevaulx, qui faisoient moult bel et plaisant veoir. 

1. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avait épousé en troi- 
sièmes noces Isabelle de Portugal ; de cette union était né, le 
10 novembre 1433, Charles, comte de Charolais. — Jean II, duc 
de Bourbonnais et d'Auvergne, avait épousé, le 26 décembre 1446, 
Jeanne de France, sœur de Louis XL — Jean I«r, duc de Glèves, 
né le 16 janvier 1419, mort le 5 septembre 1481, était fils du duc 
Adolphe et de Marie de Bourgogne. — Louis de Luxembourg, 
comte de Saint-Pol, connétable de France (5 octobre 1466), fut 
décapité le 19 décembre 1475 (voy. ci-après). 

2. C'était une mode extrêmement répandue au xv^ siècle que 
celle de charger de clochettes, voire de cloches, les housses des 
chevaux. La Relation de Ventrée de Louis XI à Paris, imprimée 
dans le Messager de Gand, dit qu'un des chevaux du comte do 
Charolais portait sur le dos une cloche « à manière de timbre 
pendant à nu piliers. » De même, le comte do Saint-Pol avait 
un cheval housse d'orfèvrerie « à grosses clocques sounaut 
à batel, » et le seigneur de Croy trois coursiers harnachés do 
chaînes d'or « à grant multitude de cloches pendans autour des 
chevaux. > 



1461] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 27 

Et, à l'entrée^ que fist le roy en ladicte ville de Paris par 
ladicte porte Sainct-Denis, il trouva une moult belle 
nef en figure d'argent, portée par hault contre la 
maçonnerie de ladicte porte dessus le pont levis, en 
signifiance des armes de ladicte ville ; dedens laquelle 
nef estoient les trois estas. Et, aux chasteaulx de 
devant et derrière d'icelle nef, estoient Justice et 
Equité, qui avoient personnages pour ce à eulx ordon- 
nez ; et, à la hune du mast de ladicte nef, qui estoit 
en façon d'un liz, yssoit ung roy en habit royal que 
deux anges conduisoient. Et, ung peu avant dedens 
ladicte ville, estoient à la fontaine du Ponceau- hommes 
et femmes sauvages, qui se combatoient et faisoient 
plusieurs contenances. Et si y avoit encores trois bien 
belles filles, faisans personnages de seraines toutes 
nues, et leur veoit on le beau tetin droit, séparé, 
rond et dur, qui estoit chose bien plaisant, et disoient 
de petiz motetz et bergeretes^ ; et près d'eulx jouoient 

1. C'est ici que débute le ms. fr. 2889 de la Bibl. nat. — 
Louis XI était monté « sur ung cheval et deseure luy ung ciel 
que vi hommes de la loy de Paris vestu de violet (portoient), et 
le roy vestus de drap de damas blancq à gros boutons d'or (dans) 
lesquelz estoient envaisselez gros baliais » {Messager de Gand, 
cité). 

1. Rue Saint-Denis, à une petite distance de la porte, près des 
Filles-Dieu. Cette fontaine est encore indiquée au plan des fon- 
taines de Paris par l'abbé Delagrave, dans le tome IV du Traité 
de la police de Delamare (1735). 

3. Par motet il faut entendre une composition harmonique à 
deux, trois ou quatre parties. La bergerette était un rondeau dont 
le second couplet n'avait pas de refrain et qui différait du pre- 
mier par les rimes et parfois par le rythme (Rondeaux et autres 
poésies du XV^ siècle, p. p. Gaston Raynaud, Introd., p. li et suiv. 
(Soc. des Ane. textes), 1889). 



28 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

plusieurs bas instrumens qui rendoient de grandes 
mélodies. Et, pour bien rafreschir les entrans en 
ladicte ville, y avoit divers conduis en ladicte fon- 
taine gectans lait, vin et ypocras, dont chascun buvoit 
qui vouloit. Et, ung peu au dessoubz dudict ponceau, 
à l'endroit de la Trinité^, y avoit une Passion par per- 
sonnages et sans parler. Dieu estendu en la croix et 
les deux larrons à destre et à senestre. Et plus avant, 
à la porte aux Paintres^, avoit autres personnages 
moult richement habillez. Et, à la fontaine Saint-Inno- 
cent^, y avoit aussi personnages de chasseurs qui 
acueillirent une biche ilec estant, qui faisoient moult 
grant bruit de chiens et trompes de chaces. Et, à la 
Boucherie de Paris ^, y avoit eschafaulx figurez à la 
bastide de Dieppe. Et, quant le roy passa, il se livra 
ilec merveilleux assault des gens du roy à l'encontre 
des Anglois estans dedens ladicte bastide, qui furent 
prins et gaignez et orent tous les gorges coppées^. Et, 
contre la porte de Chastellet, y avoit de moult beaulx 

1. Rue Saint-Denis, près la rue Greneta. 

2. Rue Saint-Denis, près la rue aux Oues. 

3. Toujours dans la rue Saint-Denis, au coin de la rue aux 
Fers. 

4. La Grande-Boucherie de Paris, installée derrière le Chàte- 
let, fut démolie en 1416 et reconstruite deux ans après. Les pro- 
priétaires en étaient dès cette époque les Thibert, les Saintyon, 
les d'Auvergne et les Ladehors (Lespinasse, Les Métiers de Paris, 
in-4% I, 261). 

5. La représentation de la prise de la bastille de Dieppe était une 
délicate llatterie à l'adresse du nouveau roi. Au mois de novembre 
1442, le fameux capitaine anglais Talbot vint assiéger Dieppe et 
édifia devant les murs une forte bastille. Après neuf mois, en 
août 1443, une armée française, conduite par le dauphin Louis, 
contraignit les Anglais à lever le siège. 



1461J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 29 

personnages. Et, oultre ledit Chastellet, sur le pont 
aux Changes'', y avoit autres personnages et estoit 
tout tendu par dessus. Et, à l'eure que le roy passa, 
on laissa voler parmy ledit pont plus de GC douzaines 
d'oiseaulx de diverses sortes et façons que les oise- 
leurs de Paris laissèrent aler, comme ilz sont tenus 
de ce faire, pour ce qu'ilz ont sur ledit pont lieu et 
place à jour de feste pour vendre lesdicts oiseaulx. 
Et, par tous les lieux en ladicte ville par où le roy 
passa celle journée, estoit tendu au long des rues 
bien notablement. Et ainsi s'en ala faire son oroison 
en l'église Nostre-Dame de Paris, et puis s'en retourna 
souper en son Palais royal à Paris, en la grant sale 
d'icellui- : lequel souper fut moult bel et plantureux, 
et coucha celle nuit oudit palais. 

1. Ce pont, couvert de boutiques de changeurs, reliait directe- 
ment la rue Saint-Denis à la Cité. On l'appelait aussi le Pont- 
aux-Oiseaux, à cause des oiseleurs qui l'habitaient. Il était en 
bois et fut incendié en 1639. 

2. Louis XI arriva à Notre-Dame vers six heures du soir, et fut 
reçu par l'évêque, entouré de tout son clergé, et par les maîtres 
de l'Université. Après les harangues obligées, qu'il abrégea assez 
vivement, il jura, suivant la coutume des nouveaux rois, le main- 
tien des privilèges du Chapitre de Paris et visita l'éghse et les 
rehques. Voir, dans le Journal de Maupoint cité, p. 45, note 2, 
le procès- verbal du greffier du Chapitre ; cf. Basin, II, 15 et suiv.; 
Du Clercq, III, 171, et surtout Chastellain, IV, 84. Ce dernier dit 
également qu'en quittant la cathédrale Louis XI remonta à che- 
val et s'en alla descendre au palais, « là où estoit appresté le 
souper pour luy et pour les princes ses pairs et barons, qui tous 
y eurent chambres et logis pour celle nuyl, voire les hauts et 
grands princes. » Le banquet fut servi sur la fameuse table de 
marbre, au bout de cette admirable grand'salle que Philippe le 
Bel avait agrandie et appropriée. Elle fut détruite par l'incendie 
de 1618, mais l'étage inférieur existe encore. Il n'y avait pas été 



30 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

Et le lendemain, premier jour de septembre oudit 
an LXI, il se desloga dudit palais et s'en ala loger en 
son hostel des Tournelles près de la bastide Saint- 
Anthoine, où il fut et séjourna depuis par aucun 
temps. Et là il fist et ordonna plusieurs choses tou- 
chant les af aires de son royaume. Et ilec fist plusieurs 
ordonnances et desappoincta les plus grans et princi- 
paulx officiers de sondit royaume, comme le chance- 
lier Juvenel, le mareschal, l'amiral, le premier prési- 
dent de Parlements le prevost de Paris et plusieurs 
autres, et en leurs lieux y en mist d'autres tous neufz. 
Pareillement aussi desapointa plusieurs maistres des 
requestes, secrétaires, conseillers et clers des comptes, 
de la court de parlement, des generaulx des aides, de 
la chambre du trésor, des generaulx des monnoyes et 
autres, et en leurs lieux y en mist de tous nouveaulx^. 

donné de fête depuis la réception, à Paris, en 1378, de l'empereur 
d'Allemagne Charles IV, car c'est en des occasions fort rares que 
le Palais était enlevé au Parlement pour reprendre momentané- 
ment sa destination primitive de palais royal. — Le i" sep- 
tembre, Louis XI dîna encore au Palais, et le soir « se retrahy 
en l'hostel des Tournelles, où il avoit choisi sa demeure..., et y 
tint son estât, mais non gaire grand » (Chastellain, IV, 93). 

1. Yves de Scepeaux fut remplacé par Hélie de Torrettes, 
« homme de grant efficace, juste autant aux povres comme aux 
riches, » qui par ses remontrances réussit à empêcher les boule- 
versements que Louis XI paraissait sur le point d'introduire dans 
le personnel de la cour souveraine pour plaire à son oncle de 
Bourgogne, qui avait à se plaindre du Parlement (Fragment de la 
Chronique officielle des rois de France, conservé au ms. de la reine 
Christine 753, fol. 93 (communication de M. Vaesen). Cf. Jour- 
nal de Maupoint, et Chastellain, IV, 100). La nomination d'Hélio 
de Torrettes est du 3 septembre 1461. Il prêta serment le 11 du 
même mois [Ordonnances, XV, p. 12, note; cf. ci-après). 

2. C'est le mercredi 2 septembre que Louis XI réunit, « eu 



1461] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 31 

Et, le tiers jour de septembre mil IIIP LXI, le roy 
avecques les seigneurs et aucuns gentilzhommes de 
sa maison soupperent en l'ostel de maistre Guillaume 
de Corbye, lors conseiller en sa court de Parlement, 
et celle nuit le roy [le] fist et créa premier président 
du Daulphiné^ Et là y furent plusieurs damoiselles et 

l'hostel neuf construit par Charles V à côté de celui des Tour- 
nelles, les ducs et une grant partie des contes et chevaliers et 
aultres sages, » afin de pourvoir aux offices du royaume. Ce con- 
seil siégea trois semaines, mais le roi suivit peu ses avis. Mau- 
point, qui fournit ce renseignement, ajoute que « plusieurs chefs 
de guerre... furent desapointez et aultres moins nobles et de 
moindres ostelz furent mis en leurs estas et offices. » Les muta- 
tions portèrent sur nombre d'officiers de tout ordre, « dont et 
pourquoy plusieurs personnes furent dolens et desplaisans et se 
donnoient grant merveille de telle et si soudaine muance en tant 
et en si grant nombre d'estas et offices parmi ce royaulme. Et 
nota que lors on disoit que en ce royaulme avoit soixante et 
quatre mille offices à gages » {Journal, p. 47). — C'est Pierre 
de Morvilliers qui remplaça le chancelier Jouvenel. — Le 
maréchal de Lohéac dut céder son commandement au bâtard 
d'Armagnac, Jean de Lescun. Jean de Montauban fut amiral à 
la place de Jean de Bueil avec 2,000 1. t. de gages et 20,000 1. t. 
de pension (Bibl. nat., ms. fr. 20499, fol. 106), et Jacques de 
risle-Adam prévôt de Paris à la place de Robert d'Estouteville. ^ 

On verra qu'après le Bien Public plusieurs des anciens titulaires 
furent réintégrés en leurs charges (voy. Ghastellain, IV, 100, 
les Mémorandums de Bourré, Bibl. nat., ms. fr. 20489, fol. 95, et 
Ordonnances des rois, t. XV, p. 11 et suiv.). 

1. Guillaume de Corbie était fils de Phihppe, bâtard légitimé 
du chancelier Arnault de Corbie et de Jeanne de Chanteprime. 
Chevalier, seigneur de Mareuii, etc., et conseiller au parlement 
de Paris dès 1436, il y devint président en 1463. Il avait épousé 
Jeanne de Longueil et mourut le 21 mars 1490. Par lettres 
royales, en date du 13 septembre 1461, Guillaume de Corbie fut 
autorisé à cumuler l'office de conseiller au parlement de Paris 
avec celui de président au parlement de Dauphiné (Ordonnances 
des rois, XV, 17). 



32 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1461 

honnestes bourgoises dudit lieu de Paris. Et, ce jour 
aussi, fut fait et créé secrétaire Jehan Prévost, clerc 
de maistre Jehan de Valengelier, greffier des requestes 
de rOstel du roy^, au moien de ce qu'il espousa une 
jeune femme nommée Mariete, qui avoit servy mon- 
seigneur le bastard d'Armignac, conte de Gomminge ; 
à cause de quoy ledit Prévost a eu de grans biens, 
et y print le bien qu'il a^. JEt, en ce temps, le roy 
estant audit lieu de Paris, fist de grandes honnestes 
et bonnes chères en divers lieux et hostelz de Paris ^ . 

1. Jean de Valengelier servait Charles Vil dès 1434 en qualité 
de clerc-notaire et secrétaire (Bibl, nat., Pièces orig., vol. 2915, 
doss. Valengelier). 

2. Ce Jean Le Prévost, que notre auteur paraît avoir tenu en 
médiocre estime, fut un des serviteurs les plus employés de 
Louis XL Dès la fin de septembre 1461, on le voit contresigner 
des lettres du roi (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 14). En 1468, 
c'est lui qui rédigea le procès-verbal des états généraux tenus à 
Tours du 6 au 14 avril (Musée des Arch. nat., n» 483). En 1473- 
1474, il avait probablement la garde des livres du roi (Delisle, 
Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, I, 75, 77, et 
II, 343). En 1466, 1469 et 1472, il exerça le contrôle des finances 
« deçà Seine et Yonne » (Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 2378, doss. 
Prévost), et plus tard, en 1484-1485, la recette ordinaire du bail- 
liage de Touraine (Bibl. nat., ms. fr. 20499, fol. 80). Il habitait à 
Paris, sur la paroisse de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, dont 
il était marguillier en 1482-1483 (Arch. nat., LL 729, fol. 149). — 
Sa femme, Marie Sohier, toucha, le 4 novembre 1465, 100 écus 
d'or pour partie de ses gages de lingère et lavandière du roi (Bibl. 
nat., ms. fr. 26090, n^ 438, parch.). Par patentes datées de Mon- 
tils-lès-ïours, le 26 mars 1466 (v. st.), Louis XI lui fit don de 
tous les droits qu'il possédait sur la prévôté de Triel en récom- 
pense des 20 écus d'or qu'elle recevait pour ses gages et pension, 
avantage que Le Prévost échangea plus tard contre la prévôté 
de Gonesse (Patentes datées du Pont-de-Samois, 4 octobre 1474. 
Voy. Sauvai, Hist. des Antiquités de Paris, 1724, t. III, p. 424). 

3. A en croire Chastellain, les passe-temps de Louis XI n'étaient 



1461-1462] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 33 

Et si advint en ce temps audit lieu de Paris que 
une belle jeune femme nommée Jehanne du Bois, 
femme d'un notaire du Chastellet dudit lieu de Paris, 
se party et absenta hors de la maison de sondit mary 
et s'en ala où bon lui sembla, et depuis par long 
temps fut perdue. Et après, sondit mary, bien con- 
seillé de ses principaulx amis, la reprint, et se contint 
de là en avant avecques sondit mary bien et honnes- 
tement^. 

En l'année mil GCGG soixante et deux ensuivant, 
ne survindrent gueres de nouvelletez qui feussent de 

pas tous d'un ordre relevé. Escorté par Guillaume Bische, le 
favori du comte de Gharolais, et « un des singuliers du monde, » 
il s'en allait « bras à bras par nuyt... parmy la ville de Paris 
visiter dames et damoiselles » (IV, 116, 486). — Tout le passage 
concernant Jean Le Prévost, qui existe dans les deux manus- 
crits, a été supprimé dans l'édition gothique, probablement parce 
que ce personnage vivait encore à l'époque où pour la première 
fois la Scandaleuse fut imprimée. 

1. Les mots « et despuis par long temps fut perdue » qui 
figurent dans les deux manuscrits de la Chronique ont été 
omis dans les éditions anciennes. Je ne sais si ce notaire 
au Ghàtelet est le même personnage qu'Etienne du Bois, con- 
seiller au Parlement, qui fut suspendu de son office pour avoir, 
en 1476-77, opiné pour que le duc de Nemours « ne fust pugny 
du crime de lèze majesté. » Ge Du Bois avait épousé Jeanne 
de Fumechon, fille d'un conseiller au Parlement. Arrêté et 
emprisonné, il languit quatorze mois « tout enferré, les jambes 
nues, et de jour enchesné d'une chesne de fer. » Transporté 
ensuite de Tours à Arras, malade, e sur ung petit cheval en 
une charrette, par manière de dérision, en grande esclande de sa 
personne, » il fut entin élargi, mais le roi lui fit interdire sous 
peine de confiscation de rentrer à Paris ni d'approcher de dix 
lieues de sa résidence. La femme d'Etienne du Bois partagea sa 
misère et en mourut (Bibliothèque nationale, Pièces originales, 
vol. 389, dossier du Bois). 



34 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [U63-1464 

grant mémoire : pourquoy n'en est icy faicte aucune 
mencion. 

Et, au regard de l'année ensuivant mil IIIP LXIII, 
pareillement que dit est, ne survint riens qui doye 
estre mis en grant mémoire, mais l'y ver fut court 
sans estre froit, et fut l'esté long. Il crut en ladicte 
année assez de vin et assez bon. Et, au regard des 
autres biens de terre, n'en fut pas grant habondance, 
mais la mer fut fort fructueuse ^ 

En l'an mil GCGG LXIIII, à ung jour de mardi, 
XV* jour de may, le roy vint et arriva en sa ville de 
Paris, qui venoit de Nogent le Roy, où ilec la royne 
s'estoit délivrée d'une belle fîlle^. Et ce jour il soupa 
en l'ostel de maistre Charles d'Orgemont, seigneur de 

1. Interpolations et variantes, § III. — Les éditions anciennes 
ont supprimé le dernier membre de la phrase. Ainsi qu'on l'a 
remarqué dans l'Introduction, il est au moins singulier que le 
chroniqueur ait omis de noter les événements des années 1462 
et 1463. 

2. Interpolations et variantes, § IV. — La « belle fille » dont il 
s'agit (l'Interpolateur, en copiant cette phrase, a supprimé l'épi- 
thète) est Jeanne de France, cette pauvre créature contrefaite 
que Louis XI imposa au jeune duc Louis d'Orléans dans l'es- 
poir peut-être que leur union, vouée à la stérilité, serait la fin 
d'une maison rivale. Répudiée en 1498 par le duc d'Orléans, 
devenu le roi Louis XII , Jeanne reçut en compensation le 
duché de Berry (26 décembre 1498) et mourut en odeur de 
sainteté (voy. R. de Maulde, Jeanne de France, duchesse d'Or- 
léans et de Berry, in- 8». Paris, 1883). Venu en pèlerin à 
Chartres, Louis XI partageait son temps entre cette ville et 
Nogent-le-Roi, qui, depuis 1444, appartenait au grand sénéchal 
de Normandie, Pierre de Brézé. En 1460, Brézé avait rasé l'an- 
cien château et construit un château neuf qui fut terminé en 
1463 (Docu^yi. histor. sur les communes du canton de Nogent-le- 
Roi..., p. p. Ed. Lefèvre, 2 vol. in-12. Chartres, 1865). 



1464] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 35 

Mery*. Et puis s'en parti oudit moys de may de 
ladicte ville de Paris, pour aler es marches de Picar- 
die, cuidant ilec trouver les ambasseurs du roy 
Edouart d'Angleterre, qu'on lui avoit dit qui y dévoient 
venir pardevers lui, qui n'y vindrent point; et à 
ceste cause s'en parti dudit pays de Picardie et s'en 
ala à Rouen et autres lieux de Normandie^. 

Et, lui estant oudit pays de Normandie, advint 
que ung balenier fut prins sur mer es marches de 
Holande, dedens lequel estoit avecques autres ung 
nommé le bastard de Rubempré, lequel balenier et 
ceulx qui dedens estoient furent prins tous prisonniers 
par les navires de Flandres. Et, après ladicte prinse 
faicte, plusieurs Picars et Flamens disoient et pu- 
blioient que dedens icellui le roy les avoit envolez pour 
prendre prisonnier monseigneur de Gharolois : dont 
il n'estoit riens ^. 



1. Charles d'Orgemont, écuyer, seigneur de Méry et de Champs- 
sur-Marne, conseiller et maître des comptes, trésorier de France 
(12 novembre 1465), était fils de Philippe d'Orgemont et de Marie 
Boucher. Il épousa Jeanne Dauvet (Bibl. nat., Pièces orig., 
vol. 2149, doss. Orgemont ; ms. fr. 2921, fol. 44 v". Cf. G. Jacque- 
ton, Documents relatifs à l'administration financière en France de 
Charles VU à François /". Paris, 1891, in-8°, p. 289). 

2. Interpolations et variantes, § V. — Louis XI quitta Paris à 
la un de mai, « et de là, visitant les marches à l'entour, et 
tousjours approchant Picardie, fit son arrest en diverses places, 
chassant et soy esbattant pour venir au temps que la journée 
estoit prise de la convention des Anglois, le xv« de juillet » 
(Chastellain, IV, 493). Il arriva à Rouen le 23 juillet, y demeura 
quelques jours et fit un séjour assez prolongé chez le grand 
sénéchal de Normandie, à Mauny, « près d'une forest, là où 
avoit assise une maison plaitte, qui bien sembloit de haut repaire » 
(Chastellain, V, 25; cf. VII, 37 et suiv.). 

3. Il semble impossible, en eiïet, que Louis XI ait commis la 

I 5 



36 JOURN.VL DE JEAN DE ROYE [1464-1465 

En ce temps, le roy, qui estoit en Normendie, s'en 
parti pour retourner audit lieu de Nogent. Et puis de 
là s'en ala à Tours, à Ghinon, et de là à Poictiers^. 
Auquel lieu de Poictiers ala et fut pardevers lui une 
ambaxade de Paris lui requérir aucunes franchises 
pour ladicte ville, dont riens ou que peu ne leur 
accorda, sinon que l'imposicion foraine n'auroit plus 
de cours en ladicte ville, qui n'estoit pas grant chose ^. 
Mais ilz n'en joyrent point, nonobstant leurdit don, 
pour ce que les gens des Comptes, à qui leurs lettres 
s'adressoient, ne leur vouldrent bailler d'icelles leur 
expedicion. 

Et aussi furent devers le roy audit lieu de Poictiers 
les ambasseurs du duc de Bretaigne, qui par lui 
furent oyz sur aucuns articles qu'ilz lui exposèrent tou- 
chant le fait du roy et dudit duc. Lesquelz articles ou 

folie de confier au bâtard de Rubempré la mission d'enlever le 
comte de Gharolais à Gorcum, c'est-à-dire à plus de 100 kilo- 
mètres d'Araemuyden, où le bâtard avait laissé son navire. On 
trouvera la version française de cet incident dans le discours du 
chancelier de France à Philippe le Bon (6 nov. 1464. Gommynes, 
éd. Lenglet, II, 417; cf. éd. Dupont, UI, 208). Le bourguignon 
Ghastellain s'abstient de formuler une opinion, tout en déclarant 
la venue du bâtard « souspeconneuse » (V, 83). Le fragment de la 
Chronique de la Haye citée par M. de Lettenhove (ibid., p. 85) 
incrimine formellement le roi. Du Glercq dit simplement qu'on 
ne put rien savoir au vrai de la confession que le bâtard fut 
censé avoir faite, « car le conte [de Gharolais] ne volt pas que on 
le sceust » (IV, G6). 

1. Louis XI était à Rouen le 8 novembre. Le 13, on le retrouve 
à Nogent-le-Roi. Il passa les mois de décembre et de janvier en 
Touraine et arriva le 18 février à Poitiers, où il resta jusqu'au 
milieu de mars {Itin. cité). 

2. On entendait par imposition foraine les droits que devaient 
acquitter les marchandises à l'entrée ou à la sortie du royaume 
(Jacquelon, ouvr. cité, Introd., p. vm). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 37 

la pluspart d'iceulx furent par le roy accordez. Et, 
en iceulx articles accordant, lesdiz ambasseurs pro- 
misdrent de faire venir ledit duc de Bretaigne audit 
lieu de Poictiers ou ailleurs au bon plaisir du roy, 
pour confermer iceulx articles acordez. Et à tant se 
partirent dudit lieu de Poictiers lesdiz ambasseurs, 
feignans eulx en retourner audit pais de Bretaigne; 
mais ilz firent tout le contraire, comme cy après sera 
dit, car ilz partirent dudit Poictiers à ung jour de 
samedi ^ Et ce jour ne firent que quatre lieues, et ilec 
demourerent jusques au lundi ensuivant que monsei- 
gneur le duc de Berry, frère du roy^, s'en party aussi 
dudit lieu de Poictiers, et vint jusques aux dessusdiz 
ambasseurs, qui le recueillirent et l'en amenèrent 
oudit pays de Bretaigne à bien grant haste et dili- 
gence, pour paour que le roy n'en eust nouvelles et 
qu'ilz feussent suivis^. Et desjà estoit oudit pays aie, 
pardevers icellui duc, monseigneur le conte de Du- 
noys'*. Et, si s'en alerent audit pays de Bretaigne, 

4. Les ambassadeurs bretons étaient Odet d'Aydie, seigneur de 
Lescun, et le chancelier Guillaume Ghau-vin. « Ilz m'avoient dit, » 
écrit Louis XI au duc de Bourgogne, après le 6 mars, « qu'il (le 
duc de Bretagne) viendroit à Tours et que je envoyasse le conte 
de Gomminge et l'admirai devers lui pour l'acompaigner à y venir, 
ce que j'avoye fait; et partirent lundi derrenier d'icy pour y aller, 
et je m'en parti aussi ce jour pour aller en mon pelerinaige à 
N.-D.-du-Pont, et lesdiz gens du duc estoient partiz le jour 
devant » (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 234). Les Bretons quit- 
tèrent donc Poitiers le dimanche 3 et non le samedi 2 mars. 

2. Gharles de France, second fils de Charles Vil et de Marie 
d'Anjou, né le 28 décembre 1446, mort le 25 mai 1472. Louis XI 
lui avait donné, en 1461, le duché de Berry en apanage. 

3. Cf. Vaesen, Lettres de Louis II, II, 234 et suiv. — Interpo- 
lations et variantes, § VI. 

4. Basin est revenu par deux fois sur la défection du bâtard 



38 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

après ledit parlement, aucuns particuliers pardevers 
mondit seigneur de Berry^. 

Et, tantost après ledit parlement ainsi fait que dit 
est, monseigneur le duc de Bourbon porta guerre au 
roy et à ses pays, et print toutes les finances qui 
esloienl au roy, eslans es pays de mondit seigneur le 
duc^. Et si y fist prendre et arrester le seigneur de 
Crussol, qui bien estoil fort familier du roy, et lequel 
seigneur de Crussol passoit lors par les pays de mon- 
seigneur le duc de Bourbon, menant avecques soy sa 

d'Orléans, dont la cause véritable paraît avoir été sa rivalité avec 
le comte du Maine, que Louis XI favorisait à ses dépens. Chargé 
par le roi d'une mission en Bretagne, il embarqua sur la Loire la 
meilleure partie de ses meubles et s'en fut, « sans idée de retour, b 
Basin, naturellement, excuse cette trahison. Dunois, dit-il, redou- 
tait la colère du roi, lorsque celui-ci apprendrait le résultat néga- 
tif des sommations qu'il l'avait chargé d'adresser aux Bretons, 
et, d'autre part, le comte percevait clairement qu'il n'y avait à 
espérer aucune réforme dans le gouvernement du royaume (II, 
99, 103). Le bâtard d'Orléans fut la véritable tête des coalisés de 
l'Ouest. 

1. Interpolations et variantes, § VII. 

2. C'est à Lille, au mois d'octobre 1464, que le duc de Bourbon 
persuada son oncle le duc de Bourgogne de faire cause commune 
avec les seigneurs français contre Louis XI; encore, ajoute Com- 
mynes, t le neu de ceste matière ne luy fut jamais descouvert, 
ne il ne s'attendoit point que les choses vinssent jusques à la 
voye du faict » (éd. Duiwnt, I, 14). — Les griefs des princes coa- 
lisés sont exposés dans la lettre que Bourbon écrivit au roi pour 
lui faire connaître son refus d'obéir à ses ordres (Bourges, 
24 mars, dans Gommynes, éd. Lenglet, II, 443 et suiv. — Cf. Ghas- 
tellain, IV, 117, 119, et Doc. inédits, l""* série; Mélanges histo- 
riques, p. p. Quicherat, t. Il, p. l'J6 et suiv.). — Dès le 5 avril, 
Louis XI mandait au seigneur de la Fayette qu'il était averti 
« des prinses et destrousses faictes par les gens du duc de Bour- 
bon sur ses olliciers et subgetz » et l'invitait à user de représailles 
(Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 25'i). 



1465J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 39 

femme et plusieurs de ses biens, tous lesquelz furent 
en arrest en la ville de Cosne en Bourbonnoys^ Et, 
après les choses dessusdictes, furent aussi arrestez 
prisonniers en la ville de Molins le seigneur de Tray- 
nel, par avant chancelier de France, et maistre Pierre 
d'Oriole, gênerai des finances du roy, lesquelz furent 
longuement détenus en arrest en ladicte ville de Mo- 
lins. Et puis après par mondit seigneur le duc furent 
délivrez, et s'en retournèrent pardevers le roy^. 

Et, le dimenche xii^ jour de mars^, oudit an 
IIIP LXIIII, après ledit partement de monseigneur de 
Berry dudit lieu de Poictiers, Anthoine de Chabanes, 

1. Louis, seigneur de Crussol et de Beaudiner, conseiller et 
chambellan du roi, grand panetier de PVance, sénéchal de Poitou, 
gouverneur de Dauphiné, etc., avait épousé Jeanne de Lévis, 
dame de Florensac. Il mourut au mois d'août 1473. 

2. Interpolations et variantes, § VIII. — Pierre d'Oriole, qui, à 
l'avènement de Louis XI, avait été remplacé comme général des 
finances par Jean de Bar et comme maître des comptes par Jean 
Bourré, n'était pas tombé dans une disgrâce complète. Il avait 
été chargé par le roi, avec l'ex-chanceher Jouvenel, au mois de 
juin 1464, de chercher un accommodement entre les ducs de 
Savoie et de Bourbon. C'est au cours de cette mission qu'ils 
furent tous deux arrêtés à Moulins par ordre de Jean II. Après 
son élargissement, P. d'Oriole rejoignit le roi, mais, comme on le 
verra, passa aux rebelles au mois de septembre 1465. Sur les 
arrestations arbitraires dont parle notre texte, voir les plaintes 
du roi dans Commynes, éd. Lenglet, II, 448. Louis XI protesta 
aussi contre les déprédations dont s'étaient rendus coupables 
Louis du Breuil, Jean du Mas et autres qui, venus en armes 
jusqu'à la Loire, avaient saisi et dépouillé près de Blois, le 27 mars, 
le sénéchal de Beaucaire, rentrant d'une ambassade auprès du 
duc de Bourgogne, et d'autres sujets du roi, t qui n'est pas grand 
commencement de mettre bon ordre et provision au fait de ce 
royaume. » 

3. Interpolations et variantes, § IX. — Il faut lire J« jour de 
mars. — Cf. Maupoint, Journal, p. 51. 



40 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

conte de Dampmartin, qui estoit constitué prisonnier 
en la bastide Saint-Anthoine , s'en party et eschapa 
hors dudit lieu, et s'en ala en Berry et en Bourbon- 
noys, où ilec il fut bien recueilly par les gens de mes- 
diz seigneurs de Bourbon et Berry. Et, pour occasion 
dudit eschapement, en furent plusieurs constituez pri- 
sonniers. 

Et, le mercredi ensuivant, xv^ jour^ dudit moys, 
messire Charles de Meleun, lieutenant du roy, maistre 
Jehan Balue, esleu evesque d'Evreux-, et maistre Jehan 
Le Prévost, notaire et secrétaire du roy, vindrent et 
arrivèrent à Paris en l'ostel de la ville, où illec fut 
fait lecture d'aucuns articles, dont le roy leur avoit 
baillé charge. Et, après ladicte lecture ainsi faicte, 
furent faictes en l'ostel de ladicte ville plusieurs belles 
ordonnances pour la tuicion, garde et seureté d'icelle 



1. Lisez J///e jour. 

2. Charles de Melun, chevalier, conseiller et chambellan du 
roi, seigneur de Nantouillet, baron des Landes, etc., bailli de 
Sens, capitaine de Melun et du bois de Vincennes, grand maître 
de France, était fils de Philippe, seigneur de la Borde- le- Vicomte 
et de Jeanne de Nantouillet. Il épousa : \° 21 janvier 1453, Anne- 
Philippe de la Rochefoucauld ; 2° 23 mars 1466, Philippe de 
Montmorency. Il périt sur l'échafaud le 22 août 1468, comme on 
le verra plus loin (Positions des thèses soutenues à l'École des 
chartes en 1892, Essai sur Charles I^^ de Melun, par C. Anchier). 
— Jean Balue, né vers 1421, gagna la faveur de Louis XI par 
la protection de ce même Charles de Melun dont il devint un des 
pires ennemis. Élu évêque d'Évreux le 5 février 1462, il fut sacré 
le 4 août 1465. Évêque d'Angers (5 juin 1467), cardinal (18 sept. 
même année), il fut arrêté après l'aventure de Péronne, le 23 avril 
1469, sortit de prison le 25 décembre 1480, s'en fut à Rome, 
revint en France comme légat du pape (8 oct. 1483-5 févr. 1485) 
et mourut en Italie le 5 octobre 1491 (Positions de thèses citées. 
Vie de Jean Balue, par H. Forgeot). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 41 

ville, comme de faire guet et de garder les portes 
d'icelle et les autres fermer et murer et mettre les 
chaynes de fer des rues de ladicte ville en estât, pour 
servir quant mestier en seroit, et plusieurs autres 
choses, qui longues seroient à escripre, que je passe 
cy pour cause de briefté. 

En ce temps, furent prins par inventaire et mis 
en la main du roy tous et chascuns les biens de Pierre 
Morin, trouvez et estans à Paris, pour ce que ledit 
Morin, qui estoit trésorier de mondit seigneur de 
Berry, tenoit pour ledit seigneur contre le roy la 
ville et tour de Bourges*. Et, à ceste cause, le roy 
donna l'office de huissier du Trésor, qui estoit audit 
Morin, à ung nommé Jaques Testeclere. 

Et, après le parlement dudit Dampmartin, il trouva 
moien et façon de prendre et avoir sur Geoffroy 
Guer, filz de feu Jaques Cuer, les places de Saint-For- 
geau et Saint-Morisse, où il print ledit Geoffroy à son 
prisonnier, et avecques aussi prinst tous les biens 
qu'il avoit esdiz lieux ^. 

Et, après ces choses, le roy s'en tira devers Angers 
et le Pont de Sée, pour savoir le vouloir de ceulx qui 
ainsi s'estoient de lui départis et alez oudit pays de 

1. Pierre Morin exerça la charge de trésorier des guerres de 
Normandie (M. déc. 1465) pendant les quelques semaines que 
Charles de France passa à Rouen. Trésorier de Guyenne, quand 
son maître reçut ce duché en apanage, il passa au service du roi 
après la mort du duc Charles et continua à exercer en Guyenne 
des fonctions d'ordre financier. En 1498, on le retrouve maître 
de la Chambre aux deniers d'Anne de Bretagne, veuve du roi 
Charles VIII [Louis XI, Jean d^ Armagnac et le drame de Ledoure. 
Extrait de la Revue historique. Paris, 1888, p. 31). 

2. Voy. le récit de cette expédition aux Interpolations et va- 
riantes, % IX. 



42 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Bretaigne^ Et avoit le roy avecques lui pour le acom- 
paigner le roy de Secile et monseigneur du Mayne ; 
et si le suivirent plusieurs gens de guerre de son 
royaume et en grant nombre, qu'on estimoit estre de 
XX à xxx"* combatans. Et, après que le roy ot ainsi 
esté ilec une espace de temps, voiant qu'il n'y faisoit 
gueres, s'en ala et tira ou pays de Berry, vers Ysso- 
dun, Vierron, le Bourg de Dieux et autres places envi- 
ron 2, et mena avecques lui grant quantité de ses 
gens de guerre et de son artillerie, et laissa lesdiz roy 
de Cécile et seigneur du Maine, bien acompaignez de 
gens de guerre, pour garder et défendre que lesdiz 
de Bretaigne n'entrassent en Normandie ne en autres 
lieux de ce royaume pour le dommager. 

Et, quant le roy fut ainsi venu oudit pays de Berry 
que dit est, il séjourna ilec ung peu de temps et 
puis s'en parti pour aler au pays de Bourbonnoys, et 
laissa la ville de Bourges sans y aler, pour ce qu'il 
y avoit grant garnison dedens ladicte ville, dont estoit 
conducteur et cappitaine monseigneur le bastard de 

1. Il n'est pas certain que Louis XI ait poussé jusqu'à Angers, 
Le roi ne paraît pas avoir quitté Saumur du 28 mars au 16 avril. 
Le lendemain de ce jour, l'Itinéraire signale sa présence à Lan- 
geais et le 19 à Tours. — Pendant le séjour de Louis XI à Sau- 
mur, son oncle, le roi René de Sicile, eut aux Ponts-de-Gé (auj. 
dép, de Maine-et-Loire) une conférence sans résultat avec les 
ducs de Berry et de Bretagne et le comte de Dunois (Voy. 
Gommynes, éd. Lenglet, II, 445 et suiv., et Quicherat, Mélanges 
hisloriques, II, 240). 

2. En quittant Amhoise, le roi prit sa route par Montrichard, 
Saiut-Aignan (28 avril), Menetou et Vierzon, et demeura à Issou- 
duu du 2 au 8 mai (Itinéraire cité). Le bourg de Déols est sur la 
rive droite de l'Indre, en face de Chàteauroux. Si Louis XI passa 
à cet endroit, ce serait entre le moment où il quitta Issoudun et 
celui où il parvint à Lignières, 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 43 

Bourbon pour mondit seigneur de Berry*. Et vint 
entrer oudit pays de Bourbonnoys, où ilec, environ 
le jour d'Ascension Nostre Seigneur, la ville et chastel 
de Saint-Amant l'Ailler fut prinse d'assault. Et, peu 
de temps après, lui fut rendue la ville et chastel de 
Molusson par composition, dedens laquelle estoient 
Jaques de Bourbon et xxxy lances, qui s'en alerent 
eulx et leurs biens saufz et jurèrent que jamais ne 
s'armeroient contre le roy^. 

1. C'est de Saint-Amand-Mont-Rond que Louis, bâtard de 
Bourbon, le futur amiral de France, fut brusquement appelé et 
introduit dans Bourges par les partisans du duc de Berry, au 
moment où ceux du roi allaient ouvrir leurs portes. Le l" mai, 
Balue écrivait de Paris au chancelier Morvilliers , alors en 
Picardie : « Le roi est ou sera demain dans Bourges, car il y a 
appointement avec ceulx de la ville » (Mélanges historiques, II, 
238, 229 et 256. Cf. Yaesen, Lettres de Louis II, U, 286 et suiv.). 
Louis XI eut la sagesse de ne pas assiéger Bourges et poursuivit 
sa marche vers le Bourbonnais. Cette habileté assura le succès 
de la campagne. 

2. Saint-Amand (aujourd'hui Saint-Amand-Mont-Rond) et 
Montluçon sont des chefs-lieux d'arrondissement du département 
du Cher. Averti que Geoffroy de Chabannes, seigneur de Char- 
lus, était resté pour garder Saint-Amand avec une vingtaine 
d'hommes d'armes, Louis XI envoya Charles de Melun, Houaste 
et les gens du sénéchal de Poitou saisir cette place. Charlus laissa 
à Saint-Amand une poignée de soldats et se jeta avec une dizaine 
d'hommes de pied dans le château de Montrond, la plus forte 
place du Bourbonnais et le boulevard de Bourges, mais dès le 
lendemain il capitulait (Louis XI au comte de Nevers, Vaesen, 
Lettres de Louis XI, II, 287). Après avoir pourvu à la défense de 
toutes les places du Berry, l'armée royale assiégea, le 12 mai, 
Montluçon, « qui est la seconde ville principalle du Bourbonnois. » 
Jacques de Bourbon, un frère cadet du duc Jean, commandait là 
quelque 30 ou 40 hommes d'armes et 120 piétons, qui se rendirent 
dès le lendemain ou le jour suivant {Ibid., 294). — Comme l'As- 
cension tomba le 23 mai en 1465, notre chroniqueur a commis 



44 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, la veille dudit jour d'Ascension Nostre Seigneur 
[%% mai], arrivèrent à Paris monseigneur le chance- 
lier de Traynel, maistre Estienne Chevalier, Nicolas de 
Louviers, maistre Jehan des Molins^ par lesquelz le 
roy escripvoit à ses bons bourgois, manans et habi- 
tans de Paris, en les merciant de leurs bons vouloirs 
et loyautez, en les priant et exhortant de bien en 
mieulx continuer. Et par eulx leur mandoit qu'il leur 
envoieroit la royne pour acoucher à Paris, comme à 
ville du monde que plus il aymoit. 

Et, le jeudi xxx® et penultime jour de may l'an 
mil CGGGLXV, advint que à ung mouHn, qui est 
pardelà Moret en Gastinoys^, nommé le moulin Basset, 
en une hostellerie ilec estant, se vindrent loger ung 
nommé Jehan Lahure, marchant de la ville de Sens, 
ung sien nepveu et autres en sa compaignie. Et, en 
ladicte hostellerie, environ mynuit, vindrent de xxx 
à XL hommes de cheval, tous en armes, qui estoient 
venus desditz heux de Saint-Morisse et Saint-Forgeau, 
qui en amenèrent prisonniers esdits lieux lesdits La- 
hure et ceulx de ladicte compaignie, ensemble tous 
leurs biens et bagues. Et, oudit temps, le roy ordonna 

une erreur de date, mais il est probable que les événements 
qu'il raconte ne furent connus à Paris que vers l'Ascension. 

1. L'eaî-chancelier et Etienne Chevalier, qu'on a vus arrêtés un 
moment à Moulins par ordre du duc de Bourbonnais, avaient 
rejoint l'armée royale sans s'être laissé gagner à la cause des 
princes. — Jean de Moulins, notaire et secrétaire du roi, que 
Louis XI maria à sa filleule Louise Jamin, fut élu l'un des cent 
conseillers, puis, en 1464, maire de Poitiers, sur l'ordre du roi 
(Vaesen, LeUres de Louis XI, II, 181 et 188). 

2. Aujourd'hui Moret-sur-Loing, dép. de Seine-et-Marne, arr. 
de Fontainebleau. 



1465J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 45 

de rompre et abatre les ponts de Chamois, de Beau- 
mont sur Oize et autres^. 

Et, le jeudi vi* jour de juing, oudit an mil III^ LXV, 
advint à Paris, en la rue Saint-Denis, devant la Barbe 
d'Or, que ung ancien homme, bonnetier, nommé Jehan 
Marceau se pendit et estrangla en sa maison, et fut 
le corps trouvé mort; si fut despendu et apporté ou 
Chastellet de Paris pour estre ilec visité, et, après 
ladicte visitacion faicte, fut envoie et porté pendre 
ledit corps au gibet de Paris. Et, en ce mesmes 
jour, y ot ung laboureur demourant à Glignencourt^, 
nommé Jehan Petit, qui coppa la gorge à sa femme. 

En ce temps, le bastard de Bourgongne et le 
mareschal de Bourgongne^, acompaignez de grant 
quantité de gens de guerre de la compaignie dudit 
monseigneur de Charrolois, commencèrent à courir 
sus aux villes et subgetz du roy par port d'armes, et 
vindrent prendre sur le roy Roye et Montdidier^. Et 

1. Samois, sur la Seine, est aujourd'hui dans le dép. de Seine- 
et-Marne, cant. de Fontainebleau. Le pont de Beaumont (aujour- 
d'hui dép. de Seine-et-Oise, cant. de l'Isle-Adam) commandait 
la route d'Amiens et de Beauvais à Paris. 

2. Clignancourt, ancien village situé au nord de la butte Mont- 
martre, est aujourd'hui compris dans le XVIII^ arrondissement 
de Paris. 

3. Thibaut IX, seigneur de Neufchàtel-sur-Moselle et de Bla- 
mont, maréchal de Bourgogne, était fils de Thibaut VIII et 
d'Agnès de Montbéliard. Il mourut vers 1469, Le 21 mai 1465, 
le maréchal de Bourgogne était encore à Chàtel-sur-MoselIe, 
d'où il faisait sommer les gens d'Épinal {Mélanges historiques, 
t. II, p. 273). 

4. Le 15 mars, le duc de Berry adressait de Nantes au duc 
Philippe le Bon la prière de faire entrer ses troupes en France 
(Du Glercq, IV, 114). Le 15 avril, le duc de Bourgogne se récon- 
ciUa avec son fils Charles, et, le 24 du même mois, les États, 



46 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

lors monseigneur le conte de Nevers et Joachin 
Rouault, mareschal de France, et estans pour le roy 
dedens la ville de Peronne à tout bien mi'^ combatans, 
se retrahirent à Noiom et Gompiengne et laissèrent 
audit lieu de Peronne, pour la garde d'icelle, des 
nobles de France et «inq cens frans archers^. 

Et, le dimenche xi® ^ jour dudit moys de juing, fut 
faicte à Paris une moult belle et notable procession géné- 
rale, où furent portées moult de sainctes reliques; et, 
entre autres sainctes choses, furent portées les chasses 
de madame Saincte Geneviefve et Saint Marcel. Et, par 
belle ordonnance vindrent en la grant église de Paris, 
où ilec fut chantée une haulte messe de Nostre Dame. 

convoqués à Bruxelles, accordaient au duc les sommes néces- 
saires pour mettre sus une armée dont le commandement devait 
appartenir au comte de Gharolais. La mise en marche fut fixée 
au 7 mai, mais, le 8, l'armée commençait seulement à se réunir 
{Mélanges historiques, II, 251). Roye se rendit aux Bourguignons 
vers le 6 juin et Montdidier ouvrit ses portes le 8 au sire de 
Hautbourdin (Gommynes, éd. Dupont, III, 218 et suiv.). 

1. Joachim Rouault et Colart de Mouy, bailli de Vermandois, 
arrivèrent à Amiens le 12 mai au soir et le 15 à Peronne, que 
le comte de Saint-Pol menaçait de fort près. « Et vous asseure, » 
écrit le lendemain le maréchal au chancelier, « qu'il estoit besoing 
que y vensissions, car à ce matin ilz feussent entrez dedans » 
(Mélanges historiques, II, 258, 263, 266). Jean de Bourgogne, 
comte de Nevers, avait reçu du roi la mission d'assurer la 
défense de la frontière du nord contre son cousin Gharolais. 
Quand celui-ci fut enfin sur le point de passer la Somme (le 

6 juin, à Bray, Gommynes, éd. Lenglet, II, 181), Nevers, Rouault 
et Mouy, craignant d'être enfermés dans Peronne, abandonnèrent 
cette place dans la nuit du 5 au juin avec 1,400 chevaux (Gha- 
rolais aux magistrats de Maliues, de Lihons-en-Sangterre, le 

7 juin, dans Gommynes, éd. Dupont, III, 218. Gf. la lettre adres- 
sée le 2 juin (et non le 9) par Rouault à Morvilliers, Mélanges 
historiques, II, 289). 

i. Lisez IX^. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 47 

Et ilec prescha au peuple maistre Jehan de l'Olive, 
docteur en théologie^ qui declaira que ladicte assem- 
blée et congregacion se faisoit pour la santé et bonne 
prospérité du roy, et aussi de la royne et du fruit qui 
estoit autour d'elle^, et pour la paix et bonne union 
estre mise entre le roy et les princes et pour les biens 
de terre. 

Oudit temps, le roy, estant en Bourbonnois, s'en tira 
à Saint-Poursain, ouquel lieu madame la duchesse de 
Bourbonnois et d'Auvergne, sa seur, s'en ala pour 
parler à lui, comme desplaisant du discord qu'elle 
veoit estre entre le roy son frère et monseigneur de 
Bourbon, son mary, et pour y cuider trouver aucun 
bon moien, ce qui ne se peut faire lors. Et cependant 
ledit monseigneur le duc wida hors dudit lieu de Mohns 
et s'en ala à Riom^. 

1. Et chancelier de l'église de Paris. 

2. La reine était ou croyait être alors enceinte, comme on l'a 
vu plus haut. 

3. C'est à Saint-Pourçain (AlUer), où il séjourna une douzaine 
de jours à la fin de mai et au commencement du mois suivant, 
que Louis XI reçut, non sans répugnance, la -visite de la duchesse 
de Bourbon sa sœur, et celle de M™« de Bourbon l'aînée, Agnès 
de Bourgogne (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 312 et suiv.). 
Ajouta-t-il plus de foi à la sincérité des ouvertures que son 
ancien favori, Jacques d'Armagnac, et Pierre d'Amboise, sei- 
gneur de Ghaumont, lui apportèrent de la part du duc Jean? 
Oui, sans doute, car il ne leur pardonna pas de l'avoir trompé. 
Le 29 mai, il croyait encore que Bourbon viendrait en personne 
à Varennes-sur- Allier apporter sa soumission (Vaesen, Lettres de 
Louis II, n, 3111; mais la trêve consentie par Louis XI, « en 
espérance de bon appointement » et à la condition expresse que 
l'accès du Bourbonnais serait interdit aux Bourguignons, fut 
aussitôt violée par Jean II, qui hâta la marche du contingent 
envoyé par le maréchal de Bourgogne et fit ouvrir à ses alliés 
les portes de Moulins. Dès qu'il fut assuré de leur arrivée, il 



48 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Oudit temps, fut ordonné en l'ostel de la ville de 
Paris que les portes de Saint-Martin, Montmartre, le 
Temple, Saint-Germain des Prez, Saint-Victor et Saint- 
Michel seroient toutes murées et qu'on feroit guet de 
nuit dessus les murs d'icelle ville. 

Oudit temps, fut envoyé mettre le siège devant Saint- 
Morisse, tenu et ocupé par l'adveu dudit conte de 
Dampmartin^ A tenir lequel siège y estoit le bailly de 
Sens, nommé messire Charles de Meleun et plusieurs 
communes^ avecques lui. Et encores y fut de rechef 
envoyé Anthoine, bailly de Meleun^, qui y mena 
avecques lui aucuns archers et arbalestriers dudit lieu 
de Paris. Et, tantost après que ledit de Meleun et iceulx 
archers et arbalestriers furent ainsi arrivez devant 
ladicte place, ceulx dudit Saint-Morisse se rendirent 
par composition et baillèrent ladicte place. 

Oudit temps aussi, advint que ung nommé maistre 
Loys de Tilleres, notaire et secrétaire du roy, et tréso- 
rier de Garcassonne et grenetier de Selles en Berry, qui 
estoit serviteur de messire Anthoine de Ghasteauneuf, 
seigneur du Lau^, fut tué, par maie fortune, d'un archer 

quitta en hâte Varennes et courut à Moulins, qu'il abandonna 
peu de jours après pour se porter au sud à la rencontre du comte 
d'Armagnac (Ibid., 317 et suiv.). 

1. Voy. Interpolations et variantes, § IX. — Saint-Maurice-sur- 
Tholon, aujourd'hui dép. de l'Yonne. 

2. C'est-à-dire des milices fournies par les communes, des 
francs-archers, 

3. Antoine, frère cadet de Charles de Melun, chevaher, sei- 
gneur de la Borde-le-Vicomte après la mort de son père Philippe 
de Melun. 

4. Antoine de Castelnau, chevalier, seigneur du Lau, etc., 
conseiller et chambellan du roi, grand bouteiller de France, 
grand sénéchal de Guyenne (1466), fut l'un des principaux favo- 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 49 

qui essaioit ung arc, duquel il tiroit une flesche contre 
ung huis qui estoit devant lui, à l'eure que ledit maistre 
Loys ouvroit, et lui vint passer la flèche tout au travers 
du corps. Et incontinent s'en ala getter dessus une 
couchete estant en la chambre, dessus laquelle il ren- 
dit l'ame à Dieu incontinent après. 

Et, le jour Saint Jehan Baptiste, xxnn® jour de juing, 
aucuns qui se baignoient à leurs plaisances en la 
rivière de Seine, par maie fortune, se noierent. Et, 
pour cause de ce, fut crié par les carrefours de Paris 
que de là en avant nul ne feust si hardi de soy aler 
plus baigner en ladicte rivière, et que chascun tenist 
de jour devant son huis ung seau d'eaue, sur peine 
de prison et de lx sous parisis d'amende^. 

Et, le lendemain, xxv® jour dudit moys de juing, 
fut ordonné en ladicte ville de Paris que toutes les 
chaynes des rues de ladicte ville seroient abatues et 
laissées gésir sur terre es lieux où elles sont ordonnées, 
pour estre toutes prestes, et regardé là où il y avoit 
faulte, pour les amender et y pourveoir à les trouver 
toutes prestes, quant besoing en seroit : ce qui fut 
fait. Et si fut aussi ordonné et enjoinct à ung chacun 
de ladicte ville qu'ilz se armassent et eussent provi- 
ns de Louis XI avant le Bieu-Public. Disgracié pour le rôle 
louche qu'il joua à cette époque, et arrêté ainsi qu'on le verra 
plus loin, il réussit à s'échapper. Il rentra en grâce, exerça les 
fonctions de sénéchal de Beaucaire et de î^îmes et mourut entre 
le 19 août et le 7 octobre 1484 (Voy. Vaesen, Catalogue du fonds 
Bourré, p. 167, note). 

1. On trouve au Livre rouge vieil du Chàtelet (Arch. nàt., Y^, 
fol. IX" vm v°) le texte d'un semblable « cry de non baigner en 
la rivière de Saine et de mettre de l'eaue à l'uys, pour la chaleur 
du temps » (Premières années du xv« siècle). 



50 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [t465 

sion d'armeures, chacun selon son estât, pour la 
garde de ladicte ville et pour estre tous prestz quant 
mestier en seroit, et ce par cedules envoiées de par 
ladicte ville à ung chacun particulier. 

Oudit temps, tous Bourguignons, Picars et autres 
nacions, de l'obéissance et soubz la conduite dudit 
monseigneur de Charrolois, marchèrent tant en France 
(ju'ilz vindrent et arrivèrent jusques à Pons Saincte- 
Maixence, qu'ilz trouvèrent moien d'avoir, et que ung 
nommé Madré, qui en estoit capitaine pour maistre 
Pierre L'Orfèvre, seigneur d'Ermenonville, leur bailla 
par composicion et argent qu'il en print dudit seigneur 
de Charrolois^. Et, à ceste cause, vindrent et passè- 
rent parmy l'isle de France, qui par les dessusdiz fut 
fort dommagée, non obstant qu'ilz disoient partout 
où ilz passoient qu'ilz venoient pour affranchir le pays 
de France et pour le bien publique. 

Et, incontinent après ledit passage fait audit Pont 
Saincte-Maixence, lesdiz Bourguignons orent la place 
de Beaulieu, qui longuement avoit tenu contre iceulx 
Bourguignons par aucuns de la charge et compaignie 
de Joachin Rouault, qui s'en alerent par composition, 
eulx et leurs biens saufz^. 

1. Gharolais, laissant sur sa gauche Noyon occupé par Rouault, 
parvint le 28 juin, par Ressons, Saint-Remy et Fresnoy, à Pont- 
Sainte-Maxence, où le sire de Hautbourdin s'était introduit trois 
jours avant, « ains que ceulx de la ville en sceuissent riens » (Du 
Glercq, IV, 152). 

2. C'est par erreur que le comte de Gharolais annonçait le 
7 juin aux magistrats de Malines la prise de Beaulieu, « à deux 
lieues de Nosles, une belle et forte place » (Gommynes, éd. Dupont, 
III, 219). Beaulieu se rendit le 24, quand le comte lui-même y 
eut tenu le siège pendant quatre jours (Gommynes, éd. Lenglet, II, 
183). La place appartenait au seigneur de Nesles, A l'approche 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 51 

Et lesdiz Bourguignons, ainsi venus en ladicte Isle 
de France, s'espandirent en divers lieux en icelle et y 
prindrent Dampmartin, NantouUet, Villemonble et 
autres menues places ^ et puis alerent à Laigny sur 
Marne, où ilz firent plusieurs explois comme de ardre 
et brûler tous les papiers qu'ilz trouvèrent sur le fait 
des aides, et ordonnèrent en ladicte ville que tout y 
seroit franc. Et si ordonnèrent que le sel qui estoit 
ou grenier dudit lieu pour le roy feust baillé et dis- 
tribué à tous ceulx qui en vouldroient avoir, en paiant 
le droit du marchant seulement^. 

Et, le dimenche, derrenier jour dudit moys de juing, 
oudit an LXV, Joachin Rouault, mareschal de France, 
à tout cent et dix lances, vindrent et arrivèrent en la 
ville de Paris pour la garde d'icelle, combien qu'il 
n'en estoit gueres de mestier, car les habitans d'icelle, 
qui tous estoient bien unis et loyaulx au roy, estoient 
assez souffisans pour ladicte garde d'icelle ville ^. 

des Bourguignons, les défenseurs du château mirent le feu aux 
maisons d'alentour « et ardirent le plus beau et le meilleur de la 
"Ville. » Ils ne se rendirent, vies et bagues sauves, qu'après une 
forte canonnade (Du Glercq, IV, 152). 

1. Interpolations et variantes, § X. — Dammartin-en-Goële et 
Nantouillet sont auj. dans le dép. de Seine-et-Marne, arr. de 
Meaux; Villemomble est dans le dép. de la Seine, cant. de Vin- 
cannes. 

2. A en croire Maupoint {Journal, p. 54), ce serait le 30 juin 
que Lagny fut livré aux Bourguignons, mais le sire d'Hennin, 
qui faisait partie de leur avant-garde, dit qu'il quitta cette ville 
le 25 de ce mois (Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, éd. 
Reiffenberg, t. VI, p. 423). Un nommé Jean Guignon, procureur 
du roi à Lagny, fut accusé plus tard d'y avoir introduit l'en- 
nemi, mais réussit à établir son innocence (Bibl. nat., ms. fr. 
2921, fol. 96). 

3. Le maréchal n'avait pu, « parce qu'il avoit peu de gens, » 

I 6 



52 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Oudit temps, le roy, qui estoit oudit pays de Bour- 
bonnoys, mist le siège devant Riom en Auvergne, 
dedens laquelle y estoient mondit seigneur le duc de 
Bourbon, le duc de Nemoux, le conte d'Armignac\ le 
seigneur d'Albret et autres. Et avoit le roy devant 
ladicte ville la plus belle et noble armée qui onques 
fut gueres veue, car il y avoit de bonnes gens de 
guerre et de grant façon xxim™ hommes et mieulx^. 

Et, après que ledit siège ot esté ainsi mis devant 
ladicte ville de Riom, et voiant à Paris que lesdits 

arrêter la marche du comte de Gharolais sur Paris (Gommynes, 
éd. Dupont, I, 21). Maupoint dit qu'il fit entrer dans la capitale 
400 hommes d'armes « bien montés et de grant courage » (Jour- 
nal, p. 93). 

1. Jacques d'Armagnac, comte de la Marche et de Castres, duc 
de Nemours, fils de Bernard, comte de la Marche, et d'Éléonore 
de Bourbon, naquit vers 1433 et mourut sur l'échafaud le 4 août 
1477. Il avait épousé, par contrat du 12 juin 1462, Louise d'An- 
jou, fille de Charles, comte du Maine (Voy. Jacques d'Armagnac, 
duc de Nemours..., etc., dans la Revue historique, 1890). — Jean V, 
comte d'Armagnac, succéda à Jean IV, son père, le 5 septembre 
1450 et périt à Lectoure le 6 mars 1473 (Voy. Jean V d'Armagnac, 
etc., article cité de la Re\)ue historique, 1888). — Charles II, sei- 
gneur d'Albret, fils de Charles I" et de Marie de Sully, mourut 
en 1471. 

2. Le 21 juin, les ducs de Bourbon et de Nemours, le comte 
d'Armagnac et le sire d'Albret avaient tenté d'arrêter la marche 
de l'armée royale en faisant présenter à Louis XI des proposi- 
tions d'accommodement qu'il ne jugea pas acceptables. Effrayé 
par la réponse du roi, Bourbon se déroba encore une fois et 
s'enfuit de Riom à Thiers et à Moulins. Il n'était donc plus à 
Riom quand Louis XI concentra ses forces aux environs de cette 
ville (22 juin). L'effectif attribué ici à l'armée royale doit être 
exact, car Maupoint (Journal, p. 53) l'estime à 2,000 lances et 
18,000 francs archers au début de la campagne, soit une tren- 
taine de mille hommes, dont il faut défalquer les garnisons que 
Louis XI avait semées dans les nombreuses places qu'il avait 
occupées chemin faisant. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 53 

Bourguignons approuchoient de ladicte ville, fut 
ordonné et establi en icelle ville de Paris ung grant 
guet de cheval, qui aloit toutes les nuiz sur les murs 
et en ladicte ville, depuis l'eure de mienuit jusques au 
jour apparant, pour la conduite duquel guet y avoit 
cappitaines ordonnez par icelle par chacune nuit de 
gens de façon d'icelle. Ouquel guet estoient ordinai- 
rement de vm^^ à n<^ chevaulx, aucunes foiz plus et 
à l'autre foiz moins. 

Et, le lundi second^ jour de juillet, oudit an, 
maistre Jehan Balue, evesque d'Evreux, fist le guet 
de nuit parmy ladicte ville, et mena avecques lui 
la compaignie dudit Joachin Rouault, avecques cle- 
rons, trompetes et autres instrumens sonnans, par 
les rues et sur les murs, qui n'estoit pas acoustumé 
de faire à gens faisans guet. 

Et, le mercredi iiii^^ jour dudit moys de juillet, 
oudit an LXV, le roy, estant devant ledit heu de 
Riom, escripvy à messire Charles de Meleun, son 
lieutenant audit heu de Paris^, audit Joachin, et ausdiz 
habitans de Paris, par sire Jehan de Harlay, son che- 
valier du guet audit lieu de Paris ^ : par lesquelles 

1 . Lisez premier. 

2. Lisez IIP. 

3. Louis XI établit Charles de Melun, par lettres du 8 mars 
1465 (n. st.), son gouverneur et lieutenant général à Paris, « pour 
ce que nous ne pouvons encore bonnement y faire nostre rési- 
dence » (Félibien, Histoire de Paris, V, 274). Commynes, qui, 
pas plus que Jean de Roye, n'a admis les accusations de trahison 
portées contre Melun par ses ennemis, dit qu'en 1465 il servit 
Louis XI i aussi bien que jamais subject servit le roy en France 
en son besoing » (éd. Dupont, I, 22). A Paris, en particuher, la 
tâche était malaisée, car un parti influent travaillait pour les 
princes rebelles (ibid., p. 65). 

4. Jean de Harlay, écuyer, qui commandait les 40 sergents 



54 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

lettres le roy mercioit moult fort sesdiz habitans de 
Paris de leurs bonnes loyaultez, en les priant et ex- 
hortant de tousjours y continuer et persévérer, et que, 
dedans xv jours ensuivans, lui et toute son armée 
seroit à Paris. Et si leur mandoit de bouche par ledit 
de Harlay certain accord qu'il avoit fait avecques lesdiz 
ducs de Bourbon et Nemours et les sires d'Armai- 
gnac et d'Albret, et comment, en faisant ledit accord, 
chacun d'eulx avoit promis au roy de bien et loyau- 
ment le servir et de vivre et mourir pour luy. Et, 
par lesdiz appoinctemens, iceulx seigneurs de Bour- 
bon et autres dessus nommez promettoient de faire 
tout devoir, de faire faire la paix au roy par les autres 
seigneurs avecques eulx aliez contre lui, et que pour 
ce faire seroient envoiez de par lesdiz quatre sei- 
gneurs certains ambasseurs devers le roy à Paris, 
dedens le jour feste de myaoust ensuivant, pour traic- 
ter de ladicte paix, et que, où lesdiz autres seigneurs 
ne vouldroient entendre à icelle paix, ilz promirent 
et jurèrent que dorénavant à jamais ilz ne s'arme- 
roient contre le roy et qu'ilz vivroient et mourroient 
pour lui et son royaume. Et fut tout ce que dit 
est ainsi promis par lesdiz quatre seigneurs au lieu 
de Moissac, près dudit Riom. Et, pour plus ample 

chargés de veiller à la sûreté intérieure de Paris, était fils de 
Nicolas de Harlay, écuyer, et de Gaillarde Le Clerc. Le 3 août 
1461, par lettres datées d'Avesnes, Louis XI le pourvut de l'otiice 
de chevalier du guet de nuit. En 1464, il fut élu premier échevin 
de la ville de Paris (Voy. Anselme, Histoire généalogique, VIU, 
797; Longnon, Villon, p. 293; Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1484, 
doss. Harlay). Jean de Harlay survécut à sa femme, Louise 
Luiliier, et mourut vers 1500 (Arch. nat., LL 437, à la date du 
23 décembre). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 55 

promesse, ilz s'en obligèrent es mains de deux no- 
taires apostoliques, voulans et accordans estre incon- 
tinent excommeniez, se par eulx ou l'un de eulx estoit 
fait le contraire*. 

Et, pour les nouvelles dessusdictes, fut ordonné et 
délibéré que, le vendredi ensuivant [o juillet], en 
seroient faictes processions générales en l'église de 
Saincte-Katherine du Val des Escoliers, à Paris, laquelle 
y fut faicte bien honneste et solennelle, et y prescha 
ledit jour maistre Jehan Painetchair, docteur en 
théologie^. 

1 . Le texte de cette convention est rapporté par Lenglet (Com- 
mynes, II, 474 et suiv.) avec la date du 23 juin 1465. D'autres 
clauses stipulaient une trêve jusqu'au 15 août pour les gens de 
Bourges, la délivrance des sénéchaux de Poitou et de Beaucaire 
détenus par le duc de Bourbon, celle de tous les prisonniers faits de 
part et d'autre, enfin l'évacuation par les royalistes des domaines 
du duc Jean II. Louis XI poussa la condescendance — ou la 
méfiance de ses propres forces — jusqu'à promettre aux Bour- 
bonnais de ne point entrer, avant le 15 août, dans le duché ou la 
comté de Bourgogne, dans le Gharolais, la seigneurie de Château- 
Ghinon et autres terres enclavées dans les pays de Bourgogne 
voisins de ceux du duc de Bourbon. 

2. Ce docteur, dont le nom parait d'origine étrangère, est men- 
tionné à plusieurs reprises dans les extraits du Livre des procu- 
reurs de la nation d'Allemagne, ad annum 1465 (Jourdain, Index 
chronol. chartarum pertinentium ad histor. Universitatis Parisien- 
sis. Paris, 1862, in-fol., p. 291 et suiv. Cf. du Boulay, Histoire de 
l'Université de Paris, in-fol., t. V, p. 676). — Après la bataille de 
Montlhéry, quand Louis XI fut arrivé à Paris, c'est maître Jean 
Painetcher ou Panetchair, appelé ailleurs Penschier, qui fut élu 
pour le haranguer au nom de l'Université (28 juillet 1465). Les 
mss. et les éditions imprimées de la Chronique Scandaleuse ont 
découpé le nom de ce docteur en trois mots, Pain-et-Chair, ce 
qui lui donne l'apparence d'un sobriquet. — L'église de Sainte- 
Catherine-du-Val-des-Écoliers était sise rue Saint- Antoine, en 
face la rue Saint-Paul. 



56 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, le mercredi ensuivant ' , fut publié et fait savoir 
par les carrefours de Paris que, en chacun hostel 
de celle ville, y eust une lanterne et une chandelle 
ardante dedens durant la nuit, et que chacun mes- 
nage qui auroit chien l'enfermast en sa maison et sur 
peine de la hart. 

Et, le venredi ensuivant [5 juillet], la compaignie 
ou la pluspart desdiz Bourguignons vindrent et arri- 
vèrent à Saint-Denis en France eulx loger ilec. Et, ce 
jour, venoit à Paris xxx chevaulx de marée, dont 
lesdiz Bourguignons en prindrent les xxii. Les autres 
huit chevaulx se saulverent et vindrent à Paris. Et, 
bientost après que lesdiz Bourguignons orent esté 
ainsi arrivez audit heu de Saint-Denis, partie d'eulx 
s'en alerent devant le pont de Saint -Cloud pour le 
cuider avoir, ce qu'ilz n'eurent point pour ceste foiz, 
et à tant s'en retournèrent^. 

Et, le dimenche vu® jour de juillet, oudit an LXV, 

1. Le mot ensuivant n'a pas de sens. Il s'agit ici du mercredi 
3 juillet. 

2. Gharolais demeura à Saint-Denis jusqu'au 10, attendant les 
ducs de Berry et de Bretagne, mais ils ne s'y trouvèrent pas, 
« pour l'armée du roy de Franche qui les cottoyoit de touts lez » 
(Du Clercq, IV, 154). L'Itinéraire de Charles de Bourgogne, dans 
Commynes, éd. Lenglet, II, 183, et Hennin, dans Barante, éd. 
ReilTenberg, VI, 424, fixent au 5 juillet l'arrivée du comte à 
Saint-Denis, mais une lettre de Rouault au chancelier, datée du 
7 juillet, fournit, comme notre auteur, la date du 4 (Mélanges histo- 
riques, II, 346). — Ce même jour, suivant Hennin, le seigneur de 
Fiennes obtint de Gharolais l'autorisation de « courir l'aventure. » 
Il se mit en route avec cinquante lances et suivit quelque temps 
la Seine, mais, sur le conseil du siro de Geulis, rentra de bonne 
heure à Saint-Denis (Barante, éd. citée, p. 424). Il est possible 
que cette o course » ait mené les partisans bourguignons jusqu'à 
Saint-Gloud. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 57 

lesdiz Bourguignons vindrent voulster devant Paris 
et n'y gagnèrent riens, sinon qu'il y en eut aucuns 
d'eulx tuez de l'artillerie estant dessus les murs d'icelle 
ville; et puis s'en retournèrent audit lieu de Saint- 
Denis''. 

Et, le lundi ensuivant, vm® jour dudit moys de 
juillet, lesdiz Bourguignons vindrent derechef devant 
Paris, et deslogerent tous dudit Saint-Denis, et en 
amenèrent avecques eulx toute leur artillerie. Et, par 
grande cautelle et subtilité envoierent, avant qu'ilz se 
monstrassent, quatre de leurs heraulx aux portiers de 
la porte Saint-Denis, de laquelle estoient commissaires 
et cappitaines pour le jour maistre Pierre L'Orfèvre, 
seigneur d'Ermenonville, et maistre Jehan de Pou- 
paincourt, seigneur de Cercelles*. Et vindrent lesdiz 
quatre heraulx demander des vivres pour leur ost 
et aussi qu'on leur donnast passage parmy ladicte 
ville, et dirent que, où on ne leur bailleroit ledit pas- 
sage et lesdiz vivres, qu'ilz entreroient dedens ladicte 

\. Maupoint est plus détaillé. Il dit que, ce dimanche-là, Cha- 
rolais fit par deux fois donner l'assaut à la ville de Paris, le pre- 
mier au point du jour et le second à cinq heures après midi; mais 
les bourgeois, conduits par Charles de Melun et par Rouault, 
« qui sceureut bien entretenir le peuple de Paris en amour du 
roi, » contraignirent l'ennemi à se retirer [Journal, p. 54 et suiv.). 
L'attaque ne fut dirigée que contre les ouvrages extérieurs (Com- 
mynes, éd. Dupont, I, 22). Hennin, qui place cette première 
démonstration des Bourguignons le 6 juillet, témoigne de leur 
surprise quand les Parisiens refusèrent d'ouvrir les portes de la 
ville (Barante, éd. citée, p. 42). 

2. Jean de Popincourt, seigneur de Sarcelles et de Liancourt, 
quatrième président en la Chambre des comptes, puis troisième 
président au parlement de Paris, avait épousé Catherine Le 
Bègue. Il mourut le 21 mai 1480 (Vaesen, Lettres de Louis XI, 
m, 92, note). 



58 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

ville au deshonneur et grande confusion d'ieelle ville 
et de ceulx de dedens. Et, ainsi qu'on escoutoit 
lesdiz quatre heraulx sur les choses dessusdictes, et 
avant qu'on eust peu avoir loisir de leur rendre au- 
cune response, lesdiz Bourguignons, cuidans prendre 
à despourveu les habitans de ladicte ville et mes- 
mement ceulx qui gardoient ladicte porte de Saint-De- 
nis, vindrent à grande fureur, grosse compaignie et 
armée, passer jusques à Saint-Ladre et plus avant, 
cuidans gaigner les barrières qui aux faulxbours de 
ladicte ville devant ladicte porte Saint-Denis avoient 
esté faictes, et venir jusques à ladicte porte et 
dedens ladicte ville, en gettant par eulx canons, ser- 
pentines et autres traiz : à quoy leur fut moult aspre- 
ment et vaillamment résisté par les bourgois de Paris 
et autres estans ilec de par ladicte ville, et aussi par 
les gens dudit Joachin et de luy mesmes qui s'y 
vindrent trouver. Et y ot lors desdiz Bourguignons 
tuez et navrez, et puis s'en retournèrent aux champs 
sans autre chose faire, et se mirent en bataille devant 
ladicte ville. Et lors y ot beau hurtebillis de canons, 
vulglaires, serpentines, coulevrines et autre traict qui 
leur fut envoie de ladicte ville, dont il en ot aucuns 
tuez et navrez^. Et, durant ladicte escarmouche, y ot 

1. Du Clercq confirme ce récit (IV, 155). Rouault, sorti de 
Paris pour reconnaître les forces bourguignonnes, faillit se faire 
prendre et se retira prestement. Gharolais alors « feit ruer sur la 
cauchée deux ou trois serpentines qui effrayèrent ceulx de la 
ville, combien qu'ils ne blessèrent personne qu'on sceuist. » Lui- 
même se porta avec toute sa bataille jusqu'à un moulin situé près 
des portes et demeura là une partie de la journée. Il se retira 
ensuite jusqu'au Lendit, et, comme les baraques de la foire 
•'laient encore en place, il s'y établit en faisant, suivant sa cou- 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 59 

ung paillart sergent à verge du Chastellet de Paris, 
nommé Casin Cholet, qui, en courant fort eschaufé 
par plusieurs des rues de Paris, crioit à haulte voix 
telz motz : « Boutez vous tous en voz maisons et 
fermez voz huis, car les Bourguignons sont entrez 
dedens Paris. » Et, à cause de l'effroy qu'ilz fist, y ot 
plusieurs femmes grosses qui en acoucherent avant 
terme, et d'autres en moururent et perdirent leur 
entendement^. 

Le mardi ensuivant [9 juillet], ne fut riens fait 
devant Paris, sinon que le conte de Saint-Pol, qui 
estoit audit lieu de Saint-Denis avecques ledit seigneur 
de Charrolois, se parti dudit lieu de Saint-Denis avec- 
ques aucuns Picars et Bourguignons estans audit Saint- 
Denis, pour s'en aler à Saint-Gloud et pour le prendre 
et avoir, ce qu'il ne pot avoir ce jour. 

tume, enclore le camp par son charroi, — D'après Maupoint, 
cette démonstration du 8 juillet menaça les portes Montmartre, 
Saint-Honoré, Saint-Denis et Saint-Martin, mais Rouault, avec 
60 lances et environ 80 hommes de trait, empêcha l'ennemi 
d'avancer. A Paris, on estima que Charolais avait aligné de 8 à 
9,000 hommes et une nombreuse artillerie et que ses pertes durent 
se monter à 400 hommes. Les officiers, bourgeois et habitants do 
Paris, au nombre de 32,000, se tinrent sur les murailles « et, par 
puissance de trait, canons, vuglaires et coulevrines, intimidèrent 
les Bourguignons » (Journal, p. 55). « Et a Mgr (de Charolais) 
trouvé ceulx de Paris tout aultres que l'en ne cuidoit, dont il 
n'est pas bien content sur eulx, car il n'a peu finer ne avoir d'eulx 
pour ung denier de vivres » (Lettre de G. de la Roche, officier du 
comte, dans Mélanges historiques, II, 30). 

1. Sur ce Casin Cholet, personnage mal famé, tonnelier de son 
état avant d'être sergent au Chàtelet, voy. Longnon, Villon, 
p. 294, et Pièces justif., p. lxvi. — Commynes dit aussi, à 
propos de cette escarmouche : « Il y eut du menu peuple... fort 
espoventé ce jour, jusques à cryer : « Hz sont dedans...; » mais 
c'estoit sans propos » (éd. Dupont, I, 22). 



60 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, le mercredi ensuivant [10 juillet], fut menée 
audit de Saint-Pol certaine quantité d'artillerie dudit 
seigneur de Gharrolois comme de l à lx chariotz. 
Et, ce mesmes jour, aucuns de la compaignie de 
messire Pierre de Breszé^ yssirent dehors Paris, 
pour aler à leur aventure dessur lesdiz Bourguignons 
qui ainsi aloient audit Saint-Cloud. Desquelz Bour- 
guignons en fut par eulx tué deux, et en fut prins 
cinq, dont l'un d'iceulx fut fort navré, et tellement 
que tout le devant de son visaige lui fut abatu d'un 
cop d'espée, et lui pendoit le visaige à sa peau sur 
sa pettrine. Et par iceulx Bourguignons fut prins 
ung archer, serviteur de messire Jehan Mohier^, che- 
vaher de la compaignie dudit de Breszé. Et, ledit 
jour de mercredi, environ six heures de nuit, lesdiz 
Bourguignons baillèrent une escarmouche terrible et 
merveilleuse au boulevert dudit Saint-Gloud, qui fort 
espoventa ceulx de dedens qui le tenoient pour le 
roy, tellement qu'ilz prindrent composition de rendre 
ledit pont à heure présente, ce qu'ilz firent, et 
s'en revindrent à Paris eulx et leurs biens saufz. Et 
si promirent de délivrer et bailler lesdiz cinq Bour- 

1. Pierre de Brézé, seigneur de la Varenne et comte de Mau- 
levrier, grand sénéchal de Normandie, fut l'un des grands servi- 
teurs de Charles VII auxquels Louis XI témoigna le plus de ran- 
cune. Enfermé quelque temps à Loches, le séduisant Brézé ne 
tarda pas à vaincre l'antipathie de son nouveau maître, au point 
que ce dernier, on l'a vu, fit plusieurs séjours chez lui, à Mauny 
et à Nogent. Ghastellain a laissé de ce protecteur des lettres un 
magnifique éloge. Pierre de Brézé avait épousé Jeanne Grespin et 
se tit tuer à Montlhéry (voy. ci-après et Anselme, VIII, 271). 

2. Jean Morhier, seigneur de Villiers-le-Morhier, etc., avait 
épousé Jeanne, fille naturelle de François I«"", duc de Bretagne 
(Anselme, I, i58). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 61 

guignons prins ledit jour. Et, pour ce faire, demou- 
rerent pour hostages Jaques Le Maire, bourgois de 
Paris, qui estoit cappitaine dudit Saint-Cloud, et ung 
homme d'armes de la compaignie dudit de Breszé, 
estant aussi audit pont de Saint-Cloud''. 

Et, le vendredi ensuivant [12 juillet], fut tenu en 
l'ostel de ladicte ville de Paris ung grant conseil, 
pour délibérer et savoir quelle response seroit rendue 
ausdiz Bourguignons, sur ce qu'ilz avoient requis 
que de ladicte ville feussent envoiez aucuns déléguez 
par icelle pardevers ledit seigneur de Gharrolois et 
ceulx de sadicte compaignie, pour leur estre dit 
par eulx de bouche et en secret les causes pour 

1. Au camp bourguignon, la résistance inattendue des Pari- 
siens, le 8 juillet, donna à réfléchir aux gens prudents, qui firent 
valoir en faveur d'une retraite immédiate le soulèvement des Lié- 
geois, le manque de vivres et d'argent, enfin et surtout l'absence 
des ducs de Berry et de Bretagne, qui avaient failli au rendez- 
v(jus et dont on commençait à suspecter la loyauté. Le comte 
de Gharolais, encouragé par Rouville, vice-chancelier de Bre- 
tagne, qui affirmait la prochaine arrivée de son maître, refusa 
d'écouter ces conseils, jurant qu'au besoin il passerait la Seine 
tout seul avec un page (Hennin, dans Barante, éd. citée, p. 426). 
— Le 9 juillet, Saint-Pol et ses fils, les comtes de Marie et de 
Brienne, le seigneur de Fiennes et ceux de l'avant-garde sai- 
sirent un grand chaland chargé de foin qui remontait à Paris, le 
vidèrent et passèrent l'eau du côté d'Argenteuil. De là, ils cou- 
rurent sur la rive gauche jusqu'à Saint-Cloud, dont ils ne réus- 
sirent point à effrayer les défenseurs. Le lendemain, 10 juillet, 
Gharolais longea la rive droite et vint prendre à revers le pont 
de Saint-Cloud, dont la possession lui était indispensable, le pas- 
sage à travers Paris lui étant refusé, pour assurer ses communi- 
cations avec le Sud. Assaillie des deux côtés, la garnison se 
rendit, après quelques coups de serpentine, « à la persuasion de 
Mgr Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg » (Hennin, 
témoin oculaire, l. c). — Jacquet Le Maire, qui commandait au 
pont de Saint-Cloud, était un marchand épicier de Paris. 



62 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

lesquelles ilz estoient ainsi venus en armes oudit 
pays de France. A quoy fut conclud que on feroit 
savoir audit de Charrolois qu'il envoyast bon sauf- 
conduit, à Paris, pour ceulxqui seroient ordonnez estre 
envoiez pardevers lui, et, ce fait, que on y envoie- 
roit gens pour les oyr et escouter tout ce qu'ilz voul- 
droient dire, pour au surplus le faire asavoir au roy, 
qui estoitprès d'Orléans, ou a son conseil estant audit 
lieu de Paris, pour leur faire telle response qu'il seroit 
advisé de faire. 

Et, ce mesmes jour, vindrent à la porte Saint- 
Honnoré, environ cinq heures au soir, deux heraulx 
de par ledit seigneur de Charrolois, pour avoir la res- 
ponse de ce que dit est ; ausquelz fut dit, comme 
devant est dit, et que ledit de Charrolois approuchast 
en aucun lieu près Paris et envoyast ledit saufconduit 
et qu'on yroit à lui pour l'escouter; et autre chose 
n'eurent. Et, après ces choses, ilz requirent avoir 
pour argent du papier et parchemin avecques de 
l'encre, dont il leur fut baillé. Et si demandèrent à 
avoir du sucre et autres drogueries, pour aucuns 
gentilzhommes qui estoient malades en leur ost, dont 
on leur fist refus, qui s'en tindrent à bien mal contens 
de ceulx de ladicte ville. Et à tant s'en retournèrent 
iceulx deux heraulx. 

Et, le dimenche ensuivant, xiiii° jour dudit mois de 
juillet, oudit an LXV, arrivèrent à Paris bien matin 
monseigneur de la Borde et messire Guillaume Cou- 
sinot^, qui apportèrent lettres de par le roy aux bour- 

1. Philippe de Melun, chevalier, conseiller et chambellan du 
roi, seigneur de la Borde-le-Vicomle, etc., maître des eaux et 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 63 

gois, manans et habitans de ladicte ville, par la teneur 
desquelles le roy les mercioit comme devant de leurs 
bons vouloirs qu'ilz avoient envers lui et de la bonne 
et grande resistence qu'ilz avoient faiete à l'encontre 
desdiz Bourguignons, et qu'ilz voulsissent adjouster 
foy ausdiz de la Borde et Gousinot de tout ce qu'ilz leur 
diroient de par lui. Laquelle credence estoit en affect 
que le roy les mercioit moult de foiz de leurs grandes 
loyaultez, et si les prioit oultre de tousjours de bien 
en mieulx continuer, et que dedens le mardi ensui- 
vant il seroit à Paris*, comme au lieu du monde que 
plus il desiroit estre, pour donner remède et provi- 
sion partout, et qu'il aymeroit mieulx avoir perdu 
la moitié de son royaume que mal ne inconvénient 
aucun venist en ladicte ville, ou possible lui seroit de 
y pourveoir. Aussi dist et pria ledit Gousinot, de par 
le roy, que ceulx de Paris pourveussent au logis des 
gens d'armes et de trait que le roy avoit et amenoit 
avecques lui, et aussi de mettre pris raisonnable sur 
les vivres. A quoy lui fut respondu par maistre Henry 
de Livre, prevost des marchans, que aussi feroit on. 

forêts de France (1434), mourut en 1471. Il avait, comme Guil- 
laume Gousinot, seigneur de Montreuil (1400-vers 1484), joué un 
rôle important pendant la campagne de Louis XI en Bourbon- 
nais. — Sur Gousinot, voy. la notice de M. Vaesen, Lettres de 
Louis XI, II, 215. Ce personnage servit aussi fidèlement Louis XI 
que Charles VU et joua encore un rôle aux états généraux de 
1484, mais il était alors « un fort ancien homme. » 

1. G'est ce jour-là (16 juillet) que fut livrée la bataille de Mont- 
Ihéry. Il faut conclure des termes du message adressé aux Pari- 
siens que Louis XI ne prévoyait pas, au moment où il en chargea 
les seigneurs de la Borde et de Montreuil, que les « Gharolais » 
lui barreraient la route de Paris (cf. Du Glercq, IV, 162 et suiv., 
et Commynes, éd. Dupont, I, 28, 30 et suiv.). 



64 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [H65 

Et, le lundi ensuivant [15 juillet], lesdiz Bourgui- 
gnons, qui estoient deslogez dudit Saint-Gloud, s'en 
alerent loger à Montlehery eulx et toute leur artillerie, 
cuidans aler eulx joindre avecques les compaignies des 
ducs de Berry et de Bretaigne, le conte de Dunois, et 
autres qui s'en venoient audit de Gharrolois*. Et de ce 
en furent portées les nouvelles au roy , qui estoit par deçà 
Orléans pour s'en venir à Paris ; lequel et à toute dili- 
gence vint et arriva le mardi matin, xvi® jour dudit 
moys de juillet, à Chastes soubz ledit Montlehery^. Et 
d'ilecques, sans soy rafreschir ou que bien peu, et 
sans attendre toute sa compaignie, qui estoit pour 
gens à cheval la plus belle et mieulx en point que 

1. Le 14 juillet, Gharolais écrivit de Saint-Gloud à Philippe le 
Bon qu'il était pressé par le duc de Berry, alors près de Chartres, 
de se porter au-devant des Bretons, afin d'unir ses forces aux 
leurs pour attaquer le roi avant qu'il pût mettre en hgne tout 
son monde. Charles de Bourgogne annonçait son départ dans 
la direction d'Étampes pour le lendemain. Le 15 au matin, G. de 
la Roche annonce que le comte « s'en vat au Montlhery et de 
là à Etampes, » pour rallier les Bretons, et il ajoute : « L'en dit 
que le roi approuche très fort et que ses gens viennent après file 
à file. » La duchesse d'Orléans avait en eflet informé le comte 
de Gharolais que, le jeudi précédent (11 juillet), le roi avait ouï 
la messe à Notre-Dame de Cléry (Mélanges historiques, II, 350. 
Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 24, et l'Itinéraire de Charles de 
Bourgogne, dans Lenglet, II, 183). C'est sans doute par son avant- 
garde, logée dès le 13 à Issy, au sud de Paris, que le comte eut 
avis de l'approche des Français et des Bretons (Hennin, dans 
Barante, éd. citée, p. 426). — La garde du pont de Saint-Gloud, 
son seul trait d'union avec le Nord, fut confiée par Gharolais à 
un gentilhomme hennuyer, Oste de la Mote (Ibid., p. 427). 

2. Le roi était à Orléans le 13 juillet, le 14 à Éiampes, et le 15 
au soir il venait coucher à Étrechy, à plus de 70 kilomètres d'Or- 
léans. On trouvera en appendice, à la fin de la présente édition, 
une note étendue sur la bataille de Montlhery. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 65 

onques avoit esté veue par avant pour autant de gens 
qu'il y avoit, se vint fraper et bouter dedens l'armée 
desdiz Bourguignons. Et ilec à l'aborder y ot fait des 
plus beaulx faiz d'armes qui jamais furent veuz pour 
ung peu de gens, car aussi c'estoient tous nobles 
hommes vaillans et de grant eslite, qui tellement 
besongnerent que le roy gaigna et mist en fuite toute 
l'avangarde desdiz Bourguignons. Et y ot d'iceulx 
Bourguignons à ladicte rencontre grant quantité de 
mors et de prins. Et, d'icelle desconfiture en vint 
incontinent le bruit à Paris ; de laquelle ville en yssit 
aux champs plus de xxx™ personnes, partie desquelz 
s'en alerent à cheval à l'escart et trouvèrent moult 
desdiz Bourguignons qui furent prins et desconfiz par 
eulx, et aussi par ceulx des villages d'autour d'icelle 
ville, comme de Vanves, Yssy, Sevré, Saint Gloud, 
Suresnes et autres lieux. Et, en ce faisant, fut gaigné 
bien grant butin sur lesdiz Bourguignons, tant en 
chariotz, bahus, maies, boistes que autrement, et tant 
y perdirent lesdiz Bourguignons que on disoit lors 
que leur perte en toutes choses montoit à plus de 
11*^ mil escuz d'or. 

Et, après que ladicte avangarde ot esté ainsi des- 
confite, le roy, non content de ce, mais cuidant tous- 
jours persévérer et avoir le bout d'iceulx Bourgui- 
gnons, et sans soy rafreschir ne prendre aucun repos 
ne lui ne ses gens, se rebouta, lui sa garde, et envi- 
ron iiii'^ lances de sa compaignie, dedens lesdiz Bour- 
guignons, qui s'estoient fort rahez par le moien dudit 
conte de Saint-Pol, qui moult bien servy ledit de Char- 
rolois celle journée. Lesquelz Bourguignons recueilli- 
rent vigoreusement le roy et sadicte compaignie, car 



66 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

ilz s'estoient serrez en bataille et par ordre et leur 
artillerie aprestée, de laquelle ilz grevèrent fort les 
gens du roy et en tuèrent plusieurs gens de bien et 
aussi de ceulx de la garde du roy, qui moult vail- 
lamment s'i portèrent et servirent bien le roy, qui ot 
ilec beaucop à faire et [fut] en grant danger par 
diverses foiz de sa personne, car il n'avoit q'un peu 
de gens et sans artillerie ; et tellement y fut oppressé 
le roy, qui tousjours estoit des premiers dedens, 
qu'il ne savoit que faire. Et, posé ores qu'il n'avoit 
que peu de gens, si maintenoient plusieurs que s'il 
eust eu davantage cinq cens frans archers à pié pour 
expédier les Bourguignons qui ilec furent gettez par 
terre, qui après se relevoient, qu'il eust mis en telle 
subjection iceulx Bourguignons que jamais n'eust esté 
mémoire d'eux en armes. Ledit seigneur de Ghar- 
rolois y perdit toute sa garde, et aussi fist le roy 
beaucop de la sienne. Et fut tellement suivy ledit de 
Gharrolois que par deux foiz fut prins par Geoffroy 
de Saint Belin et Gilbert de Grassay^ et puis fut res- 
coux. Et, durant ladicte journée, y ot grande occi- 
sion de hommes et de chevaulx, dont plusieurs en 
furent tuez par les ribaulx piétons du costé dudit de 
Bourgongne, qui, de piques et autres ferremens les 
tuoient. Et y mourut de gens de nobles maisons de 
costé et d'autre. Et, après que tout fut fait, on trouva 
que oudit champ y estoient mors m"" vi'= hommes; 
Dieu en ait les âmes ! 

Et, vers la nuit, les Escossois de la garde du roy, 

1. Geoffroy de Saint-Belin, chevalier, conseiller et chambellan 
du roi, baron de Saxefontaine, bailli de Ghaumont. — Gilbert de 
Grassay, conseiller et chambellan du roi, seigneur de Gbampéroux. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. B7 

voians et considerans le grant danger où le roy 
estoit et la grant perte de leurs gens, aussi que 
lesdiz Bourguignons poursuivoient fort et asprement, 
prindrent le roy, qui moult estoit las et afflict, et qui 
n'avoit cessé de combatre et faire grans armes toute 
la journée sans boire et sans menger, et le menè- 
rent dedens le chastel dudit Montlehery. Et, pour ce 
que plusieurs gens de l'armée du roy n'avoient point 
veu qu'il eust ainsi esté mené audit Montlehery et ne 
le savoient où trouver, cuidoient qu'il feust mort ou 
prins, et à ceste cause la pluspart d'iceulx se mirent 
en fuite. Et lors monseigneur du Maine, monseigneur 
l'admirai de xMontauban, le seigneur de la Barde ^ et 
autres cappitaines qui bien avoient de vn à vm*^ lances, 
se retrahirent et s'en alerent et habandonnerent ainsi 
le roy, et, à ladicte journée, nul des dessusdiz n'y 
frapa un seul cop ; et , à ces moiens , le champ 
demoura ausdiz Bourguignons-. 

En icelle rencontre et ou nombre des mors y furent 
trouvez de gens de façon et bonnes maisons, c'est 
assavoir : messire Pierre de Breszé, chevalier, senes- 
chal de Normandie; Geoffroy de Saint -Belin, dit 
La Hire, bailli de Ghaumont; Floquet, bailly d'Evreux, 
et plusieurs autres chevaliers et escuiers de nom de 
la compaignie du roy^. Et aussi, de la compaignie 

1. Jean de Stuer ou d'Estuer, chevalier, seigneur de la Barde, 
de Montélimart, etc., vicomte de Ribérac et d'Espeluche, était 
fils de Jean de Stuer et de Jeanne de Pons. Il épousa Catherine 
Brachet (Moréri). 

2. Le comte de Gharolais, dit Olivier de la Marche (éd. Beaune 
et d'Arbaumont, t. III, p. 16), « garda ce jour le champ de la 
bataille que l'on nommoit anciennement le champ de Plours. » 

3. Le lendemain de la bataille, Olivier de la Marche, envoyé 

I 7 



68 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

desdiz Bourguignons, y en ot beaucop de mors et 
de prins plus que de ceulx du roy^. 

Et, après que le roy ot esté ung peu rafreschi 
oudit chasteau de Montlehery, fut mené et conduit 
d'ilec jusques en la ville de Corbueil, où il séjourna 
jusques au jeudi ensuivant, xvni® jour dudit moys de 
juillet, qu'il arriva sur le tart en sa ville de Paris ^. 
Et souppa ce jour en l'ostel de son lieutenant gênerai, 

au village de Montlhéry pour faire le logis du comte de Charolais, 
trouva sur de la paille les cadavres du grand sénéchal de Nor- 
mandie et de « plusieurs autres nobles et bons personnaiges fran- 
çois. » Brézé, La Hire et Floquet tombèrent victimes de leur 
impétuosité, qui les entraîna « sy avant en la bataille qu'ils ne 
peurent retourner » (Du Clercq, IV, 170). Gommynes veut que 
La Hire se soit fait tuer en revenant à la nuit de « chasser » les 
fuyards bourguignons (éd. Dupont, I, 46). Basin prétend que 
Brézé fut occis dès le commencement de l'action par les gens 
mêmes du roi. Et, bien, ajoute-t-il, que ce forfait eût été accom- 
pli sans que Louis XI en ait rien su, la veuve du grand sénéchal 
et nombre d'autres le soupçonnèrent d'avoir ordonné le crime 
(II, 126). C'est cette rumeur, habilement exploitée par les rebelles, 
qui fut cause plus tard de la trahison de Jeanne Grespin à Rouen 
(voy. plus loin). 

1. Les morts ayant été dépouillés aussitôt, il fut impossible 
de savoir lequel des deux partis avait subi les plus grosses 
pertes. 

2. Louis XI arriva à Corbeil le 17, vers dix heures du matin 
(Du Clercq, IV, 172; Hennin, dans ouvr. cité, p. 436). Le jeudi 18, 
il ût son entrée à Paris à cinq heures du soir et fut reçu « à grant 
joie » par les gens d'Église et par les bourgeois. Une partie de 
son monde l'avait rallié; l'autre t demeura es villages environ 
Paris pour soy rafreschir » (Maupoint, Journal, p. 58). Louis XI 
devait exagérer quelque peu lorsqu'il écrivait, le 27 juillet, 
aux habitants de Poitiers qu'il avait encore avec lui 1,500 à 
1,600 lances de la grande ordonnance, sans les corps d'armée des 
comtes de Nevers et d'Eu et les contingents d'autres seigneurs 
qui étaient venus le joindre avec 300 lances (Vaesen, Lettres de 
Louis XI, II, 339). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 69 

messire Charles de Meleun^ Et avecques lui y sou- 
perent aussi plusieurs seigneurs, damoiselles et bour- 
goises. Auquel lieu il recita toute son adventure ainsi 
advenue audit Montlehery, et, en ce faisant, dist et 
declaira de moult beaulx mots et piteux, de quoy 
tous et toutes pleurèrent bien largement. Et si dist 
plus que, au plaisir de Dieu, le lundi ensuivant, il 
retourneroit derechef à l'encontre de sesdiz ennemis 
et qu'il mourroit en la poursuite ou que brief en aroit 
le bout : dont il ne se fist riens, pour ce qu'il fut con- 
seillé pour le mieulx du contraire, avecques ce qu'il 
fut laschement servy de ses gens de guerre^; et ne 
tint point à lui, car il est^ assez et trop vaillant. 

Et, le vendredi ensuivant, xix^ jour dudit moys de 
juillet oudit an LXV, ung gentilhomme, nommé Lau- 
rens de Mory, seigneur dudit lieu de Mory, près de 
Mitry en France^, qui avoit esté constitué prisonnier 
en la bastide Saint - Anthoine , pour occasion de ce 



1. Interpolations et variantes, § XI. 

2. La défection du comte du Maine et de l'amiral de Montau- 
ban et les sentiments douteux d'une partie de la population pari- 
sienne furent la cause de cette abstention. — « Vous, et les autres 
qui ont charge de gens de guerre, avez dict en aucuns conseilz où 
estoie présent que vous n'estiez pas seur de voz gens, car plu- 
sieurs en y avoient qui vous avoieut fait la poulie à Montlhery » 
(Apostrophe de Jacques Rebours, procureur de la ville de Paris, 
au bâtard du Maine, relatée dans sa déposition du 28 juillet 1468, 
au procès de Charles de Melun. Bibl. nat.,ms. fr. 2921. Cf. Basin, 
II, 123 et suiv.). 

3. Telle est la leçon du ms. fr. 5062, fol. 20. Le ms. fr. 2889, 
fol. 21, porte il estait. 

4. Ces- deux localités forment aujourd'hui une seule commune 
sous le nom de Mitry-Mory (Seine-et-Marne, cant. de Glaye). 



70 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

qu'il avoit favorisé lesdiz Bourguignons et les avoit 
induiz et menez, en divers lieux, en plusieurs maisons 
assises en divers villages d'autour Paris, appartenans 
à aucuns bourgois dudit lieu de Paris, pour icelles 
maisons piller et prendre les biens desdiz bourgois 
de Paris, et que, en ce faisant, avoit fait plusieurs 
larrecins, fut fait son procès sur lesdiz cas, audit lieu 
de la Bastide, par aucuns commissaires à ce faire 
ordonnez. Par lesquelz fut dit et declairé audit de 
Mory qu'il estoit crimineulx de crime de leze majesté, 
et comme tel le condampnerent à estre escartelé es 
haies de Paris, et ses biens et héritages acquis et 
confisquez au roy. Dont et de quoy il appella en la 
court de Parlement; pour révérence duquel appel fut 
différé d'estre exécuté pour ledit jour. Et, le samedi 
ensuivant [20 juillet], par la court de Parlement fut 
widé ledit appel, et, en corrigant icellui, fut dit par 
arrest de ladicte court que ledit Laurens de Mory 
seroit pendu et estranglé au gibet de Paris, et fut 
exécuté cedit jour. 

Et, cedit jour de samedi, l'evesque de Paris, nommé 
maistre Guillaume Ghartier, et autres conseillers et 
gens d'église de ladicte ville furent devers le roy en 
son hostel des Tournelles, et là fut proposé devant 
lui par ledit evesque et dictes de moult belles paroles, 
qui toutes tendoient à fin que le roy conduisist de là 
en avant toutes ses affaires par bon conseil, ce que le 
roy acorda. Et fut lors ordonne que de là en avant 
yroient au conseil du roy, avecques le conseil ordi- 
naire, c'est assavoir six conseillers bourgois de ladicte 
ville, six autres conseillers de la court de Parlement, 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 71 

et six clers prins en l'Université de Paris^. Et aussi, 
pour ce que le roy vit qu'il avoit moult d'ennemis en 
son royaume, mist en délibération de trouver des 
gens de guerre avecques ceulx que desja il avoit, et 
aussi combien on en trouveroit à Paris. Et à ceste 
cause fut ordonné que tous ceulx de Paris seroient 
prins par escript et par dixaines, pour en prendre de 
chacune dixaine dix hommes; mais il ne s'en fist rien. 
Et, au moien de la venue du roy à Paris, il convint 
que plusieurs gens de guerre qui le suivoient feussent 
logez es villages d'autour Paris et de Brie et autres 
lieux voisins ; lesquelz gasterent et destruisirent tous 
lesdiz villages et prindrent de fait et sans riens paier 
tous vivres qu'ilz y trouvèrent et autres choses qui 
appartenoient tant aux habitans desdiz villages que 
d'autres demourans à Paris. Et aussi, quant le roy se 
trouva à Paris, il se trouva fort chargié de gens de 
guerre, pour lesquelz paier de leursdiz gaiges et soul- 
dées lui convint finer de grant somme de deniers, car 
il ne recevoit riens d'aucunes villes sur lesquelles les- 
diz gaiges estoient assignez, qui estoient tenues et 
usurpées par aucuns princes, qui ne vouloient riens 
souffrir estre cueilly dudit paiement en leurs pays, fut 
contraint de faire emprunt d'argent sur plusieurs offi- 

1. Ainsi qu'on le verra plus loin, Louis XI ne pardonna jamais 
à l'évêque Guillaume Ghartier le rôle qu'il joua pendant le Bien- 
Public (voy. à la date du 15 mai 1472). — Un passage d'une lettre 
adressée à Louis XI par Gharles de Melun quelque temps aupa- 
ravant, pendant le procès du comte de Dammartin, témoigne de 
la méliance que le prélat inspirait déjà à l'entourage du roi : 
« Pleust à Dieu, écrit Melun, que le pape eust translaté l'evesque 
de Paris en l'evesché de Jérusalem! » (Bibl. nat., ms. fr. 20855, 
fol. 103, orig.). 



72 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

ciers et autres de la ville de Paris, ausquelz de par 
lui fut demandé argent à prester ; de quoy ilz furent 
refusans, au moins de si grant somme comme on 
leur demandoit. Et, pour leur refus, à aucuns d'eulx 
fut dit et declairé de par le roy que de lui ilz estoient 
privez de toutes offices royaulx, comme à maistre 
Jehan Cheneteau, greffier du Parlement \ maistre 
Martin Picart, conseiller des Comptes, et autres. 

Et, le mercredi ensuivant, xxiiii® jour de juillet, 
audit an LXV, le roy fist bailler commission au prevost 
forain de Senlis pour aler abatre les arches de Pons 
Saincte-Maixence, pour ce qu'il estoit grant bruit que 
le seigneur de Saveuzes- avec grant nombre de gens 
de guerre venoient audit lieu pour le prendre sur 
ceulx qui le tenoient pour le roy. Et, ce mesme jour, 
le roy en avoit donné la cappitainerie à Jehan L'Or- 
fèvre, chastelain dudit lieu, et lui donna charge d'aler 
garder ladicte place, et lui defendi bien fort que riens 
ne feust rompu dudit pont. 

Et, le vendredi ensuivant [26 juillet], le roy ordonna 
qu'il demourroit deux cens lances à Paris, soubz la 
charge et conduicte dudit bastard d'Armaignac, comte 
de Gomminge, de messire Giles de Saint-Symon, bailli 

i. C'est-à-dire greffier civil du Parlement. Le Parlement et la 
cour des Comptes étaient généralement mal disposés à l'égard du 
roi (voy. Mélanges historiques, II, p. 371 et suiv.). 

2. Pont-Sainte-Maxence avait été repris par les royalistes. Phi- 
lippe de Saveuses, seigneur de Flesselles et de Howair, avait 
alors soixante-douze ans; mais, presque seul en Picardie, il ne 
se laissa pas décourager par le bruit de la défaite du conito do 
Gharolais, qui fut répandu par les fuyards de l'armée bourgui- 
gnonne. Il leva des troupes à ses frais, se mit en campagne et, 
par son énergie, conserva au duc de Bourgogne plusieurs places 
déjà abandonnées par leurs défenseurs. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 73 

de Senlis', le sire de la Barde, de Charles des Marés^ 
et dudit messire Charles de Meleun, que le roy conti- 
nua lieutenant pour lui en ladicte ville, à la relacion 
et requeste d'aucunes gens d'Eglise et des prevost des 
marchans et eschevins de ladicte ville ^. 

Et, le samedi ensuivant, xxvn^ jour dudit moys de 
juillet, oudit an LXV, ung nommé Jehan de Bourges, 
qui avoit esté clerc et serviteur de maistre Jehan 
Berard, conseiller du roy nostre sire en sa cour de 
Parlement, et qui avoit esté mis et constitué prison- 
nier avecques Gacien Meriaudeau et François Meriau- 

1. Gilles de Rouvroy, chevalier, seigneur de Saint-Simon, fut 
pourvu vers 1438 de la charge de bailli de Senlis, et mourut dans 
cette ville le 18 décembre 1477. Il avait épousé Jeanne de 
Flocques, et c'est de cette union qu'est descendu en ligne directe 
l'illustre auteur des Mémoires (voy. la notice de M. de Boislisle, 
Mémoires de Saint-Simon. Paris, Hachette, t. I, appendice I, 
p. 422 et suiv.). 

2. Charles des Marets, écuyer, l'un des héros de la lutte contre 
les Anglais en Normandie, capitaine de Dieppe dès 1420, reçut 
de Louis XI, en 1462, un don de 2,000 écus d'or en récompense 
de certaine dépense qu'il avait faite à Dieppe pour entretenir des 
gens de guerre l'année où les Anglais mirent le siège devant 
cette ville (1442-1443) (Bibl. nat., ms. fr. 26088, n° 106. Reçu sur 
parch. Cf. Vallet de Viriville, Histoire de Cliarles VII, II, 339 et 
suiv. et 449, et III, 392 et suiv.). 

3. Ce ne fut pas sans une vive opposition de la part de certains 
membres du Parlement et de la Chambre des comptes. Au mépris 
d'une délibération prise le matin même à l'hôtel de ville, le pré- 
vôt des marchands Henry de Livres et les échevins Jean de Har- 
lay, Audry d'Azy et Denis Gibert, tous ardents royalistes, « pour 
le bien de la ville et parce que Charles de Melun avoit obtenu du 
roi d'abattre partie des aides, » supplièrent Louis XI, alors sur 
le point de quitter Paris, de laisser la lieutenance à Charles de 
Melun (voy., dans Mélanges historiques cités, H, 371, la déposi- 
tion de Jean Clerbout, général des monnaies, au cours d'une 
enquête ouverte vers 1467 sur ces événements). 



74 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

deau, son frère*, pour occasion de ce qu'ilz et autres 
s'estoient tirez de Paris en Bretaigne pardevers mondit 
seigneur de Berry, en conspirant contre le roy, fut 
icellui Jehan de Bourges tiré hors de ladicte Bastide 
et ledit François Meriaudeau, et, par la sentence du 
prevost des mareschaulx, furent noiez en la rivière de 
Seine par le bourreau de Paris devant la tour de 
Billy^. Et, le mardy ensuivant, xxix®^ jour d'icellui 
moys, ledit Gacien, qui estoit notaire du roy ou Chas- 
tellet de Paris, aussi prisonnier audit lieu de Paris et 
pour ledit cas, fut pareillement tiré dudit lieu de la 
Bastide, comme les autres dessus nommez, et noie ou 
lieu dessusdit. Et pareillement y fut aussi noyé ung 
povre aide à maçon, qui avoit esté envoie de Paris à 
Estampes, de par la femme d'un nommé maistre Odo 
de Bussy*, pour porter lettres à sondit mary, qui lors 
estoit advocat ou Ghastellet de Paris, et qui estoit 
audit lieu d'Estampes avecques le frère dudit seigneur 
de Saint-PoP, dont il estoit serviteur, estant audit 
Estampes avecques les autres princes et seigneurs 
estans contre le roy, comme dit est ; et lequel aide à 

1. A la date du 3 août 1456 et à celle du premier février 1460, 
V. st., on trouve un Gacien Meriaudeau qualifié de clerc notaire 
juré du roi et de par lui établi au Ghâtelet de Paris (Arch. nat., 
LL 729, fol. 162 v° et suiv.). — Son frère François fut remplacé 
par Henri Perdriel, le 17 juillet 1465, dans les fonctions de clerc 
civil du greffe du Cliàtelet (Sauvai, ouvr. cité, III, 386). 

2. La tour de Billy, qui flanquait la porte Barbeel, terminait 
l'enceinte de Paris au bord de la Seine, sur la rive droite. 

3. Lisez lA'A». 

4. Voy. plus loin, à l'année 1477, la fin tragique de ce person- 
nage. 

5. Il s'agit ici de Jacques de Luxembourg, seigneur de Riche- 
bourg, mort le 20 août 1487. 



i465j OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 75 

maçon rapporta response desdictes lettres à ladicte 
femme dudit maistre Odo, qui avoit gaigné par cha- 
cun jour qu'il avoit vacqué à aler audit lieu d'Estampes 
et retourner à Paris ii sous parisis par chacun jour. 
Pour lequel cas, ledit aide à maçon fut aussi condempné 
à mourir, et fut noyé au devantdit lieu après les autres 
dessus nommez. Et, le lendemain, fut fait commande- 
ment à icelle femme dudit maistre Odo de wider hors 
de la ville de Paris, ce qu'elle fîst, et s'en ala à Saint- 
Anthoine des Champs hors Paris \ où tousjours depuis 
s'est tenue jusques à ce que l'appoinctement fut fait 
entre le roy et les princes et seigneurs, qui depuis 
vindrent à Saint-Mor, Gonflans^ et devant Paris. 

Et, après que ladicte rencontre ot ainsi esté faicte 
audit lieu de Montlehery, lesdiz princes tous ensemble 
ainsi estans contre le roy, que dit est, furent et demeu- 
rèrent ensemble, se mirent audit lieu d'Estampes et s'i 
tindrent par l'espace de quinze jours ^. Et après se des- 

1. Fondée vers la fin du xir siècle, cette célèbre abbaye était 
située au delà de la porte Saint-Antoine. 

2. Auj. Gonflans-l'Archevêque, dép. de la Seine, comm. de 
Gharenton, au confluent de la Marne et de la Seine. 

3. loe 17 juillet, lendemain de la bataille, le comte de Charolais 
demeura à Montlhéry, où ses gens affamés trouvèrent encore 
quelques vivres. « Croyez, dit Hennin, que plusieurs d'eulx n'at- 
tendoyent point la moustarde! » Les chevaux n'avaient pas été 
débridés depuis quarante-huit heures! — Le 18, le comte coucha 
à Châtres (Arpajon) et le lendemain à Étampes, où il reçut des 
nouvelles des Bretons. Robinet du Ru, écuyer, qui avait la garde 
de la tour d'Étampes, la rendit à la première sommation, et avec 
elle une partie des bijoux de Louis XI, qui avaient été déposés là 
avant la bataille (Hennin, dans ouvr. cité, p. 436, et Mélanges his- 
toriques, II, 353). Le 21, les ducs de Berry et de Bretagne appa- 
rurent enfin, non sans provoquer les railleries des « Charolais », 
qui ne se gênaient pas pour dire que leurs alliés eussent 



76 JOURiNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

logèrent et prindrent le chemin par devers Saint-Mathe- 
lin de l'Archant, xMoret en Gastinois*, Provins et le pays 
d'environ. Et, quant le roy en ot oy les nouvelles, il 
envoya à Meleun, Monstereau et à Sens et autres villes 
d'environ des gens de guerre et de l'artillerie pour 
garder lesdiz lieux et pour faire des saillies sur les 
dessusdiz quant ilz verroient leur avantage^. 

Et le samedi, tiers jour d'aoust, oudit an LXV, le 
roy, aiant singulier désir de faire des biens à sa ville 
de Paris et aux habitans d'icelle, remist le im® du vin 
vendu à détail en ladicte ville au \aii®, et voult que 
tous privilégiez peussent joyr de leurs privilèges tout 
ainsi qu'ilz avoient fait durant la vie dudit defunct roy 
Charles. Et, en oultre, ordonna toutes les impositions 
qui avoient cours en ladicte ville estre abatues, fors et 
excepté les denrées de six fermes vendues en gros en 
icelle ville, c'est assavoir les fermes de la busche, du 
pié fourché, 'le drap vendu en gros, le vin en gros, le 
poisson de mer et ^. Et, cemesmesjour, ces choses 

mieux fait de ne pas venir du tout que d'arriver après la 
bataille (Hennin, ouvr. cité. Cf. Lenglet, II, 484 et 487). Le 24, 
François II, duc de Bretagne, confirma et renouvela son alliance 
avec le comte de Gharolais contre le roi (voy. le texte dans Len- 
glet, II, 490, et les considérants audacieusement menteurs qui 
l'accompagnent). Après quinze jours perdus à Étampes (« quae 
repausatio... non parum damnosa atque incommoda exstitit, » 
dit Basin, II, 122), les alliés se remirent en route le 31 juillet 
(Commynes, éd. Lenglet, II, 183; éd. Dupont, I, 58 et suiv.). 

1. Saint-Mathurin-de-Larchant est auj. Larchant (Seine-et- 
Marne, arr. de Fontainebleau). — Moret-sur-Loing (même arr.). 

2. Et surtout pour défendre le cours de la Seine, sur lequel ces 
trois villes sont situées. 

3. « Les aides comprenaient essentiellement deux taxes, l'une 
d'un huitième ou d'un quart sur le prix de vente des vins et autres 
boissons et l'autre d'un vingtième sur le prix de vente de certains 



|l465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 77 

furent publiées à son de trompe par les carrefours de 
Paris, en la présence de sire Denis Hesselin, esleu sur 
le fait des aides à Paris. Et, incontinent après ledit 
cry, tout le populaire, oyant icellui, crioient de joye 
et de bon vouloir Noël. Et en furent faiz les feux 
parmy les rues^. 

Et, le dimenche ensuivant, quart jour d'aoust, Reve- 

objets de consommation (bétail à pied fourché, draps, poissons, 
bois) » (Jacqueton, Documents relatifs à l'administration financière 
cités, p. vin). L'ordonnance du 3 août 1465, dont le texte est 
reproduit au tome XVI de la collection des Ordonnances, p. 341 
et suiv., détaille encore nombre d'autres denrées sur lesquelles 
un impôt était perçu au grand déplaisir des Parisiens. — Le blanc 
laissé par notre auteur est ditiicile à remplir; il faut sans doute 
n'en pas tenir compte et lire plus haut cinq fermes au lieu de six. 
— Le 30 juillet, Louis XI avait, suivant Maupoint [Journal, 
p. 58), restitué aux gens d'Église, Université, nobles et officiers 
royaux à Paris une franchise qu'il leur avait enlevée en 1461, 
celle de pouvoir vendre du vin au détail sans payer le quatrième. 
1. Maupoint témoigne de la satisfaction avec laquelle on accueil- 
lit cette ordonnance, car, dit-il, auparavant il n'y avait pas à 
Paris moins de soixante-six fermes, dont les habitants de la ville 
et des faubourgs étaient fort travaillés {Journal cité, p. 60). — 
Sur la biographie de Denis Hesselin, né vers 1425, mort après 
1506, élu sur le fait des aides dès le 3 août 1456 (Arch. nat., 
LL 729, fol. 163), panetier du roi, puis prévôt des marchands 
(1470-1474), clerc et receveur de la ville de Paris (1474-1500), il y 
a peu de chose à ajouter à ce qu'a dit M. Vitu, qui a considéré, 
à tort selon nous, ce personnage comme l'auteur de la Chronique 
Scandaleuse (La Chronique de Louis XI, etc., citée. Cf. l'Introduc- 
tion à la présente édition). Denis Hesselin paraît avoir épousé 
Jeanne de Torrettes. Une minute de Bourré (Bibl. nat., ms, 
fr. 20494, fol. 50) nous apprend qu'à une date qui n'est pas pré- 
cisée, Hesselin rendit à Louis XI « ung balay (rubis) cabochon 
sur le quarre, à une belle face plate et une grosse fosse d'un des 
costez, pesant vi^^xui karaz et demy, » que Charles V avait remis 
jadis à feu Jacques de Lallier, Germain Vivien et autres, pour 
gage d'un prêt de 5,001 1. Il s. 8 d. t. 



78 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

rend Père en Dieu maistre Jehan Balue fut sacré à 
evesque d'Evreux en l'église Notre-Dame de Paris. Et, 
ce mesmes jour, le roy souppa en l'ostel de son tré- 
sorier des finances, maistre Estienne Chevalier. 

Et, le mardi ensuivant [6 août], fut exécuté es haies 
de Paris ung jeune compaignon nommé Pierre Gue- 
roult, natif de Lesignen, et ilec escartelé par la sen- 
tence du prevost des mareschaulx, pour occasion de 
ce qu'il avoit confessé estre venu de Bretaigne à Paris, 
et ilec envoie de l'ordonnance du duc de Bretaigne 
pour dire et advertir le roy que plusieurs cappitaines 
et chefz de guerre de son ordonnance et retenue 
estoient à lui contraires, pour et afin de mettre dis- 
sencion entre le roy et lesdits gens de guerre, et aussi 
pour accuser aucunes notables personnes de Paris de 
non estre à lui feaulx; et avecques ce pour espier et 
regarder quelz gens de guerre et puissance le roy 
avoit, pour tout ce que dit est le rapporter ausdiz 
princes et seigneurs au roy contraires, pour mieulx et 
plus aisieement exécuter contre lui leur dampnée entre- 
prinse. Et, pour ledit cas, fut ainsi exécuté que dit 
est, ses biens et heritaiges au roy acquis et confisquez. 

Oudit temps, lesdiz Bretons et Bourguignons passè- 
rent les rivières de Seine et Yonne par bateaulx qu'ilz 
trouvèrent à Moret en Gastinois et ailleurs. Et, audit 
passage faisant se y trouva Salezart et aucuns de la 
compaignie de Joachin Rouault pour cuider empescher 
ledit passage, mais ilz n'estoient que peu de gens et 
sans artillerie, et les ennemis du roy en avoient large- 
ment, par quoy les convint reculer et retraire. Et, 
audit passage, fut tiré par lesdiz Bretons contre lesdiz 
gens du roy une serpentine, qui d'un cop emporta le 



1465] OU CHROMQUE SCANDALEUSE. 79 

bras d'un page, et après vint fraper un gentilhomme 
nommé Painabel, parent dudit Joachin Rouault, tout 
parmy le petit ventre, et en après en tua trois autres 
hommes de guerre'^. 

Et, le jeudi ensuivant, vm® jour d'aoust, monsei- 
gneur de Pressigny, conseiller du roy notre sire et 
président en sa chambre des Comptes à Paris % et 
Ghristofle Paillart, aussi conseiller dudit seigneur en 
sadicte chambre, que le roy a voit envolez pardevers le 
duc de Calabre, qu'ilz trouvèrent ou pays de l'Auxer- 
rois, pour lui porter lettres de par le roy, s'en retour- 
nèrent à Paris pardevers le roy, à toute la response 
qu'ilz avoient eu dudit de Calabre ^. 

1. Suivant Maupoint (Journal, p. 59), les princes tentèrent 
de traverser la Seine, le 1" août, au pont de Samois, mais les 
Français avaient rompu le pont et s'opposèrent au passage. C'est 
le dimanche 4 août que les alliés réussirent à franchir la rivière 
à Moret (voy. le récit de Gommynes, éd. Dupont, I, 58 et suiv.). 
L'objectif des princes était de tendre la main au duc de 
Calabre, qui arrivait de l'est par l'Auxerrois et rejoignit ses 
alliés le 8 août. Ils demeurèrent à Saint-Mammès, en Brie, jus- 
qu'au samedi 10 (Maupoint, Journal, p. 60). 

2. Bertrand de Beauvau, chevalier, seigneur de Précigny, 
reçut des lettres de provision pour l'office de premier président 
aux Comptes en date de Chinon, le 6 juin 1462, avec le titre de 
garde et grand conservateur du domaine royal (Ordonnances, 
t. XV, p. 492 et suiv.). Il mourut en 1474. 

3. Ils avaient apporté aussi à Jean d'Anjou, duc de Calabre et 
de Lorraine, une lettre que le roi René, son père, lui écrivait 
pour le détourner de combattre Louis XI (Commynes, édit. Len- 
glet, U, 423). Maupoint attribue l'aniraosité dont le duc de 
Calabre ût preuve à l'égard du roi de France au fait que ce der- 
nier avait, au début de son règne, contracté alliance avec le roi 
Don Juan, compétiteur de Jean d'Anjou au trône d'Aragon (Jour- 
nal cité, p. 51). Le prétexte paraît léger, étant donné que Louis XI 



80 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, le samedi ensuivant, x® jour dudit moys, le roy 
s'en party de Paris pour aler à Rouen, Evreux et 
autres lieux en Normandie, et ala ce jour à Pontoise. 
Et, à son parlement de Paris, ordonna plusieurs frans 
archers qui estoient venus dudit pays de Normandie, 
et environ iiif lances des compaignies de feu Floquet, 
du conte de Boulongne, de feu Geoffroy de Saint-Belin, 
du seigneur de Graon* et du seigneur de la Barde estre 
et demourer à Paris pour la tuicion et garde de ladicte 
villes 

Et, ledit jour du parlement du roy, se tint et assem- 
bla ung grant conseil en l'Ostel de ladicte ville de 
Paris. Et, en icellui tenant, vint et arriva audit conseil 
ung gentilhomme de par le roy, nommé le seigneur 
de Buisset, qui vint dire à tout le conseil ainsi assem- 
blé que le roy leur mandoit de par lui qu'il avoit 
changié propos, et que le mardi ensuivant il seroit de 
son retour audit lieu de Paris^. 

Et, au regard desdiz frans archers de Normendie, 

avait promis à son cousin, pour son fils Nicolas, marquis de Pont, 
la main d'Anne de France, sa fille, et que le duc avait touché déjà, 
en tout ou en partie, la dot de 100,000 écus d'or que le roi don- 
nait à sa fille (Bibl. nat., ms. fr. 26088, n* 181. Quittance sur par- 
chemin signée Jehan). 

1. Georges de la Trémoille, seigneur de Graon, de Jonvelle, etc., 
comte de Liguy, chevalier de l'Ordre, mort en 1481, était fils 
de Georges de la Trémoille et de Catherine de l'Isle-Bouchard et 
avait épousé Marie de Montauban. — Bertrand VI de la Tour, 
comte de Boulogne, avait servi vaillamment Charles VU. Il mou- 
rut le 26 septembre 1494. 

2. Interpolations et variantes, § XII. 

3. Averti de l'état de l'opinion à Paris, Louis XI jugea pru- 
dent de ne pas rester plus longtemps éloigné. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 81 

qui estoient des bailliages de Caen et Alançon, ils 
furent logez par distribucion : c'est assavoir ceuix de 
Caen, qui avoient jaquetes où estoit escript dessus de 
broderie Caen, furent mis et logez tous dedens l'ostel 
et pourpris du Temple, et les autres dudit bailliage 
d'Alençon, qui avoient jaquetes où estoit dessus escript 
aussi de broderie Audi partent, furent logez ou quar- 
tier dudit Temple, partout où ilz peurent estre logez, 
oultre l'ancienne porte dudit Temple ^ 

En ce temps, maistre Jehan Berard, conseiller du 
roy en sa court de Parlement, s'en party et ala oudit 
pays de Bretaigne, pardevers mondit seigneur de 
Berry^, pour ce qu'il disoit qu'on avoit arrestée pri- 
sonnière sa femme à Paris et fait wider hors ladicte 
ville, pour ce qu'on la chargoit d'avoir favorisé mon- 
dit seigneur de Berry et autres ses serviteurs contre 
le roy. 

Oudit temps fut pubhé et crié par les carrefours de 
Paris que tous ceulx de ladicte ville qui avoient ma- 
retz^ aux champs d'icelle ville feissent copper et 
abatre tous les saulx et autres arbres estans en iceulx, 
et tout ce dedens deux jours, ou autrement tous iceulx 
saulx et autres arbres estoient habandonnez à tous 
ceulx qui les vouldroient abatre. 

Et, ce mesmes jour, vint et arriva à Paris monsei- 
gneur le conte d'Eu comme lieutenant du roy, et 

1. Maupoint dit aussi que les capitaines qui commandaient pour 
le roi à Paris avaient sous leurs ordres 500 lances et "2,300 francs 
archers de Caen et d'Alençon (Journal, p. 61. Cf. Mélanges histo- 
riques, II, 377). 

2. Le duc de Berry n'était plus en Bretagne, mais en Brie, 
avec ses alliés du Bien-Public. 

3. C'est-à-dire des jardins maraîchers. 



82 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

comme tel y fut receu ledit jour, qui estoit le xui® jour 
d'aoustlIIPLXV^ 

Et, le mardi ensuivant, xiin® jour^ dudit moys 
d'aoust, ledit Gasin Cholet, dont devant est parlé ^, 
pour le cas dessusdit d'avoir crié en courant par les 
rues de Paris : « Boutez vous en vos maisons et fer- 
mez voz huis, car les Bourguignons sont dedens 
Paris ! » et qui a cause de ce avoit depuis esté cons- 
titué prisonnier par sentence du prevost de Paris, fut 
condampné à estre batu par les carrefours de ladicte 
ville et privé de toutes offices royaulx, et à estre ung 
mois encores en prison au pain et à l'eaue. Et fut 
ainsi mené que dit est batre par lesdiz carrefours 
dedens ung ort, vilain et paillart tumbereau dont on 
venoit de porter la boe en la voierie. Et, en le bâtant 
par lesdiz carrefours, comme dit est, le monde* crioit 
à haulte voix au bourreau : a Bâtez fort et n'espar- 
gnez point ce paillart, car il a bien pis desservy! » 

Et, ce mesmes jour, arriva à Paris ce archers, tous 
à cheval, dont estoit cappitaine Mignon^; tous lesquelz 

1. C'est à Pontoise, le 12 août 1465, que Louis XI signa cette 
nomination, considérant qu'il lui était nécessaire de se rendre à 
Rouen, « pour recouvrer gens d'armes, » et qu'en son absence la 
garde de Paris et des pays de France, Brie, Vimeu, bailliage de 
Senlis et duché de Normandie devait être confiée à un seigneur 
du sang (Félibien, Histoire de Paris, V, 275). 

2. Lisez xiij^ jour ou mercredi xiv« jour d'août. 

3. Voy. ci-dessus, p. 59. 

4. Et non le roy, comme portent les anciennes éditions. 

5. Jean Mignon avait fait, à la tête des francs archers de Niver- 
nais, de Gien et d'Orléans, la campagne de Bourbonnais (mandats 
de paiement adressés par le roi à Antoine Raguier et datés d'Is- 
soudun, 3 mai, et de Montluçon, 19 mai [1465], dans ms. fr. 20496, 
fol. 19 et 29, orig.). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. S3 

estoient assez bien en point, ou nombre desquelz y 
avoit plusieurs crennequiniers, vougiers et couleuvri- 
niers à main^. Et, tout derrière icelle compaignie, 
aloient aussi à cheval huit ribauldes et ung moyne 
noir, leur confesseur^. 

En ce temps, messire Charles de Meleun, qui avoit 
esté lieutenant pour le roy audit lieu de Paris durant le 
temps dessusdit, fut desappoincté de sa charge^, et 
fut baillée audit monseigneur d'Eu. Et, ou lieu dudit 
estât de lieutenant, le roy le fîst son grant maistre 
d'ostel, et si lui bailla le bailliage et la cappitainerie 
d'Evreux et la cappitainerie de Honnefleu. 

En ce temps, aucuns desdiz Bourguignons et Bre- 
tons, qui s'estoient rafreschis en la ville de Provins, 
s'en retournèrent à Laigny sur Marne le jour feste de 
my-aoust. Et, le vendredi ensuivant, vindrent loger à 
Gretueil, Maisons sur Seine, Gheele Saincte-Bapteur et 
autres lieux ilec environ^. Et, pour ce qu'on doubtoit 
fort lesdiz Bourguignons et Bretons retourner devant 
Paris, et qu'il fut raporté que maistre Girault, canon- 

1. Le cranequin était une sorte d'arbalète à pied; le vouge, une 
pique à fer long et assez large, aigu et tranchant; la couleuvrine, 
tantôt une arme à feu portative, tantôt un canon long et mince. 

2. Interpolations et variantes, § XIII. 

3. Interpolations et variantes, § XIV. — C'est pour donner satis- 
faction aux adversaires de Charles de Melun que Louis XI lui 
enleva la lieutenance de Paris. 

4. Créteil et Maisons-Alfort (Seine, cant. de Charenton-le-Pont). 

— Chelles (Seine-et-Marne, cant. de Lagny) tirait son nom de 
Chelles- Sainte -Bapteur ou Bauteur, d'une célèbre abbaye de 
filles fondée en 662 par la reine Bathilde, femme de Clovis II. 

— Le 11 août, les alliés occupèrent Nogent-sur-Seine, Bray et 
Provins. Le 15, le seigneur de Hautbourdin rentra dans Lagny 
(Maupoint, Journal cité, p. 60 et suiv.). 

I 8 



84 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

nier, s'estoit vanté de asseoir et assortir de son artil- 
lerie à la voierie devant la porte Saint-Denis et celle 
de Saint-A.nthoine, pour fouldroier aucuns lieux de 
ladicte ville et au long des murs, fut ordonné ce jour 
en ladicte ville que chacune personne alast le lende- 
main en ladicte voierie, garnis de piques et pelles, 
pour ruer et espandre icelle voierie ou ce qu'on en 
pourroit faire, et ainsi fut fait; mais on n'y fist que 
peu ou néant, et fut tout laissé. Et, à ceste cause, 
furent faiz dessus lesdiz murs plusieurs tauldis, boule- 
vers et trenchées au long desdiz murs pour la seureté 
et défense de ladicte ville et des habitans d icelle, et 
aussi de ceulx qui se emploieroient à la garde et 
défense d'icelle^. 

Et, le samedi ensuivant [1 7 août], plusieurs notables 
personnes et de divers estas de ladicte ville furent 
pardevers mondit seigneur le conte d'Eu, lieutenant 
pour le roy en ladicte ville, auquel ilz firent de moult 
belles remonstrances, qui concluoient qu'il lui pleust, 
pour le bien, prouffit et utilité du roy, de ladicte ville 

1. Les monceaux d'immondices qui, au moyen âge, garnissaient 
les abords des portes des villes et s'entassaient parfois plus haut 
que la muraille elle-même, constituaient, en cas de siège, un 
véritable péril et favorisaient les surprises (voy. dans le Jouvencel 
la prise d'Escallon, éd. Favre et Lecestre (Soc. de l'hist. de 
France), 1. 1, p. 115 et suiv.). — Par une ordonnance datée d'Or- 
léans, le 2 novembre 1466 {Collection des ordonnances, XVI, 521), 
Louis XI, pour avoir « vu et cognu à l'œil que les mottes qui 
sont près et joignans des fossez de la ville de Paris, mesmemeut 
à l'endroit des portes de Saint-Antoine, Saint-Denis et Saint- 
Honoré, » nuisaient à la sécurité des habitants, manda au prévôt 
de Paris et aux gens des Comptes d'interdire aux bourgeois de 
continuer « à porter gravois, immondices et mottes alentour des- 
dits fossés. » 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 85 

et des subgez d'icelle et du royaume, de adviser façon 
et moien pardevers lesdiz seigneurs de Berry, Bour- 
gongne, Bretaigne et autres devant nommez, d'avoir 
avecques eulx aucune bonne pacificacion de paix ou 
accord à l'onneur du roy et au soulagement et bien 
dudit royaume^. A tous lesquelz ledit monseigneur 
d'Eu fist response telle que le roy l'avoit mis et laissé 
à Paris pour y estre son lieutenant, et, en son absence, 
pour donner de tout son povoir provision à tout ce 
qui seroit neccessaire tant au roy que au fait dudit 
royaume, et que à ce faire estoit bien tenu et obligié, 
et que à tout ce que possible lui seroit il mettroit toute 
possibilité de pourchasser ledit accord et bonne union 
avecques les seigneurs dessusdiz, et que, se mestier 
estoit, lui mesmes se offroit de y aler en personne. Et 
plusieurs autres choses leur fut dit de par mondit sei- 
gneur d'Eu et maistre Jehan de Poupaincourt, son 
conseiller. 

Et, le lundi ensuivant [19 août], lesdiz Bretons et 
Bourguignons et autres de leurdicte compaignie vin- 
drent devant le pont de Charenton, ouquel lieu ilz 
assirent plusieurs pièces d'artillerie, et d'icelle tirèrent 
aucuns cops contre la tour dudit pont. Et, incontinent 
ce fait, ceulx qui avoient la garde dudit pont l'aban- 
donnèrent et s'en vindrent à Paris ; par quoy, et qu'ilz 
n'orent nulle resistence, passèrent incontinent par 
dessus ledit pont avecques leurdicte artillerie. 

1. « Le peuple se veit espoventé, et d'aucuns aultres estatz 
eussent voulu les Bourguignons et les aultres seigneurs estre 
dedans Paris, jugeans, à leur advis, ceste entreprinse bonne et 
proutïitable pour le royaulme » (Commynes, éd. Dupont, I, 65; 
cf. p. 71). 



86 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, ce mesmes jour, environ vespres, iceulx Bretons 
et Bourguignons vindrent vouster pardevant Paris, et 
là y ot deux des frans archers de Gaen qui y furent 
tuez. Et aussi y ot aucuns desdiz Bretons et Bourgui- 
gnons prins et amenez à Paris. Et, celle nuit, aucuns 
des dessusdiz Bretons et Bourguignons s'alerent loger 
dedens le parc du bois de Vinciennes, environ de trois 
à mi'" hommes^. 

Et, le mardi ensuivant [%0 août], mondit seigneur 
d'Eu envoya devers lesdiz seigneurs ung nommé le 
seigneur de Rambures^ pour savoir de leur intencion 
et qu'ilz vouloient dire. Et, le lendemain, ledit sei- 
gneur de Rambures retourna à Paris ; mais de ce qu'il 
fist pardevers lesdiz seigneurs en fut peu de bruit. Et, 
ce jour, vindrent voulster devant Paris. Et aussi yssi 
aux champs des gens de guerre de Paris, mais il n'y 
ot riens fait, sinon qu'il y ot ung franc archer d'Alen- 
çon qui fut tué par lesdiz Bourguignons. 

Et, le jeudi ensuivant, xxii^ jour dudit moys d'aoust, 
lesdiz Bretons et Bourguignons vindrent escarmou- 

1. C'est Hautbourdin qui, venant de Lagny, gagna la tour et 
le pont de Charenton. Les trois jours suivants, les Bourgui- 
gnons lirent plusieurs courses devant Paris et perdirent quelques 
hommes (Maupoint, Journal, p. 61). — On trouve, dans le Viaggo 
a Parigi degli ambasiatori Fiorentini nel Ikôl, p. p. G. Milanesi, 
dans VArchivio storico italiano, 3* série, vol. I (1864), p. 34 et suiv., 
une description de la forteresse de Vincennes. Le parc attenant 
au château était entouré de murs qui avaient quatre railles de 
développement et renfermait un bel étang et de hautes futaies 
remplies de bêtes sauvages. Le tout formait un ensemble « che 
tutta Francia non a simile. » Charles de Melun était capitaine du 
bois de Vincennes. 

2. Jacques, seigneur de Rambures, etc., chevalier, conseiller 
et chambellan du roi, né vers 1428, mort après 1488, avait épousé 
Marie de lierghes (Vaeseu, Lellres de Louis XI, t. II, p. 224). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 87 

cher, et yssi de Paris plusieurs gens de guerre aux 
champs*, et là y ot ung Breton, archer du corps de 
monseigneur de Berry, qui estoit habillé d'unes bri- 
gandines couvertes de veloux noir à doux dorez, et en 
sa teste ung bicoquet garny de boulions d'argent doré^, 
qui vint fraper ung cheval sur quoy estoit monté ung 
homme d'armes de l'ordonnance du roy par les flans 
et la cuisse, tellement que ledit homme d'armes, en 
s'en retournant à Paris, ledit cheval cheut soubz lui 
tout mort dessoubz les galeries des Tournelles. Et, 
incontinent que ledit Breton ot ainsi navré ledit che- 
val, vint à lui ung archer de la compaignie de mondit 
seigneur d'Eu, qui le traversa tout oultre le corps 
d'une demie lance, et incontinent cheut à terre tout 
mort, et fut son cheval amené et habillement apporté 
à Paris et le corps laissié mort en chemise. Et, bientost 
après, vint ung herault à la porte Saint-Anthoine, qui 
requist avoir ledit corps mort, ce qui lui fut octroyé, 
et le fist porter à Saint-Anthoine des Champs hors 
Paris, où ilec fut inhumé et son service fait. 

Et, cedit jour, mondit seigneur de Berry, qui estoit 
logié à Beauté^ avecques plusieurs desdiz seigneurs de 
son sang, envoya ses heraulx à Paris, qui apportèrent 
de par lui quatre lettres, les unes aux bourgois, ma- 
nans et habitans d'icelle ville, unes à l'Université, les 
autres aux gens d'EgHse et les autres à la court de 

1. Interpolations et variantes, § XV. — Cf. Maupoint, Journal, 
p. 62. 

2. Le bicoquet était une sorte de calotte, garnie dans le présent 
cas d'ornements ciselés en argent doré; la briyandine, un pour- 
point couvert de plaquettes de métal. 

3. Beautc-sur-Marne, maison royale attenante au bois de Vin- 
cennes. 



88 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Parlement, qui contenoient en efFect que lui et ceulx 
de son sang avecques lui tout assemblez estoient ilec 
venus pour tout le bien universel du royaume de 
France, et que par ladicte ville lui feussent envolez 
cinq ou six hommes notables pour oyr les causes pour- 
quoy lui et ceulx de sondit sang estoient ainsi venus 
que dit est*. En obtempérant ausquelles lectres, et 
pour icelles oyr et escouter, furent esleuz et déléguez 
pour ladicte ville maistre Jehan Choart, lieutenant 
civil ou Ghastellet de Paris, maistre François Halle, 
advocat en Parlement, et Arnault Luiller, changeur de 
Paris; pour l'église de Paris, maistre Thomas de Cour- 
celles, doien de Paris, maistre Jehan de l'Olive, doc- 
teur en théologie, et maistre Eustace Luiller, aussi 
advocat en ladicte court de Parlement ; et, pour ladicte 
court de Parlement, maistre Jehan le Boulenger, 
maistre Jehan le Seellier, archidiacre de Brie, et 
maistre Jaques Fournier ; et, pour l'Université, maistre 
Jaques Juing, lisant pour la Faculté des Ars, maistre 
Jehan Luiller, pour Théologie, maistre Jehan de Mon- 
tigny, pour Décret, et maistre Enguerran de Parenti, 
pour Medicine. Tous iceulx nommez dessus estoient 
nommez et conduiz par Révérend Père en Dieu le 
devant nommé Guillaume, evesque de Paris, qui ot la 
charge de présenter, mener et conduire tous iceulx 
nommez^. 

1. Maupoint fournit de curieux détails sur cet épisode (Journal, 
p. 61-67). Ces hérauts, qui furent reçus et festoyés par les repré- 
sentants du comte d'Eu et de la ville de Paris, apportaient des 
lettres closes adressées au lieutenant général, à l'évèque, au Par- 
lement, à l'Université, au doyen et au chapitre de Paris, au 
prévôt des marchands et aux bourgeois. 

2. Jean Choart, licencié en décret et en loi, lieutenant civil de 



1465] OU CHRONIQUE SCAND.iLLEUSE. 89 

Cedit jour y ot ung archer du seigneur de la Barde, 
monté à cheval, armé et délibéré d'aler à son adven- 

la prévôté de Paris (11 sept. 1461), seigneur d'Epinay-sur-Seine, 
épousa Jeanne Le Clerc et mourut en 1483 (Arch. nat., X*» 1490, 
fol. 333 ; Bibl. nat., Pièces orig., vol. 75-5, doss. Choart, et Sauvai, 
III, 362). — François Halle, aussi licencié en décret et en loi, 
avocat au Parlement, grand archidiacre de Paris, puis arche- 
vêque de Narbonne (1484), chanceUer de l'ordre du roi, prési- 
dent de l'Échiquier de Normandie, fut l'un des serviteurs les 
plus actifs de Louis XI, surtout à la fin du règne. Le roi fai- 
sait alors grand cas de ses services (voy. Arch. nat., Xi» 1490, 
fol. 223 v°). — Arnaud Luillier, bourgeois de Paris, conseiller 
du roi, changeur (c'est-à-dire receveur des revenus) de la ville, 
trésorier et receveur ordinaire de la sénéchaussée de Carcassonne 
et de Béziers (1465), était seigneur de Vez en Valois et de Saint- 
Mesmin près Troyes. Il épousa Catherine Phelippes et vivait 
encore en janvier 1486, n. st. (Moréri et Bibl. nat., Pièces orig., 
vol. 1772 et 1964, doss. Luillier et Milglos). — Eustache Luillier, 
frère d'Arnaud, chanoine de Saint-Germain-I'Auxerrois, habitait 
près de la rue « par oii l'on va du pont Saint-Michel aux Augus- 
tins » (Arch. nat., LL 729, fol. 35 v°). — Jean Le Boulanger, con- 
seiller au Parlement de Paris (1454), président (1456), premier 
président (1471), mourut le 24 février 1481 (voy. Blanchard, Les 
Présidents à mortier au Parlement de Paris. Paris, 1749, in-foL). 
Il était seigneur d'Isles-sur-Marne (Arch. nat., JJ 200, u® 198). 

— Jean Le Sellier, chanoine de Paris, conseiller au Parlement 
et président aux enquêtes, fut chargé par Louis XI de composer 
avec Jean Henry un traité touchant la Pragmatique sanction 
(Bibl. nat., ms. fr. 3887, fol. 55 et suiv., pap., xv^ s. Cf. Pièces 
orig., vol. 2679, doss. Le Sellier, et Arch. nat., X*» 1490, fol. 97 v°). 

— Jacques Fournier était conseiller au Parlement (voy. Pièces 
orig., vol. 1226, doss. Fournier, et Arch. nat., LL 437). — Jacques 
Juing, docteur en décret, curé de Saint-Jean-en-Grève, conseil- 
ler au Parlement, président des enquêtes (déc. 1478. Arch. nat., 
Xia 1488, fol. 150 vo), disputa l'évôché d'Auxerre à Jean Baillet 
et reçut la provision de l'évéché de Sens [Gallia christiana, XII, 
c. 331). — Jean Luillier, docteur en théologie, était chanoine de 
Paris; Jean de Montigny, docteur en décret, chanoine de Sens et 
conseiller au Parlement de Paris; Enguerrand de Parenti, maître 
es arts, docteur en médecine et chanoine de Paris. — Le vendredi 



90 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

ture, [qui] vint à la porte Saint-Anthoine. Auquel 
archer le bastard du Maine ^ quigardoit ladicte porte 
Saint-Anthoine, dist et défendit qu'il n'y alast point. 
Lequel archer lui respondi que si feroit, et qu'il n'es- 
toit point à lui ne soubz lui, mais estoit audit de 
la Barde, son maistre et cappitaine. Et lors, pour son 
refuz, ledit bastard du Maine tira son espée pour fraper 
icellui archer, et ledit archer tira aussi la sienne pour 
se revencher, et alors ledit bastard du Maine cria à ses 
gens et autres estans à ladicte porte : « Prenez ce 
ribault et le tuez ! » Et incontinent fut couru sus audit 
archer, et ilec le tuèrent tout mort. 

Ce jour aussi vint nouvelles que maistre Pierre 
d'Oriole, gênerai des finances du roy, l'avoit délaissé 

matin, 23 août, l'évêque de Paris célébra solennellement une 
messe du Saint-Esprit à Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, 
en face des Tournelles. Puis, accompagné des délégués susnom- 
més, il partit pour Beauté. C'est Dunois qui prit la parole au 
nom des princes assemblés. Il protesta contre l'alliance conclue 
par le roi avec le duc de Milan, dont les bandes venaient de 
pénétrer en Bourbonnais, « pour destruire toutes les nobles mai- 
sons de France, » contre les mariages que le roi faisait contrac- 
ter entre « personnes de non pareil estât, » contre son refus d'as- 
sembler les états. Il revendiqua pour les princes le gouvernement 
de toutes les finances du royaume, la distribution des offices, la 
direction de l'armée ; il osa réclamer la remise en leurs mains de 
la personne royale, enfin Paris, pour en faire « à leur voulenté, » 
et termina en annonçant aux délégués un assaut général pour le 
lundi suivant, si, le dimanche soir, les Parisiens n'ouvraient pas 
leurs portes. Tout ce qu'il fut possible d'obtenir fut une trêve de 
trois jours (Maupoint, Journal, p. 63). 

1. Louis d'Anjou, chevalier, seigneur et baron de Mézièrcs-en- 
Brenue, sént-chal et gouverneur du Muiue, conseiller et cham- 
bellan du roi, était fils naturel de Charles I*"", comte du Maine. 
Il épousa Anne de la Trémoille et mourut en 1489. Il avait été 
légitimé en 1468 (Anselme, I, 235). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 91 

et s'en estoit aie rendre à monseigneur de Berry. 

Gedit jour aussi, les ambasseurs de Paris, qui 
ainsi estoient alez à Beauté pardevers les seigneurs 
devantditz, s'en retournèrent à Paris et vindrent arri- 
ver en l'ostel des Tournelles, où ilz trouvèrent mondit 
seigneur d'Eu, auquel ilz dirent ce qui leur avoit esté 
dit et proposé. 

Et, le samedi ensuivant [24 août], furent tous les 
dessus nommez ambasseurs en l'ostel de ladicte ville, 
où y estoient assemblez plusieurs notables personnes 
pour oyr ce qui leur avoit esté dit par les dessusdiz 
princes et seigneurs. A quoy ne fut riens conclud 
pour la matinée, mais fut ordonné que ledit jour après 
disner seroient assemblez en ladicte ville l'Université, 
l'Eglise, la court de Parlement et autres officiers et le 
corps de ladicte ville, tous lesquelz s'i trouvèrent, et 
conclurent que, au regard des trois estas que reque- 
roient estre tenus lesdiz princes et seigneurs, dirent 
que la requeste estoit juste, et en oultre que passage 
leur seroit baillé à Paris et des vivres en les paiant, 
et aussi en baillant par eulx bonne caucion que nul 
mal ou esclande ne seroit fait par eulx ou leurs gens 
en ladicte ville ne aux habitans d'icelle, sauf sur tout 
le bon plaisir du roy. Et à tant iceulx ambasseurs 
retournèrent pardevers lesdiz princes leur dire leur 
deliberacion. Et est assavoir que, durant que ledit 
conseil fut en ladicte ville à ladicte heure d'après dis- 
ner, furent tous les archers et arbalestriers de Paris 
en armes devant ledit hostel pour garder d'oppresser 
les opinans audit conseil ^ . 

1 . En réalité, le sang-frgid et l'adresse du prévôt des marchands, 



92 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, ledit jour de samedi, les gens d'armes et de trait 
de l'ordonnance du roy, estans en icelle ville, firent 
leurs monstres au long de ladicte ville, et tous mar- 
chans les ungs après les autres par ordre, ce qui fai- 
soit bien bon veoir. Et, premièrement, aloient les 
archers à pie dudit Normandie et puis les archers à 
cheval, et en après les hommes d'armes des compai- 
gnies de mondit seigneur d'Eu, de monseigneur de 
Graon, du seigneur de la Barde et dudit bastard du 
Maine, et povoient bien estre en tout de quatre à cinq 
cens lances bien en point sans ceulx de pié, qui bien 
estoient xv<^ hommes et mieulx*. 

Et, ce mesme jour, le roy escripvy lettres à ceulx 
de Paris, par lesquelles leur mandoit qu'il estoit à 
Chartres avecques son oncle monseigneur du Maine, 
à tout bien grant nombre de gens de guerre, et que 
dedens le mardi ensuivant il seroit à Paris. Et, ce 

Henri de Livres, empêchèrent seuls les partisans des princes de 
faire voter l'admission dans Paris du duc de Berry. Excité par 
les gens du roi, le peuple de Paris se souleva « tout esmeu de 
tuer les ambassadeurs et autres bourgeois » qu'il accusait de tra- 
hison. Enfin, le dimanche 25 août, vers une heure après midi, 
l'évèque et les autres ambassadeurs retournèrent à Beauté avec 
l'assentiment du comte d'Eu, mais « en grans pleurs et en grant 
fraieur. » Ils étaient chargés de déclarer que « les gens du roi » 
refusaient de répondre aux sommations des princes avant d'avoir 
consulté le roi. On conçoit quelle irritation cette fin de non-rece- 
voir excita au camp du Bien- Public. Dunois s'écria que, puisqu'il 
en était ainsi, les seigneurs livreraient dès le lendemain l'assaut 
« le plus fort et le plus criminel dont ilz se pourroient adviser et 
que il cousteroit les vies de 100,000 hommes et de cliascun prince 
la chevance... avant qu'ilz ne obtinsent à leur intention » (Mau- 
point, Journal, p. 65-69), 

1. Maupoint estime qu'il y avait à ce moment dans F^aris, en 
outre de la milice bourgeoise, 1,200 lances et 3,000 francs-archers. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 93 

mesme jour, vint et arriva à Paris l'admirai de Mon- 
tauban et grant quantité de gens de guerre avec- 
ques lui. 

Ce jour, se desloga de Beauté mondit seigneur de 
Berry pour aler à Saint-Denis, et depuis s'en retourna 
audit lieu de Beauté, pour ce qu'on lui dist qu'il seroit 
plus seurement audit Beauté, où près d'ilec estoient 
logez lesdiz ennemis, que d'estre seul audit Saint- 
Denis, et aussi cju'on lui ala dire que le roy venoit et 
retournoit audit lieu de Paris. 

Et, le mercredi ensuivant [28 août], le roy retourna 
à Paris et amena avecques lui son oncle du Mayne, 
monseigneur de Penthievre^ et autres. Et ramena son 
artillerie qu'il avoit menée aveccjues lui et grant 
nombre de pionniers prins ou pays de Normandie, 
qui tous furent logez en l'ostel du roy à Saint-Pol. Et, 
de ladicte venue que fist le roy en sadicte ville de 
Paris, fut le populaire d'icelle moult fort resjouy, en 
criant à haulte voix partout où il passoit par ladicte 
ville Noel^. 

1. Jean II de Brosse, chevalier, seigneur de Sévère, de Bous- 
sac, etc., comte de Penthièvre par sa femme Nicole de Blois, qu'il 
avait épousée le 18 juin 1437. 

2. Louis XI, étant à Rouen, reçut de ses gens à Paris l'avis 
que, s'il ne venait promptement à leur secours, ils se trouveraient 
en grand péril (Du Clercq, IV, 184). Le roi, dit Commynes, arriva 
à Paris t en Testât qu'on doit venir pour reconforter le peuple » 
(éd. Dupont, I, 72). Il amenait avec lui 12,000 bons combattants 
de Normandie, 60 chariots d'artillerie et 700 muids de farine. Au 
reste, les vivres abondaient à Paris, et le bois seul se vendait un 
peu cher (Maupoint, Journal, p. 70). « Et ainsi fut ceste praticque 
rompue et tout ce peuple bien mué; depuis ne se fust trouvé 
homme de ceulx qui paravant avoient esté devers nous qui plus 
eust osé parler de la marchandise » (Commynes, éd. Dupont, 
I, 73). 



94 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, le lendemain bien matin, lesdiz Bourguignons 
et Bretons vindrent bailler une raverdie^ devant le 
bolevert de la tour de Billy ; et avoient avecques eulx 
clerons, trompetes, haulx menestrelz et autres instru- 
mens dont ilz faisoient grant bruit. Et ilec, et devant 
la bastide Saint-Anthoine^, vindrent faire ung grant 
bruit et cry, en criant à l'assault et à l'arme, dont 
chacun fut fort espoventé, et s'en ala chacun sur les 
murs et en sa garde. Et, ledit jour aussi, vindrent les- 
diz Bretons et Bourguignons voulster devant Paris, 
dessus lesquelz yssirent grant nombre de gens de 
guerre de l'ordonnance du roy, et, tant par port 
d'armes que de grosses serpentines du roy, qui fort 
tirèrent, y ot ce jour plusieurs desdiz Bretons et Bour- 
guignons tuez. 

Et, le vendredi ensuivant [30 août], vindrent et 
arrivèrent à Paris des farines et autres vitailles du pays 
de Normandie. Et, entre les autres choses, y fut amené 
de la ville de Mante deux chevaulx chargez de pastez 
d'anguilles de gort'^, qui furent vendus devant le Chas- 
tellet de Paris, en la place à la Volaille^. 

1. Une aubade. 

2. La grande forteresse parisienne qui flanquait la porte Saint- 
Antoine formait un parallélqgramme ceint de larges fossés et de 
huit tours, dont quatre du coté de Paris et quatre sur la campagne. 
— En dépit des menaces de Dunois, les alliés s'étaient bornés le 
lundi précédent à planter leurs tentes au-dessus du val de Fécamp, 
à Bercy et vers la Grange-aux-Merciers. Il se livra là quelques 
escarmouches sans importance (Maupoint, Journal, p. 69 et suiv.). 

3. La pêche de l'anguille au gord, c'est-à-dire en plantant dans 
le lit du fleuve deux rangs de perches qui forment un angle dont 
le sommet est fermé par une nasse, est encore usitée en Seine. 

4. Ce vendredi, Louis XI alla entendre la messe à Sainte-Calhe- 
rine-du-Val-des-Écoliers, et, après la messe, Jean Jouffroy, car- 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 95 

Et ce mesme jour, après disner, yssirent dehors 
Paris Ponset de Rivière^ et ceulx de sa compaignie, 
qui bien povoient estre de trois à quatre cens che- 
vaulx, cuidans trouver lesdiz Bretons et Bourguignons ; 
mais point ne s'i trouvèrent, et ne fut lors riens fait 
qui soit digne de mémoire. Et, la nuit, les Bourgui- 
gnons, qui estoient logez à la Granche aux Merciers-, 

dinal d'Albi, abbé de Saint-Denis, lui remit l'oriflamme avec le 
cérémonial accoutumé. Le roi, la bannière en main, fit son orai- 
son devant l'autel Mauloué, puis, remettant l'oriflamme à son 
chapelain, il le fit porter derrière lui jusqu'à son hôtel (Maupoint, 
Journal, p. 73). 

1, Sur Poncet de Rivière, chevalier, conseiller et chambellan 
du roi, capitaine de gens d'armes et de trait, bailli de Montferrand 
etd'Usson (1465), voy. la notice de M. Vaesen, Lettres de Louis XI, 
II, 306. Ghastellain le qualifie (1461) de « gentil escuier et homme 
de grand bruit,... issu d'un tronc dont la famé avoit esté claire » 
(IV, 53), et le biographe de Gaston IV, comte de Foix, Guillaume 
Leseur : « Bon chief de guerre, bel et adroit gendarme, grant 
homme et puissant, et de sa personne couraigeux et vaillant » 
(Bibl. nat., ms. fr. 4992, fol. 117 et suiv.). Sur sa disgrâce méri- 
tée par ses intrigues avec les rebelles pendant le Bien-Public, 
son voyage au mont Sinaï, ses séjours en Bourgogne, puis en 
Bretagne, voy. Vaesen, loc. cit. Pardonné non sans efforts, Pon- 
cet fut impliqué encore dans le complot tramé par Jean Hardy 
contre la vie de Louis XI (voy. plus loin, à la date de janvier 
1474), mais obtint des lettres de rémission (31 oct. 1477. Arch. 
nat., K 72, n^ 102) et rentra définitivement en grâce auprès du 
roi. Au mois de mars 1478, bien qu'encore en Bretagne, il 
fut autorisé à reconstruire la place de Ghàteau-Larcher (dép. de 
la Vienne), dont il possédait la seigneurie et que Louis XI avait 
fait raser. Il figura dans le conseil de Charles VIII dès le 27 no- 
vembre 1483 (Valois, Bibl. de l'École des chartes, t. XLIII, p. 10) 
et mourut après le 12 juin 1487 (Vaesen, loc. cit.). 

2. A Bercy. Maupoint dit que les Bourguignons abattirent les 
bergeries et les étables de la Grange-aux-Merciers et plusieurs 
bonnes maisons au pont de Gharenton, à Maisons et aux envi- 
rons, et en employèrent les matériaux à la construction d'un 



96 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

s'en desiogerent, pour ce que l'artillerie du roy por- 
toit de Paris jusques en ladicte Granche, et au deslo- 
ger abatirent toute la couverture dudit lieu, et en 
emportèrent toutes les poultres, solives, huys, portes, 
fenestres et tout le portatif, pour eulx taudir et pour 
ardoir. 

Et, ce jour, le roy fist dire à cinq des devant nom- 
mez, qui avoient esté à Beauté devers lesdiz princes, 
après la deliberacion ainsi faicte que dit est devant 
oudit hostel de la ville, qu'ilz s'en alassent et widas- 
sent hors de ladicte ville. Desquelles cinq personnes 
les noms s'ensuivent : c'est assavoir maistre Jehan 
Luiller, curé de Saint-Germain l'Auxerrois; maistre 
Eustace Luiller et Arnault Luiller, ses frères ; maistre 
Jehan Ghoart et maistre François Halé, aussi advocat 
en Parlementa 

Et, le samedi ensuivant, derrenier jour d'aoust, y 
ot moult belles saillyes faictes par les portes de Saint- 
Anthoine et Saint-Denis. Et, du costé de ladicte porte 
Saint-Denis, y ot ung archer de l'ostel du roy tué. Et, 
du costé desdiz Bretons et Bourguignons, y en ot aussi 
de tuez et navrez. Et si advint que ung gentilhomme, 
nommé le seigneur de Saint-Quentin^, fut en ladicte 

fort boulevard sur la rive droite de la Seine, en face du Port-à- 
l'Anglais {Journal, p. 72). 

1. Cf. Maupoint, Journal, p. 71. — Les Luillier furent exilés à 
Orléans pour avoir opiné en faveur de l'admission à Paris du 
duc de Berry. C'est à cette exécution que se rapporte le passage 
de Commynes : « Aux aucuns en print mal. Toutesfois le roy ne 
usa de nulle cruaulté en ceste maliore, mais aucuns perdirent 
leurs ollices, les aultres envoya demourer ailleurs » (Éd. Dupont, 
I, 73). 

2. Peut-être le Dauphinois Claude de Beaumont. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 97 

saillie ou escarmouche abatu de dessus ung bon cour- 
sier dessur lequel il estoit monté, et après fut rescoux, 
mais il perdi sondit coursier et deux autres bons che- 
vaulx. Mais, du costé de ladicte porte Saint-Anthoine, 
n'y fut riens fait. Et, ce jour, le roy saillit aux champs 
du costé de son boulevert de la tour de Billy. Et ilec 
fist passer au travers de Seine, de l'autre costé, de 
trois à niic piétons pionniers, qui estoient venus du 
pays de Normandie, pour aler pionner à l'endroit du 
Port à l'Englois et devant Conflans, tout devant le 
siège desdiz Bourguignons, à l'endroit de la rivière, 
car on disoit que lesdiz Bourguignons avoient inten- 
cion de faire ung pont pour passer ladicte rivière. Et 
oudit lieu le roy ordonna certain nombre de gens de 
guerre pour garder et défendre de faire ledit pont et 
passer ladicte rivière. Et, après lesdiz pionniers ainsi 
passez que dit est, le roy aussi passa après eulx ladicte 
rivière, tout à cheval dedens ung bac, sans descendre 
de dessus ledit cheval. 

Et, le dimenche ensuivant, premier jour de sep- 
tembre, lesdiz Bourguignons mirent et assirent ung 
pont pour passer ladicte rivière audit Port à l'Anglois. 
Et advint que, à l'eure qu'ilz avoient délibéré de passer 
par dessus ledit pont, arriva audit Port à l'Anglois 
certain grant nombre de frans archers et autres gens 
de guerre pour le roy, qui vindrent asseoir engins au 
bout dudit pont, dont ilz tirèrent a l'encontre desdiz 
Bourguignons et en tuèrent et navrèrent, et les con- 
vint reculer. Et, de l'autre costé de la rivière, du costé 
desdits Bourguignons, passa à nage ung Normant, qui 
ala copper les chables ordonnez à porter ledit pont, 
et, partant, ledit pont s'en ala aval l'eaue. Ce jour 



98 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

aussi fiit tiré grant quantité d'artillerie dedans l'ost 
desdiz Bourguignons, pour quoy les convint reculer 
plus arrière^. Ce jour aussi, lesdiz Bourguignons tirè- 
rent de leur artillerie aux gens du roy estant audit 
Port à l'Anglois, et y ot ung gentilhomme de Nor- 
mendie qui ot la teste emportée d'un cop de serpen- 
tine. Aussi vindrent et arrivèrent à Paris pardevers 
le roy deux ambassades, l'une pour le duc de Nemoux 
et l'autre pour le conte d'Armaignac^. Ledit jour aussi 
fut faicte belle saillie aux champs par messire Charles 
de Meleun et Maleortie^ et ceulx de leur compaignie. 

1. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 76 et suiv. — Cette canonnade 
du Port-à-l'Anglais, village situé sur la rive gauche de la Seine, un 
peu en amont de Gharenton, fut une des affaires les plus sérieuses 
de cette guerre d'escarmouches et d'intrigues. Les pionniers nor- 
mands établirent probablement leur retranchement entre Port- 
à-l'Anglais et Carrières, village construit en face de Conflans. 
Charolais logeait à Conflans, et par deux fois le canon des roya- 
listes porta jusque dans la chambre où il dinait. « Je n'ay jamais, 
dit Commynes, tant veu tirer pour si peu de jours > (Éd. Dupont, 
I, 78). 

2. Les routiers de Jacques et de Jean d'Armagnac et ceux du 
sire d'Albret, mal payés, mal nourris, se tenaient à Nogent, à 
Bray-sur-Seine, à Provins et aux environs, coupant les vignes 
et les arbres fruitiers et ravageant les campagnes jusqu'aux 
portes de Troyes, de Chàlons et de Reims (Maupoint, Journal, 
p. 73; cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 362). « Ils estoient bien 
six mil hommes de cheval qui faisoient merveilleusement de 
raaulx » (Gommynes, éd. Dupont, I, 76). Nemours et son cousin 
Armagnac venaient de rallier l'armée du Bien- Public devant 
Paris et tentaient de reprendre le rôle de conciliation peu sincère 
qu'ils avaient essayé de jouer à Riom et à Aigueperse. — On trou- 
vera la réponse de Louis XI à leurs ambassadeurs dans Jacques 
d'Armagnac... (Extrait de la Revue historique, cité, p. 41.) 

3. Robert de Malortie, comte de Couches et de la Baulme, sei- 
gneur de la Tour du Pin (16 mai 1468. Bibl. nat., ms. fr. 26091, 
n° 705, parch. signé). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 99 

Et ledit jour aussi arriva à Paris les voulgiers et cren- 
nequiniers du pays d'Anjou, qui bien povoient estre 
un" hommes, qui aussi ledit jour furent aux champs 
pour escarmoucher lesdiz Bretons et Bourguignons, 
et y ot à ceste foiz deux archers de l'ordonnance du 
roy tuez et ung prins, et les gens du roy prindrent 
sept Bourguignons et en tuèrent deux. 

Ledit jour encores fut à Paris à seureté pardevers 
le roy le conte de Sommerset, anglois, qui estoit en 
l'ost desdiz Bourguignons, et parla au roy, qui estoit 
à la bastide Samt-Anthoine, assez longuement^. Et 
puis lui fut donné à boire et print congié du roy, qui, 
au partir, pour ce qu'il plouvoit, lui donna sa cappe, 
qui estoit de veloux noir. 

Et, le lundi ensuivant, second jour de septembre, 
oudit an LXV, monseigneur du iMaine, qui estoit logé 
à Paris devant l'ostel du roy, envoya à monseigneur 
le duc de Berry deux muys de vin vermeil, quatre 
demies queues de vin clairet de Beaune et ung cheval 
chargé de pommes de chou et de raves. 

Et, le mardi ensuivant [3 septembre], furent nom- 
mez et esleuz ambaxeurs pour le roy et lesdiz sei- 
gneurs pour communiquer sur leurs differens; c'est 
assavoir, pour le roy, furent esleuz mondit seigneur 
du Maine, le seigneur de Pressigny, président des 
Comptes, et maistre Jehan Dauvet, président du Par- 
lement de Thoulouze-; et, du costé desdiz princes et 

1. Edmond Beaufort, comte de Somerset, était parent du comte 
de Charolais. En 1461, il avait été, par une circonstance for- 
tuite, quelque temps prisonnier de Louis XI. Invité à « venir 
devers luy à Tours, il fut très privé et familier depuis avecques 
le roy » (Chastellain, IV, 69). 

2. Conseiller et procureur général de Charles VII, Jean Dauvet 

I 9 



100 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

seigneurs contraires, furent nommez le duc de Calabre, 
le conte de Saint-Pol et le conte de Dunoys^. 

Et, ce jour aussi, par cas de fortune, fut mis et bouté 
le feu dedens la pouldre à canon qui estoit à la porte 
du Temple, qui en emporta le comble de ladicte porte 
et fîst descharger huit pièces d'artillerie estans en 
ladicte porte, qui à ladicte heure estoient toutes 
chargées^. 

Et, incontinent que lesdiz seigneurs ambasseurs 
furent ainsi esleuz et nommez, pourparlerent ensemble 
sur l'accord et pacificacion d'entreulx, et fu fait trêve 
jusques au jeudi ensuivant [5 septembre]. Pendant 
laquelle tresve ne fut faicte aucune guerre de costé ne 
d'autre; mais, durant icelle, chacun mist peine de sa 
part de soy fortifier^. Et, durant icelle trefve, y ot 

fut commis par Louis XI à l'oiïice de premier président au Par- 
lement de Toulouse (23 septembre 1461); il prêta serment le 
16 octobre suivant (vidimus sur parch. à la Bibl. nat. Pièces orig., 
vol. 981, doss. Dauvet). En novembre 1465, il fut reçu président 
au Parlement de Paris. Il avait épousé Jeanne Boudrac et mourut 
le 23 novembre 1471 (voy. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 114). 

1. Interpolations et variantes, § XVI. 

2. Interpolations et variantes, § XVII. 

3. Le roi fit élever un boulevard entre la tour de Billy et la 
Seine et fermer les barrières qui ouvraient sur la campagne entre 
la chaussée de Saint-Antoine et la rivière. Sur la rive gauche, 
on construisit un retranchement et ou creusa de profondes tran- 
chées vers Ivry et le Port-à-l'Anglais, en face des redoutes 
bourguignonnes (Maupoint, Journal, p. 73 et suiv.). De son côté, 
l'ennemi fortiha i'Isle-Saint-Denis et employa les loisirs de la 
trêve à piller les églises de Gonesse, de Louvres, de Sarcelles, de 
Saint-Brice, de Pierrelitte, causant mille maux aux paysans 
de l'Ile-de-France. — A Paris, du 4 septembre au 31 octobre, les 
marchands, autorisés par le roi, vendirent aux alliés des vivres, 
des vùLements et jusqu'à des harnais de guerre en grande quan- 
tité. La misère était si grande, au camp du Bien-Public, « que 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 101 

plusieurs alées et venues falotes de costé et d'autre et 
jusques audit jour de jeudi que ladicte trefve devoit 
faillir, que mondit seigneur du Maine, en retournant 
de l'ost desdiz Bourguignons, dist aux portiers de 
ladicte porte Saint-Anthoine qu'ilz feissent tous bonnes 
chères, et que, au plaisir de Dieu, avant qu'il feust 
huit jours lors à avenir, tous auroient cause de joye 
et de crier « Noël. » Et, cedit jour, ladicte trefve fut 
continuée jusques au mercredi ensuivant ^ . 

Et, le vendredi [6 septembre] après, furent tous 
iceulx seigneurs consulter ensemble en la Granche aux 
Merciers, dessoubz ung paveillon pour ceste cause ilec 
ordonné^. Et, cependant, lesdiz Bretons et Bourgui- 
gnons en grant nombre, comme deux mil ou environ 
et des plus honnestes, venoient en grant pompe eulx 
monstrer devant Paris jusques au fossé de derrière 
Saint-Anthoine des Champs. Et aussi yssy hors de Paris 
plusieurs personnes pour les aler veoir et parler à 
eulx, nonobstant que le roy l'eust défendu, et en fut 
bien mal content; et, voiant ces choses, fut meu de 
leur faire gecter plusieurs canons et serpentines qui 
estoient chargées en la tour de Billy et près d'ilec. Et, 
quant lesdiz de Paris retournèrent en la ville, il en fist 
prendre les noms de plusieurs par escript^. 

ilz ne en povoient plus endurer sens mort ou sens eulz enfouir » 
{Ibid., p. 93 et suiv.). 

1. 11 septembre. 

2. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 2921 cité, fol. 51. 

3. Le 13 septembre 1466, une main inconnue déposa sur la 
douve d'un fossé, qui courait du monastère aux dames de Saint- 
Antoine-des-Ghamps jusqu'à la Seine, près d'une planche qui 
servait à traverser l'eau pour se rendre de Paris à Saint-Maur, 
une pierre avec l'inscription suivante : « L'an 1465, ou mois de 



102 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, le dimenche ensuivant, viii® jour de septembre, 
feste de Nostre-Dame, le roy parti de son hostel des 
Tournelles pour aler en la grant église Notre-Dame, 
et, en y alant, passa par l'église de la Magdaleine, où 
ilec il se fist frère et compaignon de la grant confrarie 
aux bourgois de Paris, et avecques lui s'i mirent mon- 
seigneur l'evesque d'Evreux et autres'. 

Et, le lundi ensuivant, ix® jour dudit moys de sep- 
tembre, lesdiz Bretons et Bourguignons furent es ter- 
rouers de Clignencourt, Montmartre, la Gourtille- et 
autres vignobles d'autour Paris, prendre et vendenger 
toute la vendenge qui y estoit, ja soit ce qu'elle n'es- 
toit point meure, et en firent du vin tel quel pour 
leur boire. Et à ceste cause furent ceulx de Paris con- 
trains de vendenger les autres vignes partout autour 

septembre, fut cy tenu le lendit des traïsons, et fut par une trêve 
que on print. Mauldit soit il qui en fut cause! » (Maupoint, 
Journal, p. 102). L'allusion au comte du Maine est transparente. 
C'est lui qui conseillait Louis XI à cette époque, et le roi le qua- 
lifiait devant Charles de Melun « d'homme d'estrange condition et 
fort à entretenir » (Procès de Melun, dans ms. fr. 2921, fol. 75). 
C'est lui aussi qui, en sous-main, poussait les princes à deman- 
der « et leur pourchassa à avoir lesd. treuves, lesquelles leur 
furent à grant secours » (Maupoint, Journal, p. 94). Du côté des 
rebelles, c'est Saint-Pol qui conduisit l'intrigue (Commynes, éd. 
Dupont, I, 81 et suiv.). 

1. L'église de la Madeleine en la Cité était entre le pont Notre- 
Dame et le Petit-Pont, à l'angle de la Juiverie et de la rue des 
Marmousets (plan dit de la Tapisserie). — La confrérie de Notre- 
Dame, ou Grande -Confrérie aux bourgeois de Paris, comptait 
dans ses rangs les membres des familles de la haute bourgeoisie. 
L'initiative prise par Louis XI en celte occasion fut un coup de 
politique fort habile. 

2. Les villages suburbains de Montmartre et de Clignancourt 
étaient situés au delà de la porte Montmartre; la Courtille en 
dehors de la porte du Temple. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 103 

de Paris, qui n'estoient pas à demy meures, et aussi 
le temps leur fut fort contraire. Et fut ladicte année 
la plus meschante et povre vinée qui longtemps fut 
sceue en France, et l'appelloit on le vin de l'année 
des Bourguignons ^ 

En ce temps vindrent aussi à Paris plusieurs des 
nobles de Normandie pour servir le roy en ses guerres, 
tous lesquelz furent logez aux faulxbourgs de Saint- 
Marcel lez Paris^, entre lesquelz y en avoit aucuns par- 
ticuliers qui firent moult de maulx et larrecins, et de 
ce en furent aucuns d'eulx reprins par aucuns des 
bourgois de ladicte ville, et qui, contre leur gré et 
voulenté, y vouloient entrer. Et, pour le refus qui leur 
en fut fait par lesdiz bourgois, leur dirent iceulx de 
Normandie plusieurs injures et mauvaises paroles en 
eulx rebellant à l'encontre d'eulx, et en les appellant 
traistres Bourguignons, et qu'ilz les mettroient bien 
en point, et qu'ilz n'estoient venus dudit pays de Nor- 
mandie à Paris que pour les tuer et piller. Desquelles 
choses informacion fut faicte à la plaincte de ceulx 
dudit Paris, qui desdictes paroles se sentirent fort 
injuriez^. Et, veue icelle, le principal malfaicteur et 
prononceur desdictes paroles fut condempné à faire 
amende honnorable, devant l'ostel de ladicte ville, au 
procureur d'icelle pour toute ladicte ville, nue teste, 
desseint, une torche ou poing, en disant par lui que 

1. Cf. Du Glercq, IV, 299. 

2. Au sud-est de la ville et aujourd'hui compris dans le 
X1II« arr. 

3. Sur cet incident, on lira dans la déposition du procureur 
Jacques Rebours, au procès de Charles de Melun, des détails 
précis confirmant les dispositions douteuses d'une partie de la 
garnison de Paris (Bibl. nat., ms. fr. 2921, fol. 28 v» et suiv.). 



104 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

faulsement et mauvaisement il avoit menty en disant 
lesdictes paroles, en priant et requérant icelles lui 
estre remises et pardonnées. Et après ot la langue per- 
cée dont il avoit proféré lesdictes paroles, et ce fait, 
fut banni. 

Et, le lundi ensuivant [9 septembre], les Bourgui- 
gnons se vindrent monstrer devant Paris, entre les- 
quelz y estoit monseigneur de, Saint-Pol, pour parler 
auquel le roy yssy dehors Paris, et parlèrent ensemble 
bien deux heures^. Et, pour s'en retourner seure- 
ment, le roy bailla pour lui en hostage monseigneur 
le conte du Maine, qui demoura en l'ost desdiz Bour- 
guignons jusques au retour dudit monseigneur de 
Saint-Pol. Et, ce mesmes jour, le roy, en retournant 
des champs, dist à plusieurs de Paris estans à ladicte 
porte Saint-Anthoine que lesdiz Bourguignons ne leur 
donn[er]oient plus tant de peine qu'ilz avoient fait et 
qu'il les en gardoit bien. Et lors ung procureur de 
Chastellet, nommé Pierre Beron, lui respondi : « Voire! 
sire, mais ilz vendengent noz vignes et menguent noz 
roisins sans y savoir remédier ! » Et le roy leur répliqua 
qu'il valoit mieulx qu'ilz vendengassent lesdictes vignes 
et mengassent lesdiz roisins que ce qu'ilz vensissent 
dedens Paris prendre leurs tasses et vaillant qu'ilz 
avoient mis et mussez dedens leurs caves et celiers. 

Et, le venredi ensuivant [13 septembre], vint et 
arriva es halles de Paris deux cens chevaulx tous char- 
gez de marée et de toutes manières et sortes. Et y vint 

1. Au delà des fossés et eu dehors de la porte Sainl-Autoine. 
Le roi et Saint-Pol « se départirent l'ung de l'autre, faisant 
bonne chère, pourquoi on osperoit que paix seroit faictc w (Mau* 
point, Journal, p. 7i). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 105 

aussi plusieurs saumons, esturgons et du herenc frès, 
en despit et maulgré de tous lesdiz Bourguignons, 
Bretons et autres ainsi estans devant Paris, qui avoient 
menacié ceulx de ladicte ville de leur faire menger 
leurs chas et leurs ras par famine. 

Et depuis fut ladicte trefve continuée par deux ou 
trois foiz jusques au xvm® jour de septembre, pendant 
laquelle lesdiz Bretons et Bourguignons se avitaillerent 
fort en leur ost, à la grant charge et foule du pays et 
du peuple. Et n'est point à doubter que, quant le roy 
eust voulu dire Avant, et qu'il eust esté bien servy des 
gens de guerre prenans ses gaiges et souldées, aveo 
ques les nobles et peuple de Paris qui bonne devocion 
avoient au saint, il eust subjugué et mis tous sesdiz 
ennemis en tel estât que jamais ne feussent retournez 
dont ilz estoient partis pour venir devant ladicte ville. 

Et, ledit jour de mercredi, xviii^ jour dudit mois 
de septembre, nonobstant le pourparlé desdiz ambas- 
seurs de costé et d'autre, fut tout rompu et perdu le 
bon espoir qu'on avoit eu auparavant^. 

Et, cedit jour, fut desemparé le siège que le roy 
avoit fait audit Port à l'Engloys, ouquel siège avoient 
esté faictes de belles trenchées et bolevers, tentes et 
paveillons. Et, après ledit desemparement, tous les 
gens de guerre estans oudit siège s'en vindrent retraire 

1. La trêve conclue le 4 septembre devait expirer le vendredi 6, 
soleil levant. Elle fut d'abord étendue jusqu'au mercredi M, -soleil 
couchant, puis jusqu'au 14, enfin jusqu'au 18 septembre. Après 
plusieurs réunions « des états » consultés par Louis XI, les pré- 
tentions des rebelles furent définitivement repoussées. « Ilsdeman- 
doient trop grans choses, et trop à la charge et au deshonneur 
du roy et du royaulme et à la diminucion de sa preeminance et 
de son demmaine » (Maupoint, Journal, p. 72-76). 



106 JOUR]V:\L DE JEAN DE ROYE [1465 

et loger aux Chartreux près Paris^ dedens lequel lieu 
des Chartreux furent logez yi^ hommes de guerre et 
leurs chevaulx, et tellement en fut remply ledit lieu 
que les sains hommes religieux de leans furent dechas- 
sez et boutez hors de leurs celles et lieux de devocion. 

Et le lendemain, jour de jeudi [19 septembre], les- 
diz Bretons et Bourguignons passèrent ladicte rivière 
audit Port à l'Anglois et vindrent au point dudit jour 
escarmoucher lesdictes gens de guerre du roy ainsi 
logez à Saint-Marcel, les Chartreux et Saint-Victor, et 
y en ot de costé et d'autre de mors, navrez et de 
prins^. 

Et ce mesmes jour se fîst ung grant conseil et assem- 
blée en la Chambre des Comptes^, ouquel furent 
assemblez avecques autres les seize quarteniers d'icelle, 
les cinquanteniers, et de chascun desdiz quartiers six 
hommes notables, avecques aucuns conseillers de la 
court de Parlement, officiers et autres. Et ilec mons. 
le chancellier Morviller'* dist et exposa de parle roy 

1. A Vauvert, au sud de Paris. 

2. Ce jour-là, « la guerre fut criée et publiée ouverte à plain 
estandart, » et aux 50,000 combattants de Paris fut commandé, 
de la part du roi, « que chacun alast à son guet et à sa garde sur 
painne de la mort. » Le même jour, Louis XI rer.ut « les linances » 
do Languedoc, « dont gens de guerre furent joieux. » On se battit 
en dehors de la porte Saint-Antoine, entre Reuilly, Bercy et la 
Grange-aux-Merciers, et aussi du côté de la porte Saint-Jacques, 
vers Gentilly, Vitry et Ivry, « en tirant vers le Port-à-l'Anglois. » 
Les Bourguignons eurent « du pis » et les prisonniers qu'ils per- 
dirent furent noyés (Maupoint, Journal, p. 77). 

3. La Chambre des Comptes occupait au Palais l'emplacement 
où se trouve actuellement la Préfecture de Police. 

4. Chastellain le dit « homme fort partial et tout propre au roy 
et à ses mœurs. » Époux de Jeanne Boucher, il était ainsi allié 
à plusieurs faniillcs de la haute bourgeoisie parisienne. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 107 

comment il s'estoit grandement mis en son devoir 
d'avoir offert aux princes et seigneurs, qui estoient 
devant Paris, aux demandes qu'ilz lui faisoient pour 
l'ampanage de mons. le duc de Berry, pour lequel 
ilz demandoient avoir la duchié de Guienne, Poitou et 
le pays de Xanctonge ou la duchié de Normandie^. A 
quoy leur fut dit et respondu par ledit conseil ainsi 
assemblé que le roy ne leur povoit pas bailler ne des- 
membrer de la couronne. Et depuis, le roy leur offrit 
bailler le pays de Champaigne et Brye, réservé à lui 
Meaulx, Monstereau et Meleun, pour ledit ampanage. 
Et ausdiz de Gharrolois et autres seigneurs fîst de grans 
offres pour leurs defraiemens, ce qu'ilz ne dévoient 
point refuser; ce qu'ilz ne vouldrent accepter^. Et 
demoura tout jusques au vendredi matin ensuivant, 
auquel jour le jeune seneschal de Normandie^ yssit 
dehors Paris à tout bien six cens chevaulx, pour 
escarmoucher et soy monstrer devant les dessusdiz. 
Et pareillement se monstrerent de l'autre costé de la 
rivière grant quantité de gens de guerre devant lesdiz 
Bourguignons, qui fort tirèrent engins celle journée, 

1. Peut-être faut-il lire et le duché de Normandie. (Voy. les 
Remontrances du chancelier des offres faites par le roi, analysées 
par Lenglet (II, 510) d'après les registres du Parlement, à la 
date du 19 septembre 1465.) Pour refuser la Normandie à son 
frère, Louis XI invoqua l'ordonnance de novembre 1361, par 
laquelle le roi Jean, réunissant ce duché au domaine de la cou- 
ronne, en interdit à jamais l'aliénation. 

2. Au Bourguignon les villes de la Somme, le comté de Bou- 
logne et 200,000 livres payables en quatre annuités. 

3. Jacques de Brézé, comte de Maulévrier, fils de Pierre, tué 
à Montlhéry, et de Jeanne Grespin, avait épousé en 1462 Char- 
lotte, fille naturelle du roi Charles VII et d'Agnès Sorel. Il mou- 
rut le 14 août 1494. 



108 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

dont ilz tuèrent ung gentilhomme de Poictou de la 
compaignie de mons. de Penthievre qui se nommoit 
Jehan Chaureau, seigneur de Pampehe^. Et dedens les 
vignes près Saint-Anthoine des Champs furent prins 
bien xx ou xxiiii povres paillars Galabriens - et Bour- 
guignons tous nuz et mal en point, qui furent venduz 
au butin, et en donnoit on quatre pour ung escu, qui 
est audit pris vi sous vi deniers parisis la pièce. 

Et le samedi ensuivant [21 septembre], au point du 
jour, ung nommé Loys Sorbier ^ qui estoit à Pontoise 
lieutenant de Joachin Rouault, mareschal de France, 
par faulse et mauvaise trahison qu'il fist et conspira 
contre le roy son souverain seigneur, bouta dedens 
ladicte ville les Bretons et autres ennemis du roy. Et, 
en faisant par lui ladicte trahison, mist en son appoinc- 
tement que ceulx qui estoient audit lieu de Pontoise, 
de la compaignie dudit Joachin, qui ne vouldroient 
demourer, s'en yroient franchement eulx et leurs biens 
saufz. Et incontinent qu'il ot ainsi baillée ladicte ville 
de Pontoise, il s'en parti lui et aucuns de sadicte com- 
paignie, et alerent devant Meulenc^ porter et mons- 

1. Pamplie (Deux-Sèvres, cant. de Ghampdeniers). 

2. G'est-à-dire appartenant à l'armée du duc de Galabre, qui 
avait amené des aventuriers allemands et suisses. 

3. Louis Sorbier, seigneur de Paray, était originaire du Berry 
et comme tel bien disposé à l'égard de Charles de France. Quand 
Louis XI donna le duché de Guyenne à son frère, Louis Sorbier 
fut créé grand écuyer, conseiller et chambellan du nouveau duc 
et capitaine des 50 lances de sa garde. Après la mort de Gharles 
de France, il prêta serment de lidélité à Louis XI sur le chef de 
saint Eutrope (29 mai 1472. Bibl. nat., ms. l'r. 20491, loi. 50) et 
fut créé conseiller et chambellan du roi et son sénéchal en l*éri- 
Rord (Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 2715, doss. Sorhiet'). 

4. Meulan (Seine-et-Oiso, arr. de Versailles). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 109 

trer l'enseigne dudit Joachin, afin que ceulx estans 
oudil lieu les boutassent dedens sans en faire difficulté, 
en cuidant par lui qu'ilz n'eussent point encores esté 
advertis de sadicte trahison ; mais avant qu'il vint, ceulx 
dudit Meulenc estoient bien advertis d'icelle trahison. 
Et incontinent qu'il fut apperceu par lesdiz de Meu- 
lenc, qui desjà estoient en armes dessus les murs^ 
d'icelle ville, crièrent à haulte voix audit Sorbier : 
« Alez, faulx et mauvais traistres! » et leur gecterent 
des engins dudit lieu, et partant fut contraint de soy 
en retourner audit lieu de Pontoise à toute sa honte. 
Et, cedit jour, ledit Sorbier escripvit unes lettres audit 
Joachin, par lesquelles lui escripvoit qu'il avoit mis 
et bouté lesdiz Bretons et autres audit Pontoise, et qu'il 
avoit esté conseillé de ainsi le faire pour le mieulx, et 
que de la faulte qu'il avoit faicte lui et le roy le lui 
pardonnassent. Et sur la superscripcion desdictes 
lettres estoit escript : a A vous et au roy^. » 

Et, ce jour, fut faicte saillie de Paris sur lesdiz Bre- 
tons et Bourguignons, et y en ot de prins, navrez et 
tuez de costé et d'autre. Et si ot ung cheval de pris 
qui estoit tout bardé de cuir bouilly, qui fut tué d'un 
cop de coulevrine que lui baillèrent lesdiz Bourgui- 
gnons^. 

1. Interpolations et variantes, § XVIII. 

2. Interpolations et variantes, § XIX. — Basiu (II, 126) dit que 
Louis XI fut extrêmement affecté de la perte de Pontoise : c eo 
quod adversariis suis transitus apertus foret per quem, transmissa 
Isara, Normanniam aggredi possent. » C'est ce qu'ils ne tardèrent 
point à faire, en effet. 

3. Ce vendredi 20 septembre, on escarmoucha assez chaude- 
ment, mais sans autre résultat que la mort d'une trentaine 
d'hommes. Le lendemain, Charles do Louviers, échanson du roi 



110 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et le dimenche ensuivant [22 septembre] , au point 
du jour, les dessusdiz ennemis vindrent faire ung res- 
veii devant ladicte ville, du costé de ladicte porte 
Saint-Anthoine, et vindrent bien grant nombre jusques 
audit Saint-Anthoine des Champs. Et, pour les faire 
desplacer, leur furent gectez d'iceile ville plusieurs 
traiz de canons, serpentines et autre artillerie d'iceile 
porte Saint-Anthoine et de ladicte Bastide, et autre 
chose n'y fut fait. 

Et, le lundi ensuivant [23 septembre], de nuit, appa- 
rut à ceulx qui faisoient le guet et arrière guet en 
ladicte ville une comète, qui vint des parties dudit host 
cheoir dedens les fossez d'iceile ville à l'environ de 
l'ostel d'Ardoise, dont plusieurs furent espoventez, non 
sachans que c'estoit, mais cuidans que ce eust esté une 
fusée ardant ilec gectée et envolée par lesdiz Bour- 
guignons. Si en furent portées les nouvelles au roy en 
son hostel des Tournelles, qui incontinent monta à 
cheval et s'en ala dessur les murs au droit dudit hos- 
tel d'Ardoise, et y demoura grande espace de temps, 
et fist assembler tous les quartiers de Paris pour aler 
chacun en sa garde dessus lesdiz murs. Et à ceste 
heure, courut bruit que lesdiz ennemis, ainsi estans 
devant Paris, s'en aloient et deslogoient, et que à leur- 
dit partement mettoient peine de brusler et endom- 
mager ladicte ville partout où possible leur seroit. Et 
fut trouvé que de tout ce il n'estoit rien^. 

et plus tard l'un de ses cent gentilshommes (Bibl. nat., ms. 
fr. 21448, ad. ann. 1471), fils de sire Nicolas de Louviers, mar- 
chand et bourgeois de Paris, combattit la lance au poing et tua, 
à son grand honneur, messire .îosse de Lalaing, un chevalier 
renommé du Hainaut (Maupoint, Journal, p. 77 et suiv.). 
1. Le dimanche et le lundi, il n'y eut pas d'engagements aux 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. IM 

Oudit temps, lesdiz ennemis, ainsi logez devant 
Paris, firent plusieurs balades, rondeaux, libelles dif- 
famatoires et autres cboses, pour diffamer aucuns bons 
serviteurs estans autour du roy, afin que à ceste cause 
le roy les prinst en sa malvueillance et les deschassast 
de son service. 

En ce temps, les gens de guerre de l'ordonnance du 
roy estans logez à Paris y firent de grandes chères, et 
en lieu de passetemps y séduisirent plusieurs femmes 
et filles, qui par leur moien en laissèrent et déguer- 
pirent leurs mesnages et enfans, et les autres jeunes 
filles servans leurs maistres et services, pour suivre 
iceulx gens de guerre. Et entre autres, y ot une jeune 
fille, qui estoit fille d'un procureur du Chastellet de 
Paris, nommé Eustace Fernicle, qui avoit prins habit 
de damoiselle et grant estât, pour ce qu'elle avoit 
fiancé ung nommé Le Chien, natif de Carenten en Nor- 
mandie, et serviteur d'un nommé le seigneur de Saincte- 
Marie* ; laquelle, pour ce que ledit Chien mettoit trop 
à l'espouser, s'acointa d'un archer qui avecques lui 
l'en amena, et accordèrent leurs vyeles ensemble. Mais 
les père et mère de ladicte fille, non contens de ce 

champs, parce que le comte du Maine, Rouault, Montauban, 
Jouvenel des Ursins, Gousinot, Jean Dauvet et autres c gens 
sages » poursuivaient avec les fédérés des pourparlers de paix 
qui furent continués jusqu'au jeudi suivant (Maupoint, Journal, 
p. 78). 

1. Le Chien est bien un nom du Cotentin. Un Durant Le Chien 
figure, à la date du 14 juillet 1475, parmi les 100 hommes d'armes 
de la grande ordonnance commandés par Jean d'Estouteville, 
seigneur de Briquebec. Un autre Le Chien, Jean, est nommé 
parmi les archers (Bibl. nat., Titres, Montres, vol. 1414, fol. 63 y° 
et suiv.). La seigneurie de Sainte-Marie-du-Mont (auj. dép. de la 
Manche, cant. de Sainte-Mère-l'ÉgUse) appartint au xv* siècle à 
la famille des Espaules, puis aux Blosset. 



112 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

que dit est, s'en alerent plaintifz pardevers le roy, 
mais ilz n'en eurent autre chose. 

Et cedit jour, au soir, environ deux heures de nuit, 
mons. l'evesque d'Evreux, Balue, fut guetté et acueilly 
par aucuns ses ennemis en la rue de la Barre du Bec S 
à l'environ de la porte de derrière de feu maistre 
Bureau Boucher-, lesquelz chargèrent sur lui et de 
première arrivée vindrent oster et souftler deux 
torches qu'on portoit devant lui. Et après vindrent 
audit Balue, qui estoit monté dessus une bonne mule 
qui le saulva et gaigna au fouir, car tous ses gens à 
l'effroy l'abandonnèrent pour paour des horions. Et 
en emporta ladicte mule sondit maistre Balue jusques 
au cloistre Notre-Dame, en son hostel dont elle estoit 
partie ; et, avant ladicte fuite, il ot deux cops d'espée, 
l'un au plus hault de ses biens et ou milieu de sa cou- 
ronne^, et l'autre en l'un de ses dois. Et sesdittes gens, 
qui ainsi s'en aloient courans aval la rue, crioient 
A Vanne! et Au murdre! afin que le peuple saillist pour 
donner secours à leur maistre. Et dudit cas le roy en 
fut courroucié et ordonna que l'en en feist informa- 
cion et que la chose feust sceue, mais tout en demoura 
ainsi sans en savoir autre chose, combien que aucuns 
disoient depuis que ce avoit fait faire mons. de Villers 
le Boscage, pour l'amour de ladicte Jehanne du Bois, 
dont il estoit amoureux^. 



1. C'est aujourd'hui la partie de la rue du Temple comprise 
entre la rue de la Verrerie et la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie . 

2. Bureau Bouclier, seigneur de Piscop et d'Orsay, était mort 
en 1461. 11 avait épousé Gilette Raguier (Bibl. nat., Pièces orig., 
vol. 433, doss. Boucher). 

3. C'est-à-dire au milieu de sa tonsure cléricale. 

4. On verra aux Inlerpolalions ci variantes, § XX, et l'interro- 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. ii3 

Celle nuit, aucuns Bretons et Bourguignons furent à 
Sevré*, où ilz trouvèrent aucuns Escossois de la com- 
paignie Robert de Gonyhan, lesquelz ilz tuèrent et leur 
copperent à tous les gorges. 

En ce temps, ung nommé Alixandre Lorget, natif 
de Paris, qui estoit homme d'armes de l'ordonnance 
du roy notre sire soubz la charge et compaignie du 
seigneur de la Barde, s'en ala et absenta de Paris pour 
soy aler rendre à Saint-Denis à mons. de Berry, qui 
ilec estoit, et si en ala à lui cinquième, et avecques lui 
en emporta toutes ses bagues et sa male^. 

Et, le jeudi ensuivant [26 septembre], vindrent en 
l'ostel de ladicte ville plusieurs grandes plaintes par 

gatoire de Charles de Melun confirme ce dire (Bibl. nat., ms. 
fr. 2921 cité), que l'ex-lieutenant général du roi à Paris fut for- 
mellement accusé d'avoir commandé cette « bapture > de l'évêque 
d'Évreux, dont il était le rival auprès « d'une jeune femme de 
Paris que le cardinal aymoit bien et veoit voluntiers. » Melun 
nia cet attentat et prétendit, au contraire, qu'un jour, pour con- 
vaincre Balue que cette jeune femme ne l'aimait pas, il lui avait 
présenté un petit rubis « en façon de cueur en annel » et plu- 
sieurs lettres qu'il tenait d'elle. Le prêtre devint a blanc comme 
ungdrappeau » et de ce jour fut son ennemi mortel. Sur Jeanne 
du Bois, voy. ci-dessus, p. 33. 

1. Maupoint dit « à Suresnes » et ajoute que 30 Ecossais de 
l'ordonnance y furent massacrés {Journal, p. 78). — Robert 
Guningham, déjà capitaine des archers écossais de Charles VU, 
fut mêlé à une conspiration ourdie contre le roi. Condamné au 
bannissement en 1455, il fut réintégré dans son emploi par 
Louis XI (voy. Beaucourt, Charles VII, t. VI, p. 27 et suiv.). 

2. Alexandre Lorget, écuyer, grènetier du grenier à sel de 
Ponioise dès 1457, avait été, à la date du 17 janvier 1465 (n. st.), 
par un acte de faveur, tenu quitte, jusqu'à concurrence de 
700 livres parisis, de tout ce qu'il pouvait devoir au trésor 
royal. En octobre 1471, on le retrouve écuyer d'écurie du duc 
de Guyenne (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1747, doss. Lorget). 



114 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

aucuns des bourgois de ladicte ville de plusieurs mau- 
vaises paroles malsonnans que disoient et publioient 
plusieurs gens de guerre estans en ladicte ville contre 
lesdiz bourgois, manans et habitans d'icelle, pour y 
donner provision. Et estoient lesdictes paroles telles, 
proférées et dictes par iceulx gens de guerre : « Je 
regny Dieu, les biens qui sont à Paris ne aussi la ville 
ne sont point ne appartiennent à ceulx qui y sont 
demourans ne residens, mais à nous gens de guerre 
qui y sommes, et voulons bien que vous sachez que, 
malgré voz visaiges , nous porterons les clefz de voz 
maisons et vous en bouterons dehors, vous et les 
vostres, et, se vous en caquetez, nous sommes assez 
pour estre maistres de vous*. » Et ce mesme jour y ot 
ung fol Normant qui dist à la porte Saint-Denis que 
ceulx de Paris estoient bien folz de penser que leurs 
chaynes de fer, tendues au travers de leurs rues, leur 
peust valoir à l'encontre de eulx. Pour lesquelles paroles 
ainsi malsonnans que dit est fut soudainement ordonné 
par aucuns estans en l'ostel de ladicte ville, à qui les- 
dictes paroles furent ainsi dictes et rapportées, (jue 
ceste nuit chacun quartenier de Paris feroit faire beaulx 
et grans feux par toutes les dixaines de son quartier, 
et que ung chacun seroit en armes et sur sa garde 
durant lesdiz feux^. Et si furent ordonnées toutes les 
chaynes des rues foraines estre tendues, ce qui fut fait, 
et veilla chacun jusques au point du jour. Et, celle 

1. Cf. la déposition de Jacques Rebours, procureur de la ville 
de Paris, au Procès de Ch. de Melun, ms. fr. 2921, fol. 29 v». 

2. Même déposition, fol. 31 v. C'est sur l'initiative de Jacques 
Rebours qu'en l'absence du prévôt des marchands les échevins 
André d'Azy et Denis Gibert expédièrent aux quarieniers l'ordre 
d'allumer les feux. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 115 

mesmes nuit, fut grant bruit que la bastide Saint- 
Anthoine fut laissée ouverte pour laisser entrer dedens 
Paris ceulx qui estoient devant*. Et si trouva l'en 
ceste nuit aucuns canons, près dudit lieu, dont les 
chambres estoient enclouées, à ce qu'ilz ne peussent 
servir quant mestier en seroit. Et desdiz feux et du 
grant guet qui fut fait et ainsi ordonné que dit est, 
furent lesdiz capitaines qui estoient à Paris moult esba- 
his, et dont aucuns s'en alerent en la chambre du roy 
en son hostel des Tournelles savoir à lui se c'estoit de 
son ordonnance et commandement que lesdiz feux et 
guet estoient ainsi fais et ordonnez, ou de par qui : 
lequel dist et respondi que non. Et tout incontinent il 
manda venir à lui sire Jehan Luiller, clerc de ladicte 
ville, qui y vint et lui certiffia que lesdiz feuz et guet 
estoient faiz à bonne fin, et de ce asseura le roy et 
lesdiz cappitaines. Et ce nonobstant ordonna à messire 
Charles de Meleun qu'il alast en l'ostel de la ville et 
par tous les quartiers d'icelle dire que on laissast les- 
diz feux et que chacun s' alast coucher 2, dont riens ne 
vouldrent faire, mais demeurèrent ainsi armez jusques 
au jour. Et maintenoient plusieurs depuis que ce fut 
grâce de Dieu, et que, s'ilz s'en feussent alez et dépar- 
tis, ladicte ville estoit perdue et destruicte et que les- 
diz de devant Paris y feussent entrez par ladicte Bas- 

1. Interpolations et variantes, § XXI. — Sur cette affaire, qui 
ne fut jamais bien éclaircie, on trouvera de curieux détails dans 
la déposition de Jacques Rebours (fol. 34). Melun, accusé de cette 
trahison, la nia énergiquement. Il expliqua que, cette nuit-là, le 
roi l'avait envoyé porter un message au comte de Charolais et 
qu'il était effectivement rentré à Paris par la Bastille {Procès 
cité, fol. 69; cf. fol. 40 v* et suiv. et Maupoint, Journal, p. 79). 

2. Interpolations et variantes, § XXII. 

I 10 



116 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

tide, et par ce demourée ladicte ville destruicte et du 
tout désolée*. 

Et le vendredi ensuivant [27 septembre] vindrent à 
Paris deux poursuivans, l'un de Gisors, qui vint dire 
au roy qu'il envoiast secours en ladicte ville et que 
devant y avoit bien cinq ou six cens lances, et que 
dedens icelle n'y avoit nulles gens de guerre de par le 
roy, et si n'avoient aussi artiljerie, pouldres ne autre 
défense. Et l'autre poursuivant estoit aussi envoyé au 
roy de par Hue de Vignes, escuier, homme d'armes 
de l'ordonnance dudit seigneur, soubz la charge et 
compaignie du seigneur de la Barde, lequel Hue estoit 
lors à Meulenc. Par lequel poursuivant estoit mandé 
au roy que ledit de Vignes avoit sceu par gens dignes 
de foy que les Bretons et autres avoient entreprinse 
d'entrer dedens Rouen, tout ainsi qu'ilz avoient fait à 
Pon toise, et par dedens le chastel ou palais de ladicte 
ville, afin qu'il y pourveust^. 

Et, cedit jour de vendredi, lesdiz ambasseurs ordon- 
nez de chacun costé disnerent à Saint-Anthoine des 
Champs dehors Paris. Et là leur fut envoyé de par le 
roy pain, vin, poisson et tout ce que mestier leur estoit 
pour ledit disner. Et fut aussi ilec porté en une char- 
rete plusieurs des comptes jadis rendus en la Chambre 
des Comptes à Paris des pays et villes de Champaigne 
et Brye^. 

1. Du mardi 23 au jeudi 25 septembre, Gentiliy, Vitry et Ivry 
furent pillés par les Bourguignons et par les Bretons, tandis que 
les royalistes saccageaient Créteil, Boissy et Malnoue (Maupoint, 
Journal, p. 78 et suiv.). 

2. Interpolations et variantes, § XXIII. — Le château de Rouen 
ou Vieux Palais était construit sur la rive droite de la Seine, en 
aval de la ville. 

3. Cf. Mélanges historiques cités, II, 387, et Mémoires d'Olivier 



U65] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. HT 

Et, le samedi ensuivant [218 septembre] , lesdiz ambas- 
sadeurs de costé et d'autre furent derechef assemblez 
en deux parties, c'est assavoir monseigneur du May ne et 
ceulx de sa compaignie pour la partie du roy avecques 
les autres princes et seigneurs estans dehors, tous en 
la Granche aux Merciers. Et, pour le roy, oudit Saint- 
Anthoine des Champs y estoient ordonnez maistre 
Estienne Chevalier, trésorier de France, maistre Arnoul 
Boucher^ et Ghristofle Paillart, conseillers des comptes ; 
et les commissaires de l'autre partie estoient Guillaume 
de Biche ^, maistre Pierre d'Oriole, maistre Jehan 
Berart, maistre Jehan Compain^, ung autre licencié 

de la Marche, éd. de la Société de l'histoire de France, III, 28. — 
Les gens du roi firent apporter les comptes des revenus de la 
Champagne et de la Brie, afin de renseigner le duc de Berry sur 
la valeur de ces pays que son frère offrait de lui remettre en 
apanage. Maupoint, qui place cet épisode le samedi, rapporte 
que, le même jour, le comte de Gomminges, Charles de Melun, 
le bâtard du Maine et le prévôt des marchands réunirent les 
quarteniers et les centeniers à l'hôtel de ville et leur firent prêter 
serment de conserver Paris au roi {Journal, p. 79 et suiv.). 

1. Arnoul Boucher, seigneur du Vivier, de Charenton, etc., 
avocat au Parlement dès 1455, conseiller et maître des comptes 
(1461), était fils de Bureau Boucher, déjà nommé. Il épousa 
Catherine Hardouin et mourut vers 1492 (Bibl. nat., Pièces orig., 
vol. 433, doss. Boucher). 

2. Bische était né à Moulins-Engilbert vers 1426 (Gommynes, 
éd. Dupont, I, 94). Favori du comte de Gharolais, fort apprécié 
du roi, il fut, quoique bourguignon, nommé par Louis XI bailli 
de Saint-Pierre-le-Moutier. Il était seigneur de Clairy, près 
Péronne (voy. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 117. Cf. Ghastellain, 
IV, 115 et suiv.). 

3. Le 29 août 1465, Louis XI avait destitué Jean Compaing de 
l'office de général conseiller sur le fait de la justice des aides, 
pour avoir fait plusieurs visites non autorisées et s'être enfin défi- 
nitivement retiré au camp des rebelles [Ordonnances, XVI, 345 et 



H8 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

escumant latin ^ et maistre Ythier Marchant^. Et ce jour 
ne firent que peu de chose ^. 

Cedit jour, le roy receut lettres de la vefve messire 
Pierre de Breszé, par lesquelles lui mandoit qu'elle 
avoit fait prendre le seigneur de Broquemont, cappi- 
taine du palais de Rouen, pour ce qu'elle se souspe- 
connoit dudit cas, et qu'il n'eust aucune doubte de 
ladicte ville de Rouen, du chastel du bout du pont, du 

suiv.). — A la date du l^"" juin 1478, on le retrouve notaire et 
secrétaire du roi et commis à la recette et au paiement des gages 
des présidents et conseillers au parlement de Languedoc (Bibl. 
nat., Pièces orig., vol. 830, doss. Compaing). 

1. On dirait familièrement aujourd'hui, dans le même sens, 
« écorchant le latin. » 

2. Cet Ythier Marchant, deux fois mentionné par Villon (éd. 
Longnon, p. 7 et 61, et Index, p. 323), servait le duc de Berry et 
devint maître de sa chambre aux deniers en Guyenne. Après la 
mort de son frère, Louis XI fit tout pour attirer ce personnage et 
lui promit 1,000 livres de pension et un otfice de maître des 
comptes ^(10 mai 1471. Bibl. nat., ms. fr. 6964, fol. 32, orig.). On 
verra plus loin qu'il fut impliqué dans l'attentat de Jean Hardy 
contre la vie du roi. 

3. Dimanche 29 septembre, grande réunion en l'hôtel du roi, 
à Paris, de « plusieurs nobles et de grans sages hommes de tous 
estas. » Les gens du roi leur firent part des demandes auxquelles 
s'étaient « restrains » Charles de France et ses alUés, ainsi que 
des bases de l'accord proposé. La condition capitale était la ces- 
sion au frère de Louis XI des comtés de Champagne et de Brie. 
Après discussion, l'assemblée conseilla au roi, « afïin de ovier 
plus grant mal et de avoir paix, » de souscrire à ces conclusions. 
Il y consentit, et ainsi « fut accordé et pariait le traité de la 
paix, » que les seigneurs du Bien-Public allaient s'empresser de 
rejeter, à la nouvelle de la prise de Rouen. Ce même jour, Berry 
et Charolais se logèrent, avec l'autorisation du roi, au château 
du bois de Vincennes pour « s'y reposer et raffreschir » jusqu'au 
samedi suivant, dernier jour de la trêve qui avait été conclue le 
vendredi précédent (Maupoint, Journal, p. 80). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 119 

palais ne des habitans d'icelle, et que tous ilz se trou- 
veroient bons et loyaulx envers lui^. 

Et, le dimenche ensuivant [29 septembre], au point 
du jour, se vindrent rendre au boulevert de la tour de 
Billy sept hommes, qui estoient eschappez prisonniers 
de l'ost desdiz Bourguignons, dont il en y avoit quatre 
facteurs de marchans d'Orléans, deux autres facteurs 
de marchans de Paris, et ung Flamenc, qui tous avoient 
esté condempnez à estre pendus par lesdiz Bourgui- 
gnons, pour ce que depuis leur prinse n avoit eu per- 
sonne qui les eust pourchassez. Et rapportèrent que le 
mercredi précèdent fut tirée une serpentine de la tour 
de Billy dedens l'ost desdiz Bourguignons, laquelle, 
d'un seul cop, tua sept Bourguignons et bleça plu- 
sieurs. 

Ce jour, après disner, vindrent nouvelles au roy 
que Rouen estoit prins par monseigneur le duc de 
Bourbon, qui y entra par le chastel de Rouen, du costé 
des champs, le vendredi au soir précèdent, par le 
moien de ladicte vefve messire Pierre de Breszé, à qui 
le roy avoit fait moult de biens et où il avoit grant 
fiance; et conduisoit le fait d'icelle vefve l'evesque de 
Bayeux, et ledit maistre Jehan Hébert^ et autres. Et, 

1. Le Normand Bracquet de Braquemont, écuyer, est qualifié 
homme d'armes de la garde du corps du duc de Guyenne en 1471. 
Un autre Guillaume de Braquemont, aussi écuyer, servait le 
même prince en avril 1472 comme maître d'hôtel (Bibl. nat., 
Pièces orig., vol. 494, doss. Braquemont). On peut se demander 
s'il ne se joua pas à Rouen une comédie destinée à calmer les 
soupçons que le roi avait pu concevoir sur la fidélité de la grande 
sénéchale de Normandie. 

2. Jean Hébert ou Herbert, seigneur d'Orsonville, conseiller 
du roi et général des finances dès 1458, naquit vers 1415. Il était 



120 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

au moien de ladicte prinse, quant les seigneurs de 
dehors Paris sceurent icelle, ils donnèrent response 
au roy que monseigneur Charles, frère du roy, qui 
auparavant se feust contenté de Ghampaigne et Brye^ 
n'aroit point autre ampanaige que de la duchié de 
Normendie. Laquelle chose le roy, par force et con- 
trainte et pour ce qu'il n'y povoit remédier, bailla à 
mondit seigneur Charles pour sondit appanage ladicte 
duchié de Normendie et reprint à lui la duchié de 

fils de Jacques Hébert et épousa Jeanne Guérin. Envoyé à Rouen 
par le roi, il passa au parti du Bien-Public, mais réussit plus 
tard à rentrer en grâce et reprit ses fonctions de général des 
finances de Languedoc (Vaesen, Lettres de Louis XI, UI, 101 et 
175, note. Cf. Sauvai, Antiquités de Paris, III, 342, et Bibl. nat., 
Pièces orig., vol. 1513, doss. Herbert]. — ■ C'est bien dans la nuit 
du 27 au 28 septembre 1465 que Louis de Harcourt, évêque de 
Bayeux et patriarche de Jérusalem, et Jean Hébert, de concert 
avec la grande sénéchale, ouvrirent au duc de Bourbon le château 
de Rouen, « auquel estoient lors les clefs des portes de lad. ville, 
qui y avoient esté portées le soir de devant, ainsi que chacun 
jour on avoit acoustumé de les porter pardevers le capitaine du 
chastel » (Rémission pour la comtesse de Maulévrier, Jeanne 
Crespin, donnée à Pont-de-l'Arche au mois de janvier 1466, n. st., 
dans Lenglet, Preuves de Commynes, H, 556). Le château ouvrait 
à la fois sur la campagne et sur la ville (Basin, H, 128). 
Rouen, dit Commynes, t tost se consentit à ceste mutation, 
comme trop désirant d'avoir prince qui demourast au pays de 
Normandie » (éd. Dupont, I, 97). L'exemple de la capitale du 
duché ne tarda pas à être suivi par les villes de Dieppe, de 
Fécamp, de Caudebec et de Harfleur. Honileur, Lisieux, Caen, 
Bayeux et presque toutes les places de Basse-Normandie se sou- 
mirent sans résistance aux lieutenants de Bourbon; « qui pro- 
mitlendi uberes plurimum et copiosi erant, quemadmodum ipsc 
etiam erat, » dit Basin, qui joua à Lisieux un rùle que Louis XI 
ne lui pardonna jamais (vuy. Chéruel, Le dernier duché de Nor- 
mandie, dans la Revue de Rouen et de Normandie, 1847, l^r sem.). 
1. Interpolations et variantes, § XXIV. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 121 

Berry*. Et, après que le roy et baillé ladicte duchié de 
Normendie audit monseigneur Charles, il fut après 
contraint de recompenser tous lesdiz princes et sei- 
gneurs de leurs armées et interestz qu'ilz avoient fais 
contre lui, qui tous le butinèrent, ainsi qu'il s'ensuit : 
c'est assavoir, monseigneur de Gharrolois ot pour son 
butin les villes de Peronne, Roye et Mondidier, pour 
estre siennes et demourer en perpétuel héritage. Et 
si lui laissa aussi le roy, durant le cours de la vie 
d'icellui Gharrolois, les villes et terres qu'il avoit 
nouvellement degaigées de CCGCXXV'" escuz d'or de 
mons. de Bourgongne son père. Et oultre lui bailla 
et laissa les contez de Guynes et Boulongne sur la mer, 
aussi en perpétuel héritage. Et après fut baillée au 
duc de Calabre certaine grant somme de deniers et des 
gens de guerre du roy souldoiez à ses despens, pour 
les exploicter à son plaisir. Et à mons. de Bourbon 
fut baillé et laissé sa pension telle qu'il avoit du temps 

1. « Valde consternatus est, » dit Basin de Louis XI (II, 126 
et suiv.), « principes vero exhilarati et spei melioris effecti » (cf. 
Gommynes, éd. Dupont, I, 99). La reddition de Pontoise et surtout 
la chute de Rouen furent de véritables coups de théâtre qui, du jour 
au lendemain, renversèrent les situations respectives des partis. 
C'est ce que Louis XI exprimera, par la bouche des ambassadeurs 
qu'il envoya en 1466 au comte de Charolais pour légitimer la 
reprise du duché de Normandie. Tout était conclu, diront-ils, à des 
termes raisonnables avec les conseillers de Mgr Charles, frère du 
roi, quand la trahison de la comtesse de Maulevrier détermina 
brusquement ce prince à rompre tout arrangement et, « sans qu'il 
eust tiltre, bail ne transport du roy, de son auctorité se intitula 
duc de Normandie. » Il n'en voulut plus démordre, et le roi dut 
céder, ayant été informé que son porte-parole, le comte du Maine, 
avait tout accordé et que, s'il refusait de ratifier cette concession, 
il courait « grant dangier de sa personne et de la perdicion do 
son royaume » (Mélanges historiques, II, 437 et suiv.). 



122 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

du roy trespassé et les gens de guerre qu'il tenoit 
oudit temps, et assigné du paiement à lui deu pour la 
reste de son mariage, et autre chose ne eut du roy ; 
et au conte de Dunoys tout rendu ce qui lui avoit esté 
osté durant la division, et retenu à grant pension. Et au 
conte de Dampmartin fut fait de beaulx dons de par le 
roy et restitué en toutes ses terres qu'il avoit perdues 
et confisquées par arrest de Parlement. Et, au regard 
des autres seigneurs, chacun en emporta sa pièce ^. 

Et, le mardi premier jour d'octobre ensuivant, fut 
criée et publiée la trêve à tousjours entre le roy et les- 
diz princes^. Et, le lendemain, monseigneur de Saint- 
Pol vint à Paris et disna ce jour avecques le roy, et 
ala en la sale dudit palais, et là, à la table de marbre, 
fut créé connestable de France^ et fist le serement en 
tel cas acoustumé de faire '^. Et, cedit jour, fut crié à 

1. Les morceaux furent très inégaux. Gomme le dit iinement 
Gommynes, « il n'y eut jamais de si bonnes nopces qu'il u"y en 
eust de mal disnez. Les ungs feirent ce qu'ilz voulurent et les 
aultres n'eurent riens » (éd. Dupont, I, 105). 

2. C'est Tristan l'Ermite, prévôt des maréchaux de France, 
qui fit publier la trêve conclue « à tousjours, sauf trois jours de 
desdit » (Maupoint, Journal, p. 81). 

3. Interpolations et variantes, § XXV. 

4. Les lettres royales délivrées en faveur du comte de Saint- 
Pol sont imprimées dans les Mélanges historiques, II, 393; 
elles sont datées du 5 octobre et furent enregistrées au Parle- 
ment le 13. Il y est dit que le nouveau connétable avait déjà 
prêté serment. Le témoignage de Maupoint (Journal, p. 82) 
semble infirmer la date du mercredi 2 octobre, fournie par notre 
chroniqueur pour cette cérémonie. Ce serait le 12, à 11 heures 
du matin, que Saint-Pol reçut l'épée de France de la main du 
roi, qu'il baisa sur la bouche en signe d'hommage. Le connétable 
prêta serment ensuite dans la Grand'Chambre, où sit'gcait la cour 
de l*arlomont. Ses gages furent fixés à 24,000 1. 1., tant pour son 
office que pour les autres charges qu'il tenait du roi, « gouverne- 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 123 

Paris de par îe roy que chacun portast des vivres et 
autres choses pour avitailler et revestir iesdiz Bour- 
guignons et Bretons, laquelle chose fut faicte. Et incon- 
tinent que ledit cry fut fait, plusieurs marchans de 
Paris y portèrent grant foison de vivres aux champs 
devant Saint-Anthoine, lesquelz vivres furent inconti- 
nent moult bien recueillis par Iesdiz de l'ost qui y 
vindrent de toutes pars et achetoient iceulx vivres ce 
qu'on leur faisoit, par especial pain et vin, car Iesdiz 
de l'ost estoient tant affamez, les joes velues et si 
pendans de maleureté qu'ilz avoient longuement enduré 
que plus n'en povoient, et la pluspart estoient sans 
chausses et soulers, pleins de poux et d'ordure^. Et 
entre autres vindrent et arrivèrent ausdiz vivres plu- 
ment des pais de Champaigne, Brye, l'Isle de France, Ghartrain 
et tous les païs de deçà la rivière de Loire. » — On sait que la 
fameuse table de marbre était placée à l'extrémité septentrionale 
de la grand'salle du Palais. 

1. Les marchands de Paris portèrent à Saint-Antoine-des- 
Champs, « cuidant gangnier, j non seulement du pain et du vin, 
mais des draps, des chausses et des souliers, dont Bretons et 
Bourguignons « avoient très grant nécessité. Les aulcuns desdiz 
marchans gangnierent et les aultres perdirent de leurs denrées, 
lesquelles leur furent emblées » (Maupoint, Journal, p. 81). Com- 
mynes insiste sur la misère qui désolait le camp des princes. 
L' « ost estoit en très grant nécessité de vivres et principallement 
d'argent, et', quant cecy (le traité) n'eust esté, tout autant qu'il y 
avoit là de seigneurs s'en fussent tous allez honteusement j (éd. 
Dupont, I, 100). Au reste, le pillage était à l'ordre du jour. De 
dépit de n'avoir pu mettre Paris à sac, les aventuriers du Bien- 
Public coururent les environs du 2 au 5 octobre, pillant le blé en 
granges, emportant tout ce qu'ils pouvaient prendre, emmenant 
avec eux hommes, femmes et chevaux, dépouillant les églises et 
ravageant les vignobles sur les deux rives de la Seine (Maupoint, 
Journal, p. 81). 



124 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

sieurs liffreloffres* Galabriens et Suisses, qui avoient 
telle rage de fain aux dens qu'ilz prenoient frommages 
sans peler et mordoient à mesmes, et puis buvoient 
de grans et merveilleux traiz en beaux pos de terre ; 
et Dieu scet en quelz nopees ilz estoient, mais ilz ne 
leur estoient pas franches, pour ce qu'ilz paioient bien 
leur escot. Et plusieurs autres choses ot faictes ce 
jour qui sont cy passées pour, cause de briefté; mais 
chacun doit savoir que c'est chose incompréhensible 
et inestimable que de la puissance de Paris, car lesdiz 
Bourguignons , Bretons , Galabriens , Bourbonnois, 
Picars et autres ainsi estans devant Paris que dit est, 
que on estimoit à bien C^ chevaulx, après l'appoincte- 
ment fait, et ceulx de Paris, qui estoient trois foiz 
plus, furent tous fournis et nourris des biens de ladicte 
ville par moult grant espace de temps et sans riens 
enchérir, et après leur partement y fut encores beau- 
cop meilleur marchié que devant n'avoit esté^. 

Et le jeudi ensuivant [3 octobre] ne fut riens fait, 
sinon que tousjours on avitailloit lesdiz de l'ost. Et 
aussi , ce mcsme jour, le roy à privée mesgnée ala 
jusques au joignant de Conflans parler à mondit sei- 
gneur de Charrolois, laquelle chose sembla à toutes 
personnes voulans son bien estre bien simplement fait 
à lui. Et de ce se farsoient et moquoient les Picars et 
autres de leur party, qui en disoient telz motz : « Et 

1. Ce mot doit tirer son origine du haut-allemand làufer, cou- 
ramment usité alors en Suisse pour désigner les aventuriers qui 
s'engageaient à l'étranger à titre mercenaire. 

2. Cf. Gommynes, éd. Dupont, t. I, p. 74. — 11 est douteux 
que le nombre total des forces qui assiégeaient Paris dépassât 
51,000 hommes, chitïre fourni par Maupoint. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 125 

rewoitiez vo roy qui parle à no seigneur de Gharrolois, 
et a passé à deux heures qu'ilz y sont. Et par foy, se 
voulions, il est bien en no commandement* ! » 

Et le vendredi ensuivant, quart jour dudit moys, le 
roy ordonna aux portiers de laditte porte Saint- 
Anthoine qu'on laissast entrer desdiz Bourguignons en 
icelle ville, dont plusieurs y vindrent à ceste cause et 
en grant nombre, qui y firent plusieurs excès et mais- 
trises, ce qui ne leur eust pas esté souffert qui bien 
eust sceu que le roy ne s'en feust point courroucié-. 
Et, à cause de la permission d'icelle entrée, y ot ung 
bourguignon entre autres qui voult entrer en icelle 
ville par ladicte porte Saint-Anthoine contre le gré des 
portiers ilec estans, et mesmement d'un archer de la 
compaignie dudit bastard du Maine qui gardoit le gui- 
chet de ladicte porte Saint-Anthoine. Et, pour le refus 
que fist ledit archer audit Bourguignon d'entrer dedans 
ladicte porte et en icelle ville, ledit bourguignon bailla 
à icellui archer, en entrebaillant ledit guichet, d'une 
dague dedens le ventre. Et incontinent ledit bourgui- 
gnon fut prins et merveilleusement batu et navré, et 
le voulurent plusieurs tuer, ce qui leur fut défendu. 
Mais on fist asavoir ces choses au roy, qui ordonna que 
on le menast audit seigneur de Gharrolois pour en 
faire justice; lequel y fut incontinent mené et, tout 
aussitost qu'il fut vers lui arrivé, le fist pendre et 
estrangler à la Justice estant près du pont de Gha- 
renton. 

Ce jour aussi, le roy ordonna que en chacun quar- 

1. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 99, et Mélanges historiques 
cités, U, 391. 

2. Cf. Maupoint, Journal, p. 84. 



126 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

tier de Paris feust fait des feux et ceulx dudit quartier 
estre ilec en armes, et que en chacun desdiz carrefours 
y eust ung notable homme esleu pour parler aux pas- 
sans parmy les rues et savoir qui ilz estoient et où ilz 
aloient. Et ce jour fut éclipse de lune. 

Et, le dimenche ensuivant [6 octobre], plusieurs des 
seigneurs de l'ost vindrent souper à Paris avecques le 
roy, en l'ostel de sire Jehan Luiller, clerc de ladicte 
ville, et là s'y trouvèrent plusieurs dames, damoi- 
selles, bourgoises et autres notables femmes d'icelle 
ville ^ 

Et, cedit jour, Salezart, cappitaine^, et vingt hom- 
mes d'armes de sa compagnie furent aux champs 
dehors Paris et yssirent par la bastide Saint-Anthoine, 
pour ce que la porte estoit gardée, et défendu de par 
le roy que homme n'yssist hors d'icelle ville ; mais, à 
les bouter dedens, on n'y en mettoit que dix à une 
foiz, que on levoit le pont levis devers ladicte place, 
et les menoit on aux champs, et puis revenoit on 
quérir les autres dix pour aussi faire passer aux 
champs. Tous lesquelz vint hommes d'armes estoient 
vestus et habillez de hoquetons de camelot^ violet à 

1. Il est piquant de constater que l'édition gothique a supprimé 
le mot bourgeoises et changé notables en nobles. Signe des temps 
et qui fait apprécier la différence qui a existé entre les mœurs de 
Louis XI et celles de ses successeurs. 

2. Le biscayen Jean de Salazar, chevalier, conseiller et cham- 
bellan du roi, seigneur de Saint-Just, etc., et capitaine de cent 
lances, s'était distingué à la guerre sous Charles VII. Il avait 
épousé Marie, bâtarde de la Trémoille, et mourut, le 12 no- 
vembre IWJ (Vaesen, LelLres de Louis XI, II, G3). Sa femme, la 
seconde peut-être, est désignée sous le nom de Marie Braque 
dans le registre X^» 1490 des Arch. nat., fol. 338 v». 

3. Étoffe mélangée de soie et de laine. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 127 

grans croix blanches, et avoient belles chaynes d'or 
autour du col, et en leurs testes cramignolles^ de 
veloux noir à grosses houppes de fil d'or de Ghippre 
dessus, et tous leurs chevaulx estoient couvers de 
grosses campanes d'argent. Et, au regard dudit Sal- 
lezart, pour différence de ses gens, il estoit monté 
dessus ung beau coursier à une moult belle housseure 
toute couverte de trenchouers^ d'argent, dessur cha- 
cun desquelz y avoit une grosse campane d'argent 
dorée. Et tout devant ladicte compaignie aloit la trom- 
peté dudit Salezart monté dessus ung cheval grison, 
lequel, en courant au long des fossez d'entre ladicte 
porte Saint-Anthoine et le bolevert de la tour de Bill y, 
ledit cheval cheut dessoubz ladicte trompeté si très 
lourdement que icelle trompeté se rompy le col. 

Et, le lundi ensuivant [7 octobre], vint nouvelles à 
Paris que le seigneur de Halbourdin et le seigneur de 
Saveuzes avoient prins Peronne et le conte de Nevers 
qui estoit dedens^. Et, cedit jour, eschapperent trois 
prisonniers des prisons de Thiron *, dont l'un avoit 
esté cause avecques Loys Sorbier de bouter les Bre- 
tons et autres dedens Pomtoise, et estoit de la com- 
paignie de Joachin Rouault. Ce jour aussi se print le 

1. Sorte de toques (Quicherat, Histoire du costume en France, 
p. 298). 

2. Plaques rondes ou carrées, de forme semblable aux tran- 
choirs sur lesquels on découpait les viandes. 

3. Jean de Bourgogne, comte de Nevers, fut soupçonné d'avoir 
livré Péronne à l'ennemi, mais, pour sauver les apparences, il 
se fit prendre dans son lit (voy. Mélanges historiques, II, 379, 395, 
et du Glercq, IV, 213 et suiv.). 

4. L'hôtel appartenant à l'abbaye de Tiron en Beauce était 
situé dans la rue Tiron, près de l'hôtel de ville. 



128 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

feu à Paris en une maison en Champ Gaillart', dont le 
roy ot ung peu de paour, et ordonna pour ceste cause 
que on feist faire des feux par tous les quartiers de 
Paris et les habitans armez devant iceulx, et que le 
guet feust renforcié ; ce qui fut fait. 

Oudit moys d'octobre furent aucunes gens de guerre 
du parti dudit de Bourgongne devant la ville de Beau- 
vais, pour sommer les prélat et populaire d'icelle de 
eulx rendre et mettre es mains dudit seigneur de 
Bourgongne, et ladicte place aussi. Lesquelz prélat et 
habitans prindrent ladicte sommacion par escript et 
l'envoierent au roy, qui incontinent l'envoya audit 
seigneur de Gharrolois-, avecques lequel il avoit fait 

1. Le Ghamp-Gaillart était dans Paris, contre l'enceinte, entre 
les portes Saint- Victor et Bordelle (Plan de tapisserie). 

2. Le traité dit de Conflans n'est connu que par les patentes 
royales du 5 octobre, datées de Paris, que Lenglet, après Gode- 
froy, a imprimées aux Preuves de son édition de Gommynes (II, 
500-505). Ces lettres portent donation au comte de Gharolais des 
villes de la Somme, des comtés de Ponthieu, de Boulogne et de 
Guines, de Péronne, de Montdidier et de Roye. L'enregistrement 
en eut lieu au Parlement le 12 octobre, sur l'ordre exprès du roi et 
malgré la protestation formelle de ses gens contre cette aliénation 
d'une fraction du domaine (Lenglet, II, 511 et suiv.). Cette pro- 
testation visa également le transport consenti par Louis XI, au 
même prince, des prévôtés de Vimeu, de Beauvaisis et de FouUoy. 
Quoi qu'en ait dit M. Fagniez (Maupoint, Journal, p. 86, note 5), 
il ne faut pas considérer ce que Lenglet a imprimé (II, 499) 
d'après Legrand, sous le titre de : « Copies et appointements faits 
par le roy aux princes », avec la date du 2 octobre, comme un acte 
otiiciel. C'est seulement le rapport d'un personnage, plus ou moins 
bien informé, sur les conditions de l'accord telles qu'elles avaient 
été discutées le 29 septembre dans la grande assemblée tenue en 
l'hôtel du roi (Maupoint, p. 80). 11 est même certain que plu- 
sieurs des clauses relatées dans ce rapport — celles notamment 
en faveur des ducs de Bretagne et do Nemours — ne furent pas 
confirmées. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 129 

paix ou trefve. Lequel Charrolois rendi response que 
ce n'estoit point de par lui qu'on faisoit lesdictes som- 
macions, en disant que le dyable peust emporter ceulx 
qui faisoient telz choses, et qu'ilz faisoient plus qu'on 
ne leur commandoit. Et dist le roy audit seigneur de 
Charrolois que, puisque appoinctement avoit esté fait 
entre eulx, qu'il ne faloit plus user de telles voyes, et 
si lui dist plus le roy qu'il lui donroit ladicte ville de 
Beauvais s'il vouloit. 

Et, le mercredi ensuivant, ix^ jour dudit moys, fut 
ordonné, de par les prevost des marchans et eschevins 
de ladicte ville, que chacun quartenier et dizinierd'icelle 
ville feissent faire des feux es lieux acoustumez de les 
faire, et que toutes les chaynes des rues foraines 
feussent tendues, et que chacune personne feust veil- 
lant devant lesdiz feux, laquelle chose fut faicte. 

Et, le jeudi ensuivant [10 octobre], vint ledit sei- 
gneur de Saveuzes et arriva en l'ost desdiz Bourgui- 
gnons, à tout grant puissance de gens qui amenoient 
certaine grant somme d'or et argent pour faire le paie- 
ment des gens de guerre dudit seigneur de Charro- 
lois''. — Et, ce jour aussi, le duc de Bretaigne ot son 
appoinctement avecques le roy de ses vacacions, fraiz 
et mises de lui et son armée, pour estre venu contre 
lui et son royaume devant Paris avecques les autres 
princes et seigneurs devant nommez. Et, en faisant ledit 
appoinctement, lui fut rebaillée sa conté de Montfort^ 
et autres choses avecques grant somme de deniers. 

1. Mélanges historiques, II, 396. Saveuses amenait avec lui 
120 hommes d'armes et 1,500 archers avec 120,000 écus (Gom- 
myaes, éd. Dupont, I, 100). 

2. Le comté de Monlfort-l'Amaury. 



130 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et, le venredi ensuivant [11 octobre], vint en l'os- 
tel de ladicte ville maistre Jehan le Boulenger, prési- 
dent en Parlement, dire ilec de par le roy qu'on feist 
assavoir aux quarteniers et dixeniers de ladicte ville 
et de main en main au populaire d'icelie qu'on ne 
s'esbahist point se on veoit la puissance des Bourgui- 
gnons venir ce jour devant Paris, et que ce seroit pour 
ilec faire leurs monstres ; et nonobstant ce n'y vin- 
drent point ce jour, mais les firent depuis le pont de 
Charenton jusques au bois de Vinciennes, et se mons- 
trerent grant puissance ' . Et là le roy se trouva pour 
veoir icelles monstres bien simplement, comme de 
lui quatriesme seulement, c'est assavoir le roy, le duc 
de Galabre, le seigneur de Gharrolois et monseigneur 
de Saint -Pol. Et, quant lesdictes monstres furent 
faictes, le roy s'en retourna à Paris par eaue. Et, 
avant son parlement et en sa présence, ledit seigneur 
de Gharrolois dist à tous sesdictes gens de guerre ces 
motz : « Messeigneurs, vous tous et moy sommes au 
roy mon souverain seigneur, qui cy est présent, pour 
le servir toutes les foiz que mestier en aura-. » 

Et, le samedi ensuivant, xif jour dudit moys d'oc- 
tobre IIIPLXV, vint nouvelle que la ville d'Evreux 
avoit esté baillée et hvrée aux Bretons par ung nommé 
messire Jehan le Beuf, chevalier, qui les bouta en 
ladicte ville le mercredi précèdent, jour de Saint- 
Denis, ainsi que les bourgois et habitans de ladicte 

\. Interpolations et variantes, § XXVI. 

2. Le 11 octobre, le comte de Charolais fit passer à ses gens 
d'armes la Seine et la Marne. Le roi vint les voir rangés en 
bataille devant leur artillerie et les « prisa moult » (Mélanges 
histor., II, 396). 



1465J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 131 

ville aloient en une procession hors d'icelle ville. Et 
ainsi qu'ilz yssoient par l'une des portes d'icelle, en 
alant à ladicte procession, lesdiz Bretons entroient en 
ladicte ville par une autre porte*. 

Et, le x\f jour d'icellui moys d'octobre, advint 
qu'on advertit le roy qu'il y avoit entreprise faicte sur 
sa personne par aucuns ses ennemis de le prendre ou 
tuer dedens ladicte ville; et, pour soy en garder et 
dormir seurement, ordonna expressément qu'on feist 
grant guet et garde en ladicte ville, tant sur la mu- 
raille que dedens, et que par chacun quartier et rue 
feussent faiz les feux ; ce qui fut fait 2. — Et vint aussi 
nouvelles que la ville de Caen et autres de Normendie 
s'estoient remises et reduictes en l'obéissance de mon- 
dit seigneur de Berry^. Et, depuis ce, le roy envoya 
en la ville de Mante grant quantité de gens de guerre 
et de frans archers. 

En ce temps, le roy fist aler la royne à Orléans, 
qui lors estoit à Amboise^. Et, le jeudi ensuivant, 
xvui^ jour dudit moys°, le roy souppa en l'ostel du 

1. D'après Maupoint (Journal, p. 83 et suiv.), Louis XI apprit 
le lundi 14 octobre seulement que le bâtard de Bourbon était 
entré à Évreux, « tant par tradicion que par force. » 

2. Le lundi 14, Bretons et Bourguignons avaient commencé à 
circuler dans Paris. Ils ne commirent aucune déprédation, les 
bourgeois faisant bon guet au nombre de 30,000 bommes bien 
armés (Maupoint, Journal, p. 84 et suiv.). 

3. Voy. ci-dessus et Basin, II, 130. Cf. l'Instruction donnée au 
seigneur de Chaumont, pour Mgr Charles de France, par le duc de 
Bourbon et datée du château de Rouen, lî octobre 1465 (Bibl. 
nat., ms. fr. 6963, fol. 59 et suiv.; orig.). 

4. Elle demeura à Amboise pendant la campagne, confiée par 
le roi à la garde des bourgeois de cette ville (Et. Cartier, Essai 
historique sur Amboise. Poitiers, 1842, in-8°, p. 23 et suiv.). 

5. Lisez : xvij^ jour dud. mois. 

I 11 



132 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

seigneur d'Ermenonville, où il fist grant chère, et y 
mena avecques lui le conte du Perche, Guillaume de 
Biche \ Guiot d'Urie, Jaques de Crevecuer, mons. de 
Craon, messire Yves du Fau, messire Gastonnet du 
Léon, Waste de Monpedon, Guillaume le Ceinte et 
maistre Regnault des Dormans^. Et, pour femmes, y 
estoient madamoiselle d'Ermenonville, la Longuejoe, 
la Duchesse et de Longueil^ et, pour bourgoises, 
Estiennette de Paris, Perrette de Chaalon et Jehanne 
Baillette^ 

1. Interpolations et variantes, § XXVII, 

2. René, comte du Perche, fils de Jean, duc d'Alençon, et de 
Marie d'Armagnac, succéda au duché en 1476 et mourut en 1492. 
Il épousa en 1488 Marguerite de Lorraine. — Guiot d'Urie, ou 
mieux d'Urre en Dauphiné, seigneur de Molans et de Baumettes, 
écuyer d'écurie de Louis XI, l'avait accompagné en Flandres. Il 
épousa Jeanne d'Alauson (Moréri). — Jacques de Grèvecœur 
étant mort dès 1441, il doit s'agir ici de l'un de ses fils, Antoine 
et Philippe, qui avaient combattu à Montlhéry (Anselme, t. VII, 
p. 107). — Yves du Fou, chevalier, conseiller et chambellan du 
roi, seigneur de laRamenteresse, sénéchal de Poitou, grand veneur 
de France, gouverneur d'Angoumois, capitaine de 100 lances, etc., 
épousa Anne Mourant et mourut vers 1489 (Bibl. nat.. Pièces 
orig., vol. 1208, doss. Du Fou; cf. ms. fr. 20432, fol. 5). — Gas- 
ton du Lyon, chevalier, conseiller et chambellan du roi et son 
premier valet tranchant, seigneur de Bezaudun, etc., fut sénéchal 
de Saintonge (14G5), puis de Toulouse et d'Albi. — Guillaume 
Le Comte, écuyer, était grèneticr du grenier à sel de Paris (Bibl. 
nat., Pièces orig., vol. 832, doss. Le Comte, et vol. 830, doss. Corn- 
pains; cf. ms. fr. 6963, fol. 69). — Regnault de Dormans, sei- 
gneur de Nozay, Saint-Remy, etc., remplissait les fonctions de 
maître des requêtes ordinaires de l'hùtel et appartenait à une 
famille parisienne bien connue. 

3. Geofrine, fille de Jean Baillet, seigneur de Sceaux, avait 
épousé Pierre L'Orfèvre, seigneur d'Ermenonville, et sa sœur, 
Geneviève, était récemment mariée à Jean Longuejoue, le jeune, 
seigneur d'Iverny, conseiller au parlement de Paris. — Le nom 
ia Duchesse, désignant ici la femme de Guillaume Le Duc, con- 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 133 

Et, le mardi xxn® jour dudit moys, le roy ala par- 
deverslesdiz princes, à privée mesgnée, sans sa garde, 
jusques à la Granche aux Merciers, sauf que mons. de 
Berry n'y estoit point. 

Et, le jeudi ensuivant [214 octobre], mons. Je duc 
de Bourbon vint parler au roy en la place devant Paris, 
pardeça le fossé de la Granche de Rully. Et estoit le 
roy ce jour le plus honnestement habillé qu'on l'avoit 
point veu devant, car il estoit vestu d'une robe de 
pourpre desceinte et toute fourrée d'ermines, qui lui 
seoit beaucop mieulx que ne faisoient les cours habis 
qu'il avoit portez par avants 

Et, le samedi ensuivant [216 octobre], mondit sei- 
gneur de Gharrolois se départi de son ost et fîst crier 
par tout icellui, sur peine de la hart, que tous ceulx de 

seiller au Parlement, a donné lieu à de singulières bévues de la 
part des divers éditeurs de la Chronique Scandaleuse ; ils ont pris ce 
nom de famille pour un titre et ont imprimé la duchesse de Longueil, 
et même de Longueville. — Marie de Marie, fille d'Arnault de Marie, 
président au Parlement, avait épousé Jean de Longueil, le jeune, 
conseiller au Parlement, seigneur de Maisons, de Rancher et 
de la Rivière (Pièces orig., vol. 1741, doss. Longueil). — Étien- 
nette de Paris était la femme de Henri de Paris, marchand, bour- 
geois de Paris, échevin en 1461 ; elle était fille de Guillaume de 
Besançon, procureur au Parlement (Pièces orig., vol. 2198, doss. 
Paris, et vol. 321, doss. Besançon). — Perrette de Chaalon, qua- 
lifiée plus loin bourgeoise de Paris, passe à tort ou à raison pour 
avoir joui de la faveur de Louis XI. Enfin, Jeanne Le Viste avait 
épousé Thibaud Baillet, chevalier, conseiller puis président au 
parlement de Paris (Pièces orig., vol. 168, doss. Baillet). 

1. Interpolations et variantes, § XXVIII. — Louis XI portait 
habituellement un pourpoint fort court, des chausses et des bot- 
tines (voy. la représentation qui servit de modèle pour son tom- 
beau à Cléry, dans l'éd. de Commynes de M"« Dupont, III, 340). 
— La grange de Reuilly était située à l'est de Paris, en dehors 
de l'enceinte. 



134 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

son armée et compaignie feussent incontinent prestz 
pour l'aler servir à l'encontre des Liegois, qui gas- 
toient et mettoient à feu et à l'espée tout ce qu'ilz 
trouvoient es pays dudit seigneur de Gharrolois^. 

Et, les dimenche, lundi et mardi ensuivants [27-219 oc- 
tobre], monseigneur de Berry, qui estoit logié à Saint- 
Mor des Fossez, fut ung peu malade d'une fièvre qui 
le tint durant lesdiz trois jours, et puis fut guery. Et, 
pareillement que devant, le roy fist faire, ledit jour 
de lundi, les feux et le guet parmy ladicte ville et 
tendre les chaynes de toutes les rues foraines. 

Et, le mercredi ensuivant, xxx® et penultime jour 
d'octobre, oudit an, furent leues et publiées les lettres 
de la paix ou trêve faicte entre le roy et lesdiz princes 
en la court de Parlement, où ilec elle fut enregistrée^. 
Et, ce mesme jour, le roy parti de Paris pour aler au 
bois de Vincennes pardevers lesdiz princes, et là mon- 



1. La nouvelle de la défaite du comte de Gharolais, semée à 
Liège par les agents de Louis XI, après Montlhéry, avait mis les 
armes aux mains des gens de Liège et de Dinant, dont les meneurs 
étaient soudoyés par l'or français. Avant de quitter Conflans, 
Gharolais expédia de tous côtés des lettres par lesquelles il enjoi- 
gnit aux vassaux du duc de Bourgogne d'être en armes le 15 no- 
vembre à Mézières (Ardennes), pour entrer au pays de Liège (Du 
Glercq, IV, 239). 

2. Interpolations et variantes, § XXIX. — Les articles de l'ac- 
cord passé entre Louis XI d'une part et le duc de Berry et ses 
adhérents de l'autre, Gharolais excepté, sont reproduits par Len- 
glet(II, 512 et suiv.), sous forme de patentes portant approbation 
desdits articles, avec la date de Paris, 27 octobre 1465. Outre cer- 
taines clauses générales et l'institution des trente-six réforma- 
teurs du Bien-Public, sont ratifiées diverses dispositions en faveur 
des comtes de Dunois, du Maine et de Dammartin. C'est cet 
ensemble d'articles que les princes approuvèrent à leur tour à la 
date du 29 octobre, à Saint-Maur-des-Fossés. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 135 

dit seigneur de Berry lui fîst hommage de la duchié 
de Normendie, qui baillée lui avoit esté pour sondit 
appanage*. Et, cedit jour, fut ladicte ville de Paris 
fort gardée; et fîst on armer tous les archers et les 
arbalestriers d'icelle et autres, pour garder les portes 
de ladicte ville, jusques à ce que le roy feust retourné 
en icelle de devers lesdiz princes où il s'en estoit ainsi 
simplement aie. Et délibéra le roy, ce mesme jour, 
de coucher la nuit audit lieu du boys, et envoya qué- 
rir son lit à Paris ^. Mais le prevost des marchans et 
eschevins de ladicte ville lui envolèrent message exprès 
lui humblement prier et requérir qu'il n'y couchast 
point pour moult de causes, ce qu'il leur accorda, et 
s'en retourna au giste audit lieu de Paris ^. 

Et, le jeudi ensuivant [31 octobre], monseigneur 

1. Les lettres d'hommage, datées de Vincennes, le 30 octobre 
1465, sont imprimées dans Lenglet, II, 532, 

2. Interpolations et variantes, § XXX. 

3. Craignant pour la sécurité du roi, Henri de Livres, prévôt 
des marchands, et les quatre échevins firent secrètement armer 
les archers, arbalétriers, canonniers, coulevriniers, bourgeois et 
gens de métier, jusqu'au nombre de 22,000 hommes. Louis XI 
quitta Paris à dix heures du matin avec plusieurs gentilshommes, 
suivi de sa garde, composée de 200 lances et de 300 archers, et 
de 12,000 hommes, l'élite des troupes parisiennes. Le reste demeura 
pour garder les murailles de Paris. Le roi pénétra au château de 
Vincennes avec les seigneurs de son hôtel, tandis que son escorte 
occupait Montreuil, Gharonne, Bagnolet et Nogent-sur-Marne. 
Les Parisiens s'étabUrent autour du parc de Vincennes. Ce 
déploiement de forces fit craindre un moment aux princes que 
le roi ne voulût leur faire « quelque déplaisir; » mais la journée 
se passa tranquillement. Vers onze heures du matin, Charles de 
France fit hommage à son frère pour le duché de Normandie 
(cf. Mélanges historiques, U, 437 et suiv.). Le roi soupa à Vin- 
cennes et rentra à Paris vers dix heures du soir (Maupoint, /owr- 
nal, p. 88 et suiv.). 



136 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

de Berry, monseigneur de Gharrolois et autres se 
départirent de devant Paris et s'en alerent en divers 
lieux : c'est assavoir mondit seigneur Charles s'en ala 
en Normendie, et le convoia le roy bien loing sur le 
chemin de Pontoise, et puis s'en tira lui et ledit de 
Gharrolois vers Villers le Bel, où ilz furent deux ou 
trois jours^. Et puis s'en ala ledit de Gharrolois ou 
pays de Picardie, et de là s'en ala faire guerre aux 
Liegois. 

Et, le jeudi- ensuivant, messire Robert d'Estou- 
teville, chevalier, seigneur de Beyne, qui avoit esté 
prevost de Paris du temps du feu roy Gliarles, et 
à qui le roy l'avoit ostée et baillée à Jaques de Vil- 
lers, seigneur de l'Isle Adam, fut remis et restitué 
oudit office de prevost de Paris^. Et, ce mesmes jour, 
fut en l'ostel de ladicte ville pour les affaires du roy, 
et là lui fut baillé le nom de la nuit comme à prevost 
de Paris. 

Et, le mardi ensuivant [5 novembre], le roy souppa 
en l'ostel d'icelle ville, où il y ot moult beau service 
de char et poisson. Et y soupperent avecques lui plu- 
sieurs gens de grant façon, invitez et mandez avec- 
ques leurs femmes*. Et, avant ledit soupper, le roy 

1. Jeudi 31 octobre, à huit heures du matin, Louis XI s'en fut 
à Carrières sous Gharenton, et Charolais vint à sa rencontre 
« en grant révérence. » Les deux princes se mirent aussitôt 
en route « très joyeulx » et s'en furent au gîte à Villiers-le-Bel, 
où ils passèrent ensemble la Toussaint. Le roi rentra à Paris le 
3 novembre (>raupoint, Journal, p. 90. Cf. Lenglet, II, 185; du 
Glercq, IV, 237, et Commyncs, éd. Dupont, I, 105). 

2. Lisez lundi (4 novembre). 

3. « A plus grans gages et prollid que il u'avoit onques esté » 
(Maupoint, Journal, p. 95). 

4. Interpolations et variantes, § XXXI. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 137 

proposa à aucuns quarteniers et dixeniers pour ce 
aussi mandez, disant qu'il les mercioit tous en gênerai 
et particulier de la grant feaulté et loyauté qu'il avoit 
trouvée en eulx, et que, pour eulx, il estoit du tout 
disposé de faire tout ce que possible lui seroit, et que, 
pour ce que durant la guerre et division qui avoit 
esté devant ladicte ville, il avoit donnez et conférez à 
icelle aucuns privilèges, et que aucuns pourroient 
avoir ymaginacion qu'il auroit ce fait pour la nécessité 
où il s'estoit trouvé d'avoir d'eulx secours, et que, 
après ladicte paix ou accord, les leur pourroit oster, 
il leur declaira pour ceste cause dès lors pour main- 
tenant, et dès maintenant pour lors à tousjours, il les 
leur avoit donnez et laissez, sans jamais avoir espé- 
rance de les rappeller ne venir contre, et que, se 
mieulx vouloient avoir de lui, qu'ilz le demandassent, 
et il le leur octroieroif. Et leur dist encores qu'il 
laissoit en ladicte ville le seigneur de Beyne comme 
prevost de Paris, auquel il vouloit qu'ilz obéissent 
comme à lui, et leur dist qu'il l'avoit moult bien 
servy à la journée de Montlehery, et pour autres causes 
qu'il declaira ausdiz prevost des marchans et esche- 
vins de Paris, en les priant de tousjours estre bons et 
loyaulx envers lui et à la couronne de France, sans ce 
que aucune parcialité soit trouvée en ladicte ville. — 

1. A la date du 9 noveml)re 1465, Louis XI confirma aux Pari- 
siens l'exemption de ban et d'arrière-ban, à la condition de se 
tenir en état de participer à la défense de leur ville [Ordonnances, 
XVI, 434 et suiv.). Quelques jours plus tôt, il leur confirmait une 
franchise dont ils avaient joui de temps immémorial, mais qui, 
vu les circonstances, avait été peu respectée dans les derniers 
temps, celle de l'exemption du logement des gens d'armes (Ibid., 
XVI, 425). 



138 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et ilec ce jour fut fiancée la fille naturelle du roy* à 
mons. le bastard de Bourbon; et, après souper, y 
furent faictes plusieurs joyeusetez, dances et autres 
plaisances, et là mondit seigneur le bastard y dança 
et y fist grande et bonne chère 2. 

Et, le jeudi ensuivant, viP jour de novembre, oudit 
an IIIPLXV, ledit messire Robert d'Estouteville fut 
amené ou Ghastellet de Paris par messire Charles de 
Meleun et maistre Jehan Dauvet, premier président 
du parlement de Thoulouze. Auquel président le roy 
mandoit qu'il avoit receu le serement dudit d'Estou- 
teville à prevost de Paris ou lieu de Jaques de Villers, 
seigneur de l'Isle Adam, auquel il avoit donné ladicte 
prevosté à son joyeulx advenement, et qu'il le mist et 
instituast en possession et saisine dudit office de pre- 
vost de Paris. Et, après que les lectres de don dudit 
office furent leues au grant parc de Ghastellet, icellui 
d'Estouteville fut mis et institué en possession dudit 
office, sans préjudice de la cause d'appel dudit de 
Villers. 

Et, tantost après ces choses ainsi faictes, le roy 
manda venir à lui les presidens de sa court de Parle- 
ment, ausquelz il dist telles ou semblables paroles : 
« Il est vray que, après que je vins à mon joyeux 

4. Interpolations et variantes, § XXXII. 

2. Louis, fils bâtard de Charles I^'^, duc de Bourbon, et de 
Jeanne de Bournon, comte de Roussillon, etc., avait été légitimé 
par patentes royales datées de Pontoise, au mois de septembre 
1463 (Ordonnances, XVI, 80). Son contrat de mariage avec Jeanne, 
fille naturelle du roi, porte la date du jeudi 7 novembre 1465; il 
est imprimé dans Lenglol, II, 54 i. Cette union scella la réconci- 
liation entre le roi et la maison de Bourbon (La Mure, llist. des 
ducs de Bourbon, etc., éd. Chantelauze, t. II, p. 224, n. 2). 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 139 

advenement à la couronne, je fis le premier président 
en ma court de Parlement messire Helye de Thoretes^ 
qui tantost après ala de vie à trespas. Et, à l'eure que 
je le fis, j'avoye mon affection singulière de y mettre 
en son lieu maistre Jehan Dauvet, nostre premier pré- 
sident à Thoulouse, qui cy est présent; mais, tant par 
importunité de requerans que aussi à la prière et 
requeste de messire Jehan Bureau, nous y meismes 
le président de Nanterre^, qui depuis y a esté jusques 
à la venue devant nostre ville de Paris d'aucuns sei- 
gneurs de nostre sang, qui nous firent dire et remons- 
trer que en nostre royaume avoient esté faictes plu- 
sieurs grans injustices et mesmement en nostre court 
de Parlement. Pour quoy et autres causes qui nous 
meuvent, declairons que ledit de Nanterre ne sera plus 
nostre premier président en nostredicte court de Par- 
lement, et que pour et en son lieu y avons mis et 
créons ledit maistre Jehan Dauvet pour y estre et 
demourer. » 

Et, le samedi ensuivant, ix® jour dudit moys de 
novembre, messire Pierre de Morviller, chevalier, qui 

1. Élie deTorrettes ou de Tourrettes, conseiller du roi et lieu- 
tenant du sénéchal de Saintonge, fut l'un des commissaires char- 
gés d'instruire et de juger le procès de Jacques Cœur (1451). Plus 
tard, en 1458, on le voit siéger, en qualité de président au Par- 
lement de Paris, parmi les juges du duc d'Alençon. Il prêta ser- 
ment le 11 septembre 1461, en qualité de premier président, 
ollice auquel il avait été nommé le 3 du même mois (Ordonnances, 
XV, p. 12, note). 

2. Mathieu de Nanterre, fils de Simon, aussi président au Par- 
lement de Paris, fut transféré à Toulouse, puis rappelé à Paris, 
où il tint la place de second président. Il mourut en 1487 (voy. 
Blanchard, Éloges des premiers présidents du Parlement de Paris, 
1647, in-fol.). Il avait épousé Guillemette Le Clerc. 



140 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

avoit esté chancellier de France, fut desappoincté 
dudit office, et y fut mis en son lieu messire Jetian* 
Juvenel des Ursins, qui aussi avoit esté chancelier de 
France, et qui encores l'estoit au jour du trespas dudit 
feu roy Charles'. — En ce temps aussi, le roy desap- 
poincta messire Pierre Puy de l'office de maistre des 
requestes ordinaire de son hostel , et donna ledit 
office à maistre Regnault des Dormans. 

Après ces choses, le roy se parti de Paris pour aler 
à Orléans et en amena avecques lui Arnault Luiller, 
changeur et bourgeois de Paris, auquel il charga très 
expressément de le suivre et estre tousjours près de 
lui. Et si y mena aussi maistre Jehan Longuejoe le 
jeune, nouvellement marié à demoiselle Geneviefve, 
fille de maistre Jehan Baillet, pour estre de son grant 
conseil^. Et, à l'eure dudit partement, il créa trésorier 

1. Lisez Guillaume. 

2. Les lettres royales portant réintégration de Guillaume Jou- 
venel en l'office de chancelier, avec 4,000 livres de gages, sont 
datées du 9 novembre et imprimées aux Mélanges historiques. II, 
403. Maupoint, en notant le fait dans son Journal, ajoute que ce 
fut à la grande joie des gens de bien (p. 95). Morvilliers fut accusé 
d'avoir à plusieurs reprises renseigné le patriarche de Jérusalem 
sur ce qui se passait à Paris et même d'avoir, étant à Rouen 
avec Louis XI, engagé les Rouennais « à parler roidement au roi 
pour appoincter. » Interrogé par le premier président Dauvet, à 
Paris, le 13 mars 1466, n. st., il nia tout et ne parait pas avoir 
été inquiété bien sérieusement {Mélanges historiques, II, 445 et 
suiv. Cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, III, 127). 

3. Le dimanche 10 novembre, Louis XI, accompagné des ducs 
de Bourbon et de Nemours et du comte d'Armagnac, se rendit en 
pompe à Notre-Dame, où il entendit deux grand'mcsses et trois 
basses. Les deux jours suivants, il ht grande chère avec les 
nobles qui l'avaient servi et les hauts bourgeois de Paris. Eulin, 
le mercredi 13 novembre, le roi partit t en grant noblesce et tira 
à Meleun, » où il demeura deux ou trois jours, et de là à Orléans 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 141 

de France maistre Charles d'Orgemont, seigneur de 
Mery ' , et fîst ledit Arnault Luiller trésorier de Gar- 
cassonne, et maistre Pierre FreteP, mary de Tréteau, 
maistre des requestes de son hosteP, sans gaiges et 
in herbis. 

Et, le lundi ensuivant, xviii® jour dudit moys, 
advint à Paris, à dix heures de matin, que une comète 
y chey en resplendisseur de feu qui dura longuement, 
et estoit telle qu'il sembloit que toute ladicte ville 
feust en feu et en flambe. Et, de ceste espoventable 
et merveilleuse chose, ung homme, en la place de 
Grève, qui à ladicte heure aloit oyr messe au Saint- 
Esperit^, fut de ce si très espoventé qu'il en devint 
fol et perdi son sens et entendement. 

Et, après toutes ces choses, mondit seigneur Charles, 
qui ainsi estoit party de Paris pour aler en Normendie, 
s'en ala jusques à Saincte- Katherine du Mont de 
Rouen , où il séjourna ilec par diverses journées, 
attendant que ceulx de Rouen eussent préparé ce 
qu'ilz avoient en intencion de faire pour son entrée^. 

et à Gléry, pour accomplir un vœu qu'il avait fait le jour de 
Montlhéry. Le duc de Bourbon accompagnait le roi (Maupoint, 
Journal, p. 96). 

1. Charles d'Orgemont, écuyer, seigneur de Méry-sur-Oise et 
de Champs-sur-Marne, fils de Philippe d'Orgemont, chevalier, et 
de Marie Boucher, conseiller et maître des comptes, avait épousé 
Jeanne Dauvet (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 2149, doss. Orge- 
mont). 

2. Il est dit avocat au Parlement et seigneur de Mareuil en la 
comté de Montfort, à la date du 22 janvier 1468 (v. st.) (Arch. 
nat., X2a 35). 

3. Interpolations et variantes, § XXXIII. 

4. Derrière l'Hôtel de Ville. 

5. Charles de France et le duc de Bretagne avec leurs gens 



ai JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Mais, cependant, se meut noise entre mondit seigneur 
Charles, le duc de Bretaigne et le conte de Damp- 
martin, dont fut dit audit mons. Charles que ledit duc 
de Bretaigne et conte de Dampmartin avoient entre- 
prins de le prendre et remener en Bretaigne*. Pour 
laquelle cause Jehan Monseigneur de Lorraine 2, qui 
de ce fut adverti, ala incontinent dire ces nouvelles en 
l'ostel de ladicte ville de Rouen, qui incontinent y 
pourveurent et firent armer tous ceulx de ladicte 
ville ^. Et, à grant port d'armes, ledit monseigneur 
Jehan de Lorraine, à l'aide desdiz de Rouen, ala en la 
place dudit lieu de Saincte-Katherine , où on ne le 
vouloit laisser entrer, et ilec, maulgré ledit duc de 

passèrent par Pontoise, Vernon et Pont-de-l'Arche, commettant 
de grandes pilleries (Maupoint, Journal, p. 96, et Basin, II, 143). 

1. Basin, témoin oculaire, dit que le bruit se répandit à Rouen 
que les Bretons prétendaient livrer le duc de Normandie au roi 
de France. « Indubitanter creditum est quod, nisi ea die urbem 
introiisset, Britones, adveniente nocte, eum ad Pontem Archae 
et inde ad regem, aut alias quo voluissent, abduxissent » (II, 
145 et suiv.). La vérité paraît être que les d'Harcourt et les sei- 
gneurs normands, soutenus par Bueil, Ghaumont, Daillon et 
d'autres Français peu sympathiques aux Bretons, craignirent de 
se voir évincés du gouvernement du duché et réussirent à éveil- 
ler la méfiance de Charles de France contre ses alliés de la veille 
(Ganel, la Normandie sous Louis XI, art. de la Revue de Rouen, 
octobre 1838, p. 120). Louis XI soufflait le feu, « car il estoit 
maistre en ceste science » (Gommynes, éd. Dupont, I, 108). 

2. Jean, comte d'Harcourt, second fils d'Antoine de Lorraine, 
comte de Vaudemont, et de Marie, comtesse d'Harcourt et d'Au- 
male, maréchal héréditaire de Normandie, mourut sans alliance 
au commencement de l'année 1473. Sur ce personnage, qui avait 
joué un rôle brillant à l'époque du recouvrement de la Nor- 
mandie par Gharlcs VII, voyez une notice du comte de Pange 
dans la Bibl. de l'École des chartes, t. LI (1890), p. 569 et suiv. 

3. Interpolations et variantes, § XXXIV. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 143 

Bretaigne et conte de Dampmartin , sans solertnité 
garder, fîst monter mondit seigneur Charles sur ung 
cheval garny de selle et harnoys simplement, sans 
aucune housseure, et avoit vestu à ceste heure une 
robe de veloux noir. Et en cest estât le menèrent en 
ladicte ville de Rouen tout droit en l'église Notre- 
Dame, où chanté fut Te Deum laudamus, et de là au 
chasteau dudit lieu*. 

En ce temps, le roy, estant à Orléans, fîst plusieurs 
ordonnances et establissemens et desappointa plu- 
sieurs cappitaines de guerre, et entre les autres il 
osta les cent lances dont Poncet de Rivière avoit la 
charge^ et le fîst bailly de Montferrant, et à d'autres 

1, Lundi 25 novembre 1465, au soir (voy. de Beaurepaire, 
Notes sur six voyages de Louis XI à Rouen, dans le Précis analy- 
tique des travaux de l'Académie des sciences de Rouen, 1856-57, 
page 324). — Ce jour même, Louis XI recevait à Gléry une 
lettre que Charles de France lui avait fait remettre par Pierre 
Pavyot, son maître d'hôtel. Après l'avoir lue, le roi la tendit au 
duc de Bourbon en disant : « Je croy qu'il me faulra reprenre 
ma duché de Normandie. Il me fault aler secourir mon frère » 
(Maupoint, Journal, p. 96). Plus tard, Louis XI soutiendra que 
la substance du message apporté par P. Pavyot était que le duc 
de Normandie, reconnaissant avoir assumé un fardeau trop lourd 
pour ses épaules, se déclarait prêt à abandonner le duché si son 
frère consentait à lui fournir un autre apanage. Cette interpréta- 
tion fut d'ailleurs contestée par Charles de France (Instruction 
donnée par Louis XI à ses ambassadeurs en Bourgogne (1466), 
dans Mélanges historiques, II, 423 et suiv.). — La nuit même où 
le duc de Normandie faisait son entrée à Rouen, le duc de Bre- 
tagne, qui avait refusé de l'accompagner, s'en fut à Pont-de- 
l'Arche et de dépit envoya des ambassadeurs (iniquissiinos vii^os) 
au roi, accusant les Rouennais d'avoir voulu l'attirer dans un 
piège pour le tuer et demandant à Louis XI de se réconcilier 
avec lui (voy. Basin indigné, II, 148 et suiv.). 

2. A cause de ses intrigues avec les rebelles pendant le Bien- 
Public. 



144 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

osta aussi les charges et mit d'autres en leurs lieux. 
Et, quant ledit Poncet de Rivière se vit ainsi desap- 
poincté de sadicte charge, il s'en ala oultre mer ou 
saint voyage de Jherusalem, et de là à Saincte- 
Ratherine du Mont de Synay. Et si remist et fist le 
roy le seigneur de Loheac mareschal de France, comme 
autrefoiz l'avoit esté\ et fut mis pu lieu du conte de 
Comminge, bastard d'Armaignac^. 

Et, après ces choses ainsi faictes, le roy se parti 
d'Orléans et s'en ala en Normendie à toute son armée, 
frans archers et son artillerie grosse et menue, et s'en 
tira vers Argenten, Exmes, Falaise, Caen et autres 
places dudit pays pour les prendre, saisir et mettre 
en ses mains. Et là il trouva le duc de Bretaigne, qui 
furent ensemble une espace de temps ^ 

Et, d'autre part, oudit pays de Normendie y estoit 
pour le roy mons. de Bourbon, qui ala devant Evreux 
pour l'avoir, qui n'y obéirent point de première venue, 
mais depuis traicterent avecques lui et le boutèrent 
dedens ladicte ville, lui et ses gens. Et après, d'ilec se 

1. « Lequel le roy avoit débouté par son plaisir, qui toutesvoies 
estoit une perle de chevalier entre mille » (Ghastellain, IV, 114). 
— Interpolations et variantes, § XXXV. 

2. Jean, fils naturel (légitimé le 26 mai 1463) d'Arnaud-Guilhem 
de Lescun et d'Anne d'Armagnac, dite de Termes, et l'un des 
compagnons d'exil de Louis XI, fut gouverneur de Dauphiné et 
mourut en 1473. Il avait épousé Marguerite de Saluées. 

3. Louis XI quitta Orléans le 11 décembre et prit sa route par 
la Beauce. Le 13, il était à Chartres, le 17 à Argentan, le 20 à 
Caen. Aucune résistance ne lui fut opposée dans la Basse-Nor- 
mandie, dont toutes les places étaient aux mains des Bretons. 
Le 23 décembre 1465, un traité d'amitié intervenait entre le roi 
de France et le duc de Bretagne [Ordonnances, XVI, 448). — 
Exmes est auj. dans le dép. de l'Orne, arr. d'Argentan. 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 145 

party et s'en vint devant Vernon sur Seine, où sem- 
blablement lui fut fait refus de première venue, et 
puis le mirent dedens^. Et, d'une autre part, estoit 
messire Charles de Melun, grant maistre d'ostel du 
roy, qui aussi prenoit et saisissoit villes et places, 
comme Gisors, Gournay^ et autres. Et si rua jus envi- 
ron VII''* Escossois, qui s'en aloient au seigneur de 
Bueil pour ledit duc de Normendie, et fut la rencontre 
faicte desdiz Escossois à ung village du bailliage de 
Caux nommé Gailli^. 

En ce temps, le seigneur d'Esternay, qui estoit 
gênerai de Normendie*^, qui s'en estoit party hors de 
la ville de Rouen pour la double et fureur du roy et 
à ce qu'il ne feust prins, fut rencontré en habit de 
cordelier de l'Observance par aucunes gens de guerre 

\. Des patentes royales, datées d'Orléans, 2 décembre 1465, 
commirent Jean, duc de Bourbon, à se transporter en Norman- 
die avec de pleins pouvoirs pour paciûer toute querelle entre le 
roi et son frère, promettre, bailler et donner terres, seigneuries, 
argent ou « autres choses » (Arch. nat., P 1359^, c. 702, orig. 
parch.). D'autres lettres, en date de Courville, 15 décembre, 
ordonnèrent le duc de Bourbon pour délivrer des lettres de rémis- 
sion aux nobles, gens de guerre, etc., qui s'engageraient pour 
l'avenir à servir le roi, comme aussi pour faire cesser les pilleries 
des gens de guerre en Normandie (Arch. nat., P 1359', c. 792, 
orig. parch.). — Évreux et Vernon furent occupés par stratagème 
(Basin, II, 153 et suiv.). 

2. Gisors, sur l'Epte, est auj. dans le dép. de l'Eure; Gournay- 
en-Bray, dans la Seine-Inférieure, arr. de Neufchàtel. 

3. Gailly, auj. Seine-Inférieure, cant. de Glères. 

4. Jean Le Boursier, chevalier, seigneur d'Esternay, était fils 
d'Alexandre, receveur général des aides, et de Colette La Por- 
tière. Élu sur le fait des aides en Saintonge (1426), général des 
finances de Normandie (1450), il fut remplacé, à l'avènement de 
Louis XI, par Jean Arnoulfln. Charles de France lui avait confié 
les fonctions de général de ses finances. 



146 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

de la compaignie dudit grant maistre au Pont Saint- 
Pierre, qui est à quatre lieues de Rouen \ et avoit 
avecques lui ung Augustin. Lesquelz, après qu'ilz 
orent esté saisiz, furent cerchez par lesdiz gens de 
guerre, et trouvèrent sur eulx plusieurs bagues et or 
monnoyé content qu'ilz prindrent et saisirent. 

Et après, mondit seigneur Charles, qui s'en estoit 
aie de Rouen à Louviers, cuidant y trouver mondit 
seigneur de Bourbon, qu'il n'y trouva point, s'en 
retourna audit lieu de Rouen ^. Et, après son retour 
audit lieu de Rouen, ceulx de ladicte ville le receurent 
et le menèrent en l'ostel de leurdicte ville, où ilec 
l'espouserent à leur duc, et en ce faisant lui baillèrent 
ung anneau qu'ilz lui mirent ou doy, que à ce faire 
estoit ordonné ; lequel depuis mondit seigneur Charles 
porta, et promist lors ausdiz de Rouen de les entre- 
tenir et garder en leurs franchises et libériez, et leur 
donna à ceste heure la moitié de tous les aides que 
par avant sa recepcion ilz avoient paiez^. Et, ces 

1. Auj. dans le dép. de l'Eure, cant. de Fleury-sur-Andelle. 

2. Le duc de Bourbon avait envoyé de Dreux à Rouen un mes- 
sage au duc de Normandie pour l'aviser de la mission qu'il avait 
reçue d'aplanir amiablement toutes les dillicultés qui pouvaient 
exister entre le roi et son frère, comme entre les ducs de Nor- 
mandie et de Bretagne. En réponse, Charles de France fixa 
au duc de Bourbon un rendez-vous à Louviers; il attendit là 
vainement pendant deux jours son ancien allié, puis rentra à 
Rouen (Basin, II, 152 et suiv.). ' 

3. C'est le l*"" décembre au matin que fut célébré à la cathé- 
drale de Rouen le mystère de l'institution du duc de Normandie 
(Beaurepaire, Notes sur six voyages de Louis XI à Roueti citées, 
p. 324). La messe fut dite par Louis de Harcourt, patriarche de 
Jérusalem. Après l'épitre, le duc fit le serment accoutumé ; puis 
Thomas Basin, évêque de Lisieux, lui mit au doigt l'anneau 
et l'épousa au nom du duché. Le comte de Tancarville, con- 



1465] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 147 

choses faictes, lui fut dit et remonstré par les gens 
d'église, les nobles, bourgois et populaire d'icelle ville, 
qu'ilz se rendoient et demouroient du tout ses vrais 
et loiaulx subgetz, tous bien délibérez de vivre et 
mourir pour lui et jusques au derrenier homme. Et 
puis lui firent lire ung article contenu en une cronique, 
qui estoit en l'ostel d'icelle ville publiquement devant 
tous, qui contenoit en effect que jadis y ot ung roy de 
France qui mourut, et après son trespas demoura 
deux filz, dont l'un par ainsnéesse succéda à la cou- 
ronne et à l'autre fut baillé pour son appanage la 
duchié de Normendie, que depuis ledit roy de France 
volt ravoir, et en print guerre contre son frère et 
ceulx de ladicte duchié, qui la tindrent bonne, et oultre 
pour leurdit duc guerrierent tellement ledit roy de 
France que par leur puissance d'armes ilz mirent en 
exil ledit roy de France et firent leurdit duc roy. Et, 
après ladicte lecture, lui dirent qu'il ne se soussiast de 
riens et que, de là en avant, ceulx de ladicte ville le 
fourniroient dedens icelle et dessus leurs murs d'en- 
gins et autres choses defensables et de tout ce que 
neccessité leur seroit d'avoir, tellement que aucun 
dommage ou esclandre ne leur en viendroit * . 

nétable héréditaire, lui ceignit l'épée, et le comte de Harcourt, 
maréchal, présenta la bannière. — En 1469, lorsque la question 
de l'apanage de Charles de France fut réglée par l'abandon que 
Louis XI lui fit du duché de Guyenne, le comte de Saint- Pol fut 
envoyé à Rouen par le roi avec l'anneau ducal que Charles avait 
conservé jusque-là. Cet anneau fut solennellement brisé, et les 
fragments en furent rendus à l'émissaire du roi (Ganel, art. cité, 
p. 33). 

1. L' « article » dont il s'agit ne fut pas, semble-t-il, lu « pubU- 
quement devant tous, » mais le manuscrit de la chronique remis 
I 12 



148 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1465 

Et le lundi, penultime jour de décembre, oudit an, 
le roy, en retournant dudit bas pays de Normendie, 
vint au Pont Audemer et de là en la champaigne de 
Neufbourg^ et envoya mondit seigneur de Bourbon 
devant Louviers-. Et, le mercredi ensuivant, premier 
jour de janvier, ladicte ville de Louviers fut rendue à 

au comte d'Harcourt fut porté au nouveau duc, qui en prit con- 
naissance et le rendit le même jour aux échevins de Rouen 
(28 décembre 1465). Ce manuscrit existe encore; de la biblio- 
thèque des échevins il a passé, au xvu* siècle, dans celle de 
Golbert, et il porte actuellement le n° 2623 des mss. français 
à la Bibliothèque nationale. C'est un superbe volume in-folio, 
sur vélin, de 115 feuillets, exécuté au xv° siècle et décoré de 
belles miniatures et d'arabesques (voy. Notice sur l'ancienne 
bibliothèque des échevins de Rouen, par Ch. Richard, dans Mémoires 
de l'Académie de RoueJi, 1845). Cette chronique normande s'ar- 
rête à la fin du xi« siècle. Les faits rapportés fort inexactement 
par la Chronique Scandaleuse sont relatés aux folios 19 à 27. 
Charles le Simple eut un fils, Louis IV d'Outremer, qui monta 
sur le trône de France après lui (936), et une fille, Gisèle, 
qui fut donnée en mariage au pirate RoUon, devenu chrétien 
et duc de Normandie (911). En 943, après la mort du duc 
Guillaume Longue-Épée, Louis d'Outremer tenta de reprendre 
le duché ; mais la résistance patriotique des Rouennais le con- 
traignit à en investir le jeune Richard, fils de Guillaume. D'autres 
tentatives de conquête échouèrent également, et en 945 le roi 
Louis demeura quelque temps prisonnier à Rouen. Un traité 
intervint, dans lequel il fut stipulé que le duc de Normandie 
demeurerait paisible possesseur de son héritage et jouirait aussi 
de la seigneurie de Bretagne, « à tenir franchement et quitte- 
ment. » (Nous devons ces indications à l'obUgeance de M. F. Bou- 
quet, vice-président de la Société d'histoire de Normandie.) 

1. 26 décembre 1465. Voy. Canel, art. cité p. 124. — Pont-Aude- 
mer est auj. un chef-lieu d'arr. du dép. de l'Eure; le Neubourg 
un chef-lieu de cant. du même dép., dans le petit pays qu'on 
nomme encore la campagne du Neubourg, à quelques kilomètres 
au nord d'Évreux. 

2. Louviers, auj. chef-lieu d'arr. du dép. de l'Eure. 



1465-1466] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 149 

mondit seigneur de Bourbon pour le roy, et ce mesmes 
jour le roy y entra après disner*. Et, en ce mesme 
jour aussi, fut mené par lesdittes gens du grant maistre 
d'ostel ledit seigneur d'Esternay, qui aussi en cellui 
jour fut noyé en la rivière d'Ure^ et ledit augustin 
avecques lui par les gens du prevost des mareschaulx. 
Et puis fut le corps dudit d'Esternay retiré hors de 
ladicte rivière et mis en terre en l'église Notre-Dame 
de Louviers, où ilec fut fait son service^. 

Oudit temps furent plusieurs personnes, officiers et 
autres, dudit pays de Normendie exécutez et noiez par 
le prevost des mareschaulx pour les questions du roy 
et mondit seigneur Charles^. Et après le roy se party 
dudit Louviers et vint mettre le siège devant la ville 
du Pont des Arches^, qui est à quatre lieues de ladicte 
ville de Rouen. 

Et, le jeudi ^ vi® jour du moys de janvier, fut cryé 

1. Le texte de la convention passée entre le lieutenant général 
du roi et Jean de Daillon, chevalier, seigneur de Fontaines, capi- 
taine de Louviers pour le duc de Normandie, est rapporté avec 
la date du l^'" janvier 1465, v. st., dans Collection des Ordonnances, 
XVI, 457 et suiv. 

2. D'Eure. 

3. Le 3 janvier, le roi lit inhumer le corps de messire Jehan 
Le Boursier et paya le service et luminaire (Bibl. nat., Titres, 
685, fol. 260. Communication de M. Spont). 

4. Cf. Basin, U, 158 et suiv., et Mélanges historiques, II, 437. 

5. Auj. Pont-de-l'Arche, Eure, arr. de Louviers. — Après avoir 
rapporté la reddition de Louviers, Maupoint ajoute (Journal, p. 97) 
que Jean de Lorraine et ceux qui gouvernaient le duc de Nor- 
mandie envoyèrent une compagnie de gens d'armes au-devant de 
l'armée royale. A quelque distance de Rouen, ils rencontrèrent 
Salazar et Malortie, auxquels ils tuèrent une soixantaine d'hommes, 
et réussirent à se jeter dans Pont-de-l'Arche. 

6. Lisez lundi, ou mardi d'après Maupoint (Journal, p. 98). 



150 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

en la ville de Paris que tous marchans, acoustumez de 
porter vivres en l'ost, portassent vivres en l'ost du 
roy qui estoit devant ladicte ville du Pont des Arches, 
et aussi que tous pionniers feussent tous prestz à 
partir le lendemain pour aler audit lieu, soubz sire 
Denis Gibert, l'un des quatre eschevins de ladicte 
ville, à la conduicte d'iceulx ordonné. 

Et, le mercredi ensuivant' [8 janvier], les gens du 
roy, qui estoient alez à leur avantage sur les champs, 
prindrent quatre hommes d'armes de la compaignie 
et estans soubz ledit mons. Charles, et qui autretbiz 
avoient esté en l'ordonnance du roy, et l'un d'iceulx 
estoit nommé le Petit Bailly, qui autrefoiz avoit esté 
de la compaignie de Joachin Rouault, mareschal de 
France, et qui avoit esté cause de la prinse de Pon- 
toise contre le roy^ ; [ilz] furent menez devers le roy, 
et incontinent fut ordonné qu'on leur coppast les 
testes. Et lors ilz requirent au roy que il leur saul- 
vast la vie, et ilz lui feroient rendre ledit Pont des 
Arches; ce que le roy leur accorda, à la requeste de 
mondit seigneur de Bourbon^. Et, ce mesmes jour, le 
roy et sa compaignie entrèrent dedens ledit Pont des 
Arches, et ceulx qui estoient dedens ladicte ville se 
rctrairent au chasteau^, entre lesquelz y estoit maistre 

1. M. Quicherat, qui cite la Chronique Scandaleuse en note de 
Basin (t. Il, 159), a identifié à tort ce Petit Bailly avec Louis 
Sorbier, dont il n'était que le subordonné à Pontoise. La même 
note du savant éditeur appelle d'autres rectifications. Ainsi on 
li66, ce mercredi-là tomba le 8 et non le 9 janvier, et notre 
texte est d'accord avec Basin en indiquant que la ville même de 
Punt-de-l'Arche, et non pas le château seul, comme le veut 
M. Quicherat, fut assiégée par l'armée royale. 

2. Interpolations et variantes, § XXXVI. 

3. Interpolations et variantes, ^ XXXVII. 



1466] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 151 

Jehan Hébert, gênerai des finances du royaume de 
France*. Et, trois jours après, fut rendu au roy le 
chasteau dudit Pont de l'Arche 2. 

Et, après que ladicte ville et chasteau orent ainsi 
esté rendus au roy, ceulx de Rouen envoierent par- 
devers lui pour parler d'appoinctement , lequel en 
charga hault et bas les ducs de Bourbon et de Bre- 
taigne^. Et, pour ledit appoinctement avoir, vindrent 
de ladicte ville de Rouen aucuns commissaires ordon- 
nez de par icelle pour lui faire plusieurs requestes et 
remonstrances , et entre autres que, quelque chose 
qu'ilz eussent fait, le roy voulsist estre content d'eulx 
et qu'il lui pleust declairer qu'ilz n'avoient point failly 

1. Jean Hébert, Georges de Vouet et autres avaient reçu mis- 
sion du duc de Normandie de se rendre auprès du roi pour le 
supplier de laisser le duché à son frère (Instruction originale 
datée de Rouen, 7 janvier. Bibl. nat., ms. lat. 54143, fol. 124. 
M. Quicherat l'a imprimée dans les Mélanges historiques, II, 410, 
mais d'après une copie de Dupuy). 

2. Interpolations et variantes, § XXXVIII. — Après la prise du 
château, qui se rendit après un assez rude assaut, Louis XI se 
porta sur Rouen, et il se livra aux environs de cette ville plu- 
sieurs engagements, où les Normands perdirent du monde. 

3. Interpolations et variantes, § XXXIX. — A Gaen, Louis XI 
avait fait proposer aux mandataires de son frère 60,000 livres et 
le comté de Roussillon, à condition qu'il fixât sa résidence 
dans cette province lointaine. Mais le duc de Normandie préten- 
dait n'abandonner son duché que pour le Berry, le Poitou et 
la Saintonge, ou le Berry, la Champagne et le Vermandois. Plus 
tard, le roi consentit à s'en rapporter à la décision des ducs de 
Bretagne et de Bourbon pour fixer l'apanage de son frère, mais il 
réclama avant tout la reddition de Pont-de-l'Arche , promet- 
tant en ce cas une trêve de dix jours. Il exigeait aussi que Charles 
se retirât à Honfleur jusqu'au règlement du litige. Le duc de 
Normandie hésita, tergiversa et pendant ce temps Louis XI 
s'empara de Pont-de-l'Arche {Mélanges historiques, II, 409, 417, 
423, 437). 



152 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

ne fait chose contre lui dont il leur voulsist donner 
pardon, grâce ou remission, et que le roy de là en 
avant les afranchist en la manière qu'il avoit fait ceulx 
de sa ville de Paris, et plusieurs autres requestes 
firent au roy, qui leur rendi response que sur tout il 
y aroit son advis ^ . 

Et, durant ces choses, plusieurs des gens du roy 
aloient et venoient en ladicte ville et les ungs avecques 
les autres. Et, cependant, mondit seigneur Charles, 
lui et plusieurs autres de sa compaignie, vindrent 
dehors de ladicte ville et s'en tirèrent à Honnefleu et 
à Gaen, où il fut depuis certaine espace de temps ~. — 
En ces entrefaictes, ledit Jehan Monseigneur de Lor- 
raine s'en cuida eschapper pour aler en Flandres, 
mais il fut rencontré par les gens du roy, qui le prin- 
drent et menèrent vers le roy. Et donna le roy la 
pluspart des offices de ladicte duchié et y fist tous 
nouveaulx officiers. Et, après ledit parlement dudit 
mons. Charles de ladicte ville de Rouen ^, elle fut 
remise et reduicte au roy*. Et, ce fait, le roy ren- 
voya tous ses frans archers et leur donna congié 

1. Interpolations et variantes, § XL. — Si on en croit Maupoint, 
le comte d'Harcourt, le patriarche, le sire de Chaumont et son 
fils et Jean de Daillon, qui, avec le clergé et la haute bourgeoisie 
rouennaise, dirigeaient le parti hostile au roi, furent expulsés 
par un soulèvement des petits bourgeois et des gens de métiers. 
La comtesse de Maulevrier fut arrêtée au château, puis une dépu- 
tation fut envoyée à Pont-de-l'Arche avec les clefs de la ville 
et des forteresses. Le roi accueillit les Rouennais avec bonté 
(13 janvier) et les confirma dans leurs privilèges et libertés {Jour- 
nal, p. 99. Cf. Mélanges historiques, II, 419). 

2. Interpolations et variantes, § XLI. 

3. Interpolations et variantes, § XLII. Cf. Basin, II, 160 et suiv. 

4. 16 janvier 1466, n. st. 



1466] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 153 

jusques au premier jour de mars ensuivant, et ren- 
voya aussi son artillerie à Paris, et puis print son 
chemin pour aler au bas pays de Normendie et vers le 
Mont Saint-MicheP. 

En ce temps, Anthoine de Chabannes, conte de 
Dampmartin, dont dessus est faicte mencion, se tint 
avecques le roy et y ot gouvernement et charge de 
gens d'armes de cent lances, dont avoit la conduicte 
messire Charles de Meleun, grant maistre d'ostel du 
roy, et si lui osta l'office de grant maistre et la bailla 
à monseigneur de Craon^, jasoit ce que moult de gens 
estoient assez d'opinion que ledit de Melun eust bien 
servy le roy et fait de moult grans services, mesme- 
ment à la grant diligence qu'il print en la garde de la 
ville de Paris, en l'absence du roy, et lui estant en 
Bourbonnois, où tant et si bien se gouverna et main- 
tint que plusieurs estoient d'opinion que, se n'eust 
esté sa grant diligence et bonne conduite, que ladicte 
ville eust eu beaucop à souffrir ou grant dommage du 
roy et du royaume^. 

1. Le roi poussa-t-il jusqu'au Mont -Saint -Michel? D'après 
Maupoint, il se rendit directement de Pont-de-l'Arche à Pont- 
Audemer, où il trouva les ducs de Bretagne et de Bourbon qui 
l'attendaient pour ordonner des offices de Normandie. De Pont- 
Audemer il s'en fut à Rouen. 

2. Lisez Dammartin. 

3. La défaveur de Charles de Melun fut la conséquence immé- 
diate de la rentrée en grâce de son ennemi le comte de Dam- 
martin. Maupoint dit que plusieurs autres personnages furent 
« désappointés » et que les ducs de Bretagne, de Bourbon et de 
Galabre, les comtes de Dunois et de Dammartin se partagèrent 
30,000 francs de pensions au moins. Le bâtard de Bourbon fut 
institué amiral « à grant pension d'argent, dont plusieurs mur- 
muroyent » {Journal, p. 100 et suiv.). 



154 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

Et, en ces choses faisant, le roy fist eschange avec 
ledit conte de Dampmartin d'un sien chastel qu'il avoit 
en Gascongne, nommé Blancaffort^ et, à l'encontre, 
le roy lui bailla tout le demaine et souveraineté qu'il 
avoit es villes de Gonnesse, Gournay sur Marne et 
Grecy en Brye^. Et de ce lui bailla lettres adreçans à 
sa court de Parlement, pour icelles estre par eulx 
expédiées et pour les joindre avecques sadicte conté 
de Dampmartin. 

Oudit temps, le roy ordonna que la place de Ghau- 
mont sur Loire, qui appartenoit à messire Pierre 
d'Amboise, seigneur dudit Ghaumont, feust mise en 
feu et en flambe et arrasée; ce qui fut fait^. 

Et, le lundi tiers jour de février, ung nommé Gau- 
vain Mauviel, qui estoit lieutenant gênerai du bailli de 
Rouen, fut prins en ladicte ville et mené prisonnier 
au Pont de l'Arche, et là, par le prevost des mares- 
chaulx, dessus le pont dudit lieu fut drecié ung eschaf- 

1. Interpolations et variantes, § XLIII. — Il s'agit ici de la ville 
de Blanquefort ea Médoc (auj. dép. de la Gironde, arr. de Bor- 
deaux), prise sur les Anglais en 1453 et donnée par Charles VII 
à Antoine de Chabannes. L'échange en question fut fait à Pont- 
de-l'Arche quelques jours avant le 8 janvier 1466, n. st. (Ordon- 
nances, XVI, 454, note. Cf. Sauvai, Antiquités de Paris, III, 369). 
La seigneurie de Blanquefort, mise en la main du roi peu de 
temps après son avènement, avait été donnée par lui à Du Lau, 
alors sénéchal de Guyenne (Bibl. nat., ms. fr. 2921, fol. 83 v^). 

2. Gonesse et Gournay-sur-Marne (Seine-et-Oise, arr. de Pon- 
tuise). Crécy-en-Brie (Seine-et-Marne, arr. de Meaux). 

3. Interpolations et variantes, § XLIV. — Louis XI avait con- 
fisqué le château de Ghaumont dès le commencement du Bien- 
Public, car, le 31 mai 1465, il en avait fait don à la duchesse 
d'Orléans (Favre et Leceslre, Z,e Jouvencel, éd. cit., p. cclvi, n. 6, 
Cf. Mélanges historiques, II, 283). 



1466] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 155 

fault, dessus lequel ledit Gauvain fut décapité pour 
aucuns cas de crime à lui imposez, et dessus ledit 
pont fut sa teste mise au bout d'une lance et son corps 
gecté en la rivière de Seine ^. 

Et, en ce temps, le hault doien de l'église de Rouen 
et autres chanoines de ladicte église, jusques au 
nombre de six, furent envoiez hors icelle et leur fut 
ladicte ville interdicte, et furent envoiez demourer 
hors la duchié de Normendie^. 

Après ce, le roy se parti de Rouen et s'en ala à 
Orléans, où la royne estoit, et y demoura par long- 
temps, et puis s'en ala à Jargueau et ilec environ^. 
Et, pendant qu'il y fut, arrivèrent devers lui plusieurs 
ambaxadeurs de diverses contrées et pour divers cas. 
Et, durant ce, le roy dehbera envoier ambaxade ou 
royaume d'Angleterre pour aucunes causes, et, pour 

1. Gauvain Mauviel, écuyer, lieutenant général, dès le mois de 
novembre 1462, de Jean de Montespedon, bailli de Rouen (Bibl. 
nat., Pièces orig., vol. 1902, dossier Mauviel). En janvier 1463, 
n. st., sire Gauvain avait reçu pour services rendus à la ville de 
Rouen un don gratuit de 20 lions d'or (Arcli. munie, de Rouen, 
Reg. des délibér. de l'hôtel de ville A^, fol. 207 v»). Son exécu- 
tion fut la conséquence de sa conduite antiroyaliste pendant le 
règne éphémère du duc de Normandie. 

2. Le haut clergé rouennais avait témoigné de sentiments très 
particularistes. Les registres capitulaires de Notre-Dame de 
Rouen (Plumitif du chapitre, t. XXI, fol. 44 v») mentionnent un 
prêt de 500 1. t. fait au duc de Normandie « des deniers des 
églises » (9 août 1466). Le doyen, Nicolas Dubosc, s'était parti- 
culièrement distingué par son zèle séparatiste (Basin, III, 267 ; 
IV, 247). 

3. La présence de Louis XI est signalée à Orléans le 25 février 
1466. Il séjourna dans cette ville tout le mois suivant et arriva à 
Jargeau (Loiret) au commencement d'avril (Itin. cité). 



156 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

ce faire, eslut le conte de Roussillon, bastard de 
Bourbon et admirai de France, le sire de la Barde, 
l'evesque et duc de Lengres^ maistre Jehan de Pou- 
paincourt, seigneur de Cercelles, Olivier Le Roux, con- 
seiller et maistre des comptes^, et autres, et partirent 
pour y aler ou mois d'avril GGCCLXVP. — Et oudit 
temps, par la justice ordinaire de Paris, furent prins 
plusieurs povres créatures, larrons, crocheteurs et 
autres malfaicteurs, qui pour lesdiz cas furent les 
aucuns pendus et estranglez , et les autres batus 
au cul de la charette par les carrefours de ladicte 
ville. 

En ce temps, damoiselle Ysabeau de Gambray, 
femme de sire Guillaume Golombel, puissant et riche 
homme, fut mise et constituée prisonnière en la con- 
ciergerie du palais royal à Paris, à la requeste et 
pourchas de sondit mary, qui principalement la char- 
goit de trois choses : la première qu'elle s'estoit for- 
faicte et habandonnée à autre qu'à luy; la seconde 
qu'elle l'avoit desrobé de ses biens en grans sommes 
de deniers, et aussi qu'elle avoit fait et compilé plu- 
sieurs poisons pour l'empoisonner et faire mourir. 
Et, sur ces choses, avoit sondit mary fait faire ses 

1. Guy Bernard occupa le siège de Langres de 1453 au 
28 avril 1481. 

2. Olivier Le Roux, d'abord notaire et secrétaire du roi (l^"" août 
1461), fut reçu conseiller et maître des comptes le 24 novembre 
1464 (voy. Vaesen, Lettres de Louis XI, III, 158 n.). 

3. Les ambassadeurs du roi de France et ceux du roi d'Angle- 
terre se rencontrèrent à Calais. Le résultat de leurs conférences 
fut la conclusion d'une trêve de vingt -deux mois (Maupoint, 
Journal, p. 101). 



1466] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 157 

informacions ; après lesquelles veues et pour lesdiz cas, 
demoura longuement prisonnière et fut sur ce geheyn- 
née. Et finablement, veu par la court de Parlement 
lesdictes charges et informacions sur ce faictes et sa 
confession prinse, par arrest et jugement diffînitif 
d'icelle fut dit et prononcé que lesdictes charges, par 
ledit Golombel imposées à sadicte femme, estoient 
souffisamment prouvées ; pour quoy fut declairé par 
ledit arrest privée de toute communaulté de biens et 
douaire avec sondit mary. Et, au regard des poisons, 
furent appoinctez contraires, de quoy elle proposa 
erreur et consigna vi^^ livres parisis^. 

Le dixiesme jour de may, oudit an LXVI, messire 
Anthoine de Chasteauneuf, seigneur du Lau, qui avoit 
eu congié du roy longtemps par avant, fut trouvé par 
cas d'aventure par le seigneur de Chabesnays et autres 
es pleines de Glery près Orléans. Et, pour ce que lui 
et ses gens furent de lui apperceuz en habis mes- 
congneuz, fut prins prisonnier et mené au roy, qui 

1. Ysabeau de Cambray, probablement l'un des seize enfants 
d'Adam de Cambray, premier président au Parlement de Paris, 
et de Charlotte Alixandre, avait épousé sire Guillaume Colombel, 
élu de Paris dès 1454 et commis au payement des gages de la 
cour de Parlement {Ordonnances, XVI, 439), puis conseiller du 
roi. L'arrêt de séparation prononcé en Parlement le 15 juillet 
1466 relate minutieusement les faits reprochés par Colombel à 
sa femme, les répliques d'Ysabeau et les nombreuses vicissitudes 
du procès, qui n'en demeura pas à ce point. (Voy. Arch. nat., 
X2a 34, fol. 145 et suiv., et X2a 35, à la date du 21 octobre 1469. 
L'arrêt est cité par Longnon, Villon, Index, p. 295.) Cf. ce pas- 
sage d'une lettre du premier président Jean Dauvet à Louis XI, 
en date de Paris, 13 mars (1466) : « Nous besoingnons au procès 
de la Colombelle, auquel il y a beaucoup de folies » (Mélanges his~ 
toriques, II, 446). 



158 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

l'envoya avecques ses gens prisonnier en ung chastel 
près Meun^. 

Et, le mercredi [14 mai], veille d'Ascension Nostre 
Seigneur, par l'ordonnance du roy, maistre Jehan Le 
Prévost, notaire et secrétaire du roy, entra dedens la 
Bastide Saint-Anthoine par moiens subtilz, et d'ilec en 
mist et gecta hors ung nommé Marc, qui en estoit lieu- 
tenant pour mons. de la Borde ^, et lequel Marc avoit 
nouvellement espousée la fille naturelle dudit messire 
Charles de Melun, qui estoit filz dudit seigneur de 
la Borde. Et, après ce, ledit Marc et sadicte femme et 
mesnage s'en retournèrent à refuge pardevers ledit 
messire Charles en la ville de Melun . 

Et, le samedi veille de Penthecouste , xxmi® jour 
dudit moys, oudit an mil IIIPLXVI, furent leues et 
publiées en ladicte ville de Paris, par les carrefours 
d'icelle, à son de trompe et à cry publique, le mande- 
ment du connestable de France, dedens lequel estoit 
inséré le mandement du roy, qui contenoit que le roy 
estoit deuement informé que les Anglois, ses anciens 
ennemis, en grosse et merveilleuse armée, estoient 
délibérez d'entrer et descendre ou royaume de France 
pour destruire et gaster icellui, et que, pour ce faire, 
avoient desjà fait grant amas de navires; et, pour ce, 
le roy, voulant résister à leur mauvaise et dampnée 
entreprinse, et pour les grever et nuire en tout ce que 

1. Interpolations et variantes, § XLV. — Arrêté par Jean de 
Vendôme, seigneur de Chabanais, Du Lau fut enfermé d'abord 
au château de Sully-sur-Loirc, puis transféré, au mois d'octobre 
suivant, au château d'Usson, d'où il réussit à s'échapper (voy. 
plus loin). 

2. Philippe de Melun. 



1466] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE, 159 

possible seroit, mandoit audit connestable que par 
toutes villes, pays et lieux dudit royaume, es places 
où l'en a acoustumé de faire cry publique, il fîst assa- 
voir que tous nobles tenans du roy en fief et arrière 
fief, de quelque estât ou condicion qu'ilz feussent, 
feussent en armes et habillement dedans le xv® jour de 
juing ensuivant, sur peine de confiscacion de corps et 
de biens, et aussi à tous frans archers à estre tous 
prests audit jour. 

En ce temps, le roy, qui ainsi avoit desappoincté 
ledit seigneur de la Borde de ladicte cappitainerie de 
la Bastide Saint-Anthoine, donna ladicte cappitainerie 
au seigneur de Blot, seneschal de Bourbonnois, que on 
disoit estre homme de grant conduicte^ 

En ce temps, ledit seigneur de Montauban ^, qui avoit 
esté admirai, grand maistre administrateur et gênerai 
reformateur des eaues et foretz, et qui avoit esté cause 
de toute la noise advenue en Bretaigne et par consé- 
quent ou royaume de France, et qui avoit eu des 
biens du royaume et argent inestimable, mourut à 
Tours et ne fut point plouré^. Et, après sa mort, le 
roy donna ses offices, c'est assavoir l'office d'admiral, 
à monseigneur le bastard de Bourbon^, qui avoit 
espousée une sienne fille naturelle, et l'office de grant 

1. Cette mutation eut lieu vers la Saint-Barnabe (11 juin) 1466 
(Maupoint, Journal, p. 101 et suiv.). — Hugues de Chauvigny, 
chevalier, seigneur de Blot, sénéchal d'Auvergne, conseiller et 
chambellan du roi, s'intitule capitaine de la Bastille en date du 
3 septembre 1466 (Bibl. nat., ms. fr. 26090, n° 499, parch. signé). 

2. Interpolations et variantes, § XLVI. 

3. Sur ses concussions comme général réformateur des forêts, 
voy. Basin, U, 19 et suiv. (cf. Vaesen, Lettrçs de Louis XI, II, 221). 

4. Interpolations et variantes, § XL VII. 



160 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

maistre des eaues et forestz fut donnée au seigneur de 
Ghastillon, frère du mareschal de Loheac^. 

Oudit temps furent prinses trêves avecques lesdiz 
Anglois durant xxii moys, tant par mer que par terre, 
et furent lesdictes trêves publiées-. — Et aussi, oudit 
temps, monseigneur du Maine, pour aucunes causes 
qui meurent le roy, fut desappoincté du gouverne- 
ment de Languedoc et fut baillé à monseigneur le duc 
de Bourbon^. 

Et, après ledit mariage fait dudit monseigneur l'ad- 
mirai, le roy lui donna le chastel et place de Usson en 
Auvergne, qu'on dit estre la plus forte place du 
royaume, avecques les cappitaineries de Honnefleu et 
autres places de Normandie^. 

Oudit moys de juing, que les fèves florissoient et 
deviennent bonnes, advint que plusieurs hommes et 

1. Interpolations et variantes, § XLVIII. — Sur Louis de Laval, 
seigneur de Ghàtillon, gouverneur de Champagne, voy. Vaesen, 
Lettres de Louis XI, U, 348, et ms. fr. 20494, fol. 64. 

2. Cf. Vaesen, IH, 89. 

3. Louis XI, instruit des menées du comte du Maine pendant 
le Bien-Public, le fit interroger particulièrement (Jean de Reilhac, 
par le comte de Reilhac, I, 218 et suiv.). Le H octobre 1467, le 
comte du Maine prêta serment de servir le roi envers et contre 
tous (Lenglet, II, 637 et suiv.). — Les patentes qui lui substi- 
tuèrent le duc de Bourbon dans le gouvernement du Languedoc 
furent délivrées le 5 juin 1460 (La Mure, Hist. des ducs de Bour- 
bon, éd. Chantelauze, II, 273, note). 

4. Aux termes du contrat de mariage passé le 7 novembre 
1465, Louis XI avait déjà assigné, entre autres domaines, à sa 
fille naturelle Jeanne les château et seigneurie d'Usson pour 
assiette de 6,000 1. t. de rente (Lenglet, II, 545). Cette aliénation 
fut ratifiée par le duc de Bourbon à Orléans le 18 mars 1465, 
V. st. (Arch. nat., P 1362<, c. 1000). 



1466] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 161 

femmes perdirent leur bon entendement', et mesme- 
ment à Paris qu'il y ot entre autres ung jeune homme, 
nommé maistre Marcial d'Auvergne, procureur en la 
court de Parlement et notaire ou Chastellet de Paris-, 
lequel, après qu'il ot esté marié trois sepmaines 
avecques une des filles de maistre Jaques Fournier, 
conseiller du roy en sadicte court de Parlement, perdi 
son entendement en telle manière que, le jour Saint- 
Jehan Baptiste, environ ix heures de matin, une telle 
frénésie le print qu'il se getta par la fenestre de sa 
chambre en la rue, et se rompit une cuisse et froissa 
tout le corps, et fut en grant danger de mourir, et 
depuis persévéra longuement en ladicte frénésie, et 
après se revint et fut guery. 

Ou moys de juillet ensuivant vindrent et arrivèrent 
à Paris plusieurs prélats, seigneurs, chevaliers, gens 
d'Eglise et autres gens de conseil, que le roy ordonna 

1. « Les fèves sont en fleur, les fous en vigueur » (proverbe 
ancien cité par Littré, v° Fève). 

2. Interpolations et variantes, § XLIX. — Gomme le porte cette 
interpolation, ce Martial d'Auvergne, un confrère de Jean de 
Roye, est bien le célèbre auteur des Vigiles de Charles Vil, des 
Arrêts d'amour et des Heures de la vierge Marie. Né vers 1440, il 
mourut le 13 mai 1508 (voy. Anat. de Montaiglon, préface de 
V Amant rendu Cordelier à l'observance d'amours. Soc. des Ane. 
textes, 1881). On lit précisément dans ce poème, qui est attri- 
bué à Martial d'Auvergne, les vers suivants : 

Doux yeux jectans feu aux oreilles 

Qui font gallans nuyt et jour courre 

Et entrer es fèves nouvelles... (P. 67, vers 1541 et suiv.) 
Martial d'Auvergne est cité à la date de 1472 parmi les procu- 
reurs au Parlement de Paris chargés des affaires du duc de 
Bourbon (Huillard-BréhoUes et Lecoy de la Marche, Titres de la 
Tnaison ducale de Bourbon. Paris, 1867-74, in-4'', t. Il, n» 6505. 
Cf. Arch. nat., Xia 1489, fol. 83 v», 90, 209; 1491, fol. 53). 



162 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

venir et qu'on disoit qui estoient ordonnez pour mettre 
ordre et police en la justice et reformer en toutes 
choses, et leur fut baillé moult grant povoir. Et par 
icellui estoient nommez xxi commissaires, dont messire 
Jehan, bastard d'Orléans, conte de Dunois et de Lon- 
gueville, estoit l'un et le premier ; et duquel nombre 
de XXI ne povoit estre riens fait qu'ilz ne feussent xiii, 
ledit conte de Dunois tousjours présent et le premier ; 
et les appelloit on lors les reformateurs du Bien 
Publique. Et, sur ladicte commission ainsi à eulx bail- 
lée, commencèrent à besongner le mardi, xvi®^ jour 
dudit moys de juillet, oudit an mil IIIP LXVI. Et, pour 
y bien commencer et mettre tousjours en leurs faiz 
Dieu devant, fut fait par eulx chanter une belle messe 
du Saint-Esperit, en la Saincte-Ghapelle du Palais royal 
à Paris, laquelle fut chantée et célébrée par l'arcevesque 
de Reins, JuveneP, qui estoit esleu et nommé l'un 
desdiz commissaires. Et, à cedit jour de mardi, avoit 
eu ung an que le roi rencontra ledit seigneur de 
Charrolois à Montlehery^. 

Et le lendemain, qui fut le mercredi xvi® jour dudit 
mois de juillet, advint en la court dudit Palais que 
plusieurs des pages des conseillers de ladicte court, 

1. Lisez xv«. 

2. Jean Jouvenel des Ursins. 

3. La bataille fut livrée le 16 et non le 15 juillet 1465, mais 
notre auteur entend sans doute que ce mardi 15 juillet 1466 cor- 
respondait au mardi 16 juillet de l'année précédente. — Ce n'est 
pas 21, mais 36 personnes, savoir 12 prélats et hommes d'église, 
12 chevaliers et écuyers, et 12 notables hommes de conseil et de 
justice que Louis XI avait nommés pour aviser sur les « répara- 
tions, provisions et remèdes convenables au bien public du 
royaume » (voy. la liste dans Lenglet, II, 514 et suiv.). 



1466J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 463 

ilec attendans leurs maistres, prindrent noise et ques- 
tion [aux pages] desdiz seigneurs tenans le conseil 
dudit Bien Publique. Et se meut la noise d'entre les- 
diz pages du Palais contre lesdiz pages du Bien 
Publique sur ce qu'ilz n'avoient point paie leurs bien- 
venues à iceulx du Palais et de ce avoient esté refusans. 
Et demoura à tant ladicte noise jusques au lendemain, 
qui fut jeudi, que tous lesdiz pages d'un costé et 
d'autre retournèrent en icelle court et remirent sus 
leur dicte question. Et, en pourparlant d'icelle, lesdiz 
pages du Bien Publique coururent sus ausdiz pages 
du Palais, qui se revencherent, et baillèrent les ungs 
aux autres de terribles et merveilleux cops, tant de 
poings, de pierres, basions, cousteaulx et dagues, et 
y en ot plusieurs navrez, batus et les yeulx crevez; 
et falut fermer les portes et que gens de bien s'en 
meslassent pour les défaire et appoincter. Et de ce 
fut dit par plusieurs que ces choses signifioient le 
bout de l'an de la rencontre de Montlehery. 

Ladicte année fut fort moiste, et en divers lieux 
en France v crut de bons blez, et en autres lieux ne 
valurent gueres et estoient nuylez^; et y ot de grans 
tempestes en divers lieux, tant de escler que de ton- 
noirre, vent, pluies et autres tempestes, qui firent 
moult de maulx et de dommages en divers lieux dudit 
royaume, et par especial ou pays de Soissonnois, 
où elle gasta les blez, les vins et autres fruiz et des- 
truisy plusieurs belles maisons, manoirs, couvertures 
d'églises et autres maulx. 

1. Niellés, gâtés par la nielle. Il en fut ainsi dans tout le Nord, 
mais les vins furent i très bons et si en fust plenté » (Du Glercq, 
IV, 299). 

I 13 



164 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

En ce temps, s'esmeut grande guerre entre les Lie- 
gois et le duc de Bourgongne, qui pour ceste cause se 
mist en armes et leur ala faire guerre, et se y fist 
porter en une lictiere, et y mena avecques lui son filz 
ledit seigneur de Gharrolois^ avecques tous les nobles 
hommes, gens de guerre et autres qu'il pot recouvrer 
et tous ses harnez et artillerie, et fist mettre le siège 
devant la ville de Dynan, contre laquelle y fut inconti- 
nent fait grans approches, et sy y furent faictes de belles 
saillies et grandes escarmouches de costé et d'autre. 
Et, au commencement, lesdiz de Dynam firent de grans 
maulx et dommage ausdiz Bourguignons, et y en 
demoura plusieurs mors, qui gueres ne furent plains. 
Mais, en la fin, ceulx de ladicte ville de Dynan, par 
traison et autrement, furent surprins, et entrèrent les- 
diz Bourguignons dedens icelle ville, qui d'icelle en 
gecterent et boutèrent dehors hommes, femmes et 
enfans, et retindrent prisonniers les plus notables gens 
d'icelle ville, et puis la pillèrent tellement qu'il n'y 
demoura rien. Et après boutèrent le feu parmy toutes 
les eghses et maisons, et y firent meschef et dommage 
irréparable-; et, après que tout fut bruslé et consumé, 



1. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 114 et suiv. Philippe le Bon 
quitta Bruxelles le 13 août et fit son entrée à Binant le 25 du 
même mois. 

2. Le 29 août, après trois jours de meurtres et de pillage, le feu 
prit, on ne sait comment, au logis d'Adolphe de Glèves, et les 
pillards, préoccupés de sauver leur butin, laissèrent l'incendie 
accomplir son œuvre. Il n'est pas prouvé que le comte de Gha- 
rolais ait donné l'ordre d'incendier Dinant, mais en France on l'en 
accusa formellement (voy. Du Glercq, IV, 266 et suiv.; Gachard, 
Doc. inéd. concernant l'hist. de Belgique, II, 205 et suiv., et Mau- 
point, Journal, p. 103). 



1466J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 165 

emplirent les fessez des murs d'icelle. Et, à cause 
d'icelle destruction, devindrent les povres habitans 
d'icelle mendians, et aucunes jeunes femmes et filles 
habandonnées à tout vice et pechié pour avoir leur vie^ . 
En ladicte année, es mois d'aoust et septembre, fut 
grande et merveilleuse chaleur, au moien de laquelle 
s'en ensuivy grande mortalité de pestilence et autres 
maladies, dont et de quoy il mourut, tant en la ville, 
villages voisins, prevosté et viconté de Paris, quarante 
mil créatures et mieulx, entre lesquelz y mourut 
maistre Arnoul, astrologien du roy, qui estoit fort 
plaisant homme -, plusieurs médecins et officiers du 
roy en ladicte ville de Paris. Et si grant nombre de 
créatures furent portées enterrer ou cymitiere des 
Sains-Innocens^, en ladicte ville de Paris, que, tant 
des mors en ladicte ville que de l'Ostel Dieu, tout y 
fut remply, et fut ordonné que de là en avant on por- 
teroit les mors ou cymitiere de la Trinité*, qui est et 
appartient à l'ostel de la ville de Paris. Et continua 
ladicte mort jusques en la fin de novembre, que, pour 
faire cesser et prier Dieu que ainsi il lui pleust de le faire, 
furent faictes de moult belles processions générales 

1. Sur les horreurs du sac de Dinant, voir le dramatique récit 
de Michelet (Louis XI et Charles le Téméraire. Paris, 1857, ia-8°, 
p. 200 et suiv.). 

2. En 1466, Louis XI avait mandé à l'Université d'examiner 
certains livres traitant d'art magique composés par maître Arnould 
des Marets, astronome. L'Université ne trouva pas que ces ouvrages 
fussent « consonants à la doctrine chrétienne > et les condamna 
(Du Boulay, Hist. de l'Université de Paris, V, 678). 

3. Près les Halles. 

4. L'église de la Trinité était située rue Saint-Denis, non loin 
de la porte aux Peintres. 



166 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1466 

à Paris, par toutes les parroisses et églises d'icelles, 
où furent portées toutes les chasses et sainctes reliques, 
et mesmement les chasses de Nostre-Dame, de Saincte- 
Geneviefve et Saint-Marcel; et lors cessa ung petit 
ladicte mort*. 

En ce temps, fut grant bruit à Paris de larrons et 
crocheteurs, alans de nuit crocheter huis, fenestres, 
caves et celiers. Et, pour lesdiz cas, en furent aucuns 
batus au cul de la charrete et les autres pendus et 
estranglez au gibet de Paris. 

Oudit temps, fut pendu et estranglé oudit gibet de 
Paris ung gros Normant, natif de Goustantin en Nor- 
mandie^, pour ce qu'il avoit longuement maintenue une 
sienne fille et en avoit eu plusieurs enfans, que lui et 
sadicte fille, incontinent qu'elle en estoit délivrée, mur- 
drissoient ; et, pour ledit cas, fut pendu, comme dit est, 
et sadicte fille fut arse à Maigny près Pontoise^, où ilz 
estoient venus demourer dudit pays de Normendie. 

En ce temps, furent apportées à Paris les chasses 
de saint Grespin et saint Grespinien, pour trouver 
remède à ladicte maladie de pestilence, et aussi pour 
eulx quester, afin d'avoir de quoy recouvrir l'église 
desdiz sains audit lieu de Soissons^, que ladicte fouldre 

\. Cette épidémie n'épargna pas les provinces (voy. Bibl. nat., 
ms. fr. 3887, pap., xv« s., au fol. 19, 1' « Ad vis des medicins demo- 
rans à Dijon rapporté à Mess»"* les mayeur et eschevins dudit 
Dijon, le xuii» jour d'octobre l'an mil IIIIc LXVI, » et, au fol. 20, 
un « Autre advis apporté de Paris sur la matière avant dicte »). 
Le gonllement des glandes était un des signes de l'infection. 

2. Du pays de Gotentin, en Basse-Normandie. 

3. Magny-en-'Vexin, auj. dép. de Seine-et-Oise, arr. de Mantes. 

4. Il y avait à Soissons deux églises fondées sous l'invocation 



I 



1466-1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 167 

et tempeste avoit ainsi destruicte et abatue, que dit 
est devant. 

Et, durant ce temps, le roy et son conseil se tindrent 
à Orléans, à Chartres, Bourges, Meun, Amboise et 
autres lieux^ Et, durant qu'il y fut, vindrent plusieurs 
ambassades de diverses nacions, comme d'Angleterre, 
de Bourgongne, Bretaigne et autres. Et délibéra lors 
le roy de faire guerre ausdiz duc de Bourgongne et 
conte de Charrolois, son filz, et, pour ceste cause, fist 
crier es villes de son royaume ban et arrière ban, et 
ordonna et créa plusieurs frans archers oultre le 
nombre ordinaire. 

Après ce que dit est, le roy fist plusieurs ordon- 
nances et establissemens pour la tuicion et garde de 
ses pays et villes, et ordonna monseigneur le mares- 
chal de Loheac son lieutenant en la ville de Paris et en 
risle de France. Et, à mons. de Ghastillon fut baillé le 
pays de Ghampaigne'^, et la garde du pays et duchié 
de Normendie fut baillée à monseigneur le conte de 
Saint-Pol, connestable de France^, qui auparavant 
avoit esté ennemy du roy avecques le duc de Bour- 
gongne. 

des apôtres du Soissonnais. Celle de Saint-Crépin-le-Grand était 
la plus considérable. 

1. Louis XI séjourna à Orléans et à Meung-sur-Loire pendant 
les trois derniers mois de l'année 1466. Il fut à Bourges et à 
Mehun-sur-Yèvre pendant le mois de janvier et la première 
moitié de février 1467 (Itin. cité). 

2. M. Vaesen a imprimé la lettre par laquelle le roi notifia 
cette nomination aux conseillers de Chàlons-sur-Marne (Mehun- 
sur-Yèvre, 25 février 1467, n. st., Lettres de Louis XI, III, 134). 

3. Le connétable prit dès lors le titre de lieutenant et gouver- 
neur du roi en ses pays et duché de Normandie. C'est le 15 dé- 
cembre 1466 que lecture fut donnée au conseil de ville à Rouen 



168 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

En après, ou moys de février mil IIIPLXVI, arriva 
une ambaxade de Bretaigne pardevers le roy ; lesquelz, 
après qu'ilz orent par lui esté oyz, les receut très bien, 
et puis s'en alerent en Flandres, devers ledit Bour- 
guignon et le conte de Charrolois, son filz. Et lors fut 
grant bruit partout qu'il y avoit appoinctement fait 
entre le roy et monseigneur son frère, dont plusieurs 
gens de bien furent moult joieux^. Et, avant ce, le 
roy avoit envoyé son ambaxade ou pays de Liège; 
entre lesquelz y estoit ledit maistre Jehan Hébert, 
l'evesque de Troies et autres^. 

Et, en icellui temps, advint à Paris que trois ser- 
gens à verge du Chastellet, qui estoient bien mal 
renommez, furent de nuit prendre ung prestre de 
l'église monseigneur Saint-Pol à Paris, lequel estoit 
paisiblement couché en sa chambre, en laquelle par 

des patentes royales délivrées à Orléans le 13 novembre précé- 
dent, par lesquelles le comte de Saint-Pol était nommé à la 
capitainerie de Rouen à la place de Jacques de Brézé, comte de 
MauleVrier, lequel avait pris possession de cette charge le 27 juil- 
let 1465, quelques jours après la mort de son père (Arcli. mun. 
de Rouen, Reg. de l'hôtel de ville, A 8, fol. 237 et 260 v). 

1. La mission des ambassadeurs bretons se rattachait sans 
doute aux négociations poursuivies pendant l'année 1466 entre 
Louis XI, d'une part, le duc de Bretagne et Charles de France, 
de l'autre, par l'intermédiaire du duc de Calabre. Louis XI 
proposait à son frère le Roussillon ou le comté d'Asti avec 
60,000 livres de rente s'il consentait à résider dans l'une de ces 
possessions lointaines et contestées. Le duc de Normandie récla- 
mait le Berry, la Champagne et la Brie. Aussi n'y avait-il aucune 
chance de s'entendre. Nous n'avons pas trouvé dans Dom Moricc 
la mention de l'ambassade dont il est ici question. 

2. Inlcrpolations el varianles, § L. — L'ambassade envoyée à 
Liège avait pour chef l'évêque de Langres, Gui Bernard (Len- 
glet, II, 621 et suiv. et 631). — L'évêque de Troyes se nommait 
Louis Raguier. 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 169 

force et violence entrèrent dedens, et ilec le bâtirent, 
et puis l'en amenèrent en la rue, et le trainerent au 
long d'icelle et le navrèrent en plusieurs lieux, et puis 
le laissèrent. Et après ledit prestre les en poursuy 
par justice, et tellement qu'ilz en furent constituez 
prisonniers oudit Chastellet, où leur procès fut fait; et 
furent ilec condampnez à estre bannis du royaume de 
France et leurs biens et héritages confisquez et à faire 
amende honnorable, dont et de quoy ilz appellerent 
en la court de Parlement ; dont aussi en appella le pro- 
cureur du roy de ce qu'ilz avoient esté trop peu jugez. 
Et depuis, par arrest d'icelle court, fut dit que, avecques 
le jugement de sentence de prevost de Paris, qu'ilz 
seroient batus par les carrefours de Paris : ce qui 
fut fait. 

Et, le jeudi xxiif jour d'avril mil CGGG LXVII, 
Anthoine de Ghabannes, conte de Dampmartin, qui 
ainsi estoit eschappé de la Bastide Saint-Anthoine et 
qui depuis fist moult de maulx au roy et à ses subgets 
en Auvergne et ailleurs, venu devant Paris avecques 
les autres princes, fut fait et créé grant maistre d'ostel 
du roy ou lieu du seigneur de Grouy, en déboutant 
de ce ledit de Grouy, messire Gharles de Meleun et 
tous autres ; et lui en furent baillées lettres par le roy, 
qui certiffioit que ledit Ghabannes lui avoit fait sere- 
ment de loyaument le servir à l'encontre de tous * . 

1. Lenglet a imprimé aux Preuves de Gommynes, II, 323, d'après 
le ms. fr. de la Bibl. nat. 2898, les lettres par lesquelles Louis XI 
donna au comte de I>dmmartin l'office do grand maître d'hôtel de 
France, « que nagueres tenoit et occupoit Charles de Melun, che- 
valier, et lequel avoit par avant tenu le seigneur de Groy comme 
vacant par le décès de feu le sire de Gaucourt. » Ces lettres sont 



170 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

Depuis toutes ces choses, ou moys de juing, oudit 
an IIIPLXVII, le roy se parti de Paris et ala en Nor- 
mendie, à Rouen et ailleurs ^ Et, lui estant à Rouen, fist 
venir à lui le conte de Warwik hors du royaume 
d'Angleterre, pour aucunes causes qui le meurent; 
et descendy à Honnefleu et à Harefleu- et ilec se mist 
en bateaulx lui et sa compaignye et vindrent jusques 
à la Bouylle^, assis sur la rivière de Seine à cinq lieues 
près de Rouen, à ung samedi vi® jour du moys de 
juing, à l'eure de disner, lequel trouva ilec son disner 
tout prest et le roy qui estoit ilec aussi arrivé pour 
le recevoir, et y fut moult fort festié et tous ceulx de 
sadicte compaignie^. Et puis, après disner, rentra 
ledit Warwik esdiz basteaulx, et s'en ala ledit Warwik 
par la rivière de Seine, et le roy s'en ala par terre 
lui et sa compaignie jusques audit Rouen. Et alerent 
à rencontre ceulx de ladicte ville par la porte du cay 
Saint-Eloy, où. le roy lui fist faire moult grand recueil 

datées de s la tour des Champs, près nostre hostel de Mehun sur 
Yeuvre, le viiujt troisième jour de février, l'an de grâce 1466. » 
Dammartia prêta serment au château des Montilz-Iez-Tours, le 
28 mars suivant (voy. V Interpolation L). 

1. Louis XI quitta Paris au milieu du mois de mai 1467, passa 
par Chartres et arriva à Rouen le 28 du même mois, escorté d'une 
suite nombreuse (De Beaurepaire, Notes sur six voyages de Louis XI 
à Rouen, art. cité, p. 305). 

2. Ilonfleur et Harfleur (qui était alors un port), à l'embouchure 
de la Seinç, le premier sur la rive gauche, le second sur la rive 
droite. 

3. La Bouille, auj. dép. de la Seine-Inférieure, cant. de Grand- 
Couronne, en aval de Rouen. 

4. Louis XI était arrivé à la Bouille la veille. Warwick n'y .serait 
parvenu que le 7 juin, mais ses l'uurriers étaient à Rouen avant le 
2U mai (De Beaurepaire, Notes citées, p. 310. Cf. Basin, II, 178). 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 171 

et honnourable, car, de toutes les parroisses et églises 
de ladicte ville, furent portées au devant de lui les 
croix, bannières et eaue benoiste et tous prestres 
revestus en chappes, et ainsi fut conduit jusques à la 
grant église Nostre-Dame de Rouen, où il fist son 
offrande, et après s'en retourna en son logis, qu'on 
lui avoit ordonné aux Jacobins^ dudit lieu. Et après 
vindrent en ladicte ville la royne et ses filles, et 
demoura ilec le roy avec ledit Warwik par l'espace 
de XII jours. Et après, ledit de Warwik s'en départi 
et sa compaignie et retourna en Angleterre; et ren- 
voya avecques lui monseigneur l'admirai, l'evesque 
de Laon, maistre Jehan de Poupaincourt, son con- 
seiller, maistre Olivier le Roux et autres^. 



1. Sur l'emplacement du couvent des Jacobins s'élèvent actuel- 
lement les bâtiments de la Préfecture. Louis XI logeait dans un 
hôtel voisin de la porte Saint-Éloi, qui appartenait au conseiller 
Robert Brote (De Beaurepaire, Notes, loc. cit.). 

2. Warwick passa six jours à Rouen, se rembarqua le 16 juin 
et reprit la mer à Honfleur le 23 {Ibid. Cf. Vaesen, Lettres de 
Louis XI, m, 146 et suiv.). L'objet des négociations poursuivies 
entre Louis XI et le « faiseur de rois » était la conclusion, très 
redoutée des Bourguignons, d'une paix définitive entre les rois 
de France et d'Angleterre et le mariage d'un frère d'Edouard IV 
avec la seconde fille du roi de France. Basin, toujours mal dis- 
posé à l'égard de Louis XI, parle en ces termes des caresses pro- 
diguées au grand comte : « Tantum autem honoris reverentiœque 
ei detulit quantum nec ipsi Anglorum régi sibi fœderato, sibi 
reconciliato et pacato, rationabiliter déferre debuisset » (II, 178. 
Cf. Rawdon-Brown, Calendar of State papers, etc., t. I, p. 117). 
M. de Beaurepaire fait observer que ce fut non pas l'évoque de 
Laon, Jean de Jaucourt, mais l'archevêque de Narbonne, Antoine 
du Bec-Crespin, qui accompagna en Angleterre l'amiral, Popin- 
court, Guillaume de Menypenny, Olivier Le Roux et Alexandre 
Sextre. La mission française, qui ne comprenait pas moins de 
300 personnes, avait charge de mener à bonne fin la négociation 



172 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

Et est assavoir que, durant le temps que ledit de 
Warwik et ceulx de sadicte compaignie furent et 
séjournèrent à Rouen, que le roy leur fist de moult 
grans dons, comme de belles pièces d'or, que le roy 
fist forger, qui pesoient dix escuz d'or la pièce, une 
coupe d'or toute garnye de pierreries Et monseigneur 
de Bourbon aussi lui donna ung moult beau riche 
dyamant et d'autres choses, et si fut du tout défrayé 
de toute la despense que lui et tous ses gens avoient 
faicte depuis qu'ilz descendirent de la mer à terre 
jusques à ce qu'ilz remontassent en mer. — Et, après 
ledit partement de Rouen, le roy s'en retourna à 
Chartres, où ilec il demoura par aucun temps-. 

Oudit moys de juing dudit an, le duc de Bour- 
gongne mourut en la ville de Bruges, et fut son corps 
porté aux Chartreux de Dijon ^. 

Et aussi fist et ordonna le roy, audit lieu de Chartres, 
que toutes personnes estanset residens à Paris feroient 
des bannières, et que en chacune desdictes bannières 

entamée à Rouen. On verra plus loin qu'elle échoua complète- 
ment (cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, III, 143, 154 et suiv.). 

1. Voy., aux Pièces justif. de l'art, cité de M. de Beaurepaire 
(n» VIII), un rôle des sommes payées d'ordre de Louis XI par Noël 
Le Barge, alors receveur général des finances en Normandie, pour 
portion de la dépense de Warwick et de sa suite, ainsi que pour 
dons à eux faits. A l'article « Deniers paiez par l'ordonnance du 
roy » est mentionné l'achat d'une coupe d'or fabriquée à Rouen 
par ordre du roi pour le prix de 2,009 I. 13 s. 9 d. t. 

2. Interpolations et variantes, § LI. 

3. Lundi l.ô juin 14G7, entre neuf ot dix heures du soir. Phi- 
lippe le Bon avait soixante-onze ans. Son corps tut enterre à 
Saint-Donat de Bruges le dimanche suivant (Leuglet, II, 007 et 
suiv., 620. Cf. du Clercq, IV, 302 et suiv.), puis transporté en 
l'église des Chartreux, à Dijon (Lenglet, II, 609). 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. Î73 

auroit des gouverneurs qui seroient nommez princi- 
paulx et soubz principaulx, qui auroient la conduicte 
et gouvernement desdictes bannières, et que tous les 
subgetz estans soubz icelle seroient armez de jaques, 
de brigandines, sallades et harnoys blanc, voulges, 
haches et autres choses qui y appartiennent, pour 
estre bien armez, tant gens de mestier, officiers, 
nobles, marchans, gens d'église que autres : laquelle 
chose fut faicte^ 

Et, en ce mesmes an, ou moys de juing, le roy manda 
aler pardevers lui au Mellay près de Chartres plusieurs 
gens notables de Paris, entre lesquelz y fut maistre 
Jehan Le Boulenger président en Parlement, maistre 
Henry de Livres conseiller de ladicte court, sire Jehan 
Clerbout gênerai maistre des monnoyes. Jaques Re- 
bours procureur de ladicte ville de Paris, maistre 
Eustace Milet aussi conseiller en ladicte court ^, Nicolas 
Laurens, Guillaume Roger, Jehan de Hacqueville^ et 
plusieurs autres bons marchans que le roy envoya 
à Chartres devers le conseil, qui depuis y furent par 
aucun temps, durant lequel ung nommé Robert de la 

1. Interpolations et variantes, § LU. — L'ordonnance en ques- 
tion a été imprimée en dernier lieu dans l'Histoire générale de 
Paris, Métiers et corporations de la ville de Paris, par René de Les- 
pinasse, 1886, in-4o, 1. 1, p. 53. — Le 18 juillet 1467, les suppôts de 
l'Université se réunirent pour protester contre l'injonction que 
les gens du roi leur avaient transmise de sa part d'avoir à prendre 
les armes et à souffrir que des armes fussent déposées dans les 
collèges (Du Boulay, Hist. de l'Université, V, 682). 

2. Eustacho était fils de Jean Milet, maître en la Chambre des 
comptes (Bibl. nat., ms. fr. 20494, fol. 58). 

3. Jean de Hacqueville avait épousé Marie Viole. Sa famille, 
établie depuis longtemps à Paris, a fourni nombre de magistrats 
au Parlement de Paris. 



174 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

Mote et Jehan Raoul, qui avoient longuement esté 
tenus prisonniers, par l'accusacion d'un religieux de 
Saint-Lo de Rouen, nommé maistre Pierre Le Mares- 
chal, qui les avoit accusez d'estre ennemis du roy et 
[d'avoir] conspiré contre lui. Et avecques eulx en avoit 
accusé plusieurs autres, ce qu'il ne peut monstrer ne 
enseigner, mais fut trouvé qu'il avoit menti de tout 
ce qu'il avoit dit, et comme feulx accusateur fut jugié 
à mort et fut noyé le xiiii'^ jour du moys de juillet 
oudit an. Et, après ce, furent dépêchez lesdiz de la 
Mote, Jehan Raoul et autres et renvoiez en leurs 
maisons. 

Et, après ce, le roy envoya à Paris ung mandement 
pour y estre scellé, et fut signé M. de Villechartre^ 
par lequel le roy vouloit que, pour bien repeupler sa 
ville de Paris, qu'il disoit avoir esté fort depopulée, 
tant pour les guerres, mortalitez et autrement, que 
toutes gens de quelque nacion qu'ilz feussent peussent 
de là en avant venir demourer en ladicte ville, et en 
icelle et es faulxbourgs et banlieue ilz peussent joyr 
de toutes franchises de tous cas par eulx commis, 
comme de murdre, furt, larrecins, piperies et tous 
autres cas, réservé crime de lèse majesté; et aussi 
pour résider ilec en armes pour servir le roy contre 
toutes personnes. Lesquelles lettres furent leues et 
publiées par les carrefours de Paris à son de trompe, 
et tout selon le privilège donné à tous bannis residens 
et demourans es villes de Saint-Malo et Valenciennes^. 

\. Michel de Villechartre, notaire et secrétaire du roi. 

2. Au tome XVI de la Collcclion des Ordonnances des rois est 
imprimée, d'après les registres des bannières du Chàtelet, de la 
p. 581 à la p. 685, sous la date de Chartres, au mois de juin 1467, 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 175 

Et, ce mesme moys aussi, le roy fist crier et publier 
que tous nobles tenans fiefz et arrière fiefz feussent 
tous prests et en armes, et mesmement ceulx de l'Isle 
de France, tant en la ville de Paris que ailleurs, au 
XV® jour d'aoust , pour le servir et estre tous prestz 
quant mestier en aiiroit^ 

Et, le lundi tiers jour d'aoust oudit an, advint à 
Paris que l'un des religieux du Temple nommé frère 
Thomas Louette, qui estoit receveur dudit Temple, 
eust la gorge coppée audit lieu du Temple par ung de 
ses frères et compaignons nommé frère Henry, pour 
aucunes noises qu'il avoit conceu contre ledit frère 
Thomas. Et, pour raison dudit cas, ledit frère Henry 
se absenta, et ne peut estre trouvé qu'il ne feust le 
X® jour dudit moys, que, environ dix heures de nuit, 
ung examinateur du Ghastellet à Paris, nommé maistre 
Jehan Potin-, accompaigné de trois sergens, en fist telle 
diligence qu'il le trouva mucié en l'ostel de Saint-Pol à 

toute une série d'ordonnances (il y en a 26) qui confirment les 
statuts anciens des métiers de Paris ou en approuvent d'autres 
nouvellement établis : « En ce temps aussy, » dit un passage d'une 
chronique anonyme (Bibl. nat., ms. fr. 20354, fol. 183), « le roy 
de France rendit au commun de Paris leurs bannières, qui long- 
temps par avant leur avoient esté toUues pour les grans et énormes 
maulz qu'ilz avoient fais au temps de lors, et se rendy le pays à 
tous les banys de son royaume qui le vouldrent aler servir et tenir 
son party, et sy fist publyer par tout son royaume qu'il donnoit 
franchise à la ville de Paris, tele que ceulz qui y vouldroient 
retraire et demeurer ne pourroient estre poursieuvys pour debtes 
qu'ilz deussent depuis qu'ilz auroient prinse la franchise de la 
ville. » 

1. Cf. Maupoint, Journal, p. 103. 

2. Jean Potin fit partie, au mois de mai 1469 (voy. plus loin), 
de la commission chargée de rechercher et de faire vendre les 
biens meubles du cardinal Balue (Bibl. nat., ms. fr. 4487, fol. 13). 



176 JOURNAL DE JEAN DE ROYE fl46T 

Paris dedens unes aumoires, en habillement d'un roquet* 
blanc de toile et ung chapeau noir, et en cest estât fut 
mené prisonnier oudit Chastellet et puis rendu en la 
court de Parlement pour ce qu'il estoit appellant de 
sa prinse et disoit que le lieu où il avoit esté prins 
estoit lieu de franchise et que on l'y devoit remettre. 
Et puis fut requis par les religieux du Temple leur 
estre rendu, ce qui fut fait, -et fut mené es prisons 
dudit lieu du Temple le mercredi xii® jour d'aoust, 
oudit an mil 1111° LXVII. Et, le jeudi ensuivant, le 
grant prieur de France, pour ledit cas, acompaigné 
de plusieurs autres seigneurs de leurdit ordre, [vint] 
pour faire le procès dudit frère Henry, qui depuis fut 
par eulx condempné à demeurer prisonnier en lieu 
ténébreux et d'avoir ilec pour pitance, tant qu'il y 
pourroit vivre, le pain de douleur et eaue de tristesse. 
En ce temps, retournèrent du royaume d'Angle- 
terre lesdiz monseigneur l'admirai et autres dessus- 
nommez, qui ainsi s'en estoient alez avec ledit de 
Warwik oudit pays d'Angleterre, lesquelz y demeu- 
rèrent longuement et n'y firent riens-. Et par eulx 
ledit roy d'Angleterre envoya au roy des trompes de 

1. Sorte de blouse. 

2. L'influence du comte de Warwick sur le roi Edouard IV avait 
fait place depuis deux ans à celle de la reine Elisabeth Woodville et 
de ses parents. Cette défaveur s'accentua pendant le voyage que 
Warwick fit en Normandie. En conséquence, les ambassadeurs 
français furent très froidement reçus par le roi d'Angleterre, qui 
s'occupait alors d'arranger le mariage de sa sœur, Marguerite 
d'York, avec le nouveau duc de Bourgogne, Charles (Basin, II, 
182 et suiv.). Cet échec causa une vive irritation au roi de France 
(voy. la Lettre de J.-P. Panicharola au duc de Milan, en date de 
Paris, 12 septembre 1467, dans R. Brown, Calcndar of State 
papers, etc., t. I, p. 119). 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 177 

chace et des bouteilles de cuir, à l'encontre des belles 
pièces d'or, coupes d'or, vaisselle, pierrerie et autres 
belles besongnes que le roy et autres seigneurs avoient 
donnez audit de Warwik à son partement de Rouen. 

Et, le vendredi xxviii" jour du moys d'aoust, le roy 
arriva à Paris environ huit heures du soir; et estoit 
avecques lui mons. le duc de Bourbon et plusieurs 
autres seigneurs. 

Et, le mardi premier jour de septembre, la royne 
aussi arriva à Paris en bateaulx par la rivière de Seine, 
et vint arriver au terrain de Nostre-Dame ^ . Et ilec, à 
l'arriver qu'elle fist, trouva tous les presidens et con- 
seillers de ladicte court de Parlement, l'evesque de 
Paris et plusieurs autres gens de façon, tous honnes- 
tement vestus et habillez. Et, à l'entrée dudit terrain, 
y avoit faiz de moult beaux personnages ilec riche- 
ment mis et ordonnez de par la ville de Paris. Et si 
est à savoir que, avant que ladicte royne se meist 
esdiz basteaux pour venir à Paris, furent au devant 
d'elle et pour la recevoir les conseillers et bourgois 
de ladicte ville en grant et notable nombre, aussi tous 
en bateaulx, qui estoient tous richement couvers de 
belle tapisserie et draps de soye, et dedens iceulx 
estoient les petis enfans de cuer de la Saincte-Chap- 
pelle, qui ilec disoient de beaux virelais-, chançons et 
autres bergeretes moult mélodieusement. Et si y avoit 
autre grant nombre de clairons, trompetes, chantres, 
haulz et bas instrumens de diverses sortes, qui tous 
ensemble jouoient chacun en droit soy moult melo- 

1. A la pointe sud-est de la Cité. 

2. Rondeau composé de vers très courts. 



178 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

dieusement à l'eure que ladicte royne, ses dames et 
damoiselles entrèrent en leur basteau, dedens lequel, 
par lesdiz bourgois de ladicte ville, lui fut présenté 
ung beau cerf fait de confiture, qui avoit les armes 
d'icelle royne pendues au col. Et si y avoit plusieurs 
autres beaux dragouers tous pleins d'espices de cham- 
bre et belles confitures ; grant quantité aussi y avoit 
de fruiz nouveaulx de moult de sortes, violetes fort 
odorans gettées et semées tout parmy le basteau, et 
vin à tous venans y fut baillé et distribué tant qu'on 
en vouloit avoir et prendre. Et, après qu'elle ot faicte 
son oroison à Nostre-Dame de Paris, elle se rebouta en 
son bateau et s'en vint descendre à la porte devant 
l'église des Gelestins * , où aussi elle trouva dessus 
ladicte porte de moult beaulx personnages. Et elle, 
descendue à terre, monta et ses dames et damoiselles 
sur chevaulx, belles haquenées et palefrois qui ilec 
l'atendoient, et puis s'en ala jusques en l'ostel du roy, 
aux Tournelles. Et devant la porte dudit hostel trouva 
autre moult beau personnage. Et celle nuit furent 
faiz à Paris les feuz par les rues d'icelles, et ilec mises 
aussi tables rondes et donné à boire à tous venans. 

Et, le jeudi ensuivant, iiii^^ jour dudit moys de 
septembre ensuivant, maistre Nicole Balue, frère de 
monseigneur l'evesque d'Evreux, fut marié à la fille 
de messire Jehan Bureau, chevalier, seigneur de Mont- 
glat^, et fut la feste desdictes nopces faicte en l'ostel 

1. Sur la rive droite de la Seine, en face l'ile Louviers. 

2. Lisez ///«. 

3. Nicole Balue, seigneur de Villepreux, partageait la faveur 
de son frère, l'évèque d'Évreux, que Louis XI allait faire nom- 
mer cardinal-prêtre au titre de Sainte-Suzanne (18 sept. 1467). — 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 179 

de Bourbon, laquelle fut moult belle et honneste. Et 
lui fut ilec fait grant honneur ce jour, car le roy et 
la royne, monseigneur de Bourbon et madame sa 
femme, monseigneur de Nevers, madame de Bueil^ 
et toute leur noblesse qui les suivoient y furent et se 
y trouvèrent. Et y fut fait moult grant chère, et si 
leur fist on de moult grans, beaulx et riches dons. 

Et, depuis ce, le roy et la royne firent de grans 
chères en plusieurs des hostelz de leurs serviteurs et 
officiers en ladicte vijle. Et, entre les autres, le jeudi 
x^ jour dudit moys de septembre, oudit an IIIP LXVII, 
la royne, acompaignée de madicte dame de Bourbon 
et madamoiselle Bonne de Savoye, seur de la royne ^, 
et plusieurs autres dames de sa compaignie, soup- 
perent en l'ostel de maistre Jehan Dauvet, premier 
président en Parlement, et ilec furent receues et fes- 
tiées moult notablement et à grant largesse. Et y ot 
faiz quatre moult beaulx baings et richement aornez, 
cuidant que la royne se y deust baigner, dont elle ne 
fist riens pour ce qu'elle se senty ung peu mal dispo- 
sée et aussi que le temps estoit dangereux. Mais en 
l'un desdiz baings se y baignèrent madicte dame de 
Bourbon, madamoiselle Bonne de Savoye ; et en l'autre 

La fille de Jean Bureau et de Germaine Hesselin qui épousa 
Nicole Balue se nommait Philippe. 

1. Il s'agit ici de la troisième des filles de Charles VU et d'Agnès 
Sorel, Jeanne, née vers 1445, laquelle épousa, par contrat du 
23 décembre 1461, Antoine de Bueil, fils de Jean V et de Jeanne 
de Montejean {Le Jouvencel. éd. citée, t. I, Introd., p. ccxii). 

2. Bonne, fille de Louis I*"", duc de Savoie et d'Anne de Lusi- 
gnan, et sœur cadette de la reine Charlotte, épousa en 1468 Galéas- 
Marie Sforza, duc de Milan. 

1 14 



180 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

baing au joignant se baignèrent madame de Monglat 
et Perrete de Ghalon, bourgoise de Paris. 

Et, le lundi ensuivant, xiiif jour dudit moys de 
septembre, le roy, qui avoit ordonné mettre sus les 
bannières de Paris, comme dit est devant, fist publier 
que audit jour ilz (sic) feussent toutes prestes pour 
estre aux champs dehors Paris, en faisant savoir à 
tous, de quelque estât ou condicion qu'ilz feussent, 
depuis l'aage de seize ans jusques à lx ans, yssissent 
dehors ladicte ville en armes et habillemens de guerre, 
et, s'il y en avoit aucuns qui n'eussent harnoys, que 
neantmoins ilz eussent en leurs mains ung baston 
defensable, et sur peine de la hart : ce qui fu fait. Et 
yssy hors de ladicte ville la pluspart du populaire 
d'icellui, chacun soubz son estendart ou bannière, qui 
faisoit moult beau veoir, car chacun y estoit en moult 
belle ordonnance et sans noise ne bruit, et estoient 
bien de lx à iiii^'' mille testes armées, dont il y en 
avoit bien xxx"^ tous habillez de harnois blans, jaques 
ou brigandines^ Et, tous estans en belle bataille, le 
roy et la royne et leur compaignie qui les suivoient 
les vindrent veoir; laquelle chose leur pleut moult, 
car onques n'avoient veu ystre de ville du monde à 
beaucop près telle ne si grant armée. Et se trouvèrent 
Lxvii bannières^ des mestiers, sans les estendars et 
guidons de la court de Parlement, de la Chambre des 
comptes, du Trésor, des generaulx des Aides, des 

1. C'est-à-dire d'armures de fer ou d'acier poli, de pourpoints 
rembourrés et piqués (jaques) ou couverts de plaquettes de métal 
(brigandinos). 

2. L'ordonnance de Chartres mentionnée plus haut ne compte 
que soixante et une bannières. 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 181 

Monnoyes, du Ghastellet et Hostel de la ville, soubz 
lesquelz il se trouva autant et plus de gens de guerre 
que soubz toutes lesdictes bannières. Et hors Paris, 
en aucuns lieux ordonnez, le roy fist porter et con- 
duire plusieurs tonneaulx de vin, qui ilec furent défon- 
cez, pour faire boire et rafreschir tous ceulx de ladicte 
monstre, qui tenoient moult grant pais, car ilz estoient 
tous en bataille, à commencer au bout de la voierie 
d'entre la porte Saint-Anthoine et celle du Temple, 
depuis les fossez de Paris en montant contremont 
jusques à ung pressouer devant ladicte voyerie, et de 
là en bataille au long des vignes jusques à Saint- 
Anthoine des Champs, et puis après jusques au long 
des murs dudit Saint-Anthoine des Champs jusques à 
la granche de Rully, et d'icelle granche jusques à 
Conflans, et dudit Conflans en revenant par la granche 
aux Merciers tout au long de la rivière de Seine, jus- 
ques au boulevert du roy de la tour de Billy, et 
d'icellui bolevert tout au long des fossez de ladicte 
ville par dehors jusques à la Bastille et à la porte 
Saint-Anthoine. Et brief, c'estoit merveilleuse chose à 
veoir du monde qui estoit en armes dehors Paris, et 
si maintenoient plusieurs qu'il en estoit à peu près 
demouré autant dedens Paris qu'il en y avoit dehors ^ 

1. Interpolations et variantes, § LUI. — Maupoint, qui fournit 
aussi des détails sur cette grande revue de la garde civique pari- 
sienne, estime à 28,000 ou 30,000 hommes le nombre des gens 
armés, cavaliers et piétons. Ils « feirent leurs premières monstres » 
entre la porte Saint-Antoine et le village de Conflans. L'évêque 
Balue, « sans révérence de l'habit episcopal, » y joua au capitaine, 
ce dont plusieurs furent « très mal édifiez de luy et disoient que 
il usurpoit et entreprenoit l'exécution de l'office et sur Testât des 
mareschaux de France! » {Journal, p. 104). 



182 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [U67 

Et, le mardi ensuivant, xxii® jour de septembre, 
oudit an IIIIc LXVII, le roy party de Paris après dis- 
ner pour aler à pié jusques à Saint-Denis en France. 
Et^avoit avecques lui, aussi à pié, mondit seigneur 
d'Evreux, monseigneur de GrussoH, Philippe Luiller^ 
et autres. Et, entre Paris et Saint-Denis, le roy, alant 
à son pèlerinage, trouva trois ribaulx qui lui vindrent 
requérir grâce et remission de ce que tout leur temps 
ilz a voient esté larrons, murdriers et espieurs de che- 
mins^, laquelle chose le roy leur accorda benigne- 
ment. Et tout ce jour demeura audit lieu de Saint- 
Denis jusques au lendemain après vespres, qu'il s'en 
retourna en son hostel des Tournelles, et d'ilec s'en 
ala souper en l'ostel de sire Denis Hesselin, son pen- 
netier et esleu de Paris, qui nouvellement estoit devenu 
compère du roy à cause d'une sienne fille dont sa 
femme estoit accouchée^, que le roy fist tenir pour 
lui par maistre Jehan Balue, evesque d'Evreux ; et pour 
commères y furent madame de Bueil et madame de 
Montglat. Et, oudit hostel, le roy y fist grant chère et 

1. Louis, seigneur de Crussol et de Beaudiner, grand panetier 
de France, sénéchal de Poitou, puis de Dauphiné, avait épousé 
Jeanne de Lévis et mourut en 1473 (Anselme, III, 766). 

2. l'iiilippe Luillier, écuyer, seigneur de Gailly, de Manicamp, 
etc., capitaine de la Bastille, était fils de Jean Luillier et de Jeanne 
de Vitry. Il épousa : i° Anne de Morvilliers (morte vers 1481), 
fille du chancelier; 2° Gabrielle de Villiers, fille de Jacques, sei- 
gneur do risle-Adam. Philippe Luillier était mort au mois de 
mai 1505 (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1772, doss. Luillier. Cf. 
Arch. nat., KK 59, fol. 121, 128). 

3. Voleurs de grands chemins. 

4. Cette fille, Louise Hesselin, épousa son cousin Etienne Bou- 
cher, qui fut élu de Paris (Vitu, la Chronique de Louis XI, etc., 
p. 89). 






1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 183 

y trouva trois beaulx baings honnestement et riche- 
ment atintelez^, cuidant que le roy deust ilec prendre 
son plaisir de se baigner, ce qu'il ne fist point, pour 
aucunes causes qui en raison le murent, c'est assavoir 
tant pour ce qu'il estoit enrumé que aussi pour ce que 
le temps estoit dangereux ^ 

En ce temps s'esmeut grande guerre entre les Lie- 
gois et mons. de Bourgongne et leur evesque, cousin 
de mondit seigneur de Bourgongne et frère de mons. 
le duc de Bourbon^. Lequel evesque lesdiz Liegois 
alerent assiéger dedans une ville nommée Huye ; et, 
après que iceulx Liegois orent bien longuement esté 
devant icelle, ilz la prindrent et gaignerent, et en ce 
faisant eschapa leurdit evesque estant en icelle. Et, 
durant ce que dit est, le roy ordonna aler au secours 
et aide desdiz Liegois iiif lances de son ordonnance, 
dont avoient la charge le conte de Dampmartin, Sale- 
zart, Robert de Conynghan et Stevenot de Vignoles*, 
avecques six mil frans archers prins et esleuz en Cham- 
paigne, Soissonnois et autres lieux en l'Isle de France. 

Et, après ce que ledit de Bourgongne ot bien sceu 

1. C'est-à-dire décorés. 

2. « Oudit an LXVII fut la mortalité d'epedemie en plusieurs 
bonnes villes parmy le royaume de France, et morurent grant 
nombre de gens es bonnes villes et villages d'environ » (Chro- 
nique anonyme citée, ms. fr. 20354, fol. 183). 

3. Louis, évèque de Liège, était fils de Charles I", duc de Bour- 
bonnais, et d'Agnès de Bourgogne, elle-même fille de Jean Sans- 
Peur et sœur de Philippe le Bon. L'évêque et le duc de Bourgogne 
Charles étaient par conséquent cousins germains. 

4. Estcvenot de Tallauresse, dit de Vignolles, écuyer, seigneur 
de Hautmont, conseiller et chambellan du roi et son sénéchal de 
Carcassonne et de Béziers (Bibl. nat., ms. fr. 26093, n° 953 et 
suiv., ad ann. 1470). 



184 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

la gaigne que lesdiz Liegois avoient fait de ladicte ville 
de Huye, et qu'ilz y avoient tué plusieurs Bourgui- 
gnons, il assembla tout son ost, en soy délibérant 
d'aler en armes sur les champs, en intencion de tout 
destruire et mettre à feu et à sang lesdiz Liegois. Et 
ainsi le fist crier et publier par lous ses pays ; et ceulx 
qui faisoient lesdictes publicacions, en icelles publiant, 
tenoient en une main une espée toute nue et en l'autre 
une torche alumée, qui signifioit guerre de feu et 
de sang*. 

Oudit temps, ou moys de septembre, le roy bailla 
ses lettres à ung légat ^ venu de Romme de par le pape 
pour la ronpture de la Pragmatique Sanxion ; lesquelles 

1. La ville de Huy « se tenoit et s'estoit toujours tenue pour 
l'evesque contre la cité. » Averti du péril que Louis de Bourbon 
courait si Huy était pris par les Liégeois, le duc de Bourgogne 
envoya Pierre de Hénin, sire de Boussut, et d'autres seigneurs 
pour dégager la ville. Mais, un accord s'étant établi entre le menu 
peuple et les assaillants, l'évêque épouvanté exigea du sire de 
Boussut qu'il l'aidât à s'enfuir à Bruxelles. L'évêque parti, Iluy 
ouvrit ses portes aux Liégeois, qui s'y répandirent « comme enra- 
gés et visans à tout mettre à mort » (sept. 1467). Le duc Charles 
en fit « matte chère » et jura de se venger. Il publia son man- 
dement par tous ses pays pour le 8 octobre ( Chastellain , V, 
315-337). Louis XI parut disposé un moment à assister les Lié- 
geois et chargea d'une mission en ce sens l'évêque de Langres 
et le comte de Dammartin (Gn juillet. Bibl. nat,, ms. fr. 5040, 
fol. 21, orig.), mais il est fort improbable qu'il ait jamais nourri 
sérieusement le projet d'entrer en ligne (Ibid., fol. 19, et Lenglet, 
II, p. 621). Dans une lettre que les Liégeois lui adressèrent le 
19 août, ilsse plaignent de ce que leur évéque « poursuyt et por- 
chace la destruction, dommaige, vitupère et désolation de ces cité 
et pays » (Ms. fr. 5040, fol. 18, orig.). 

2. Ce légat se nommait Etienne Nardino, archevêque de Milan. 
Louis XI demanda pour lui le chapeau de cardinal (Lettre au duc 
de Milan, en date du Mans, 7 jaiiv. (1468), dans Vaesen, III, 193), 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 185 

lettres furent leues et publiées ou Chastellet de Paris 
sans y faire aucun contredit ou opposition. 

Et, le premier jour d'octobre ensuivant, maistre 
Jehan Balue fut et ala en la sale du Palais royal à 
Paris, la court de Parlement vacant, pour ilec aussi 
faire publier lesdictes lettres, où il trouva maistre 
Jehan de Saint-Rommain, procureur gênerai du roy 
nostre sire^ qui formellement s'opposa à l'effect et 
exécution desdictes lettres, dont ledit Balue fut fort 
desplaisant, et pour ceste cause fîst audit de Saint- 
Rommain plusieurs menaces, en lui disant que le roy 
n'en seroit point content et qu'il le desappoincteroit 
de son office. De quoy ledit de Saint-Rommain ne tint 
pas grant compte, mais lui dist et respondi que le roy 
lui avoit donné et baillé ledit office, laquelle il ten- 
droit et exerceroit jusques au bon plaisir du roy, et 
que, quant son plaisir seroit de la lui oster, que faire 
le pourroit, mais qu'il estoit du tout délibéré et bien 
résolu de tout perdre avant que de faire chose qui feust 
contre son ame, ne dommage au royaume de France 
ne à la chose publique ; et dist audit Balue qu'il devoit 

mais il changea d'avis relativement à ses mérites, car, le 13 mai 
suivant, il écrit derechef au duc de Milan que le légat « s'est mon- 
tré parcial » en faveur des ennemis du royaume (Ibid., 215). 

1. Jean de Saint-Romain, licencié es lois, conseiller et procu- 
reur général du roi en sa cour de Parlement, prêta serment en 
cette qualité le 11 septembre 1461 (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 
121. Cf. Bibl. nat., Pièces orig , vol. 2776, doss. Saint'Romain, 
et ms. fr. 20692, n* 914, parch.). Saint-Romain tomba en défaveur 
et, au mépris des droits que lui donnaient ses longs services, fut 
remplacé dans son office de procureur du roi par Michel de Pons 
(Arch. nat., Xi» 1489, fol. 308 v», à la date du 3 août 1481). Il 
avait épousé Thierrye Bureau (Vitu, ta Chronique de Louis XI, etc., 
p. 54). 



186 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

avoir grant honte de poursuivre ladicte expedicion. 

En après, le recteur de l'Université de Paris et les 
suppos d'icelle alerent pardevers ledit légat, qui de lui 
appellerent, et de l'effet desdictes lettres au saint 
concile et partout ailleurs où ilz verroient estre à 
faire; et puis vindrent oudit Ghastellet, où pareille- 
ment autant en firent et dirent, et firent ilec enregis- 
trer leur opposition. 

Oudit temps, le roy envoya pardevers ledit de 
Gharrolois lesdits légat et evesque d'Evreux, qui 
nouvellement avoit esté cardinal à Romme^ maistre 
Jehan de la Driesche, trésorier de France, et autres, 
pour faire de par lui aucunes choses dont il leur avoit 
donné charge. 

Et, le jeudi viif jour d'octobre, oudit an mil 
IIII<= LXVII, ung nommé Sevestre Le Moyne, natif de 
la ville d'Aucerre, pour aucuns cas et delitz par lui 
commis et imposez, et qui par aucun temps avoit esté 
constitué et tenu prisonnier es prisons de Thiron, fut 
ledit jour tiré hors desdictes prisons et fut mené noyer 
en la rivière de Seine, près de la Granche aux Mer- 
ciers, par la sentence et jugement de messire Tristan 
L'Ermite, prevost des mareschaulx de l'ostel du Roy 2. 

Et, le dimenche xi® jour dudit moys d'octobre, fut 
ung grant et merveilleux escler et tonnoirre, environ 

1. 18 sept. 1467. 

2. Tristan l'Ermite, chevalier, seigneur de Beauvois, de Mon- 
dion, etc., prévôt des maréchaux de France peu après 1436, est 
qualiUé par l'Anglais Robert Nevil « le plus diligent et le plus vif 
esprit et le plus tin du royaulme... C'est le chastie fol du roy » 
(Lettre du 17 nov. (1464), imprimée aux Preuves de Commynes, 
éd. Dupont, III, 215. Cf. Vaeseu, Leltres de Louis XL III, 86). 



1467J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 187 

huit heures du soir. Et par avant et depuis, durant 
ledit moys, furent faictes grandes et merveilleuses 
chaleurs et les plus extrêmes que homme eust veu en 
sa vie, qui sembloit chose moult estrange et desna- 
turée. 

Et, le lundi xn® jour dudit mois d'octobre, oudit 
an LVII, le roy party de son hostel des Tournelles à 
Paris pour aler en l'église Nostre-Dame, où il oyt les 
vespres. Et, après icelles dictes, fut faicte procession 
par l'evesque et chanoines dudit lieu, et puis s'en ala 
reposer en l'ostel de son premier président, maistre 
Jehan Dauvet, oii il y fut certaine espace de temps, 
et puis s'en party pour s'en retourner en sondit hostel 
des Tournelles. Et, à l'eure de son partement, qui 
estoit heure de noire nuit, il vit et apparceut ou ciel 
une estoile tout au dessus de l'ostel dudit président, 
laquelle, incontinent que le roy commença à marcher 
pour s'en retourner, ladicte estoile le suivoit et fut 
tousjours après lui, jusques à ce qu'il fut entré en 
sondit hostel. Et, incontinent qu'il y fut entré, elle se 
disparu et depuis ne fut veue. 

Et, le jeudi ensuivant, xv® jour dudit moys, vint 
nouvelles au roy que certain grant nombre de Bretons 
estoient venus eulx bouter dedens le chastel et en la 
ville de Caen, et puis s'en alerent d'ilec à Bayeux^ et 

1. Cf. Vaesen, ouvr. cité, III, 178. Les Bretons attaquèrent 
Louis XI de trois côtés à la fois : au sud, en Poitou, où ils péné- 
trèrent jusqu'à Saint-Gilles, en saccageant le pays; à l'ouest, où, 
le 11 octobre, la trahison leur ouvrit les portes d'Alençon; en 
Basse-Normandie, où ils surprirent Caen et Bayeux et occupèrent 
toutes les places du pays, à l'exception de Saint-Lô. C'est le 15 oc- 
tobre, à Paris, que le roi apprit la brusque agression du duc de Bre- 
tagne. Il prit aussitôt les mesures que comportait la situation et se 



188 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

tindrent lesdictes villes contre le roy, dont de ce il fut 
courroucié, et en renvoya pour ceste cause le mares- 
chal de Loheac, qui lors estoit avecques le roy et qui 
avoit cent lances de Bretaigne soubz sa charge, es dictes 
villes de par le roy pour y pourveoir et mettre provi- 
sion. Et ausquels Bretons... le duc d'Alençon, qui, 
comme crimineux de crime de leze majesté, du temps 
du roy Charles derrenier tresp'assé avoit esté constitué 
prisonnier, pour aucuns crimes qu'il avoit machinez 
contre lui et à la faveur des Anglois, anciens ennemis 
du royaume, en la ville de Vendosme, le lit de justice 
ilec séant; auquel lieu, après ses confessions prinses 
et procès fait, fut condempné à mourir, sauf sur ce le 
bon plaisir du roy^. Et lequel d'Alençon, depuis le 
temps de lors jusques au trespas dudit feu roy Charles, 
fut tenu prisonnier ou chasteau de Loches ; et, après 
icellui trespas que le roy vint à sa couronne, le bouta 
hors desdictes prisons et lui pardonna tout, en vou- 
lant que dudit procès ne feust jamais nouvelles. Et 
puis advint que ung boiteux^, qui avoit accusé ledit 

dirigea de sa personne sur le Mans (Dupuy, Hist. de la réunion de 
la Bretagne à la France. Paris, 1881, in-8% t. I, p. 191). 

1. Il manque un ou plusieurs mots à cette phrase incorrecte et 
tronquée, mais dont le sens n'est pas douteux. — C'est le 31 mai 
1456 que Jean, duc d'Alençon, fut arrêté à Paris, sous l'accusa- 
tion d'avoir appelé les Anglais en France. Le lit de justice fixé 
au le^'juin 1458, et qui devait se tenir à Montargis, fut tenu à 
Vendôme dès le 26 août de la même année. Charles VII y siégea 
entouré de ses pairs laïques et ecclésiasti(iues. Condamné à mort, 
Alençon vit sa peine différée en considération de ses services pas- 
sés et en fait commuée en un emprisonnement qui cessa pou après 
l'avènement de Louis XI (11 oct. 1461. Voy. de Beaucourt, Uist. 
de Charles Vil, VI, passim). 

2. Pierre Fortin, surnommé le Tors-Filcux, parce qu'il boitait. 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 189 

d'Alençon audit defunct roy, craignoit fort que ledit 
d'Alençon ne lui feist quelque grant desplaisir, se tira 
par devers le roy en lui suppliant qu'il lui feist avoir 
asseurance dudit d'Alençon, laquelle chose il fîst, et 
ordonna et commanda le roy de sa bouche audit duc 
d'Alençon que, sur sa vie, il ne lui meffist ne feist 
meffaire, en lui disant qu'il le mettoit en sa main, 
protection et sauvegarde, ensemble sa famille et biens. 
Laquelle chose ledit d'Alençon lui promist et enconve- 
nança. Mais, tantost après, ledit d'Alençon, en alant 
contre sondit serement, fist prendre ledit boiteux et 
amener devant lui, et, nonobstant les défenses ainsi à 
lui faictes de par le roy, fist incontinent icellui boiteux 
murdrir et mettre à mort. Pour laquelle mort la femme 
dudit boiteux se tira devers le roy lui faire savoir ces 
choses et pour estre son injure reparée. Dont et de 
quoy le roy depuis empescha les villes et terres dudit 
d'Alençon; mais, bientost après, tout lui fut délivré et 
par lui tout pardonné comme devant. Et puis après, 
le duc d'Alençon, pour bien le rémunérer de toutes ses 
grâces et biensfaiz, bailla ou offrit bailler toutes ses 
villes et pays ausdiz Bretons et à monseigneur Charles, 
contre la voulenté du roy et à sa grant desplaisance^. 
En ce temps aussi, messire Anthoine de Chasteau- 
neuf, chevalier, seigneur du Lau, grant bouteiller de 
France et seneschal de Guienne, qui estoit grant cham- 
bellan du roy et de lui plus aymé que onques n'avoit 
esté autre, et à qui le roy fist de moult grans biens 
tant qu'il fut autour de lui et en son service, car en 



1. C'est le 11 octobre 1467 que le duc ouvrit aux Bretons sa 
ville d'Alfincon. 



190 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

moins de cinq ans il amenda des biens du roy de trois 
à mi<= mil escuz d'or, qui avoit esté fait prisonnier du 
roy et mis ou chasteau de Sully sur Loire*, de l'ordon- 
nance du roy fut envoie audit lieu oudit mois d'octobre 
messire Tristan l'Ermite, prevost des mareschaulx de 
l'ostel du roy, et maistre Guillaume Cerisay, nouvel- 
lement greffier civil de Parlement^, pour ilec tirer 
hors ledit seigneur du Lau et le mener prisonnier au 
chasteau d'Usson en Auvergne. Mais, lorsqu'il fut 
amené au dehors dudit lieu, il fut grant bruit que ledit 
seigneur du Lau avoit esté noyé, et fut ce que dit est 
longuement depuis continué^. 

Et, le mardi xx® jour dudit moys d'octobre, le roy 
se parti de sa bonne ville de Paris pour aler au pays 
de Normendie, et ala ce jour au giste à Villepereux^, 
et le lendemain à Mante. Et, avant son parlement, 



1. Auj. dép. du Loiret, arr. de Gien, sur la Loire. On trouvera 
dans Y\o[\et-le-T)\ic (Dictionnaire d'architecture, t. III, p. 162-165) 
la description, accompagnée d'un plan et d'une vue cavalière, de 
ce château fort, qui est un des types achevés de la construction 
militaire du xi\' siècle. La baronnie de Sully appartenait alors à 
Louis de la Trémoille. 

2. Sur Guillaume de Cerisay, écuyer, baron du Hommet, sei- 
gneur de Cerisay, etc., en Normandie, prolonotaire et secrétaire 
du roi, voy. la notice de M. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 222. 
Louis XI avait été peu satisfait de la manière dont le chancelier 
avait mené l'interrogatoire de Du Lau [Ihid., III, 84), et il prit le 
parti de remettre le prisonnier en des mains plus fermes. 

3. Il est exact que le bruit en courut. Vers la mi-carême 1468, 
frère Guillaume Romain rencontra dans une des rues de Tours 
Poncet de Rivière, qui lui annonça que Du Lau avait fait sa paix 
avec le roi. Fri-re Guillaume en fut tout surpris, car il croyait 
bien que du Lau était mort (Ms. fr. 2921 cité, fol. 37). 

4. Auj. dép. de Seine-et-Oise, cant. de Marly-le-Roi. 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 191 

en envoya plusieurs cappitaines, qu'il avoit avecques 
lui, quérir toutes les gens de guerre qui estoient soubz 
leurs charges, pour venir après lui oudit pais de Nor- 
mendie ou autre part, quelque lieu qu'il feust. Et, le 
jour de sondit partement, il fist et ordonna certaines 
lettres et ordonnances, par lesquelles il voult et ordonna 
que de là en avant son plaisir estoit que tous les offi- 
ciers de son royaume demourassent paisibles en leurs 
offices, et que nulle office ne feust dicte vacant, sinon 
par mort, resignacion ou confiscacion. Et, s'il donnoit 
nulles autres lettres au contraire par importunité 
de requerans ou autrement, vouloit qu'il n'y feust 
aucunement obtempéré, et que, de là en avant, toute 
justice feust faicte et ordonnée à ung chacun. Et puis 
s'en party dudit lieu de Mante et s'en ala à Vernon 
sur Seine ^ , où il demoura ilec depuis par certain temps, 
durant lequel vint et arriva devers lui monseigneur le 
connestable, lequel trouva moien que le roy bailla et 
donna trefve entre lui et monseigneur de Charrolois 
jusques à six moys lors après ensuivans, sans en ce 
y comprendre les villes et pays de Liège, qui desjà 
estoient mis sus et en armes à l'encontre dudit sei- 
gneur de Charrolois, en espérance d'avoir l'aide et 
secours du roy, ainsi que promis leur avoit esté : et à 
ceste cause demourerent du touthabandonnez. Et puis, 
après ce que dit est ainsi fait, ledit monseigneur le 
connestable s'en retourna pardevers mondit seigneur 
de Bourgongne lui porter les nouvelles desdictes 
trêves^. 

1. Sa présence y est signalée le 26 octobre (Vaesen, Lettres de 
Louis XI, m, 179 et suiv.). 

2. Ce fut en réalité Charles, duc de Bourgogne (et non plus 



192 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

Et, ce faict, maistre Jehan Balue, cardinal d'Evreux, 
maistre Jehan de la Driesche et maistre Jehan Prévost 
retournèrent devers le roy audit lieu de Vernon, qui 
estoient alez en Flandres de l'ordonnance du roy par- 
devers ledit de Bourgongne^. Et, tantost après ledit 
retour fait, le roy se parti dudit lieu de Vernon et s'en 
ala à Chartres-, où il fist ilec venir et arriver la plus 
grant partie de son artillerie, qui lors estoient à Orléans, 
pour envoier à Alençon et autres villes du pays, pour 
les avoir et mettre en ses mains. Et, après, le roy 
envoia ledit maistre Jehan Prévost audit lieu de 
Flandres, par devers ledit de Bourgongne, pour lui 
porter et bailler les lettres desdictes trêves. 



comte de Charolais), qui accorda au roi une trêve de six mois 
(Ifi"" nov. UôT-ler mai 1468. "Voy. D. Plancher, Hist. de Bourgogne, 
t. IV, pr. ccLYi). Le connétable, envoyé par Louis XI à Bruxelles, 
avait signifié « roidement » au duc qu'il eût à laisser en repos les 
Liégeois. Il témoigna aussi à Charles le Hardi le mécontentement 
que sa récente alliance avec le roi d'Angleterre avait causé en 
France. Le Bourguignon le prit de très haut, déclara qu'il était 
résolu de savoir cette fois si, à Liège, « il seroit maître ou valet, » 
et accusa nettement Louis XI de l'avoir, par ses « menaces et 
legieres paroles, » fait devenir Anglais malgré lui. Tous les efiforts 
du comte de Saint-Pol pour obtenir une trêve d'une année 
échouèrent devant l'obstination du duc. Il ne fut pas plus heureux 
à Louvain quand le roi le renvoya une seconde fois auprès de 
Charles. Menacé d'une intervention française en faveur des Lié- 
geois, le duc, qui se sentait appuyé par les Anglais, alla jusqu'à 
menacer le connétable de sa colère, si bien que Saint-Pol « ébahi » 
finit par prendre l'engagement que, pendant les douze jours sui- 
vants, le roi demeurerait neutre. Lui-même employa ce délai à 
obtenir de Louis XI qu'il acceptât une trêve de six mois en aban- 
donnant Liège à son malheureux sort (Chastellain, V, 338-348). 

1. Balue arriva à Bruxelles pendant l'automne de l'année 1467, 
à l'époque du premier voyage qu'y lit le connétable (Ibid,, 349). 

2. 30 octobre (Itin. cité). 



1467J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 193 

Et, après, vint et arriva à Paris, le vi® jour du mois 
de novembre, ledit mons. le cardinal, ledit trésorier 
de la Driesche, maistre Jehan Berart et maistre Geof- 
froy Alnequin pour faire faire les monstres des ban- 
nières de Paris pardevant eulx et pour faire autres 
charges qui leur estoient données de par le roy. Et, 
après, s'en parti dudit lieu de Chartres pour aler à 
Orléans, Glery et autres villes près d'ilec et puis à Ven- 
dosme, et de là jusques au Mont Saint-Michel', et 
avecques lui fist mener grande quantité de sadicte 
artillerie, et si aloient avecques lui grant nombre de 
ses gens de guerre. 

En ces entrefaictes, les Bretons yssirent tous en 
armes hors de leur pays, et vindrent en Normendie 
jusques à la cité d'Avrenches et autres villes dudit pays. 
Et, après, iceulx Bretons s'espandirent par ledit pays 
de Normendie, comme jusques à Caen, à Baieux, Cons- 
tances et autres lieux-. 

Oudit temps, ledit seigneur de Bourgongne, au 
moien desdictes trêves à lui baillées par le roy, esquelles 
n'estoient aucunement comprins lesdiz Liegois, entra 
oudit pays du Liège avecques toute son armée, en 
persécutant lesdiz Liegois. Tous lesquelz, pour ce que 
le roy leur failli de secours et qu'ilz veoient clerement 
leur destruction advenue, se rendirent audit de Char- 
rolois, ensemble toutes leurs villes, avecques lequel ilz 
prindrent composition, et, pour ce faire et avoir, lui 
donnèrent et baillèrent grant somme d'or, et si orent 

1. L'Itinéraire indique Orléans (16 nov.), puis le Mans, du 19 no- 
vembre à la fin de janvier, mais il est fort possible que Louis XI 
ait fait pendant ce temps un pèlerinage au Mont-Saint-Michel. 

2. Voy. ci-dessus, p. 187. 



194 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

une partie de leurs portes et murailles abatues^. 

En après, ledit cardinal Balue et commissaires devant 
nommez procédèrent à faire les monstres des ban- 
nières desdiz mestiers pardevant iceuÎ!t commissaires 
en plusieurs et divers lieux de ladicte ville, tant dessus 
les murs d'icelle d'entre les portes du Temple et Saint- 
Martin, en la cousture du Temple, sur les murs d'entre 
la tour de Bois et la porte Saint-Honoré, devant le 
Louvre, au Marché aux Brebis, et sur les murs jusques 
à ladicte porte Saint-Honoré^. 

Et, le samedi ensuivant, xxi'' jour dudit mois de 
novembre, le roy fist crier par les carrefours de Paris 
que toutes gens qui avoient acoustumé de suivre la 
guerre, et qui avoient esté cassez de gaiges, se tirassent 
pardevers certains commissaires qu'il avoit ordonnez 
pour les recevoir et mettre à ses gaiges et souldées 
pour le servir en ses guerres^. 

1. Le 28 octobre 1467, le duc battit les Liégeois, qui étaient 
venus l'attaquer devant Saint-Trond, qu'il assiégeait. Saint-Trond 
se rendit le le"" novembre, et Tongres le 6. Charles le Hardi 
arriva devant Liège le M novembre, et, dès le lendemain, malgré 
les efforts de l'envoyé de Louis XI, François Royer, bailli de 
Lyon, la ville se rendit à discrétion (Gommynes, éd. Dupont, I, 
126 et suiv.). Le 17, le duc fit son entrée « en grant triumphe, et 
luy fut abbatu vingt brasses de mur et uny le fossé au long de la 
grant bresche. » Cinq ou six des plus compromis furent mis à 
mort, et une lourde contribution fut levée sur la cité, dont les 
tours et les murailles furent rasées (Ibid., 1, 140 et suiv. Cf. Miche- 
let, ouvr. cité, p. 238 et suiv.). 

2. La cousture ou culture du Temple était comprise entre la 
tour du Temple et l'enceinte de Paris. La tour de Bois terminait 
cotte enceinte à l'ouest, sur la rive droite de la Seine. Quant à la 
porte Saint-Honoré, elle était située dans la rue du même nom, à 
la hauteur du Louvre. 

3. Ghastellain, parlant des préparatifs faits de part et d'autre en 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 195 

Et, le lundi ensuivant, xxiii^ jour de novembre, 
maistre Jehan Prévost retourna de devers ledit sei- 
gneur de Gharrolois, où le roy l'avoit envoie porter 
les lettres des trefves qu'il avoit faictes avec lui et pour 
rapporter au roy la response que ledit seigneur de 
Gharrolois avoit faicte audit Prévost touchant le fait 
desdictes trêves^. 

Et, le jeudi ensuivant, xxvi^ jour dudit moys de 
novembre, partie desdictes monstres furent faictes 
dehors Paris, devant l'église et abbaye de Saint-Ger- 
main des Prez, jusques sur la rivière de Seine. Esquelles 
monstres y avoit grant nombre de gens à pié et à 
cheval, tous bien en point et armez, où estoient les tré- 
soriers de France, les conseillers et clers des Gomptes, 
les generaulx des Monnoyes et des Aides, le Trésor, 
les esleuz et toute la court de Parlement, tout ensemble. 
Après y estoient tous les praticiens et officiers du Ghas- 
tellet de Paris en bien belle et grosse compaignie. Et, 
avec les compaignies dessusdictes, estoient aussi tous 
ceulx estans soubz l'estandart et guidon de la ville de 
Paris , qui estoient moult grant nombre de gens à pié 

vue de l'expiration des trêves, dit que le roi « jà de longue main 
avoit pratiqué en tous endroits tout l'effort qu'il pouvoit mettre 
sus, tant de nobles gens que de communes. Et, en effet, par tous 
les lieux de son royaume, là où on soloit lever francs archers, il 
y assist de les lever au double nombre plus que par avant. Sy on 
trouva un bien grant nombre, bien jusques à cinquante mille, bien 
embastonnés et bien en point, avecques ses deux mille lances ordi- 
naires, sans les autres qu'il pouvoit avoir par mandement de ban » 
(V, 386). 

1, Colard de Moy et Jean Le Prévost, « qui venoient pour faire 
semblables requestes et commendemens que avoit faict le connes- 
table peu de jours auparavant, » assistèrent impuissants à la prise 
de Liège (Gommynes, éd. Dupont, I, 134). 

I 15 



196 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

et à cheval. Et si y vindrent pour l'evesque, Univer- 
sité, abbez, prieurs et autres gens d'église de ladicte 
ville, certaine quantité de gens en armes. Et, en icelles 
monstres, y avoit grant nombre de gens bien armez ^. 

Et, après lesdictes monstres ainsi faictes, ledit car- 
dinal et commissaires dessus nommez, maistre Jehan 
de la Driesche, trésorier de France, maistre Pierre 
rOrfevre, seigneur d'Ermenonville, et autres officiers 
du roy, partirent de la ville de Paris pour aler devers 
le roy, qui estoit lors entre le Mans et Alençon, atout 
moult grant armée, car il avoit qui le suivoit plus de 
G'" chevaulx et plus de xx™ hommes à pié-, pour résis- 
ter à l'armée desdiz Bretons. Et fist mener le roy à lui 
de son artillerie grant quantité pour mettre le siège à 
Alençon. Et, en ces entrefaictes , fut pourparlé de 
trefves qui tindrent le roi et sadicte armée longuement 
sans riens faire ; et, en ce faisant, mengerent et des- 
truisirent tout le plat pays bien à xx ou trente heues 
dudit lieu du Mans et d'Alençon^. 

Et, durant ce que dit est, ledit seigneur de Gharro- 
lois, qui ainsi avoit destruit lesdiz Liegois et leur pays, 
s'en retourna devers Saint-Quentin et fist crier par 
tous ses pays (jue toutes gens de guerre de sesdiz 
pays s'en tirassent devers Saint-Quentin, pour ilec 
faire leurs monstres au xv^ jour du mois de décembre, 
sur bien grosses peines. Et si fist aussi crier par tout 

1. Interpolations et variantes, § LIV. 

2. Ces chiffres sont manifestement fort exagérés. 

3. Celte masse d'hommes, logée autour du Mans, ravagea la 
contrée à vingt lieues à la ronde, si bien que la pénurie des vivres 
et des fourrages finit par contraindre, non seulement le roi et son 
armée, mais nombre de gens du pays, à se transporter ailleurs 
(Basin, II, 185 et suiv.). 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 197 

le pays de Bourgongne que tous nobles et autres gens 
suivans les armes feussent tous prestz à Montsaujon \ 
pour ilee prendre les gaiges et souldécs dudit seigneur 
de Charrolois par les mains de ses commissaires que 
pour ce il y avoit ordonnez, et ce dedens le xx^ jour 
de décembre lors prouchain ensuivant, et pour partir 
dudit Monsaujon et aler audit Saint-Quentin pardevers 
lui, pour l'acompaigner et lui aider à secourir son très 
cher et amé frère monseigneur Charles de France et le 
duc de Bretaigne estant avecques lui, à l'encontre 
d'aucuns leurs malvueillans ; et telle substance portoit 
ledit cry. Pour occasion duquel cry, les marchans et 
facteurs des marchans de Paris, qui estoient alez oudit 
pays de Bourgongne pour faire leurs emplettes, s'en 
retournèrent à Paris bien hastivement sans riens faire. 
Et, derechef, après toutes ces choses, ledit de Char- 
rolois fist mander à lui venir toutes ses gens de 
guerre audit Saint-Quentin, au iiif jour de janvier 
ensuivant. 

Et, le lundi, feste des Sains Innocens, xxviiP jour 
de décembre, vint et arriva à Paris monseigneur le 
duc de Bourbon de par le roy, pour mettre garnison 
en plusieurs villes et garder les Bourguignons d'entrer 
es pays du roy. Et vint et arriva avecques lui mon- 
seigneur le mareschal de Loheac, qui venoit à Paris, 
comme on disoit, pour estre lieutenant de ladicte 
ville. Lequel de Loheac s'en party deux jours après 
pour aler à Bouen et autres villes de Normandie, pour 
y mettre gardes et ordre de par le roy ; et ilec y 
demoura par certain temps. Et mondit seigneur de 

1. Montsaugeon, auj. dép. de la Haute-Marne, arr. de Langres. 



198 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

Bourbon depuis demoura à Paris par certain autre 
temps, pendant lequel fut festié de plusieurs notables 
gens de ladicte ville. 

Endementiers * la ville d'Alençon, qui estoit tenue 
par les Bretons, comme dit est devant, fut rendue et 
mise es mains du roy par le conte du Perche, filz du 
duc d'Alençon, qui tenoit le chasteau dudit Alençon, 
et lesdiz Bretons tenoient la' ville. Mais, durant ce, le 
roy ne parti point de ladicte ville du Mans. Et, durant 
qu'il y fut, envoya devers mondit seigneur Charles, 
oudit pays de Bretaigne, le légat du pape, dont parlé 
est devant^, et Anthoine de Ghabannes, conte de 
Dampmartin, le trésorier de la Driesche et autres, 
pour cuider trouver aucun bon expédient^. Et enfin 
le roy se condescendi que les trois estas se tendroient 
et assembleroient ; et, pour ce faire, leur fut lieu assi- 
gné en la ville de Tours, pour ilec eulx y trouver au 
premier jour d'avril IIIP LXVII. Et s'en revint le roy 
dudit pays du Mans et ala aux Montiz lez Tours, à 
Amboise et ilec environ^. Et puis fut l'assemblée des- 

1. C'est-à-dire ])endani ce temps (Godefroy, Dictionnaire de l'an- 
cienne langue française). — Malmené par les Bretons, René, 
comte du Perche, entra en négociations avec le roi et s'entendit 
secrètement avec les bourgeois d'Alençon, qui se soulevèrent et 
chassèrent la garnison bretonne (2 janv. 1468). 

2. Interpolations et variantes, § LV. 

3. Lenglet donne aux Preuves de Gommynes (III, 1) le texte de 
la trêve conclue avec le duc de Bretagne au Mans, 13 janv. 1467, 
V. st. Cf. la pièce suivante, qui développe les conditions de cette 
trêve, négociée par l'archevêque de Milan, légat du pape (Mon- 
tils-!ès-Tours, 20 février 1467, v. st.). 

4. Louis XI quitta lo Mans à la fin de janvier 1468 (n. st.) et 
arriva aux Montils le 31 du même mois. — La prochaine expira- 
tion de la trêve bourguignonne, qui devait prendre lin le l»"" mai, 



1467] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 199 

diz trois estas tenue audit lieu de Tours, qui pour ceste 
cause y estoient alez. Et ilec, le roy présent, fut pour- 
parlé et conclud sur la question pour laquelle ilz 
estoient assemblez audit lieu de Tours, jusques au 
jour de Pasques, qui fut mil IIIP LXVIIP, que chacun 
d'eulx ilec venus s'en retournèrent en leurs maisons, 
après la conclusion par eulx prinse sur le fait de ladicte 
assemblée. Et pour ceste cause y estoient venus le roy 
premièrement, le roy de Cécile, monseigneur le duc 
de Bourbon, le conte du Perche, le cardinal d'Angers, 
le patriarche de Jherusalem et plusieurs autres sei- 
gneurs, barons, arcevesques, evesques, abbez et autres 
notables personnes et gens de grant façon, ensemble 
aussi les ambassadeurs venus audit lieu pour ceste 
cause de la pluspart de tout le royaume de France. 
Et par tous iceulx assembléement et à grant et meure 
deliberacion fut dit et conclud que, au regard de la 
question d'entre le roy et mondit seigneur Charles 
touchant son appanage, qu'il auroit et recevroit pour 
icellui appanage et de ce se tendroit pour bien content 
de xn" livres tournois en assiete de terre par an, et 
tiltre de conté ou duchié ; et, en oultre, que le roy luy 
fourniroit en pension, par chascun an, jusques à 
LX™ livres tournois, et tout sans préjudice aux autres 
enfans, qui pour le temps à venir pourroient venir à 

fit avancer la réunion des états généraux. On trouvera dans les 
Lettres de Louis XI (III, 198 et suiv.) le texte de la circulaire 
envoyée de parle roi aux bonnes villes. Chacune d'elles dut expé- 
dier à Tours, le l^' avril suivant, quatre députés, dont un d'Église, 
pour y délibérer sur ce qu'il y avait à faire dans le but de mettre 
fin aux troubles et aux divisions qui tendaient « à la foule et 
oppression du peuple » (Cf. Chastellain, V, 387), 
1. 17 avril 1468. 



280 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1467 

la couronne, de povoir demander tel et semblable 
appanage, pour ce que le roy, pour avoir paix et bonne 
amour avecques sondit frère, se eslargissoit à lui bail- 
ler si grant somme que de LX"" livres tournois par an. 
Et, en tant que touchoit la duchié et pays de Normen- 
die, monseigneur Charles ne l'auroit point, disans 
qu'il n'estoit pas au roy de la bailler ne desmembrer 
de sa couronne. Et que au, regard du duc de Bre- 
taigne, qui detenoit mondit seigneur Charles et qui 
avoit prinses les villes du roy en Normandie, lequel 
on disoit avoir intelligence avecques les Anglois, 
anciens ennemis de la couronne de France, fut dit et 
délibéré par lesdiz trois estaz qu'il seroit sommé de 
rendre au roy lesdictes villes, et que où il en feroit 
refus et que le roy seroit deuement adverti de ladicte 
aliance aux Anglois, que incontinent le roy recouvrast 
sesdictes villes à main armée et de lui courir sus ; et 
que, pour ce faire, lesdiz trois estas promisdrent de 
secourir et aider au roy, c'est assavoir les gens d'église 
de prières et oroisons et biens de leur temporel, 
et les nobles et populaire de corps et de biens, et 
jusques à la mort inclusivement. Et que, en tant que 
touchoit la justice de tout le royaume, le roy avoit 
singulier désir de la faire courir par tout sondit 
royaume, et fut content que on esleust nobles per- 
sonnes de tous estas pour y mettre remède et bon 
ordre. Et oultre, furent d'opinion lesdiz des trois estas 
que à ce faire ledit seigneur de Charrolois se devoit 
fort emploicr, tant à cause de la proximité de lignage 
qu'il a au roy comme aussi de per de France^. 

1. Lcnglct donne aux Preuves de Cominynes (III, 5) un extrait 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 201 

Et, après ladicte deliberacion , le roy se party de 
Tours et s'en ala à Amboise^ Et puis après envoya son 
ambaxade par devers l'assemblée estant à Cambray, 
afin de savoir leur vouloir et response sur la delibe- 
racion prinse par lesdiz trois estas ainsi assemblez 
comme dit est^. 

Après ces choses, le jeudi, v® jour de may mil 
GCGG LXVIII, dame Ambroise de Loré, en son vivant 
femme de messire Robert d'Estouteville , chevalier, 
prevost de Paris, ala de vie à trespas ce jour, environ 
une heure après myenuit, et fut fort plainte, pour ce 
qu'elle estoit noble dame, bonne et honneste, et en 
l'ostel de laquelle toutes nobles et honnestes personnes 
estoient honorablement receuz^. 

Et, ce mesme jour, environ entre ix et x heures de 
nuit, se bouta le feu en l'un des moulins aux Mus- 
niers, de Paris, qui appartenoit au prieur de Saint- 
Ladre, et fut tout le comble d'icellui bruslé par ung 

du procès-verbal signé par Jean Le Prévost, notaire et secrétaire 
du roi, commis à tenir le greffe de l'assemblée. Ghastellain nomme 
encore, parmi les princes présents à Tours, le comte du Maine, 
le prince de Navarre et le comte d'Angoulême. 

1. Réunis le 6 avril, les états siégèrent huit jours. Le roi arriva 
à Amboise vers le 24 du même mois et y séjourna jusqu'à la 
mi-juin. 

2. Interpolations et variantes, § LVI. — La conférence de Cam- 
brai s'assembla le 8 avril, mais se sépara sans rien conclure (Len- 
glet, III, 6). — L' « abstinence de guerre » entre le roi et le duc 
de Bourgogne fut prorogée d'abord d'un mois jusqu'au l^"" juin, 
puis jusqu'au 15 juillet. Le pouvoir donné par Louis XI au comte 
de Saint-Pol pour le représenter à Cambrai est daté d'Amboise, 
27 avril 1468 (Ibid., p. 7). 

3: Voy. ci-dessus, p. 12. 



202 - JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

paillart varlet musnier, qui avoit ataché une chandelle 
contre le mur de son lit, qui chey dedens icellui lit et 
y brusla tout, réservé ledit paillart, qui se saulva et 
enfouy comme ung renart^ . 

Le xv^ jour d'icellui mois de may, furent faictes 
joustes à Paris devant l'ostel du roy, aux Tournelles, 
par quatre gentilzhommes de guerre de la compaignie 
du grant seneschal de Normjendie, qui avoient ordonné 
les lisses et préparé le champ, en faisant assavoir à tous 
qu'ilz se trouveroient ilec audit xv^ jour de may, pour 
attendre tous venans, rompans chascun trois lances à 
rencontre d'eulx. Auquel jour y vindrent et compa- 
rurent cinq enfans de Paris, desquelz et tout le pre- 
mier y vint et arriva Jehan Raguier, grenetier de Sois- 
sons et trésorier des guerres ou duchié de Normendie, 
filz de maistre Anthoine Raguier, conseiller et tréso- 
rier des guerres du roy-. Lequel Jehan Raguier vint et 
arriva à bien grant haste de la ville de Rouen, où il 
estoit, pour estre et comparoir es dictes joustes. Et 

1. C'est-à-dire comme un renard enfumé dans sa tanière. — 
L'église Saint-Ladre était située en dehors de la porte Saint-Denis, 
et il y avait des moulins entre cette église et la porte Montmartre 
(pian dit de la Tapisserie). 

2. Jean Raguier, écuyer, seigneur de la Mothe et de l'Hay, con- 
seiller du roi, trésorier des guerres en Normandie, fut investi 
aussi, de 1468 à 1480, de l'office de receveur général des finances 
de Normandie, où il succéda à Noël Le Barge. Maître des comptes 
sous Charles YIII (li85|, il était mort au commencement de 1504. 
Il avait épousé Marie Beauvarlet, était neveu de Louis Raguier, 
évoque de Troycs, et frère de Louis, évêque de Lisieux. Son aïeul, 
Hémon Raguier, avait été trésorier des guerres sous Charles VI 
et Charles VU (Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 2425, doss. Raguier. 
Cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 244, et ms. fr. 25715, fol. 262, 
et Villon, éd. Longnon, p. 339). 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 203 

arriva le soir de devant à Saint-Ladre lez Paris, acom- 
paigné de plusieurs nobles hommes de la charge et 
compaignie de messire Joachin Rouault, mareschal de 
France, et autres gens, jusques au nombre de xx che- 
vaulx. Auquel lieu de Saint-Ladre ilz se tinrent secrè- 
tement et sans faire bruit jusques au lendemain, qu'ilz 
y menèrent et compaignerent ledit Raguier, bien et 
honorablement garny de trompetes et clarons qui 
faisoient de grans mélodies, jusques au lieu desdictes 
lices. Et lequel Raguier, acompaigné comme dit est, 
avoit autour de lui quatre piétons vestus de livrée et 
tousjours estans près de lui et du coursier sur quoy il 
estoit monté, lesquelz estoient prestz de le servir et 
recueillir son bois ^ . Et estoient tous ceulx de sadicte 
compaignie habillez de hoquetons brodez à grans 
lettres d'or, et^ son courcier couvert de drap de damas 
ouvré de broderie aussi à grans lettres d'or. Et oudit 
champ et dedens les hces se pourmena plusieurs tours, 
attendant lesdiz quatre champions ou l'un d'eulx, 
contre lesquelz il se porta vaillamment, car il rompy 
cinq lances bien et nettement, et plus eust fait s'il eust 
pieu aux commissaires ordonnez pour lesdictes joustes. 
Et, après lesdictes lances ainsi rompues, s'en parti 
moulthonnorablement, en soy pourmenant par lesdictes 
lices et prenant congié des juges desdictes joustes et 
merciant les dames, damoiselles et bourgoises qui ilec 
estoient venus, desquelz il acquist moult grant los. 
Et, après lui y vint et comparut ung esleu de Paris 

1. C'est-à-dire prêt à ramasser sa lance s'il la brisait ou si elle 
échappait de sa main pendant la joute. 

2. Toute la fin de cette phrase fait défaut dans les éditions impri- 
mées de la Chronique. 



204 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

nommé Marc SenameS et deux des filz messire Jehan 
Sanguin^, qui aussi vindrent en ladicte jouxte hono- 
rablement et y firent tout le mieulx qu'ilz porent, 
mais ilz n'en emportèrent gueres de bruit. Et, en 
après, y vint aussi et arriva Charles de Louviers^, 
eschançon du roy, qui moult bien et vaillamment s'y 
porta, en portant honnestement son bois et sans aide, 
et rompy nettement plusieurs lances, et tellement se 
porta la journée que en la fin le pris lui fut donné. Et 
demourerent lesdiz quatre gentilzhommes de dedens 
moult soûlez^, desquelz les deux portèrent les bras en 
l'escharpe et le tiers ot la main blecée dessoubz le 
gantellet. Et par ainsi l'onneur fut et demoura ausdiz 
enfans de Paris. 

Et, le dimenche précèdent, qui fut le viii® jour dudit 
moys de may, se firent aussi à Bruges en Flandres 
autres joustes devant monseigneur le duc de Bour- 
gongne, qui furent aussi moult triumpheuses, esquelles 

1. Au ms. fr. 5062, fol. 64, le nom de Senamy a été corrigé 
anciennement en Senamc, mais la première forme a été conser- 
vée plus loin. On écrivait aussi Cename. Nous ne connaissons 
pas autrement ce personnage, qui appartenait à une famille de 
marchands d'origine lombarde, que des liens de parenté ratta- 
chaient au financier Jean Arnoulfin (Bibl. nat., ms. fr. 20428, 
fol. 81). 

2. Jean Sanguin, chevalier, avait épousé Yonne de Feure. Son 
fils Antoine, seigneur de Meudon, panetier du roi, avait alors 
environ vingt-six ans. Un autre des fils de Jean Sanguin portait 
le nom de Louis (Bibl. nat., ms. fr. 2921 cité, fol. 55). 

3. Charles de Louviers, seigneur de Ghâtcl et de Nangis, était 
fils do Nicolas, conseiller aux Comptes, qui mourut en 1483, et de 
Michelle Brice (Longnon, Villon, Index, p. 321. Cf. Arch. nat., 
LL 437, et Bibl. nat., ms. fr. 21448, copie). 

4. C'est-à-dire frappés, meurtris (Godefroy, Dictionnaire de fan- 
cienne lanijue française). 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 205 

aussi ung enfant de Paris, nommé Jerosme de Gam- 
bray, serviteur dudit mons. le duc, jouxta, et ilec se 
porta si vaillamment qu'il en emporta l'onneur de 
ladicte jouste '• . 

Après lesdictes joustes, le roy, qui estoit à Amboise, 
s'en party pour venir à Paris, et en amena avecques 
lui mons. de Bourbon, monseigneur de Lyon^ et de 
Beaujeu et autres seigneurs, et se tint par aucun temps 
à Laigny, à Meaulx et autres villes ilec environ^. Et, 
avant son partement dudit Amboise, advint que, le jour 
veille d'Ascension Nostre Seigneur*, la terre trembla à 

1. Jérôme de Cambrai, écuyer, échanson ordinaire du roi, reçut 
de Louis XI, par lettres datées du Piessis, 8 décembre 1473, 
800 1. p. de pension à prendre sur les émoluments des greffes 
civil et criminel et auditoires du Châtelet de Paris (Sauvai, A7iti- 
quitês de Paris, UI, 409). Peut-être était-il l'un des seize enfants 
du président au Parlement Adam de Cambrai. Jérôme de Cam- 
brai est cité par Olivier de la Marche comme ayant pris part 
aussi à des joutes célébrées à Bruges au commencement du mois 
de juillet 1468 (III, 192). 

2. Charles, fils du duc de Bourbon Charles 1" et frère du duc 
Jean II, naquit à Moulins vers 1434, fut élu archevêque de Lyon 
à l'âge de dix ans, mais ne fut consacré qu'en 1466. Prieur com- 
mendataire de Souvigny (1457), légat à Avignon (1465), ce prélat 
guerrier et diplomate, grand protecteur des arts et des lettres, sut, 
malgré la part qu'il prit au Bien-Public, gagner la faveur de 
Louis XI et la conserver longtemps. Ses mœurs peu austères ne 
l'empêchèrent pas d'être nommé cardinal au litre de Saint-Sil- 
vestre et de Saint-Martin-des-Monts (18 déc. 1476). Il mourut à 
Lyon le 13 septembre 1488. Sur ce personnage, fréquemment 
mentionné dans la Chronique Scandaleuse, on trouvera des notices 
biographiques dans la Revue du Lyonnais (nouv. série), t. X et XI, 
et dans La Mure, Hisl. des ducs de Bourbon, II, 376 et suiv. 

3. Louis XI fut à Lagny-sur-Marne le 18 juin et les jours sui- 
vants (Itin. cité). 

4. Mercredi 25 mai 1468. 



206 JOURN.U. DE JEAN DE ROYE [1468 

Tours, audit lieu d'Amboise et autres lieux en Touraine. 

Et, quant le roy se partit de Laigny, où il s'estoit 
tenu par aucunes journées, pour aler à Meaulx, il 
envoya à Paris son mandement, pour faire publier par 
les carrefours d'icelle ville que tous nobles et gens 
suivans la guerre feussent tous prestz et en armes le 
viii^ juillet, pour aler et eulx trouver où il leur seroit 
ordonné de par le roy, et sur peine de confiscacion 
de corps et de biens ^. 

Et puis, ces choses ainsi faictes, le roy s'en ala à 
Meaulx. Et, durant ce qu'il y fut^, y ot ung homme 
natif de Bourbonnois, qui, pour aucuns cas par lui 
commis et pour avoir révélé les faiz du roy aux anciens 
ennemis les Anglois, fut décapité audit lieu de Meaulx 
le lundi xxvii® jour de juing, oudit an LXVIII. Et, 
auparavant, le roy envoya à Paris le prince de Pymont, 
filz du duc de Savoye, pour bouter le feu en Grève ^ ; 
et si mist en ladicte ville de Paris les prisonniers à 
délivrance qui estoient en Parlement, en Ghastellet et 
autres prisons. 

1 . La trêve entre la France et la Bourgogne, prorogée par accord 
signé à Bruges, le 26 mai précédent, par le comte de Saint-Pol, 
au nom du roi, devait prendre fin le 15 juillet (voy. Vaesen, 
Lettres de Louis XI, UI, 229, 234). Guyot Pot, seigneur de la 
Prugne-au-Pot, chargé par Louis XI de négocier une nouvelle 
prorogation de la trêve, réussit à l'obtenir jusqu'à la fin de juillet 
[Ibid., 239). 

2. Louis XI y séjourna du 24 juin au milieu du mois de juillet 
(Itin. cité). 

3. Charles, prince de Piémont, iils d'Amédée, duc de Savoie, et 
de Yolande de France, naquit le 15 septembre 1456, et on trou- 
vera plus loin la mention de sa mort au mois de juin 1471. — 
C'était un privilège royal que de mettre le feu au bûcher élevé 
sur la place de Grève, à Paris, le jour de la Saint-Jean (24 juin). 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 207 

Environ ce temps, y ot ung nommé Charles de 
Meleun, homme d'armes de la compaignie de mon- 
seigneur l'admirai, lequel de Meleun est oit cappitaine 
de llsson en Auvergne, qui avoit la garde de par le 
roy du seigneur du Lau sur sa vie audit lieu de Hus- 
son, dont il eschappa. De quoy le roy fut fort desplai- 
sant et pour ledit cas fist constituer prisonnier ledit 
de Meleun au chasteau de Loches, auquel lieu et pour 
icellui cas fut décapité. Et, après lui, fut aussi déca- 
pité pour icellui cas ung jeune fîlz nommé Remonnet, 
qui estoit filz de la femme dudit Charles de Meleun, en 
la ville de Tours. Et si fut aussi pour icellui cas déca- 
pité en ladicte ville de Meaulx le procureur du roy 
audit Heu de Husson^. Et puis le roy s'en ala dudit 
lieu de Meaulx à Senlis et à CreiP. 

i. Il y a ici une erreur déjà signalée par M. Vaesen (Lettres de 
Louis XI, III, 281, n. 4), d'après l'interrogatoire que Tristan l'Ermite 
fit subir à René des Nobles, homme d'armes dans la compagnie du 
bâtard de Bourbon, auquel le seigneur d'Arcinges, capitaine d'Us- 
son, avait confié, en son absence, la garde du seigneur du Lau. 
Pour rétablir les faits, il faut donc remplacer dans ce paragraphe 
le nom de Charles de Melun par celui de René des Nobles. — Le 
Remonnet dont il est aussi question ici est un certain Remonnet 
de la Salle, qui avait préparé l'évasion, de concert avec Poncet 
de Rivière et la dame d'Arcinges. Mis à la torture, Des Nobles 
avoua que Remonnet lui avait promis 1,000 écus pour qu'il s'ab- 
sentât d'Usson au jour fixé pour l'évasion. Il est probable que 
notre chroniqueur, ayant à parler quelques lignes plus loin de 
Charles de Melun, a commis une confusion de noms. — Mau- 
point ne nomme pas le lieutenant du capitaine d'Usson, mais dit 
qu'il fut décapité à Meaux avec d'autres pendant le séjour du roi 
dans cette ville (Journal, p. 106). C'est au mois de mai ou au 
mois de juin 1468 que l'évasion de Du Lau prit place. 

2. Interpolations et variantes, § LVII. — Louis XI se rendit à 
Senlis et à Creil du 16 au 19 juillet 1468 pour s'opposer à une 
agression prévue du duc de Bourgogne, qui avait réuni à Péronne 



208 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

Oudit temps, les Bourguignons ou Bretons estans 
en Normandie prindrent le seigneur de Merreville, 
séant entre Saint- Sa ulveur de Dyve et Gaen, et lui 
firent rendre et mettre en leurs mains sadicte place, 
dedens laquelle y avoit plusieurs frans archiers; et, 
incontinent qu'ilz furent dedens, tuèrent et murdrirent 
tout ce qu'ilz y trouvèrent, et puis pendirent ledit sei- 
gneur de Merreville et pillèrent tout ce qu'ilz trou- 
vèrent et puis boutèrent le feu en ladicte place ^. 

Et après, le roy se desloga de Greil et s'en ala à Com- 
piengne, où il fut depuis par aucun temps, et puis 
s'en retourna à Senlis^. Et d'ilec s'en vint à Paris 
mons. le duc de Bourbon, le jour feste d'Assumpcion 
Nostre-Dame^. Et par avant le roy avoit envoyé par 
devers le duc de Bourgongne monseigneur de Lion, 
monseigneur le connestable et autres seigneurs pour 
tousjours se mettre en devoir et trouver partout bon 
moien de paix sans figure de guerre. Et, ce non obs- 

environ 15,000 hommes et un nombreux charroi. Et, dit Chastel- 
lain, « là où le roi autre part pouvoit guerroyer contre son frère 
par commission de capitaines tels et tels, ici il vouloit quérir et 
prendre son adventure en sa propre personne » (V, 424). 

1. Merville, auj. dép. du Calvados, arr. de Gaen. Les assaillants 
pouvaient bien être bourguignons, car, à la fin de juin, Pierre de 
Miraumont, chevalier, et le bailli de Saint-Omer, Rabodanges, 
avaient quitté le port de l'Écluse avec une quarantaine d'hommes 
d'armes et 500 archers, faisant voile sur Gaen, pour y prêter main- 
forte aux Bretons {Anchiennes Croniques d'Engleterre, par Jean 
de Wavrin, publiées par M"o Dupont pour la Société d'histoire 
de France, t. III, Appendice, p. 267 et suiv. Cf. Maupoint, Joicr- 
nul, p. 106). 

2. L'Itinéraire signale la présence de Louis XI à Compiègne 
du 20 juillet au 14 août, puis à Senlis et aux environs jusqu'au 
25 août. 

3. Interpolations et variantes, § LVIII. 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 209 

tant, le roy envoya son armée ou pays de Normendie, 
dont avoit la charge et condiiicte monseigneur son 
admirai, qui bien y besongna, car, en moins d'un 
moys, il chassa les Bretons estans dedens Baieux. 

Et puis après, le samedi xx® jour d'aoust, oudit an 
mil IIIP LXVIII, messire Charles de Meleun, seigneur 
de Normanville, qui avoit esté grant maistre d'ostel du 
roy^ et lequel nouvellement avoit esté constitué pri- 
sonnier ou chasteau de Gaillart^, en la garde du conte 
de Dampmartin, cappitaine dudit lieu, fut par le pre- 
vost des mareschaulx fait son procès sur les cas à lui 
imposez, et ledit jour fut tiré hors de sa prison et 
mené au marchié d'Andely, où ilec publiquement 
devant tous fut décapité et mis à mort^. 

1. Interpolations et variantes, § LIX. 

2. C'est la célèbre forteresse construite par Richard Gœur-de- 
Lion et dont les ruines imposantes dominent encore le cours de 
la Seine et le Petit- Andely. 

3. L'exécution de Charles de Melun fut avant tout une revanche 
du comte de Dammartin et une vengeance du cardinal Balue. Son 
interrogatoire et les dépositions apportées à son procès (Bibl. nat., 
ms. fr. 2921, copie de la fin du xv» siècle) ne permettent aucune- 
ment d'affirmer que l'ex-favori ait trahi la cause royale en 1465. 
Au reste, la manière dont Tristan l'Ermite brusqua le dénouement, 
en profitant de l'absence de quelques-uns des commissaires envoyés 
à Senlis pour recueillir le témoignage de Louis XI lui-même sur 
certaines allégations de l'accusé, est une preuve suffisante de la 
monstrueuse iniquité qui présida à toute cette affaire. Mis à la 
question le 20 août, Melun paraît n'avoir rien avoué, mais n'en fut 
pas moins déclaré par Tristan convaincu de lèse-majesté, confessé 
à la hâte et entraîné jusqu'au Petit-Andely, où on lui trancha 
la tête « sans charge et sans quelque figure de procès ne con- 
derapnacion aucune. » Ses biens confisqués furent remis à Dam- 
martin et plus tard restitués en partie à ses enfants. La Chronique 
anonyme déjà citée (ms. fr. 20354, fol. 189 v»), dont M''^ Dupont 
a imprimé de nombreux extraits en appendice de son édition de 



210 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

Et, depuis ce, le roy se tint par certain long temps 
à Noyom, Compiengne, Ghauny et autres places envi- 
ron, jusques au xv® jour de septembre, que nouvelles 
lui furent ilec apportées que mons. Charles, son frère, 
et le duc de Bretaigne s'estoient reunys et devenus 
bons amis et bienvueillans au roy, et prest ledit mon- 
seigneur Charles de prendre la pension de lx" 1. t. 
par an, jusques à ce que sop appanage lui eust esté 
assigné selon le dit de plusieurs princes et seigneurs 
que ledit monseigneur Charles esliroit pour ce faire, 
et ausquelz il se vouloit rapporter : c'est assavoir 
messeigneurs les duc de Calabre et connestable de 
France. Et ledit duc de Bretaigne offrit bailler au roy 
les villes que lui et ses gens tenoient en Normendie, 
en lui rendant et restituant les autres villes et places 
que les gens du roy tenoient en Bretaigne ; laquelle 
chose le roy lui accorda^. 

Et puis le roy fist savoir ces choses au duc de Bour- 
gongne, qui estoit atout son ost aux champs près de 
Peronne, entre Esclusiers et Cappy, sur la rivière de 
Somme^. Desquelles nouvelles il ne voulu riens croire 

Jean de Wavrin, s'exprime comme suit sur l'exécution du seigneur 
de Nantouillet : « La cause pourquoy, je ne le say, sinon que telle 
fut la voulenté du roy, qui n'avoit mercy d'homme sur lequel il 
eust aucune mauvaise souspechon. Et dist on que, du premier 
cop que le boureil lui donna, il ne luy coppa la teste que au moic- 
tié et que le chevalier se releva et dit tout hault qu'il n'avoit 
coulpe en ce que le roy luy admettoit et qu'il n'avoit la mort des- 
servie, mais, puisque c'estoit le plaisir du roy, il prennoit la mort 
en gré. Et, quand il eut ce dit, il fut pardecapitez » (Anchienncs 
Croniques d'Englelerre, t. III, p. 274 et suiv.). 

1. Le traité d'Ancenis porte la date du 10 septembre (Texte dans 
D. Morice, lU, 188). 

2. Eclusier-Vaux et Cappy sont auj. dans le dép. de la Somme, 
arr. de Péronne. 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 211 

jusques à ce qu'il en fut autrement acertené par lesdiz 
monseigneur Charles et duc de Bretaigne; laquelle 
chose lui fut depuis dicte et certifiée par le herault 
dudit duc de Bretaigne*. Mais, ce non obstant, il ne 
s'en voulut aler ne desemparer son ost, mais s'en ala 
avecques sondit ost tenir et édifier ung parc audit lieu 
d'entre Esclusiers et Gappy, le dos au long de ladicte 
rivière de Somme ^. Et, pendant certain temps qu'ilz 
y furent, furent envoiez par diverses foiz audit duc 
de Bourgongne de par le roy plusieurs ambasseurs 
comme monseigneur le connestable, monseigneur le 
cardinal d'Angers,- maistre Pierre d'Oriole^ et autres, 
pour tousjours cuider trouver moien de bonne amour 
et pacificacion de paix du costé du roy, qui tousjours 
la vouloit avoir, ja soit ce que les cappitaines et gens 
de guerre du roy n'en estoient point d'opinion, mais 
requeroient au roy qu'il les laissast faire et qu'ilz ren- 

1 . « Bien fort esbahy fut le duc de Bourgongne de ces nouvelles, 
veu qu'il ne s'estoit mis aux champs que pour secourir lesdiz 
ducz, et fut en grant dangier ledit herault... » (Commynes, éd. 
Dupont, I, 150. Cf. Ghastellain, V, 430). 

2. « Durant le temps que le duc se tenoit en son parc, il fesoit si 
pluvieux que merveille seroit à conter comment ne luy ne ses gens 
s'y povoient tenir..., et tellement que le duc se trouva constraint 
par la clameur qu'il en oyt de se lever et de changer lieu plus au 
couvert... Sy se conclut enfin de desloger et crut conseil et s'alla 
loger à Lihons en Santers atout sa bataille... » (Ghastellain, V, 
435 et suiv.). 

3. Interpolations et variantes, § LX. — « Vint de par le roy le 
cardinal Ballue, ambassadeur, qui peu y arresta, etc. » (Com- 
mynes, éd. Dupont, I, 149). Et Ghastellain : « Moult se donnoit 
de peine le conte de Saint-Pol, connestable, en cestuy parlement, 
afin de les unir, et jour et nuit alloit et venoit entre deux, puis 
devers l'un, puis devers l'autre. . Là avoit fort à faire... » (t. V, 
p. 437). 

I 16 



212 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

droient ledit duc de Bourgongne et ceulx de sadicte 
compaignie tout à son bon plaisir et voulenté. Laquelle 
chose il ne voulut souffrir, ne tolérer qu'on leur cou- 
rust sus, mais leur défendit de le faire et sur la hart^. 
Et, durant ce temps et jusques au xii" jour d'oc- 
tobre ensuivant mil IIIPLXVIII, furent grans nouvelles 
que le roy et ledit duc de Bourgongne avoient fait 
une trefve jusques au moys. d'avril prouchain ensui- 
vant. Et, sur l'espérance d'icelle trefve, le roy délibéra 
soy en retourner de Gompiengne, où il estoit^, pour 
s'en venir à Greil et à Pontoise. Et, pour ceste cause, 
envoya ses fourriers audit lieu de Pontoise, qui y 
prindrent son logis; mais depuis il changa propos et 
retourna hastivement dudit lieu de Gompiengne à 
Noyom^, où peu de temps par avant y avoit esté. Pen- 
dant lequel temps Philippe de Savoye , Poucet de 
Rivière, le seigneur d'Ulfé, le seigneur du Lau et 
autres, qui s'estoient mis et meslez ensemble, firent 
moult de maulx'*. 

1. « Gestuy orgueilleux rebelle Charles, faux, maudit Anglois 
qu'il est, sera rué aussy pour ses péchés... Que l'on fiere dedans! 
De par tous les mille grans deables, que l'on y fiere! Que dissi- 
mule tant le roy, qui cy pend à l'escout et se fait brebis et bar- 
gaigne l'on de sa peau ou de sa laine?... Telles et si faites estoient 
les paroles des François, fait à penser entre les gens d'armes et 
qui desiroient la guerre pour le gagnage et aucuns aussy par 
haine formée de vieil temps contre la maison de Bourgongne..., 
mais entre les gens du Conseil estoit l'avis tout autre » (Ibid., 
439-442). 

2. Louis XI demeura à Compiègne du 17 septembre à la lin du 
mois tout au moins (Itin. cité). 

3. Interpolations et variantes, § LXI, 

4. Philippe, seigneur de Bresse, etc., fils puîné de Louis, duc 
de Savoie, et d'Anne de Chypre, né en 1438, duc de Savoie en 
1400, mort l'année suivante, avait passé deux ans au château do 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 213 

Et cependant, le samedi viii^ jour du moys d'oc- 
tobre, fut cryé à son de trompe par les carrefours de 
Paris que tous les nobles tenans en fief ou arrière fief 
de la prevosté et viconté de Paris feussent tous prestz 
et en armes à Gonnesse^ pour d'ilecques partir le 
lundi ensuivant [10 octobre] et aler où mandé leur 
seroit. Lequel cry esbahy beaucop plusieurs de Paris, 
qui cuidoient bien que veu ledit cry il n'y avoit point 
de trefve ne abstinence. Et puis le roy, qui estoit à 
Noiom, s'en party, et ledit duc de Bourgongne s'en 
party pour aler a Peronne ; auquel lieu le roy s'en ala 
bien hastivement pardevers ledit de Bourgongne audit 
Peronne, et y ala à bien privée mesgnée, car il n'avoit 
avecques lui que ledit cardinal et ung peu de gens de 
son hostel, monseigneur le duc de Bourbon et autres. 
Et, ainsi privéement que dit est, s'en ala jusques audit 
lieu de Peronne pardevers ledit Gharrolois,lexnif jour 
dudit moys d'octobre 2. Lequel Gharrolois lui fist grande 

Loches (1464-1466) en expiation de ropposition très vive qu'il avait 
laite à la politique de Louis XI, son beau-frère, en Savoie. — On 
sait à la suite de quelles circonstances Poncet de Rivière et le 
seigneur du Lau avaient déserté la cause du roi. Quant à Pierre, 
seigneur d'Urfé, de la Bastie, etc., il avait embrassé le parti de 
Charles de France en 1465 et demeura toujours hostile à Louis XI. 
Grand écuyer de Bretagne sous le duc François II, il exerça la 
même charge en France auprès de Charles VIU (4 nov. 1483 ; voy. 
Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 257 et suiv.). Tous ces seigneurs 
faisaient partie du contingent que le maréchal de Bourgogne ame- 
nait au duc Charles (Commynes, éd. Dupont, 1, 153 et suiv.). 

1. Gonesse, auj. dép. de Seine-et-Oise, arr. de Pontoise. 

2. Louis XI arriva à Peronne le dimanche 9 octobre. On notera 
l'inexactitude, sans doute voulue, des premières relations de l'en- 
trevue de Peronne qui circulèrent à Paris. Notre chroniqueur se 
montrera mieux informé dans la suite (voy. plus loin, à la date 
du mois d'avril 1469). La paix fut jurée entre le roi et le duc de 



214 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

révérence comme bien tenu y estoit ; et puis parlèrent 
ensemble longuement et devindrent bien contens l'un 
de l'autre, quelque rumeur qu'il y eust eue aupara- 
vant, et tellement pacifièrent ensemble qu'ilz firent 
entr'eulx paix, et jura ledit monseigneur de Bourgongne 
que jamais ne feroit riens contre le roy et qu'il vou- 
loit du tout vivre et mourir pour lui. En faisant laquelle 
paix le roy lui conferma 1er traictié d'Arras et autres 
choses, ainsi que depuis il le manda et fist assavoir 
aux nobles, gens d'église, à sa court de Parlement et 
autre populaire de sa ville de Paris, qui, pour cause 
de ce et par son ordonnance, firent processions géné- 
rales, chantans aux églises Te Deum laudamus et autres 
belles louenges à Dieu, les feux fais parmy les rues et j 
tables drecées, donnans à boire à tous venans ; et plu- i 
sieurs autres grans joyes en furent faictes en ladicte 
ville de Paris ^ . 

Et, en ces entrefaictes, vint nouvelles que les Lie- 
gois avoient prins et tué leur evesque et tous ses offi- 
ciers-; dont et de quoy le roy, ledit monseigneur de 

Bourgogne le 14 octobre, vers dix heures du matin, après une 
nuit orageuse, pendant laquelle Charles le Hardi parut à plusieurs 
reprises sur le point de se défaire de son ennemi (voy. le célèbre 
récit de Commynes, éd. Dupont, I, 158-176. Cf. ibid., III, 237; 
Lenglet, III, 22, et Vacsen, Lettres de Louis XI, III, 289). 

1. A Amiens, comme à Paris, on chanta un Te Deum et on fit 
des réjouissances lorsqu'on apprit la conclusion de la paix, sans 
en connaître les circonstances, bien entendu. Maupoint, qui entre 
dans beaucoup plus de détails que Jean de Roye, ne dit pas que 
Louis XI ait été la victime d'une trahison [Journal, p. 107 et s.). 

2. Les réfugiés liégeois certifiaient même qu'ils avaient vu dos 
ambassadeurs du roi de France exciter les Liégeois rebelles. Le 
duc se mit en une grande colère, « disant que le roy estoit venu 
là pour le tromper... et le menassoit fort » (Commynes, éd. Dupont, 
I, 162). Michelet soutient, avec le chroniqueur liégeois Adrien de 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 215 

Bourgongne, monseigneur le duc de Bourbon et mes- 
seigneurs ses frères et autres furent moult desplaisans 
et marris ; et fut grans nouvelles que le roy et ledit 
seigneur de Bourgongne yroient en personnes pour 
punir et destruire lesdiz Liegois. Et après, vindrent 
autres nouvelles que ledit evesque n'estoit point mort 
ne prins, mais l'avoient iceulx Liegois contraint de 
chanter messe. Et depuis se tindrent iceulx Liegois 
bien contens de lui et se rendirent tous à lui comme à 
leur vray seigneur naturel, et eulx offrant à lui à tout 
son bon plaisir faire, cuidans à ceste cause appaiser 
tout le maltalent de auparavant. 

En ce temps, le roy s'en ala à Nostre-Dame de Haulx 
en Alemaigne, où il ne séjourna gueres^. Aussi Phi- 
lippe de Savoie et autres estans avecques lui firent 
leur paix au roy par le moien dudit seigneur de Bour- 
gongne. Et, après que le roy ot fait son voyage et 
pèlerinage audit lieu de Nostre-Dame de Haulx, il s'en 
ala à Namur pardevers ledit seigneur de Bourgongne, 
où on lui fist délibérer d'aler avec ledit de Bourgongne 
devant la cité du Liège-, où ilz furent et demourerent 

Vieux-Bois, que la nouvelle du soulèvement des Liégeois ne fut 
pas une surprise pour le duc de Bourgogne. 

1. Ghastellain nomme plusieurs fois Notre-Dame de Haulx. C'est 
aujourd'hui Hal, petite ville du Hainaut, sur la Senne, à 17 kilo- 
mètres environ au sud de Bruxelles, avec une célèbre église 
dédiée à la Vierge. Il y a une soixantaine de kilomètres de Namur 
à Hal. L'itinéraire de Charles le Hardi veut que les deux princes 
aient séjourné à Namur du 11 au 24 octobre 1468 (Lenglet, H, 
192); c'est sans doute pendant ce temps que Louis XI fit son 
pèlerinage à Hal. 

2. Ce n'est pas à Namur, mais, dès le 14 octobre, à Péronne, 
alors que l'évéque de Liège passait pour mort, que le roi fit la 
proposition d'accompagner le duc à Liège ; plus tard Charles ne 
lui permit pas de se dédire (Basin, II, 200). 



216 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

depuis par aucun temps logez aux faulxbourgs d'icelle, 
y tenant le siège ^. Et avecques le roy y estoient mon- 
seigneur de Bourbon, monseigneur de Lyon, mon- 
seigneur de Beaujeu et monseigneur l'evesque dudit 
Liège, tous frères. Lequel monseigneur du Liège esloit 
yssu hors d'icelle ville pour aler devers mondit sei- 
gneur le duc de Bourgongne, pour savoir s'il pourroit 
trouver aucun bon appoinctement pour les habitans 
dudit Liège, en lui offrant pour eulx lui bailler et 
délivrer ladicte ville et tous les biens de dedens, pour- 
veu que les habitans d'icelle ville, hommes, femmes 
et enfans, eussent leur vie saulve seulement, dont il 
ne voult riens faire, mais, au contraire, tîst serement 
que lui et tous ses satellites mourroient en la pour- 
suite, ou il auroit ladicte ville et tous les habitans 
d'icelle pour en faire du tout à son plaisir et voulenté ; 
et retint pardevers lui ledit evesque du Liège, sans 
vouloir souffrir qu'il s'en retournast en ladicte ville, 
non obstant que ledit evesque avoit promis et juré 
ausdiz de Liège de retourner pardevers eulx et de 
vivre et mourir avecques eulx. Et tantost après le 
parlement dudit evesque de ladicte ville et cité du 
Liège, et que lesdiz Liegois furent advertis que leur- 
dit evesque estoit détenu par ledit de Bourgongne et 
ne s'en povoit retourner en ladicte ville, iceulx Lie- 
gois firent plusieurs saillies sur lesdiz Bourguignons et 
gens du roy et sur leurs compaignies ; lesquelz Liegois, 
quant aucuns en povoient prendre, les mettoient à 

1. Louis XI et Charles le Hardi arrivèrent dcvuut Liùge le 
27 octobre, alors que l'avant-garde bourguignoaae venait d'y 
subir un échec assez rude (Commynes, éd. Dupont, I, 170 et 
suiv. Cf. Lenglet, II, 193, et Vaesen, LcUres de Louis XI. III, 300). 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 217 

mort et gens et chevaulx^. Mais, non obstant toutes 
ces choses, le dimenche xxx^ et penultime jour d'oc- 
tobre, oudit an IIIF LXVIII, entre ix et x heures de 
matin, ledit duc de Bourgongne fist ordonner de bail- 
ler et livrer assault en icelle ville; ce qui fut fait-. Et 
y entrèrent iceulx Bourguignons sans aucune resis- 
tence ; et y entra aussi le roy et les ducs de Bourgongne, 
monseigneur de Bourbon, messeigneurs de Lion, du 
Liège et Beaujeu, frères. Et, à l'eure dudit assault, la 
plus grande et saine partie des habitans d'icelle cité 
s'enfouirent et retrahirent et laissèrent ung peu de 
populaire comme femmes, enfans, prestres, rehgieuses 
et vielz et anciens hommes, qui tous y furent tuez et 
murdris^. Et moult d'autres merveilleuses cruaultez et 
inhumanitez y furent faictes, comme jeunes filles et 
femmes efforcées et violées, et, après le desordonné 
plaisir prins d'elles, les tuer et murdrir, les religieuses 
aussi efforcer, petis enfans tuer et prestres consacrans 

1. Voir dans Commynes (éd. Dupont, I, 187 et suiv.) le récit 
de l'héroïque sortie des 600 montagnards du Franchimont, qui, 
dans la nuit du 29 octobre, faillirent enlever le duc de Bour- 
gogne et le roi lui-même (cf. ibid., Preuves, III, 239). 

2. L'assaut fut donné de trois cotés à la fois par les gens du 
duc, par ceux de Philippe de Savoie, par ceux du maréchal de 
Bourgogne (Commynes, éd. Dupont, III, 246 et suiv.). 

3. « Cives... modicam resistentiam objecerunt, sed aurum et 
argentum, seu quod facile exportari posse putabatur qui potue- 
runt rapientes, per turmas transmisso flumine aufugerunt » 
(Basin, II, 204) ; et Commynes : « Je ne veiz par là où nous 
estions que trois hommes mors et une femme, et croy qu'il n'y 
mourut point 200 personnes en tout, que tout le reste ne fuyst 
ou se cachast aux églises ou aux maisons » (éd. Dupont, I, 195, 
197, et III, 240 et suiv.). Ceci ne s'applique qu'à l'assaut; les 
jours suivants, on noya et pendit tous ceux qui ne purent payer 
une rançon {Ibid., I, 196 et suiv.). La ville fut incendiée le 
3 novembre par ordre du duc {Ibid., III, 252). 



918 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

corpus domini aussi tuez et murdris dedens les églises. 
Et, après toutes ces choses faictes, roberent et pillèrent 
toute ladicte ville et cité et en après la bruslerent et 
ardirent et gecterent la muraille dedens les fossez^ 

Et, après toutes ces choses ainsi faictes que dit est, 
le roy s'en retourna à Senlis et Compiengne, où il 
manda aler pardevers lui toute sa court de Parlement, 
sa Chambre des Comptes, generaulx [des] finances et 
autres ses officiers : ce qu'ilz firent. Et, eulx venus et 
arrivez pardevers lui, fist et ordonna plusieurs choses; 
et aussi, pour ce qu'il n'avoit pas intencion de séjour- 
ner audit lieu, il tist proposer par la bouche dudit car- 
dinal d'Angers à tous les dessusdiz officiers tout ce 
qui par lui avoit esté accordé audit seigneur de Bour- 
gongne, qui plus à plain estoit contenu et spécifié en 
XLii articles qui par ledit cardinal furent declairez lors 
ausdiz officiers, en leur disant de par le roy que son 
plaisir estoit que, par sadicte court de Parlement et 
tous autres ses officiers, feust fait et acomply tout ce 
qu'il avoit conclud et acordé avecques ledit de Bour- 
gongne et que tout lui feust du tout entériné et acom- 
ply sans aucun contredit ou difficulté, sur certaines 
grans peines que lors il exprima de bouche^. Et puis 

1. De la muraille il restait peu de chose depuis la précédente 
rébellion. « Leurs murs estoient tous rasez..., et y avoit seuUe- 
ment ung peu de douve, ne jamais ne y eut fossez, car le fons 
est de roc très aspre et très dur » (Gommynes, éd. Dupont, I, 
184). « Toutes les esglises, au nombre de plus de une, ont été 
pillées, desrobées, désolées, et ce dit l'on quelles seront brullées 
et toute lad. cité aussi » (Rapport d'un témoin, ibid., i*reuves, 
m, 247). 

2. « Le roy se départit mercredy, second jour du présent mois 
de novembre, de ceste dicte cité et s'en tira contre Huy; mond. 
seigneur le duc le convoya et plusieurs autres seigneurs... » 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 219 

le roy s'en ala en aucuns lieux près de Paris, sans vou- 
loir entrer en ladicte ville ^ ; mais aucuns grans sei- 
gneurs estans autour de lui y vindrent et y séjour- 
nèrent, comme messeigneurs les duc de Bourbon, de 
Lyon et Beaujeu frères, le marquis du Pont^ et autres. 
Et, le samedi xix® jour de novembre, oudit an 
I1II<^ LXVIII, fut crié et publié à son de trompe et cry 
publique par les carrefours de Paris ledit accord et 
union fait, comme dit est, entre le roy et mondit sei- 
gneur de Bourgongne, et que, pour raison du temps 
passé, personne vivant ne feust si ozé ou hardi d'en 
riens dire à l'opprobre dudit seigneur, feust de bouche, 
par escript, signes, paintures, rondeaux, balades, 
virelais, libelles diffamatoires, chançons de geste ne 
autrement, en quelque manière que ce peust estre, et 
que ceulx qui seroient trouvez avoir fait ou aie au con- 
traire feussent griefment punis, ainsi que plus à plain 
ledit cry le contenoit^. 

(Lettre d'Ant. de Loisey, aux Preuves de Commynes, éd. Dupont, 
III, 240. Cf. I, 198 et suiv.). Louis XI, accompagné de Phil. de 
Grèvecœur, seigneur d'Esquerdes, et d'autres seigneurs bourgui- 
gnons, s'en fut à Notre-Dame de Liesse (auj. Aisne, arr. de Laon). 
Là, quand il eut fait ses dévotions devant l'image de la Vierge, 
il prêta serment, en présence des princes de Bourbon et des sei- 
gneurs de Bourgogne d'entretenir la paix, « disant que mesvenir 
i\ luy peust s'il ne luy tenoit tout ce qu'il luy avoit promis et 
juré » (Chronique anonyme citée, ms. fr. 20354, fol. 194). 

1. « Seu verecundia et rubore suffusus... seu quod suorum offi- 
ciariorum ejusdem urbis querelas verebatur » (Basin, II, 208). 

2. Nicolas, marquis de Pont-à-Mousson, lils de Jean II, duc de 
Galabre, et de Marie de Lorraine. Duc de Galabre et de Lorraine, 
Nicolas mourut au mois de juillet 1473. En 1468, il n'avait pas 
encore rompu la promesse qu'il avait faite d'épouser Anne, fille 
de Louis XL 

3. Gf. Chronique anonyme citée, ms. fr. 20354, fol. 194. Sur la 



220 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

Et, ce mesmes jour, furent prinses pour le roy, et 
par vertu de sa commission adreçant à ung jeune fîlz 
de Paris nommé Henry Perdriel\ en ladicte ville de 
Paris, toutes les pyes, jays, chouetes estans en cage 
ou autrement et estant privées, pour toutes les porter 
devers le roy. Et estoit escript et enregistré le lieu où 
avoient esté prins lesdiz oiseaulx et aussi tout ce qu'ilz 
savoient dire, comme : Larron! Paillartf Filz de 
putamf Va hors, va! Perrete, donne moy à boire! et 
plusieurs autres beaux motz que iceulx oiseaux savoient 
bien dire et qu'on leur avoit aprins. Et, depuis encores, 
par autre commission du roy adreçant à Merlin de 
Gordebeuf, fut venu quérir et prendre audit lieu de 
Paris tous les cerfz, biches et grues qu'on y peust 
trouver et tout fait mener à Amboise-. 

manière dont les nouvelles politiques étaient portées de lieu en 
lieu par les « chanteurs et recordeurs de chançons, » on peut 
consulter de curieuses lettres de Louis XI rapportées dans un 
formulaire du xv^ siècle (Bibl. nat., ms. fr. 5909, fol. 29). 
« L'umble supplication de... avons receue, contenant que comme, 
pour gaigner sa povre vie, il se soit mis à aller par uostre 
royaume pour chanter et recorder chançons, dictez et records 
touchant les bonnes nouvelles et advantures qui nous sont sur- 
venues et surviennent chascun jour au bien de nous et nostre 
seigneurie... » Injonction est faite en consé(juence aux oilicicrs du 
roi de ne donner aucun empêchement au chanteur et de le « lais- 
ser assembler gens pour recorder lesd. dictez et chançons... » au 
son de la vielle, à condition que ses chants ne soient pas sédi- 
tieux ni « touchant division, d 

i. Henri Perdriel fut nommé garde du parc de Saint- Jamme 
le 13 mai 1405 et clerc civil du greffe du Ghàtelct le 17 juillet sui- 
vant (Sauvai, Anliqiiitcs de Paris, lU, 386. Voy. plus haut, p. 74). 

2. On sait à quel point Louis XI. était amateur d'animaux de 
toutes races. Il en faisait collection. Peut-être l'abbé Legrand 
et Michelet se sont-ils montrés trop ingénieux en inférant 
de ce passage de la Scandaleuse que le roi avait pris ombrage de 



1468] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 221 

En après, le conte de Foix, qui nouvellement estoit 
venu à Paris ^ ou mois de décembre ensuivant devint 
merveilleusement amoureux d'une moult belle et hon- 
neste bourgoise de Paris, nommé Estiennette de Besan- 

ce que les Parisiens faisaient répéter malicieusement à leurs 
oiseaux savants le nom de Perrette de Clialon et celui de Péronne. 
— Merlin de Gordebeuf, seigneur de Beauvergier, écuyer d'écurie 
de Louis XI (mai 1465, Ordonnances, XVI, 329), était pensionné 
vers la même époque à 41 1. 5 s. t. par mois (Bibl. nat., ms. 
fr. 20491, fol. 77), et à la tête de 25 hommes de pied fut commis 
pendant la campagne de Bourbonnais (juin 1465) à la garde des 
places de Montpensier et de Rochefort (ms. fr. 20496, fol. 30). 
Au mois d'août 1470, ce capitaine fut chargé de conduire en 
Roussillon et en Catalogne les gens d'armes et de trait du sire de 
Lescun (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 92). Un Merlin de Gorde- 
beuf, écuyer d'écurie de Gharles VII, arrivé au déclin de la vie, 
terminait, au Ghastellet-sur-Oise, le 4 janvier 1458 (v. st.), pour 
Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg, un curieux 
Traité des tournois, actuellement conservé à la Bibl. nat., ms. 
fr. 1997. Cf. de Beaucourt, Histoire de Gharles Vil, V, 80 et suiv. 
1. Gaston arriva à Paris, pour y attendre le roi, le mercredi 
26 octobre 1468, en compagnie des cardinaux d'Avignon et d'Albi, 
du comte de Penthièvre, du marquis de Pont et d'autres seigneurs. 
Balue fit son entrée le 3 novembre au soir, et c'est le 27 du même 
mois, à Notre-Dame, que les deux cardinaux lui remirent le cha- 
peau avec grande pompe et en présence des princes de la maison 
de Bourbon, des évêques de Paris et de Meaux et des corps cons- 
titués. Le cardinal d'Albi prononça un discours dont le texte est 
conservé aums. lat. 14117 de la Bibl. nat., fol. 78 voà84 v (xv^ s.). 
Maupoint, qui fournit ces détails, décrit tout au long le merveilleux 
banquet que le nouveau cardinal présida en l'hôtel Piquet, près les 
Blancs-Manteaux. Il énumère les vins, les viandes exquises, « les 
jolie/, dames, damoiselles et jeunes bourgoises, b les chanteurs, 
trompettes, ménétriers, danseurs et joueurs de farces. Parmi ces 
derniers, détail piquant, un personnage comique contrefit Baluc 
lui-même, et, « entre beaulz ditz de son personnaige, » parodiant 
l'exubérante activité de son modèle, allait répétant ces mots : 
« Je fay raige, je fay bruit, je fay tout, il ne est nouvelle que do. 
moy ! » [Journal, p. 109, 112 et suiv.). 



222 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1468 

çon, femme d'un notable marchant de ladicte ville 
nommé Henry de Paris, qui estoit bon marchant et 
puissant homme ^ Et estoit ladicte bourgoise moult 
honnourée entre toutes les femmes de bien de ladicte 
ville, et fort priée et requise de estre et soy trouver en 
tous banquetz, festes et honnestes assemblées qui se 
faisoient en icelle ville. [Si] communiqua avecques 
ledit seigneur de Foix de questions joieuses et amou- 
reuses, et, sur plusieurs requestes, offres et autres 
plaisans bourdes que lui fîst et promist ledit conte de 
Foix, convindrent tellement ensemble que, le dimenche 
xif jour 2 dudit moys de décembre, oudit an IIII" LXVIII , 
icelle Estiennete se departy de son hostel de Paris 
qu'elle laissa et habandonna, ensemble sondit mary, 
ses enfans, père, mère, frères et seurs et tous ses parens 
et amis, et s'en ala après ledit seigneur de Foix, avec- 
ques aucuns de ses gens et serviteurs, qui pour ce faire 
estoient demourez audit lieu de Paris et l'en ame- 
nèrent à Blois, où estoit demouré à séjour ledit sei- 
gneur, attendant ilec la venue d'icelle Estiennette : 
avecques lequel seigneur icelle Estiennete demoura 
par l'espace de trois jours, et puis s'en party ledit sei- 
gneur de Foix et s'en ala à Tours pardevers h roy, et 

1. Étiennette paraît avoir été la fille d'un conseiller au Parle- 
mont. Elle épousa en secondes noces Jean Le Camus, secrétaire 
du roi, et vivait encore en 1501 (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 321, 
doss. Besançon). — Henri de Paris, qui fut échevin de Paris 
en 1461, était fils de Guillaume de Paris et de Marguerite Clutin 
(Bibl. nat., Pièces orig., vol. 2198, doss. Paris). 

2. Lisez le xi« jour. — Gaston IV avait alors (juarante-cinq ans 
environ et passait pour un prince des plus galants et des plus 
magnifiques. Voyez Histoire de Gaston IV, cotnte de Foix, par 
G. Leseur, publiée par M. Courteault pour la Société de l'histoire 
de France, t. I, Introduction. 



1468-1469] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 223 

en fist mener avecques lui icelle Estiennete, qui fut 
ilec bien recueillie par Martin Ponchier, marchant et 
bourgois de Tours, oncle d'icelle Estiennete*. Et, peu 
de temps après, fut ladicte Estiennete envoiée à Fron- 
tevaux pardevers la prieuze dudit lieu, tante de ladicte 
Estiennete, où depuis elle demoura par certain temps 
après ^. 

En après, le roy se tint et séjourna à Tours, à 
Amboise et ilec environ^, tousjours attendant que la 
royne deust acoucher, qu'on disoit estre fort grosse, 
mais elle ne eut point d'enfant. 

Et, après ces choses, le roy ordonna certaine quan- 
tité des lances de son ordonnance pour aler servir le 
duc de Galabre pour recouvrer son royaume d'Arra- 
gon. Et avecques lesdictes lances ordonna aussi y aler 
huit mil frans archers, avec grant quantité de son 
artillerie, où ilz ne furent point non obstant ladicte 
ordonnance*. 

1. Martin Poncher, grènetier de Tours en 1451, était, en 1472, 
commis à payer les gages de certains ofïiciers et gens de l'hôtel 
du roi (Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 229). 

2. M. Longnon a bien voulu nous signaler l'existence de deux 
factums curieux composés en cette occasion, l'un par Robertet, 
secrétaire du duc de Bourbon, l'autre par messire Guillaume 
Cousinot, pour la défense d'Étiennette de Besançon. Ces plai- 
doyers attestent le scandale provoqué par cette aventure, les 
remords de la coupable et les efforts de ses amis pour excuser sa 
faute (Bibl. nat., ms. fr. 12788, fol. 119 et suiv., xv« s.). — La 
prieure de Fontevrault devait se nommer Marguerite Hodry. 
Elle mourut le 22 juillet 1484, à l'âge de quatre-vingts ans (Gallia 
christiana, t. II, col. 1330). 

3. A Tours et aux environs, depuis le 20 décembre 1468 jus- 
qu'à la mi-février 1469; ensuite à Amboise (Itin. cité). 

4. Cf. Vaesen, Lettres de Louis II, III, 321-324, et le travail cité 
sur Jacques d'Armagnac, extrait de la Revue historique, p. 11. 



224 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1469 

Et, le mois de février ensuivant, vindrent à Paris 
les ambasseurs de mondit seigneur de Bourgongne 
pour l'expedicion des articles à lui accordez de par le 
roy, et pour lesquelz le roy escripvy et charga bien 
expressément aux prevost des marchans et esche vins 
et tous autres officiers et gens notables de ladicte ville 
que, de tout leur povoir, ilz festiassent fort et honora- 
blement lesdiz ambasseurs ; jaquelle chose fut faicte, 
et furent moult honnorablement et habondamment 
festiez, et premièrement par ledit monseigneur le car- 
dinal d'Angers, secondement par le premier président 
de la court de Parlement', tiercement par maistre 
Jehan de la Driesche, président en la Chambre des 
comptes et trésorier de France-, quartement par mon- 
seigneur de Mery, et quintement, et pour derreniere 
foiz, par les prevost des marchans, eschevins et bour- 
gois de ladicte ville; lequel festoy fut moult honno- 
rable. Et, durans lesdictes choses, furent leurs lettres 
expédiées par toutes les cours de Paris, tous lesdiz 
articles ainsi à eulx accordez par le roy que dit est^. 

Et, le jeudy xvp jour de février, oudit an mil 
IIIF LXVIII, advint ou Ghastellet de Paris que ung 
nommé Chariot le Tonnelier, dit La Hôte, varlet chaus- 
sctier'^, demourant à Paris, qui avoit esté constitué 
prisonnier ou Ghastellet de Paris pour raison de plu- 

1. Jean Dauvet. 

2. Charles d'Orgemont, conseiller et maître des comptes (voy. 
plus haut, p. 35). 

3. Los actes passés à Péronne furent enregistrés au Parlement 
et à la Chambre des comptes le 2 mars 1469. Le 14 mars, le rui 
donna à Amboise une confirmation générale du traité, qui revint 
à l'enregistrement le 18 du même mois (Lenglet, III, 45 et suiv.). 

4. C'est-à-dire tailleur de chausses. 



1469] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 225 

sieurs larrecins dont on le chargoit, qu'il denyoit, fut 
ordonné par le prevost de Paris et les officiers du roy 
oudit Chastellet que son procès seroit fait sur les 
charges à lui imposées, et conclud de ainsi le faire; 
dont il appella, et par arrest fut renvoyé audit pre- 
vost pour estre fait sondit procès^. Et, en l'amenant 
de sa prison en la chambre de la question dudit Chas- 
tellet, saisy ung couteau qu'il apperceut sur son che- 
min et d'icellui se coppa la langue, et puis fut remené 
en sa prison, sans autre chose faire pour ledit jour. 

Oudit temps, advint que, ou pays de Rolande et 
Zelande, qui sont des pays de monseigneur de Bour- 
gongne, y vindrent et habonderent si grans eaues que 
l'eaue noya et emporta plusieurs villes et places des- 
diz pays, pour raison de plusieurs escluses qui tenoient 
la mer qui se rompirent. Et à ceste cause y ot de grant 
dommage fait et plus grant destruction, comme on 
disoit, que ledit seigneur n'avoit fait par fureur en la 
cité et habitans de Liège. 

Et, après que ledit Chariot Tonnelier, dont est parlé 
devant, qui ainsi s'estoit incisée la langue, en fut guery, 
fut derechef amené en la question près d'estre estendu 
en la gehyne, pour ce qu'il ne vouloit congnoistre les 
cas à lui imposez. Lequel, après qu'il ot longuement 
esté assis sur la sellete, dist qu'il diroit vérité, et lors 
declaira tout au long sa vie et de moult grandes et mer- 
veilleuses larrecins, et si accusa moult de gens coul- 
pables à faire icelles, comme ung sien frere^ surnommé 
le Gendarme, ung serrurier, ung orfèvre, ung sergent 

1. Cf. Arch. nat., X^a 31, fol. 1, à la date du 14 février 1468 
(v. st.). 

2. Pierre le Tonnelier. 



226 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1469 

fieffé nommé Pierre Moynel, et plusieurs autres, qui 
pour lesdiz cas furent constituez prisonniers et sur ce 
point interroguez, qui depuis confessèrent avoit fait 
plusieurs larrecins. Et, après toutes ces choses, le 
mardi de la sepmaine peneuse\ ledit La Hôte et son 
frère, ledit sergent fieffé, le serrurier, ung tondeur de 
grans forces^ et ung freppier nommé Martin de Cou- 
longne, par la sentence du-prevost de Paris furent 
condempnez à estre penduz et estranglez au gibet de 
Paris; dont ilz appellerent en Parlement. Et, par arrest 
de la court, ladicte sentence fut confermée au regard 
de quatre d'iceulx, c'est assavoir desdiz de La Hôte, 
son frère, dudit tondeur de grans forces et dudit ser- 
rurier ^ Et le lendemain, qui fut mercredi, furent menez 
pendre au gibet. Et, au regard desdiz freppier et ser- 
gent fieffé, ilz demourerent encores en la prison jusques 
après les festes de Pasques. 

Et, le vendredi saint et aouré, vint et yssy du ciel 
plusieurs grans esclas de tonnoirre, espartissemens et 
merveilleuse pluye, qui esbahit beaucop de gens, pour 
ce que les anciens dient tousjours que « nul ne doit 
dire hélas ! s'il n'a oy tonner en mars » . 

Et, après ce que dit est, ledit freppier, nommé Mar- 
tin de Goulongne, fut rendu par ladicte court de Parle- 
ment audit prevost de Paris et fut envoyé audit gibet 
le samedi de Quasimodo mil 1IIP= LXIX [15 avril]. 

Ou moys d'avril ensuivant, maistre Jehan Balue, 

1. Mardi de la semaine sainte (28 mars 1469, n. st.). 

2. C'est-à-dire un tondeur à grands ciseaux, un tondeur do 
draps sans doute. 

3. Cf. Arch. nat., registre cité, fol. 1, à la date du 29 mars 1168 

(V. st.). 



1469] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 227 

cardinal d'Angers, qui en peu de temps avoit eu de 
moult grans biens du roy et du pape par le moyen du 
roy, qui, pour l'avancer et faire si grant personnage 
comme de cardinal, et ouquel cardinal le roy se fioit 
moult fort, et faisoit plus pour lui que pour prince 
de son sang et lignage, et non aiant Dieu ne l'onneur 
et prouffît du roy ne du royaume devant ses yeulx, 
amena le roy jusques à Peronne, auquel lieu il le fîst 
joindre avec icellui de Bourgongne et leur fîst faire 
ensemble une telle quelle paix, laquelle paix fut jurée 
et promise entre les mains dudit cardinal, et puis voult, 
conseilla et ordonna que le roy yroit et acompagneroit 
ledit de Bourgongne jusques en la cité du Liège, qui 
par avant s'estoient eslevez et mis sus pour le roy 
contre ledit de Bourgongne et pour lui porter dom- 
mage. Et, au moien d'icelle alée du roy devant icelle 
cité, lesdiz Liegois et icelle cité furent ainsi murdris et 
destruis, tuez et fugitifz, que dit est devant; mais, qui 
pis est, le roy, messeigneurs de Bourbon, de Lion, 
Beaujeu et evesque dudit Liège, frères, et toute la sei- 
gneurie estant devant ladicte cité furent en moult 
grant danger d'estre mors et tous péris, qui eust esté 
la plus grant esclandre qui onques feust advenu ou 
royaume de France depuis la creacion d'icellui. Et, 
après que le roy s'en fut retourné devers Paris pour 
s'en retourner à Tours et autres lieux environ, il le 
garda de venir et entrer en sadicte bonne ville et cité 
de Paris et le fist passer à deux lieues près d'icelle, en 
cuidant par lui à ceste cause mettre ladicte bonne ville 
et cité, ensemble les subgetz d'icelle, en l'indignation 
du roy. Et, en faisant ledit voyage audit lieu de Tours 
et Angers par le roy, il fist content monseigneur son 
I 17 



228 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1469 

frère de son appanage et lui bailla pour icellui la duchié 
de Guienne et autres choses^, dont il se tint à bien 
content du roy. Et, voyant par icellui cardinal la paix 
et bonne union estre entre le roy et sondit frère, cuida 
derechef faire son effort de rebouter trouble et mal- 
vueillance entre le roy et autres seigneurs de son 
royaume comme devant avoit fait, car il envoya et mist 
sus message especial avecques lettres et instructions 
qu'il envoyoit audit de Bourgongne, en lui faisant assa- 
voir que ledit accord ainsi fait estoit du tout fait à sa 
confusion et destruction et n'estoit fait à autre tîn que 
pour l'aler destruire incontinent que le roy et sondit 
frère seroient assemblez, et que, pour soy garder contre 
eulx, lui estoit besoing et neccessité qu'il se meist en 
armes, comme devant avoit fait, et qu'il assemblast 
plus grant armée que onques n'avoit fait, et mouvoir 
guerre au roy plus que jamais, et autres grandes et 
merveilleuses dyableries qu'il escripvoit audit de Bour- 
gongne par ung sien serviteur, qui de sesdictes lettres 
et instructions qu'il portoit fu trouvé saisy^; et promp- 
tement furent portées au roy, lequel, tout incontinent 
ces choses par lui sceues, fut icellui cardinal prins et 
saisy et mené prisonnier à Montbason, où il y fut laissé 



1. Le duché de Guyenne, tel qu'il s'étendait au sud de la Cha- 
rente, les pays de Quercy, d'Agenais, de Saintonge, la -ville et 
gouvernement de la Rochelle, TAunis (Lettres données à Amboise 
au mois d'avril 1469 après Pâques, enregistrées au parlement de 
Paris le 27 juillet suivant. Lenglet, III, 93 et suiv.). 

2. Furieux de sa disgrâce et poussé par l'évêque de Verdun, 
Guillaume de Ilaraucourt, Balue prit en eilct une part active au 
vaste complot qui faillit ressusciter le Bien Public au printemps 
de l'année 1469 (voy. Précis de l'Hist. de Bourgogne, t. IV, p. 258 
et 342). 



1469] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 229 

en la garde de monseigneur de Torcy et autres^. 
Et après furent prins et saisis en la main du roy tous 
ses biens et serviteurs, et furent tous sesdiz biens prins 
par inventaire^, et lui furent baillez commissaires pour 
l'interroguer sur les cas et charges à lui imposez, c'est 
assavoir messire Tanguy du Ghastel, gouverneur de 
Roussillon, messire Guillaume Cousinot, mondit sei- 
gneur de Torcy et maistre Pierre d'Oriole, gênerai 
des finances, tous lesquelz besongnerent à l'interroguer 
et examiner sur lesdiz cas et charges^. Et, en après, le 
roy donna et distribua des biens dudit cardinal à son 
plaisir ; c'est assavoir sa vaisselle d'argent fut vendue ^ 

1. Montbazon, sur l'Indre, clép. d'Indre-et-Loire, arr. de Tours. 
— Jean d'EstouteviUe, seigneur de Torcy et de Blainville, con- 
seiller et chambellan du roi, grand maître des arbalétriers, était 
frère du prévôt de Paris (Anselme, VIII, 97 et suiv. Cf. Rondeaux 
et autres poésies du J7« siècle, publiés par Raynaud, Société des 
Anciens textes, Introd., p. xxxi et suiv.). 

2. L'inventaire des biens meubles du cardinal Balue est con- 
servé au ms. fr. 4487 de la Bibl. nat., parch. Par lettres datées 
des Montils-Iès-Tours, le 8 mai 1469, Louis XI commit Barth. 
Claustre, conseiller au Parlement, Henri Mariete, lieutenant cri- 
minel de la prévôté de Paris, et Jean Potin, examinateur au Chà- 
telet, à saisir les meubles du cardinal. Les commissaires s'adjoi- 
gnirent deux notaires au Ghàtelet, dont l'un fut précisément Jean 
de Roye (voy. Introd., p. xxm) et l'autre Henri Le Wast. C'est eux 
qui rédigèrent l'inventaire des biens appartenant au cardinal et 
aussi les dépositions de diverses personnes appelées à témoigner 
devant la commission. 

3. La commission, nommée le 8 mai 1469, comprenait encore 
le chaiacelier Jouvenel, le président Le Boulanger, Jean de la 
Driesche, Tristan l'Ermite et Guillaume AUegrin, conseiller au 
Parlement. Par contre, les patentes royales ne font pas mention 
du gouverneur de Roussillon (Copie d'un vidimus du prévôt de 
Paris au ms. fr. 4487, fol. 16 v°). 

4. L'argenterie de buffet et de cuisine, mise aux enchères 
publiques, fut adjugée à Jean Maciot, changeur, à Jean Le Fia- 



230 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1469 

et l'argent baillé au trésorier des guerres pour les 
affaires du roy, la tapicerie baillée audit gouverneur 
de Roussillon et la librarie audit maistre Pierre 
d'Oriole ; et ung beau drap d'or tout entier contenant 
xxiiii aulnes et ung quart, qui bien valoit xii'= escuz, 
et certaine quantité de martres sebelines et une pièce 
d'escarlate de Fleurence furent baillez et délivrez à 
monseigneur de Grussol, et ses robes et ung peu de 
mesnage fut vendu pour paier les frais des officiers et 
commissaires, qui a voient vacqué à faire ledit inven- 
taire * . 

Et, durans ces choses, le roy de Cécile et la royne sa 
femme vindrent pardevers le roy à Tours età Amboise, 
où ilec furent moult honorablement receuz de par le 
roy^. Et, après tout ce que dit est, le roy, monsei- 

ment, orfèvre, et à leurs compagnons, en présence de Jean Potin, 
de Noël Le Barge, conseiller et trésorier des guerres, et des 
notaires Le Wast et de Roye, pour une somme totale de 5,070 1. 
12 s. 7 d. t. {Ibid., fol. 27). 

1. Interpolations et variantes, § LXII. — La tapisserie, le linge, 
etc., estimés 538 1. 6 s. 6 d. p., furent donnés c?i garde à Tanne- 
guy du Ghastel. D'Oriole reçut du roi (également en garde) les 
quatre-vingt-cinq volumes, latins ou français, qui composaient la 
librairie du cardinal. M. Delisle en a publié la liste dans le Cabinet 
des mss. de la Bibl. impériale, 1, 79-83. A Louis, seigneur de Grussol, 
chevalier, sénéchal de Poitou et gouverneur général de l'artillerie, 
fut attribuée, en récompense de ses services militaires et autres, 
une pièce de drap d'or prisée 533 1. 10 s. p., une pièce d'écarlate 
d'Angleterre prisée 35 1. p., 32 martres zibelines « en timbre, »> 
estimées 16 1. 10 s. p. Les vêtements furent vendus 233 1. 4 s. p. 
et les meubles meublants 61 1. H s. 4 d. p. (Ms. fr. 4487, fol. 48-50). 

2. Louis XI séjourna à Amboise pendant les mois de juillet et 
d'août 1469. Le 10 juin de la même année, il enjoignait au Parle- 
ment d'entériner enfin les lettres par lesquelles le roi de Sicile 
était autorisé à sceller sur cire jaune (Vaesen, Lettres de Louis XI, 
III, 348). 



1469] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 231 

gneur de Bourbon et autres seigneurs* s'en tirèrent 
devers Nyort, la Rochelle et autres lieux environ, où 
ilz trouvèrent monseigneur le duc de Guienne, frère 
du roy ; et, en icellui voyage, moiennant la grâce de 
Dieu et de la benoiste vierge Marie, le roy et mondit 
seigneur de Guienne furent reiinis et mis en bonne 
paix et amour l'un avec l'autre^, dont moult grant joye 
fut incontinent espandue par tout le royaume, et pour 
ceste cause dit et chanté en saincte eghse Te Deum 
laudamus, fait les feux par toutes les bonnes villes, 
tables rondes dressées et de moult grans soûlas, esba- 
temens et joye prins. Et puis après, le roy s'en retourna 
à Amboise, pardevers la royne, qui, comme bonne, 
honneste et très noble dame, avoit fort tra veillé à 
traicter ladicte bonne paix et unyon, que Nostre Sei- 
gneur par sa saincte grâce et bonté vueille tousjours 
de bien en mieulx entretenir ^ ! 

Et puis fut délibéré par le roy et son grant conseil 
d'aler conquérir, prendre et avoir la conté d'Armai- 
gnac et la mettre en la main du roy, et promis de 
icelle bailler à mondit seigneur de Guienne. Et, pour 
ce mettre à execucion, y envoya le roy grant quantité 
de son artillerie, de ses gens de guerre et frans 
archers^. Et, pour ledit voyage faire et préparer 

1. Interpolations et variantes, § LXIII. 

2. Le roi était à Niort le 1" septembre. L'entrevue qui scella 
la réconciliation avec son frère eut lieu au Port-Braud, sur la rive 
gauche de la Sèvre Niortaise, les 7 et 8 septembre 1469 (Preuves 
de Goramynes, éd. Dupont, III, 260-268 ; Vaesen, ouvr. cité, IV, 
31, 34). 

3. Ce vœu indique que ce passage a été rédigé à une époque 
peu éloignée de l'événement. 

4. Les bonnes dispositions dont le comte d'Armagnac avait 



232 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1469 

ladicte armée, le roy se party dudit lieu d'Amboise 
pour aler jusques à Orléans, où il séjourna cinq ou 
six jours, et puis s'en retourna audit lieu d'Amboise ^ 

Et, peu de temps après, vint et arriva à Paris mon- 
seigneur de Ghastillon, grant maistre enquesleur et 
gênerai reformateur des eaues et forestz, pour prendre, 
recevoir et veoir les monstres de bannières des offi- 
ciers, gens d'estat et populaire de la ville de Paris ^. 

Et, le samedi mi® jour de novembre mil IIIP LXIX, 
fut leue et publiée par les carrefours de Paris, es lieux 
ordinaires en icelle ville, l'aliance et bonne union 
faicte entre le roy et le roy d'Espaigne^, laquelle lec- 
ture et publicacion fut faicte par maistre Jehan Le 

donné quelques preuves n'avaient pas tardé à se modifier. Aussi, 
dès le commencement de 1469, Louis XI délivra-t-il au comte de 
Dammartin, son lieutenant général dans le Midi, des lettres de 
commission pour rétablir la tranquillité publique que troublaient 
depuis trop longtemps les bandes armées des comtes de Foix et 
d'Armagnac, du duc de Nemours et du sire d'Albret. Le 13 mai, 
le roi enjoignait à son lieutenant de chasser du Rouergue les 
pillards qui infestaient cette province. Le 3 juin, dans la crainte 
qu'une action immédiate entamée contre le comte d'Armagnac 
ne nuisît au succès des négociations entamée? avec son frère, 
Louis XI contenait encore l'impatience du comte de Dammartin. 
Mais, quelques semaines plus tard, Jean V d'Armagnac était 
ajourné à comparaître devant le Conseil du roi, et, sur son défaut, 
la confiscation de ses biens était prononcée. — On trouvera aux 
Interpolations et variantes, § LXIV, de nombreux détails sur l'ex- 
pédition du comte de Dammartin. 

1. Orléans, 20-23 octobre 1469. Le 29 du même mois, Louis XI 
était de retour à Amboise (Itin. cité). 

2. Interpolations et variantes, § LXIV. 

3. Il s'agit sans doute d'un traité passé ontro Louis XI ot 
Henri IV, roi do Castille, pour assurer le mariage de Gliarles de 
France avec la fille de ce roi, Jeanne la Beltrancja (Vaesen, 
Lettres de Louis XI, IV, 53 et 64). 



Î469] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 233 

Cornu, clerc de la prevosté de Paris^, es présences 
des lieuxtenans criminel et civil de ladicte prevosté et 
de la pluspart des examinateurs ordinaires et extraor- 
dinaires dudit Chastellet. 

Et, depuis ce, le roy, monseigneur de Bourbon et 
autres seigneurs d'autour de lui se tindrent à Amboise 
et ilec environ et jusques au samedi xxiii® jour de 
décembre, oudit an mil IIIP LXIX, que monseigneur 
de Guienne, acompaigné des nobles de sa duchié en 
moult grant, belle et noble compaignie, arriva parde- 
vers le roy en son chasteau des Motifz lez Tours ^, qui 
de sa venue ot moult grant joye, et aussi orent la 
royne, madame de Bourbon et autres dames et damoi- 
selles de leur compaignie, qui, incontinent qu'ilz 
sçorent ladicte venue, se partirent dudit lieu d' Am- 
boise pour aler audit lieu des Motifz, pour aler veoir 
et festier ledit monseigneur de Guienne. 

Et, en ces entrefaictes, fut tout le pays d'Armaignac 
mis et rendu es mains du roy et sans effusion de sang, 
et tout délivré à monseigneur l'admirai et conte de 

1. A l'avènement de Louis XI, Jean Le Cornu obtint « la cler- 
gie » de la prévôté de Paris. Protégé par Jean Bourré, malgré de 
« hauts et outrageux » compétiteurs, il se maintint dans cette 
charge jusque vers 1472, époque à laquelle il aspirait au greffe 
du Chàtelet et faisait appuyer sa demande par Jean Le Prévost, 
qui écrivait à Bourré : « Il est bon homme, et croy que on faul- 
dra bien à y pourvoir mieulx... » (voy. un autographe de J. Le 
Cornu, Bibl. nat., ms. fr. 20488, fol. 6; cf. ms. fr. 20487, fol. 25, 
et Longnon, Villofi, Index, p. 296). 

2. Cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 67 et suiv. — La forme 
Motifz pour Montils n'est pas rare au xv' siècle. Au mois de 
novembre 1469, Louis XI séjourna à « Rougny », près Amboise, 
et à Tours, en l'hôtel de la Bezarde (Bibl. nat., ms. fr. 6758, 
toi. 83; comptes sur parch.). 



234 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1469-1470 

Dampmartin, comme gouverneur de ladicte armée 
pour le roy*. Et demourerent depuis ce le roy, mon- 
seigneur de Guienne, la royne, madicte dame de Bour- 
bon et autres de ladicte compaignie oudit chasteau des 
Motifz, faisans ilec de moult grans chères, et jusques 
après Noël, que mondit seigneur de Guienne s'en parti 
et print congié du roy et de toute sa compaignie et 
s'en ala et retourna à la Rochelle, à Saint-Jehan d'An- 
gely et autres ses pays voisins, pour ilec tenir ses estas 
et appoincter de ses offices et autres affaires de sondit 
pays et duchié de Guienne. 

Et après le roy s'en revint et retourna audit lieu 
d'Amboise où il se tint depuis par aucun temps', 
durant lequel il envoya ses ambassadeurs pardevers 
le duc de Bretaigne ; par lesquelz ses ambassadeurs il 
envoioit audit duc de Bretaigne son ordre nouvelle- 
ment mise et créé sus, afin que icelle il portast et jurast 
tout ainsi et selon que l'avoient prinse et jurée plu- 
sieurs autres princes et seigneurs de ce royaume^. Et 
ja soit ce que le roy lui eust fait cest honneur, neant- 
moins de prime face il la refusa et ne la voulut prendre 
ne accepter ; et disoit on que c'estoit pour ce que aupa- 
ravant ledit duc de Bretaigne avoit prinse la Toison 
d'or, en soy declairant amy, frère et alié du duc de 
Bourgongne ; pour quoy le roy se tint pour mal con- 
tent et non sans cause. Et, bientost après, le roy 
ordonna certaine quantité de gens d'armes de son 

1 . Le comte d'Armagnac no tenta pas de résister et s'enfuit à 
Fontarabie (fin décembre 1469), puis à Saint-Sébastien. 

2. Du 30 décembre 1469 à la mi-janvier 1470 (Itin. cité). 

3. Inlerpolaiions et variantes, § LXV. — L'ordre de Saint-Michel 
fut institué à Amboise le l" août 1469 {Ordonnances, XVII, 236). 



1470] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 235 

ordonnance et frans archers avecques partie de son 
artillerie, pour aler faire guerre audit duc de Bretaigne 
et à ses pays. Mais, avant le partement desdictes gens 
de guerre d'aler oudit pays de Bretaigne, fut donné 
delay audit dudit duc de Bretaigne de dix jours entiers, 
qui faillirent le xv® jour de février, pour donner au 
roy sa response de tout ce qu'il avoit intencion de faire 
et comment il se vouloit avecques lui gouverner^. 

Et, le mercredi xmi^ jour d'icellui mois de février, 
furent leues et publiées es carrefours de Paris le man- 
dement patent du roy signé : G. de Cerisaij, par lequel 
le roy mandoit au prevost de Paris qu'il estoit deue- 
ment acertené que le roy Edouart d'Angleterre et les 
princes, seigneurs et populaire dudit royaume, qui 
par long temps avoient esté en grant guerre et divi- 
sion entre eulx, avoient fait leur paix et pacificacion 
entr'eulx, et que tous iceulx, estans assemblez en 
conseil, avoient conclud, promis et juré de venir des- 
cendre en plusieurs et divers lieux de ce royaume, en 
entencion de y prendre, saisir et gaster villes, places, 
pays et forteresses et destruire ledit royaume et les 
habitans d'icellui, tout ainsi que autrefoiz ilz avoient 
fait. Pour lesquelles causes, et voulant par le roy de 
tout son povoir et puissance obvier aux dampnées et 
faulses entreprinses desdiz Anglois, ordonna son ban 
et arrière ban estre fait, et que par ledit prevost de 
Paris, toutes excusacions cessans, il contraignist vigue- 
reusement et sans aucun déport tous les nobles et non 
nobles tenans en fief et arrière fief, privilégiez et non 

1. Sur ces négociations avec la Bretagne et les conférences 
d'Angers, voir Dupuy, Hist. de la réunion de la Bretagne à la 
France, I, 242 et suiv. 



236 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

privilégiez, à estre tous en armes et habillement souf- 
fisant et en personne, sans y prendre ne recevoir 
aucun ou lieu d'eulx, dedens le premier jour de mars 
ensuivant, et sur peine de confiscacion de corps et de 
biens, en défendant de par le roy par lesdictes lettres 
audit prevost et tous autres de bailler ne recevoir 
aucune excusacion ou certifficacion pour iceulx tenans 
en fief ou arrière fief, sur |>eine de perdicion de leurs 
offices et de confiscacions de corps et de biens, et 
non obstant oppositions ou appellacions, et aussi en 
declairant les defaillans ou refusans estre ennemis du 
roy et avoir confisqué envers lui corps et biens, sans 
jamais le leur remettre ne pardonner. 

Et, ce mesme jour de mercredi, vint nouvelles à 
Paris que monseigneur de Bourgongne avoit esté veu 
en la ville de Gand, portant à l'une de ses jambes l'ordre 
de la Jarretière et sur lui la croix rouge, qui est 
l'ordre et enseigne dudit roy Edouart d'Angleterre ; 
et à ceste cause se demonstroit et declairoit ennemi 
capital du roy et du royaume et comme Anglois tenu 
et réputé^. 

En après, ledit seigneur de Bourgongne envoya à 
Tours ses ambasseurs pardevers le roy, lesquelz 
depuis y demourerent par certain temps, ilec atten- 
dans leur expedicion. Durant ces choses, le viconte et 

\. L'acte d'Edouard, roi d'Angleterre, constatant l'élection du 
duc de Bourgogne comme chevalier de la Jarretière, porte la date 
de Windsor, 13 mai 1469, mais le seigneur de Duras n'apporta 
l'ordre à Charles le Hardi que le 31 janvier 1470 (u. st.), à Gand 
(Lenglet, III, 99-101). Louis XI considéra l'acceptation du tUtc 
do Bourgogne comme une infraction au traité de Péronno, qui lui 
interdisait de conclure une alliance avec les Anglais sans le con- 
sentement du roi de France (Ibid., 77). 



I 



1470] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 237 

seigneur de Thouars en Polctou ala de vie à trespas, 
et lequel en son vivant avoit donnée et laissée sa suc- 
cession au roy, pour en joyr par lui incontinent après 
son trespas. Et pour icelle succession avoir et recueil- 
lir, le roy s'en parti pour aler oudit pays de Poictou, 
pour prendre, saisir et avoir ladicte succession d'icel- 
lui seigneur de Thouars ; à quoy faire le roy y demoura 
par tout le moys d'avriP. 

Oudit moys d'avril, ung nommé maistre Pierre 
Durant, qui estoit nepveu dudit cardinal d'Angers, 
lequel par long temps avoit esté détenu prisonnier ou 
chasteau de Mailly, eschappa des prisons dudit lieu et 
s'en vint jusques à Paris, où il y fut congneu par ung 
apoticaire nommé Chambetin, et fut derechef prins et 
saisy et mené prisonnier es prisons de la Concier- 
gerie du Palais royal, à Paris, où il y fut détenu 
jusques au xxvi* jour d'avril mil IIIP LXX après 

1. Les deux manuscrits de notre chronique portaient primitive- 
ment Villars au lieu de Thouars, mais la correction est ancienne. 
L'édition gothique et les suivantes donnent Villars. — Louis d'Am- 
boise étant mort le 28 février 1470, Louis XI s'empara aussitôt de 
sa succession en vertu d'un acte de donation en date du 25 janvier 
1462, déguisé sous les apparences d'une vente avec réserve d'usu- 
fruit au profit du vicomte de Thouars (Vaesen, Lettres de Louis XI, 
IV, 274). Au mois de mai 1470, le roi fit don à sa fille Anne de 
la vicomte de Thouars, en considération de son prochain mariage 
avec Nicolas, marquis de Pont (Arch. nat., P 1373', c. 2141, orig. 
parch.). Mais, cette union ayant été rompue, la donation fut annu- 
lée, et, considérant que ce fief était le plus important du Poitou 
— il contenait plus de 1,700 vassaux, s'étendait jusqu'à l'Océan et 
comptait en outre plusieurs îles — Louis XI le réunit au domaine 
(aux Forges, 27 octobre 1476; Ordonnances, XVIII, 208). La 
vicomte n'en fut pas moins restituée plus tard par Charles VIII 
aux La Trémoille, héritiers légitimes des d'Amboise. 



238 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

Pasques, qu'il fut tiré et mis hors desdictes prisons 
de la Conciergerie et baillé et délivré es mains des 
sergens et serviteurs du prevost des mareschaulx, 
pour mener où ordonné leur seroit. 

Ou mois de may ensuivant mil IIIPLXX, le conte 
de Warwik et le duc de Glairance avec leurs femmes, 
qui dechacez avoient esté par le roy Edouart d'An- 
gleterre, au moien de certains grans debas et ques- 
tions qui s'estoient meuz entre eulx, se mirent, eulx, 
leurs serviteurs et autres gens qu'ilz avoient peu 
recueillir, en plusieurs navires sur mer, jusques au 
nombre de iiii^^ navires, et s'en vindrent prendre terre 
en Normendie jusques à Konnefleu et Harfleu*. Et ilec 
ilz trouvèrent monseigneur l'admirai qui les recueilli, 
et bouta lesdiz de Waruic, de Clairence, le conle de 
Watsonford- et leurs dames et damoiselles, avecques 
ung peu de leur privée mesgnée. Et, au regard des 
navires, ilz se retrairent depuis, et ceulx estans 
dedens es hables de Honnefleu [et] à Barfleu^. Et, en 
après, aussi se deslogerent les dames et damoiselles 

1. Georges d'York, duc de Glarence, frère d'Edouard IV, avait 
épousé le 11 juillet 1469 Isabelle, fille du comte de Warwick et 
d'Anne Beauchamp. Warwick, voyant baisser de plus en plus le 
crédit dont il avait joui auprès du roi Edouard, entraîna Gla- 
rence à la rébellion; après un succès éphémère et une réconci- 
liation apparente avec le roi, ils soulevèrent une nouvelle révolte. 
A la fin du mois de mars 1470, ils étaient décrétés de prise de 
corps et s'embarquaient pour Calais, dont le comte de Warwick 
était capitaine. Mal accueillis par lord Weulok, lieutenant de 
Warwick, les fugitifs durent chercher un refuge en Normandie, 
non sans avoir saisi en route plusieurs navires bourguignons. 

2. Le comte de Waterford (?). 

3. Le havre de Barfleur est auj. dans le dép. de la Manche, 
à i'extrémit(^ du Gotentin. 



1470J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 239 

et leur train, et s'en alerent à Valongnes\ où leur 
logis leur fut ordonné. 

Et, bientost après ces choses, le duc de Bourgongne, 
sachant ce que dit est, escripvy lettres missives à la 
court de Parlement, par lesquelles il leur mandoit 
qu'il avoit sceu que le roy avoit recueilly ledit de 
Waruik en aucunes villes de son royaume es marches 
de Normandie, qui estoit aie contre l'appoinctement 
fait à Peronne entre le roy et lui, en priant et exhor- 
tant ausdiz de Parlement qu'ilz voulsissent remonstrer 
ces choses au roy, à ce qu'il ne favorisast ledit de 
Waruyk et ceulx de sadicte compaignie, qu'il disoit 
estre son ennemy capital et dudit royaume, ou autre- 
ment il le yroit quérir quelque part qu'il le peust 
savoir en France, pour en faire à son bon plaisir-. 
Et, nonobstant ce, ledit de Waruik séjourna etdemoura 
depuis certain temps, durant le mois de juing, audit 
Honnefleu^. Et, durant ce temps, plusieurs gens de 

1. Valognes, auj. dép. de la Manche, aune douzaine de kilom. 
de la mer. — ; « Vous me faictes enrager de mettre et laisser les 
dames si près de Seyne et de ces marches. Et, pour ce, je vous 
prie, faictes qu'elles aillent plus bas, et me deust il couster le 
double des despens, car je les paierai voulentiers » (Louis XI à 
Goncressault et à Bourré, d'Amboise, le 19 mai, dans Vaesen, 
IV, 112. Cf. l'Instruction aux mêmes, imprimée par Lenglet, 
m, 124 et suiv.). 

2. Voy. le texte des lettres du duc de Bourgogne aux gens du 
Parlement de Paris et au roi de France en date des 25 et 29 mai 
1470 (Lenglet, lU, 120). 

3. Louis XI fut peu ravi de voir Warwick amener en Norman- 
die tout un convoi de navires enlevés à des sujets du duc de 
Bourgogne. « Jamais, » écrit-il au seigneur de Goncressault et à 
Bourré, « je ne seray à mon ayse tant que je sache au certain 
que tous leurs navires soient partiz et qu'il n'en soient demouré 
ung tout seul, » etc. (Vaesen, IV, 111). 



240 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

guerre de l'ordonnance du roy deslogerent de leurs 
garnisons et s'en vindrent, gastant tout le plat pays, 
loger et eulx mettre en plusieurs villes et places sur 
les marches de Normandie et Picardie ^ . 

Oudit moys de juing advint que deux hommes de 
guerre de ladicte ordonnance, soubz la charge de 
monseigneur le connestable, tuèrent et murdrirent 
deux jeunes clers du trésorier des guerres en pleine 
Beausse, pour avoir l'argent qu'ilz port oient pour le 
paiement des gens d'armes. Et, peu de temps après, 
furent prins et saisis à Honnefleu et d'ilec menez par- 
devers mondit seigneur le connestable en la ville de 
Meaulx, où ilz, à deux arbres et sur deux divers che- 
mins, furent pendus et estranglez. 

En ces entrefaictes, le roy se tint et séjourna à 
Tours, à Amboise, Vendosme et autres lieux près 
d'ilec^, pardevers lequel lesdiz Anglois alerent; et 
aussi y fut et ala la royne d'Angleterre et le prince de 
Galles son filz^. Et, ilec tous arrivez, fut pourparlé 
entre eulx de la matière pour quoy ilz estoient ilec 
tous venus et arrivez. Et depuis s'en retournèrent 

1. Précisément à la date du 29 mai 1470, Louis XI notifia aux 
Lyonnais et aussi aux habitants d'Honfleur une ordonnance qu'il 
venait de rendre dans le but de réprimer les excès des gens de 
guerre (Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 119 et suiv.). 

2. Mai et juin 1470. 

3. Il s'agit de la reine Marguerite d'Anjou, femme d'Henri VI 
de Lancastre, dont Warwick avait abandonné la cause. Louis XI 
réussit à réconcilier l'altière princesse et le a faiseur de rois » et Qt 
le mariage d'Edouard, prince de Galles, avec la seconde iille du 
comte (25 juillet 1470; Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 131). Le 
23 juin, le roi de France écrit à Henri, roi de Gastille, que, la reine 
d'Angleterre ayant sollicité son assistance contre Edouard de la 
Marche (Edouard IV), il s'est déclaré contre ce dernier (Ibid., 123), 



1470] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 241 

lesdiz Anglois à Honnefleu, à Valongnes, Saint-Lo et 
autres lieux en Normendie. 

Durant ce que dit est, le duc de Bourgongne fist 
prendre et mettre en sa main toute la marchandise 
qu'il avoit en ses pays appartenant aux marchans de 
France, jusques à ce que les marchans de ses pays 
eussent eu restitution d'aucuns biens prins sur mer 
par lesdiz Anglois^. 

Oudit temps, et le samedi derrenier jour de juing 
mil JIIPLXX, environ entre deux et trois heures de 
matin, la royne acoucha ou chasteau d'Amboise d'un 
beau fîlz, qui ilec fut baptisé- et nommé Charles par 
monseigneur l'arcevesque de Lyon, avecques le prince 
de Galles, fiiz de Henry jadiz roy d'Angleterre et pri- 
sonnier détenu par Edouard, roy dudit pays d'Angle- 
terre. Et la commère fut madame Jehanne de France, 
duchesse de Bourbon. Et de ladicte nativité fut grant 
joye faicte et espandue par tout le royaume de France, 
et en furent chantez en divers lieux Te Deum lauda- 

1. Dès le 19 mai, Louis XI écrivait à Bourré : « Je vous baille 
charge d'envoler incontinent devers les gens de Mgr de Bour- 
gongne, et leur mandez que je vous ay envoyé pardellà (à Hon- 
fleur) pour recouvrer tout ce que vous pourrez trouver des biens des 
subgectz de mond. seigneur de Bourgongne » fVaesen, IV, 112). 
Charles le Hardi ne voulut rien entendre, et, le 12 juin 1470, 
il édicta à Middelbourg la mesure inique dont il est question 
ici (IbicL, 126. Cf. Chastellain, Y, 454 et suiv.). Le 1" juillet, 
Louis XI interdisait aux gens de Troyes d'user de représailles en 
arrêtant les marchands bourguignons (Vaesen, IV, 125 et suiv.). 
Enfin, le 28 septembre, une circulaire adressée aux villes du 
royaume et particulièrement aux Lyonnais faisait défense aux 
marchands du royaume de se rendre en Flandres ou d'envoyer 
des marchandises en aucun des pays du duc de Bourgogne (Ibid., 
IV, 146 et suiv.). 

2. Dans l'église Saint-Florentin. 



242 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

7nus et autres belles louenges à Dieu, les feux faiz 
parmy les rues, tables rondes et autres grans joies et 
esbatemens. 

Et, tantost après ladicte nativité, le roy de Cécile, 
monseigneur de Guienne, monseigneur de Bourbon, 
de Lion, Beaujeu et autres s'en alerent à Angers, à 
Saumur, le Pont de Sée et autres lieux ilec environ, 
pour trouver pacificacion et accord avecques le duc 
de Bretaigne sur aucune question qui estoit entre le 
roy et ledit duc de Bretaigne ^ Et ilec demourerent 
par certain temps et jusques à ce que appoinctement 
s'i trouva et fut fait entr'eulx; et puis le roy s'en 
retourna pardevers la roy ne à Amboise-. Après ledit 
accord ainsi fait, furent envoiez ambaxadeurs dudit 
duc de Bretaigne pardevers ledit de Bourgongne, et 
lui furent rendus le seel et aliance qui estoit entre 
eulx ; de quoy ledit de Bourgongne se courrouça fort, 
quant il apparceut l'accord du roy et dudit de Bre- 
taigne^. 

■1 . Il s'agissait de réclamations élevées par le duc de Bretagne 
contre certaines prises faites sur mer au détriment de ses sujets, 
prises amplement compensées par des actes de piraterie com- 
mis par des Bretons contre des marchands rouennais (voy. 
Lenglet, III, 125-139). — « Le roy, dit Ghastellain, laboroit jour 
et nuit pour séparer le duc breton de l'amistié du duc de Bour- 
gongne et pour l'avoir devers luy : de quoy toutefois il ne povoit 
flner à son gré. Mais enfin tant pratiqua devers luy que le duc de 
Bretagne luy promit amour, service, assistance et alliance envers 
tous et contre tous, réservé le duc de Bourgongne » (V, 461). 

2. Il avait quitté Amboise pour l'Anjou le 4 juillet. Il y rentra 
le 13 août (Itin. cité). 

3. Louis XI, qui ne désirait pas la guerre, finit par se conten- 
ter des excuses que les ambassadeurs bretons firent valoir en 
faveur du duc François II, dont les intrigues avec l'Angleterre et 
la Bourgogne avaient été aggravées par son refus d'accepter le 



1470] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 243 

Durant ce que dit est, le conte de Waruik, dont 
devant est parlé, qui estoit oudit pays de Normendie, 
cuidant soy en retourner en son pays d'Angleterre, fut 
ordonné et estably sur mer de par ledit de Bour- 
gongne plusieurs beaulx et grans navires de guerre 
comme hurques, galées* et autres navires en grant 
quantité, tous fort avitaillez et garnis d'artillerie et 
gens de guerre, d'Anglois, Bourguignons, Picars et 
autres^, et singlerent en mer tellement qu'ilz s'en vin- 
drent arriver et entrer sur la coste de Normendie 
environ la fosse de l'Eure^, cuidans trouver et ren- 
contrer ledit de Waruik et sa compaignie pour les 
desconfire. Et ilec demourerent à l'anchre par certain 
long temps, pendant lequel le roy, qui estoit à Am- 
boise, s'en parti et ala au Mont Saint-Michel en pèle- 
rinage. Et, après icellui fait et acomply, s'en revint et 
retourna à Avranches, Tombelaine, Constances, Gaen, 
Honnefleu et autres places de Normandie^, et ilec, sur 
la coste de la mer, fist aussi arriver et avitailler sa nef, 

collier de l'ordre de Saint-Michel, récemment créé par le roi de 
France (D. Taillandier, Histoire de Bretagne, II, 112). 

1. Les hurques ou hourques étaient des navires de transport à 
fond plat, à poupe et à proue arrondies ; les galées, des vaisseaux 
longs, étroits, marchant surtout à rames. (Godefroy, Dictionn. de 
l'anc. langue française.) 

2. « De celle flotte du duc de Bourgongne furent chiefz le sei- 
gneur de la Vere, Zellandois, le seigneur de la Gruthuse, le sei- 
gneur de Halluin et aucuns autres, et estoient bien xxxvi navires » 
(Bibi. nat., Chronique citée, ms. fr. 20354, fol. 200). 

3. A l'embouchure de la Seine, rive droite. La baie de l'Eure, 
devenue une plaine marécageuse, plus tard desséchée, est occu- 
pée maintenant par un quartier de la ville du Havre. 

4. Tombelaine est une petite île voisine du Mont-Saint-Michel. 
Louis XI quitta Amboise le 21 août 1470 et arriva au Mont le 28. 
Il regagna Avranches le 31 août et parvint à Caen le 10 septembre. 

I 18 



244 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

la nef monseigneur l'admirai, la nef de Colon ^ et autres 
plusieurs beaulx navires, dedens lesquelz se mirent et 
boutèrent lesdiz de Glairence, de Waruic et ceulx de 
leur compaignie, avecques aucuns frans archers et 
autres gens de guerre que le roy lui avoit baillez pour 
leur seureté et conduite^. Et, incontinent qu'ilz furent 
ainsi montez que dit est, près de partir et singler en 
mer, lesdiz Bourguignons, Anglois, Picars et autres, 
voians qu'ilz avoient longuement esté à l'encre sans 
avoir riens fait et mengié tous leurs vivres, retirèrent 
leursdiz anchres et s'en retournèrent à leur duc sur 

1 . « Noble homme Guillaune de Gasenove, dit Goullomb, ecuyer , 
vice amiral de France, maître enquêteur et reformateur des eaux 
et forests du roi en Normandie et Picardie (Bibl. nat., ms. 
fr. 20492, n° 904, et ms. fr. 20493, n» 935, parch.). Sur ce grand 
homme de mer, voir la notice que lui a consacrée M. Harrisse 
{Les Colombo de France et d'Italie, fameux marins du XV' siècle. Paris, 
1874, in-4o). Guillaume de Gasenove avait épousé Guillemette Le 
Sec et mourut vers 1482. Au mois de décembre 1470, le capitaine 
des navires du roi se nommait Raoul Payan (Bibl. nat., ms. 
fr. 6759, fol. 74; compte sur parch. Cf. ms. fr. 20490, fol. 98). 

2. Interpolations et variantes, § LXVI. — Louis XI eut mille 
peines à se débarrasser de ses hôtes. Il avait beau leur faire 
remettre de l'argent, payer les arcs, trousses et brigandines que 
Warwick avait commandés à Rouen et à Paris, « afin qu'il ne 
prengne son excuse sur ce, » les Anglais ne partaient pas. Le 
21 août, Tanneguy du Ghàtel écrit de Valognes à Jean Bourré 
que les gens du comte refusent de regagner Bartleur, et disent en 
pleine rue qu'ils ne se battront pas si on ne leur donne de l'argent. 
Warwick lui-même avait engagé partie de ses biens meubles 
(Bibl. nat., ms. fr. 20486, fol. 6, orig. Gf. ms. fr. 20489, fol. 17), et 
d'autre part, il n'osait prendre la mer par crainte des vaisseaux 
bourguignons. « Si luy tarda fort et annuya; aussy fit il au roy 
Loys, qui volentiers en eut esté quite, car en avoit grans frais 
sur ses bras et grandes constances » (Ghastellain, V, 468). Pour 
accompagner Warwick, l'amiral fut mis à la tête de soixante 
navires français. 



1470] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 245 

trayne boyau et sans avoir riens fait; de quoy il eut 
bientost ris son saoul, pour ce qu'ilz avoient perdu 
grant temps et si avoit beaucop fraie et despendu à 
ravitaillement desdiz navires et au soudoy desdiz gens 
de guerre*. 

Et, ce fait, ledit de Waruic acompaigné comme 
dessus, entrèrent en mer et orent vent propre et à 
gré, tel que en peu de temps ilz vindrent arriver oudit 
royaume d'Angleterre, et descendirent et arrivèrent 
iceulx navires à Plemue et Dertemue à heure de nuit^. 
Et, tout incontinent qu'il ot mis le pié à terre, il 
envoy[a] à dix mil dedens ledit pays d'Angleterre par 
aucuns de ses gens prendre et saisir ung baron d'An- 
gleterre qui estoit en son lit couchié et qui ne pensoit 
point à ladicte descendue, et l'amenèrent au matin 
pardevers ledit Waruik ; auquel baron, incontinent lui 
arrivé, fut mise la teste hors de dessus les espaules. Et 
après s'en ala hors dudit lieu [de] Dertemue à Bristo^, 
où il fut bien recueilly ; et ilec avoit laissé son artil- 
lerie et de ses bagues, quand il s'en ala en Normandie. 
Et, après qu'il ot recouvré ces choses et avant qu'il 
feust trois jours, il vint et arriva pardevers lui plus 

1. Interpolations et variantes, § LXVII. 

2. « Dieu voulut ainsi disposer des choses que ceste nuict 
sourdit une grande tourmente et telle qu'il fallut que l'armée dud. 
de Bourgongne fuyst, et coururent les ungs des navires en 
Escosse, les aultres en Hollande, et en peu d'heures après se 
trouva le vent bon pour led. conte, lequel passa sans péril en 
Angleterre » (Gommynes, éd. Dupont, I, 242). Il débarqua à Ply- 
mouth et à Dartmouth (comté de Devon) le 13 septembre 1470. 
Le convoi rendu à bon port, l'amiral français retourna en Nor- 
mandie (Ghastellain, V, 469). 

3. Bristol, au fond du golfe du même nom, sur la côte occiden- 
tale d'Angleterre. 



246 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

de LX"* hommes en armes, pour le servir et vivre et 
mourir pour lui. Il se mist dessur les champs, tous- 
jours cerchant à trouver ledit Edouart, et fut plus de 
quinze jours après sadicte descendue avant qu'en 
France on peust avoir autres de ses nouvelles*. 

Après les choses dessusdictes, le seigneur d'Ar- 
gueil, filz du prince d'Orenge, qui estoit domestique 
et le plus prouchain dudit Bourguignon, et qui estoit 
marié à la seur de monseigneur de Bourbon , s'en 
party et embla d'autour dudit de Bourgongne et s'en 
vint et retray pardevers le roy, qui bien le recueilly^. 
Et, quant ledit duc sçot ledit partement, il cuida enra- 
ger et crever de dueil, et, en la présence de ladicte 
ambaxade de Bretaigne, ledit duc de Bourgongne 
declaira ledit seigneur d'Argueil avoir confisqué envers 
lui corps et biens, et puis fîst arraser et abatre toutes 
les places et chasteaulx qu'il avoit en ses pays. 

En après, le xiiii^ jour d'octobre, oudit an mil 
IIIP LXX, le roy envoya ses lettres patentes à Paris, 
qui y furent leues et publiées par les carrefours 
d'icelle, presens les lieuxtenant criminel de la prevosté 
de Paris et plusieurs des examinateurs d'icellui Chas- 

1. Dès le 26 septembre, treize jours après le débarquement de 
Warwick sur la côte d'Angleterre, Louis XI annonçait aux gens 
d'Harfleur la nouvelle de ce succès (Vaesen, Lettres de Louis XI, 
IV, 143). Trahi par le marquis de Montagu, frère du comte de 
"Warwick, auquel il avait confié la défense de sa cause, le roi 
Edouard IV faillit se laisser surprendre à Doncaster. Il n'eut que 
le temps de s'enfuir à Lynn, où il s'embarqua pour la Hollande 
le 29 septembre. 

2. Jean II de Ghalon, seigneur d'Arguel, prince d'Orange à la 
mort de son père Guillaume VIII (28 septembre 1475), mourut le 
25 avril 1502. Il épousa Jeanne, tille du duc Charles de Bourbon 
et sœur du duc Jean U. 



1470J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 247 

tellet. Et, par lesdictes lettres, estoit contenu l'aliance 
faicte du roy et du roy Henry d'Angleterre, en man- 
dant par lesdictes lettres tous Anglois laisser venir et 
descendre en ce royaume pour leurs afaires et mar- 
chandises, sans saufconduis ne autre seureté, comme 
les subgetz de France, sauf en ce non comprins Edouart 
de la Marche, nagueres roy dudit royaume d'Angle- 
terre, ses aliez et complices. 

Et à ce jour et depuis vindrent certaines nouvelles 
en France que lesdiz de Clairence, Warwyk, qui ainsi 
estoient sur les champs et en armes oudit royaume 
d'Angleterre, cuidans trouver ledit Edouart, prospé- 
rèrent ilec tellement que tous les princes, seigneurs, 
nobles, prelas, bourgois et commune dudit pays d'An- 
gleterre, et singulièrement tout le populaire de Lon- 
dres, vindrent au devant dudit Warwyk, et tournèrent 
le dos audit Edouart et vindrent mettre à pleine déli- 
vrance ledit roy Henry, qui par long temps avoit esté 
détenu en captivité de prison par ledit Edouart, et 
lui rebaillerent derechef la possession et joyssance 
dudit royaume ; et fut fait ledit de Waruik gouvernant 
dudit royaume •. Et puis s'en vindrent tous en la cité 
de Londres, faisans grans chères ; et ilec et aussi 
oudit royaume furent mis à pleine délivrance tous 
François, qui ilec estoient prisonniers, et renvoiez en 
France quittement. Et si fist ledit Waruic prendre et 
saisir tous les biens appartenans aux subgetz dudit 

1. Henri de Lancastre, à demi insensé, était depuis plus de cinq 
années enfermé dans la Tour de Londres. Restauré le 9 oc- 
tobre 1470, il fut, comme le dit Ghastellain, « une ombre en une 
paroi et un seigneur comme que l'on buCfette as yeux bandés » 
(V, 490). 



248 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

de Bourgongne et mettre en arrest et en ses mains. 
Et puis ledit Edouart, voyant qu'il estoit seul demouré 
et du tout habandonné, s'enfouy et wida hors ledit 
royaume et s'en vint à recours audit duc de Bour- 
gongne son beau frère ; et audit royaume d'Angleterre 
demoura sa femme et mesnage. 

En après, le roy, qui par long temps n'estoit bou- 
gie de Tours et Amboise, -meu de bonne devocion, 
s'en party et ala à Nostre-Dame de Celles en Poictou, 
où il séjourna ung peu^, et retourna audit lieu d'Am- 
boise. 

Oudit moys de novembre, le roy envoya à Paris ses 
lettres patentes, par lesquelles il mandoit aux nobles, 
clers et laiz de la ville de Paris qu'ilz feissent proces- 
sions et loenges à Dieu et à la Vierge Marie, et toutes 
œuvres cessans, par l'espace de trois jours, en louant 
et merciant Dieu nostre créateur, la benoiste Vierge 
Marie, et tous sains et sainctes de paradis de la bonne 
victoire que avoit eue Henry de Lencastre, roy d'An- 
gleterre, de sondit royaume, à l'encontre de Edouart 
de la Marche, qui longuement sur lui Tavoit usurpé à 
la faveur dudit duc de Bourgongne, et aussi de la 
bonne paix et union qui faicte estoit entre le roy et 
ledit roy Henry d'Angleterre. Laquelle procession fut 
faicte et acomplie ainsi que le roy l'ot mandé ; et tout 
ainsi en fut fait par toutes les bonnes villes de ce 
royaume^. 

1. Louis XI se rendit à Notre-Dame de Celles (auj. Deux- 
Sèvres, arr. de Melle) vers le 20 octobre, pour accom})lir un va-u 
qu'il avait fait afin d'obtenir le rétablissement de Henri VI (lettre 
aux Kémois du 19 octobre, dans Vaesen, IV, 153 et suiv.). 

2. n Et se baignoit le roy Loys en roses, ce luy sembloit. 



1470] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 249 

En après, le roy escripvy autres lettres par lesquelles 
il mandoit à Paris qu'il y envoioit la royne d'Angle- 
terre, femme dudit roy Henry, avecques son filz le 
prince de Galles et sa femme, fille dudit conte de War- 
uyk, avecques la femme dudit de Waruic, mère de la 
femme dudit prince de Galles, la dame de Willechere 
et autres dames et damoiselles de la compaignie d'icelle 
royne d'Angleterre. Laquelle royne d'Angleterre y vint 
et arriva audit lieu de Paris, acompaignée comme dit 
est^ Et estoient à l'acompaigner, de par le roy, les 
contes d'Eu, de Vendosme et de Dunoys, monseigneur 
de Chastillon et autres plusieurs nobles hommes. Et 
furent et yssirent hors de ladicte ville de Paris, pour 
aler et estre au devant de ladicte royne, et du com- 
mandement exprès du roy, le prélat et evesque de 
ladicte ville, l'Université, la court de Parlement, le pre- 

d'oyr ceste bonne aventure, car estimoit bien par ce moyen le 
royaume d'Angleterre estre pour Warwyc et par conséquent for- 
trait de la main du duc de Bourgongne, qui en menaçoit toute 
France. Sy en fit le roy grand joie et grand feste... » (Gbastel- 
lain, V, 487). M. Vaesen a imprimé, dans ses Lettres de Louis XI, 
t. IV, p. 152, la lettre-circulaire dont il est question ici. On y 
retrouve les expressions mêmes dont se sert notre chroniqueur. 
1. Marguerite d'Anjou était la cousine germaine de Louis XI, 
et comme fille du roi René et comme femme de Henri VI, fils de 
Catherine de France, sœur de Charles VII. Edouard, fils de 
Henri VI, avait, on l'a vu, épousé récemment Anne Neville, née 
en 1451 du mariage du comte de Warwick avec Anne Beau- 
champ. — Éléonore, lady Wiltshire, était la sœur d'Edmond 
Beaufort, duc de Somerset, et la seconde femme de James Bute- 
ler, comte de Wiltshire, exécuté après la bataille de Tow- 
ton (1461) (Dugdale, the Baronage of England, 1675, in-fol., II, 
235). Le 13 novembre, Louis XI écrivait d'Amboise au grand 
maître : « La royne d'Angleterre et madame de Warvic s'en 
yront demain » (Vaesen, IV, 171). Leur entrée à Paris eut donc 
lieu vers le miheu du même mois. 



250 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1470 

vost de Paris et suppostz du Chastellet, le prevost 
des marchans, les eschevins, marchans, bourgois, 
manans et officiers d'icelle ville, tous moult honnora- 
blement et en habitz honnestes, et en moult grant et 
merveilleux nombre. Et entra en icelle ville par la 
porte Saint-Jaques ; et par toutes les rues par où elle 
passa avoit de moult belles tapisseries et tentes au 
long desdictes rues, depuis ladicte porte par où elle 
passa jusques au Palais, où son logis lui fut moult 
honnorablement apresté. 

En ce temps, fut amenée à Paris ^ toute la belle 
artillerie de Tours, que le roy y avoit, laquelle fut mise 
et descendue au chasteau du Louvre. 

Oudit temps aussi, le roy escripvy aux prevost des 
marchans et eschevins de ladicte ville de Paris que 
son plaisir, voulenté et intencion estoit de faire et tenir 
la feste de son ordre en ladicte ville de Paris, et que, 
pour ceste cause et pour estre à icelle feste, y amene- 
roit tous les seigneurs de son sang, qui y vendroient 
et seroient à grant compaignie de gens, et que, pour 
ceste cause, les manans et habitans de ladicte ville 
feussent contens qu'ilz y feussent logez et hébergez par 
fourriers, ce qui leur fut accordé. 

En ce temps aussi, qui estoit le mois de décembre, 
messire Artus de Longueval, chevalier-, et autres 

1. En provision de l'ouverture des hostilités contre la Bour- 
gogne (cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 182 et suiv.). 

2. Artus de Longueval, seigneur de Thenelles, etc., conseiller 
et chambellan du roi et son bailli d'Amiens, Uls de Renaud de 
Longueval et de Jeanne de Montmorency, mort en 1490, épousa 
successivement Jeanne de Contay et Françoise du Breuil (J. de 
Wavrin, III, 53. Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 1743, doss. Longue- 
val, en Picardie, et vol. 758, doss. GhoHct de la Choletière). 



1471] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 251 

gentilzhommes entrèrent pour le roy en la ville de 
Saint-Quentin en Vermendoys, du bon vouloir des 
habitans dudit lieu. Et puis, le x® jour dudit moys, 
monseigneur le connestable vint et entra pour le roy 
en ladite ville, à tout ip lances et les archers ^ Et, 
d'icelle entrée, le xiiii^ jour dudit moys ensuivant, 
maistre Jehan de la Driesche, trésorier de France, 
maistre Robert Fessier^, maistre Pierre de Boienval 
et autres officiers de mondit seigneur le connestable 
firent faire ung cry publique à son de trompe à la table 
de marbre, au palais royal, à Paris, en faisant savoir 
la prinse et entrée ainsi faicte oudit Saint-Quentin par 
mondit seigneur le connestable, et que de ce on mer- 
ciast Dieu, en lui priant de donner bonne prospérité 
au roy et audit connestable, stipulant pour lui au recou- 
vrement de ses autres villes et pays engaigez, qu'il 

1. Interpolations et variantes, § LXVIIL — Wavrin dit (III, 
53 ss.) que les seigneurs de Petit-Moy, de Sains, de Thienelles et 
autres gens du comte de Saint-Pol, qui se tenait alors à Ham, 
à 4 lieues de Saint-Quentin, vinrent sommer cette dernière ville 
le 6 janvier 1471 (n. st.). Ils y pénétrèrent du gré des habitants, 
surtout de ceux du commun, qui « cryerent Noël à leur venue et 
en firent grant feste. » Jean de la Viesville, bailli bourguignon de 
Saint-Quentin, dut se retirer devant cette manifestation popu- 
laire. Le connétable consulté conseilla aux gens de Saint-Quentin 
de tenir le parti du roi de France et s'engagea à les faire affran- 
chir d'impôts pendant seize années. Ils consentirent donc à rece- 
voir dans leurs murs une grosse compagnie de Français, que le 
connétable rejoignit peu après. — Wavrin fournit la date véri- 
table de la reddition de Saint-Quentin ; si elle avait eu lieu en 
décembre, comme le veut la Scandaleuse, le roi n'eût pas attendu 
le l'J janvier pour en remercier les habitants (Vaesen, Lettres de 
Louis XI, IV, 185). 

2. Robert Fessier, Ucencié es lois, était lieutenant de Jean de 
la Driesche, président-clerc de la Chambre des comptes. 



252 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1471 

avoit intencion de recouvrer et mettre hors des mains 
de Charles, soy disant duc en Bourgongne ; et ainsi le 
contenoit ledit cry. 

Ou moys de janvier ensuivant, le roy, qui se estoit 
party d'Amboise pour venir à Glery et Orléans, s'en 
party pour venir ou pays de Beausse et vint coucher 
au Puiset. Et, le lendemain, s'en ala au giste à Paloi- 
seau, près de Montlehery, et le lendemain vint à dis- 
ner à Seaulx le Grant, en ung hostel qui appartient à 
maistre Jehan Baillet, maistre des requestes ordinaire 
de l'ostel du roy, et d'ilec s'en vint au giste à Paris, en 
son hostel des Tournelles^. Et, avecques ce aussi, y 
vindrent la royne, madame de Bourbon et autres plu- 
sieurs dames et damoiselles en leur compaignie. Et 
demoura le roy à Paris jusques au samedi xxvf jour 
dudit moys, qu'il s'en party pour s'en aler à Senlis, à 
Gompiengne et autres lieux voisins, où estoit la plus- 
part de toute son armée contre ledit duc de Bour- 
gongne. Et, après lui, fut menée par eaue et par terre 
grant quantité de son artillerie et menée à Gompiengne, 
Noyon et ailleurs ou pays de Picardie et Flandres^. 

1. Louis XI quitta Amboise vers le 10 janvier 1471, passa le 12 
à Gléry et séjourna à Orli'ans du 13 au 16. Le 18, il coucha au 
Puiset (Eure-et-Loir, cant. de Janville) et le 19 à Chastres (auj. 
Arpajon), et non à Chartres, comme le voudrait M. Vaesen, Lettres 
de Louis XI, IV, 187. II dut arriver le 21 à Sceaux, chez Jean 
Baillet, qui était seigneur du lieu, et auquel, en mars 1474, v. st., 
le roi, considérant ses nombreux services, fit abandon du droit 
de haute justice sur cette seigneurie, avec réserve des foi et 
hommage dus à la couronne à cause du Chàtelet de Paris et i au 
devoir d'un chien espaignul à chascune muance de seigneur et de 
vassal » (Arch. nat., reg. des bannières du Chàtelet de Paris). 

2. Les comptes sur parchemin conservés au ms. fr. 6759 de la 
Bibl. nat., fol. 75 et suiv., témoignent de l'activité déployée par 



1471] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 253 

Et puis fut crié à Paris par les carrefours de ladicte 
ville, à son de trompe, que tous les francs archiers de 
risle de France et aussi tous les nobles feussent tous 
prestz et en leurs habillemens pour suivre et aler 
avecques le roy en ladicte armée. Et durant ce temps 
fut faicte à Paris moult grande quantité de pouldre à 
canon et serpentines pour fournir à ladicte guerre. 

En ce temps, avoient esté envolez de par le roy sire 
Ghristofle Paillart, seigneur des Comptes, et sire Jaques 
Hesselin, contreroleur du grenier à sel à Paris, en la 
ville d'Auxerre, pour sommer les habitans d'icelle de 
eulx et ladicte ville rendre au roy et de prendre ilec 
garnison pour lui ; et par lesdiz commissaires leur 
furent faictes de moult belles remonstrances^. Lesquelz 
habitans demandèrent ausdiz ambaxadeurs terme jus- 
Louis XI pour concentrer ses forces à Compiègne et aux envi- 
rons comme pour pourvoir aux besoins des corps stationnés en 
Gliampagne. Dès le 4 janvier, les trésoriers de France et les géné- 
raux des finances étaient invités à faire prendre en manière d'em- 
prunt la moitié des gages des officiers royaux, pour fournir aux 
frais de l'entrée en campagne contre les Bourguignons (Lenglet, 
m, 154. Cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 180, 184, 187). 

1. Jacques Hesselin, seigneur de Boisgrenier et de la Chaussée, 
est déjà mentionné, avec la qualification de contrôleur du grenier 
à sel de Paris, dans un accord notarié du 3 août 1456. Comme 
son frère cadet Denis, il comptait dès cette époque parmi les 
principaux paroissiens de Saint-Germain-l'Auxerrois (Arch. nat., 
LL 729, fol. 163). Il avait épousé Marie Boucher, laquelle était 
veuve en 1492 (Bibl. nat.. Pièces orig., 431-435, doss. Boucher. 
Cf. Vitu, la Chronique de Louis XI citée, p. 34). — Louis XI fut 
peu satisfait des commissaires qu'il avait envoyés à Auxerre. 
Le 13 décembre 1470, il écrit à Dammartin, chargé de mettre 
cette ville à la raison : o II me desplaist des commissaires qui y 
ont esté... Si vous povez trouver fasson d'avoir lad. ville d'Au- 
cerre, je vous prie que le faciez, mais ne faictes nulle guerre... » 
(Vaesen, IV, 170 et suiv.). 



254 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1471 

ques au jeudi ensuivant, pour avoir advis entre eulx 
et de ce leur rendre response. Pour laquelle response 
attendre, s'en alerent lesdiz ambaxadeurs à Joigny, 
distant d'ilec de vi lieues, et y séjournèrent jusques 
audit jeudi, que iceulx habitans leur envoierent res- 
ponse par ung homme de ladicte ville que l'en disoit 
estre savetier, lequel leur dist et rendi response que 
lesdiz habitans d'Aucerre mandoient ausdiz commis- 
saires qu'ilz avoient mis et bouté avecques eulx dedens 
ladicte ville grande garnison de gens de guerre pour 
ledit duc^, et que au regard d'eulx ilz estoient fermez 
et délibérez de vivre et mourir pour ledit duc et gar- 
der ladicte ville pour lui. Et, le jour que ladicte gar- 
nison y fut boutée, y fut tué et murdry ung des bour- 
goys d'icelle ville, nommé Guillaume Gontier, qui fu 
dommage, car il mourut pour la querelle du roy 
soustenir. 

Et, après le parlement du roy de sa ville de Paris 
pour aler à Gompiengne et Senlis, se réduisirent pour 
le roy la ville d'Amiens-, de Roye et Montdidier^. Et 

1. De Bourgogne. 

2. Le grand maître entra à Amiens le 2 février, après que les 
habitants en eurent éloigné le seigneur de Crèvecœur, le capi- 
taine bourguignon. Le lendemain, tout le peuple se porta à 
Notre-Dame, où l'on chanta Te Deum; là fut prêté serment au roi 
et on cria Noël o en grant joye » (Preuves de Gommynes, éd. 
Dupont, III, 272 et suiv.). A Amiens encore, ce fut le populaire 
qui ouvrit les portes de la ville aux Français. Les bourgeois gar- 
dèrent la neutralité; ils avaient pressé le duc de Bourgogne, 
alors à DouUens, d'occuper Amiens, mais Charles, n'ayant avec 
lui que 4 à 500 chevaux, n'osa pas se jeter dans la ville et se 
retira à Arras (Basin, U, 248 et suiv.; Commynes, éd. Dupont, 
loc. cit.). 

3. Dammartin occupa Roye « à pou de contredit. » Jean de 



1471] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 255 

puis, le mardi un" jour de février ^ furent faictes à 
Paris processions générales moult honnorables et y fut 
la royne, madame de Bourbon et toute leur noble 
compaignie, et alerent en la grant église de Noslre- 
Dame et de là à Nostre-Dame de Recouvrance aux 
Carmes^, et là fut prié pour le roy, la royne, et leur 
bonne prospérité, et fut dit et declairé comment les- 
dictes villes estoient rendues au roy^, et entre autres 
la ville d'Abbeville, dont il n'estoit riens ^. 

Oudit temps, furent pris à Paris et contrains tous 
manouvriers de bras, comme maçons, charpentiers de 
la grant coignée, et autres plusieurs, de aler esdictes 
villes ainsi nouvellement reduictes au roy, dont on 
bailla la charge au regard desdiz pionniers à maistre 
Henry de la Cloche, procureur du roy au Ghastellet de 

Soissons , seigneur de Poix , fils de Waleran , seigneur de 
Moreuil, bien que chambellan du duc de Bourgogne, rendit la 
ville et, qui plus est, » se tourna du party royal. » Les Fran- 
çais se présentèrent ensuite devant les murs de Montdidier, 
où commandait le Bon de Rely, chevalier. Ce capitaine envoya 
aussitôt demander du secours au duc de Bourgogne, ajoutant qu'il 
tiendrait bien sept ou huit jours. « Aquoyil respondyqu'ilz feissent 
le mieulx qu'ilz pourroient et qu'il n'avoit pas ses besongnes prestes 
pour les secourir si tost. » Ceux de Montdidier, « meismemcnt 
les femmes, » ne voulaient pas se rendre, mais leur ville avait été 
incendiée l'année précédente, et ils n'espéraient aucun secours. 
Us ouvrirent donc leurs portes, « et s'en retrayerent les gens 
d'armes devers le duc » (Wavrin, III, 60 s.). 

1 . Lisez : V" jour de février. 

2. Près de la place Maubert. 

3. Interpolations et variantes, § LXIX. 

4. « Geulx d'Abbeville cuyderent faire le semblable, mais 
Mgr des Cordes y entra pour led. duc et y pourveut » (Commynes, 
éd. Dupont, I, 215. Cf. Basin, II, 251, et Wavrin, l. c). — Ce 
fut par ruse que les gens du duc s'installèrent à Abbeville. 



256 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1471 

Paris, qui estoit bon françois^ qui les mena et con- 
duisy jusques audit lieu de Roye, où ilec fut fait de 
grans boulevers, fossez, trenchées et autres fortifîca- 
cions ; et aussi en furent faictes d'autres en autres et 
divers lieux 2. Et ilec demourerent lesdiz pyonniers 
certain grant temps, et jusques environ le jour de 
Pasques, que le roy donna et bailla trefve pour cer- 
tain temps avecquesle duc de Bourgongne, qui estoit 
assegé par les gens du roy en son parc qu'il tenoit 
entre Bapaumes et la ville d'Amiens^, et là où il fut 
en telle misère et povreté qu'il estoit du tout et sondit 
ost à la disposicion du roy pour en avoir du tout fait 
à son bon plaisir, n'eust esté ladicte trefve^. Et, depuis 
la guerre encommencée jusques à la dicte trefve, y 
ot de grandes desconfitures faictes par les gens du roy 
sur les Flamens et Picars, tant sur ceulx qui avitail- 



1. Un Jean de la Cloche était receveur de Paris en 1399 et tré- 
sorier de France en 1402 (Bibl, nat., Pièces orig., vol. 789, doss. 
La Cloche, et Moranvillé, le Songe véritable. Paris, 1891, in-8°, 
p. 152 et suiv.). Henri de la Cloche, probablement un de ses des- 
cendants, était procureur du roi au Ghàtelet à la date du 19 sep- 
tembre 1461 (Arch. nat., reg. du Chàtelet Y3, fol. 143 v°. Cf. Bibl. 
nat., ms. fr. 20499, fol. 96). Il mourut avant le 1*' septembre 1472 
(Arch. nat., X-'a 38, fol. 207). 

2. A Amiens, par exemple, où l'on voit le roi envoyer des 
messagers en mai et en juin 1471 touchant les pionniers t qui 
besongnoient es fossez, » et de là à Paris « hasler l'argent desdits 
pionniers » (Bibl. nat., ms. fr. 6759, fol. 109 v°. Compte sur par- 
chemin). Louis XI fit également « quérir des bessons » (des ter- 
rassiers) en Bretagne (Vaesen, Lettres de Louis II, IV, 195). 

3. Interpolations et variantes, § LXX. 

4. La trêve fut arrêtée le 4 avril et promulguée le 10 pour trois 
mois. Elle fut ensuite prolongée pour un an [Eisl. de Bourgogne, 
IV, Pr., n. 302). 



1471J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 257 

loient le parc desdiz Bourguignons que à cause de plu- 
sieurs belles saillyes que les gens du roy faisoient sur 
ceulx tenans le party desdiz Bourguignons ^ Et mes- 
mement se fîst de moult belles destrousses en la duchié 
de Bourgongne et contez de Gharrolois et Masconnois, 
où les gens du roy y gaignerent de moult beaux butins 
et y prindrent de moult bons prisonniers^, et moult 
grant nombre y en ot de tuez, et avoient tout gaigné 
messeigneurs les conte daulphin d'Auvergne, de Gom- 
minge, le sire de Combronde, de Gharentez, messire 
Guillaume Gousinot et moult d'autres nobles hommes, 
n'eust esté que le roy leur manda qu'ilz cessassent 
tout pour raison desdictes trêves, qui moult en furent 
desplaisans, et moult de gens de façon aymans le roy 
et son honneur^. Et à ceste cause s'en firent à Paris 
des épitaphes qui furent mis et assis à Saint-Innocent*, 
à rOstel de la Ville et autres lieux, en vitupérant et 

1. Jean de Wavria, III, 61-85, et la Chronique anonyme (ms, 
fr. 20354, fol. 206 et suiv.) contiennent un récit très circonstan- 
cié des nombreuses escarmouches qui furent hvrées entre ia gar- 
nison d'Amiens et les Bourguignons, du milieu de février au 
commencement d'avril 1471. Le 2 avril, après des pourparlers 
entamés par le connétable et poursuivis par le roi lui-même avec 
Simon de Quingey, envoyé du duc Charles, on cria abstinence 
de guerre dans l'armée bourguignonne, et une trêve de quatre 
mois fut publiée (cf. Commynes, éd. Dupont, I, 222 et suiv., et 
m, 278; Basin, II, 274, et Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 212). 

2. Interpolations et variantes, § LXXI. 

3. Cette « détrousse » des Bourguignons eut lieu à Bussy, à 
sept lieues de Màcon. Les Français étaient commandés par Ber- 
trand de la Tour, dauphin d'Auvergne, Jean, bâtard d'Armagnac, 
Béraud Dauphin, sire de Combronde, et autres (Basin, II, 275 ; 
Commynes, éd. Dupont, I, 225; III, 279; Vaesen, Lettres de 
Louis XI, IV, 167 et 315). 

4. Près les Halles. 



258 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1471 

en donnant grant charge à plusieurs seigneurs estans 
près du roy. Et, durant ladicte tresve, le roy, monsei- 
gneur de Guienneet autres seigneurs et nobles hommes 
d'autour d'eulx, se tindrent à Han avecques monsei- 
gneur le connestable^; auquel lieu, durant ledit temps, 
se firent de grandes alées et venues des ambassadeurs 
du roy et de ceulx de mondit seigneur de Bourgongne, 
et ilec demourerent par long temps sans riens con- 
clurre, mais en la fin fut fait tresve entre le roy et ledit 
de Bourgongne durant ung an. Et, pour appoincter des 
differens du roy et ledit de Bourgongne, y ot ambas- 
seurs ordonnez, et pour appoincter des débats et ques- 
tions des gens de guerre de chacun des deux costez. 
Et puis se départirent dudit lieu de Han, et s'en ala 
chascun en sa maison; et demourerent les gens de 
guerre du roy en garnison es villes qui auparavant 
ladicte trefve avoient esté gaignées pour le roy. 

En ce temps se murent de grandes questions, noises 
et debatz ou royaume d'Angleterre entre le roy Henry 
de Lencastre, roy dudit royaume, le prince de Galles 
son filz, le conte de Waruik et autres seigneurs dudit 
royaume tenans le parti dudit Henry contre le roy 
Edouart de la Marche, qui usurpoit ledit royaume contre 
ledit Henry-, et y ot à cause de leurdit débat de moult 
grant murdre fait de costé et d'autre. Et dura ladicte 
guerre jusques ou moys de juing IHI'^ LXXI, que nou- 
velles furent apportées au roy audit lieu de Han que 
ledit Edouart, acompaigné de grant quantité de gens 
de guerre, tant Anglois, Austrelins, Flamens, Picars 

1. Le roi séjourna à Ham de la fin d'avril au H juin 1471. 

2. Interpolations et variantes, § LXXII. 



1471] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 259 

et autres nacions, que ledit de Bourgongne lui avoit 
envoiez, se mist sur les champs à l'encontre de l'armée 
et puissance desdiz roy Henry, prince de Gales, la 
royne, ledit de Waruik et autres princes et seigneurs 
tenans ledit parti de Henry. Et y et les ungs contre les 
autres de grans armes faictes et grant nombre de gens 
mors de chascun costé ; mais en la fin ledit Edouard 
demoura victorien, tant par trayson, qui estoit du 
costé d'aucuns estans en l'armée dudit Henry, que 
autrement^. Et y mourut et fut tué ledit prince de 
Gales, qui fut moult grant pitié, car il estoit beau jeune 
prince ; et aussi y mourut ledit de Waruik, qui aussi 
fut grant dommage, car il avoit singulier désir de bien 
servir le roy et le royaume, et pour lequel le roy avoit 
frayé et despendu moult grant finance pour l'entrete- 
nement dudit de Waruik. Et de ladicte desconfiture fut 
le roy moult desplaisant ^. 

1. Interpolations et variantes, § LXXIU. 

2. Edouard quitta la Zélande le 10 mars et arriva à York le 18. 
Warwick, enfermé dans Goventry, refusa le combat que lui offrait 
son adversaire, dont les forces avaient rapidement grossi, et qui 
ne tarda pas à être rejoint par son frère le duc de Clarence. 
Celui-ci abandonna le parti de Lancastre comme il avait aupara- 
vant trahi celui de York. Edouard IV arriva à Londres le 11 avril, 
y fut introduit par les plus notables citoyens, saisit la Tour et 
s'empara de la personne du roi Henri. Cependant Warwick se 
décidait à marcher sur Londres. Edouard le rencontra à Barnet, 
le battit et le tua, lui et bien d'autres seigneurs de la Rose rouge, 
le 14 avril 1471. Il se porta ensuite contre la reine Marguerite et 
son fils, les atteignit le 4 mai à Tewkesbury et fit un massacre de 
leurs partisans. Edouard, prince de Galles, fait prisonnier, fut 
mis à mort après la bataille. Son père Henri VI fut assassiné à 
la Tour de Londres le 21 mai suivant par Richard, duc de Glou- 
cester (Chron. impr. en appendice de Wavrin, t. III, p. 287- 
292). 

I 19 



260 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1471 

Et puis se parti le roy dudit Han, et en amena 
avecques lui monseigneur de Guyenne, le conte de 
Dampmartin, le président des Comptes* et autres, et 
vint à Paris, où il ne séjourna gueres^. Et, durant 
qu'il y fut, il fîst grande et joieuse [chère] et fist cest 
honneur à sadicte bonne ville et cité de Paris de lui 
mesmes [bouter] le feu ou feu fait en la place de Grève 
d'icelle ville la veille SaintrJehan-Baptiste, et puis s'en 
parti et s'en ala à Orléans, où le prince de Savoye y 
devint malade de maladie, dont il ala de vie à très- 
pas audit lieu d'Orléans^. En après s'en ala le roy à 
Tours et à Amboise veoir la royne et monseigneur le 
daulphin. 

En ce temps dudit moys de juing mil 1111= LXXI, le 
roy fut mal content des epytaphes et libelles diffama- 
toires qui ainsi avoient esté mis et atachez à Paris à l'es- 
clande dudit monseigneur le connestable et d'autres. 
Et, pour savoir la vérité de ceulx qui ce avoient fait, 
fîst crier à son de trompe et cry publique par les car- 
refours d'icelle ville que quelque personne qui sauroit 
aucune chose desdiz epitaphes ou de ceulx qui les 
avoient faiz, qu'ilz le vensissent incontinent dire et 

1. Jean de la Driesche. 

2. Louis XI arriva à Paris le 23 et y resta les 24 et 25 juin 
(Itin. cité). 

3. Le 8 juillet, Louis XI écrit au duc de Milan : « Je croy que 
devant la réception de ces présentes vous aurez oyes nouvelles 
de la mort de mon feu neveu et le vostre, Charles, prince de Pye- 
mont, de laquelle j'ay esté et suis très dolent... » (Vaesen, IV, 
246). Le prince, depuis longtemps malade, succomba dans les tout 
premiers jours du mois, au moment où son royal oncle allait 
l'envoyer au secours de sa mère, la duchesse Yolande, que ses 
beaux-frères Philippe de Savoie, seigneur de Bresse, et Jacques 
de Savoie, comte de Romont, tenaient assiégée dans Montmélian. 



1471] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 261 

dénoncer aux commissaires sur ce ordonnez, et on 
donneroit trois cens escuz d'or au dénonciateur, et qui 
le sauroit et ne le venroit declairer auroit le col couppé. 
Et pour souspeçon de ce fut mis et constitué prisonnier 
ung jeune escolier de Paris, nommé maistre Pierre Le 
Mercier, fîlz d'un lunetier du Palais, qui peu de temps 
après fut délivré non chargé du cas. Aussi y fut mis et 
constitué prisonnier maistre Henry Mariete, qui avoit 
esté lieutenant criminel de la prevosté de Paris, tant 
pour raison desdiz epitaphes que aussi pour aucunes 
injures ou paroles par lui dictes, comme on disoit, de 
maistre Jehan de la Driesche, trésorier de France; et 
puis fut délivré icellui Mariete par la court de Parle- 
ment et mis hors des prisons de la Conciergerie, où il 
estoit détenu pour ceste cause*. 

Ou moys de juillet oudit an LXXI, mourut monsei- 
gneur le conte d'Eu^, qui fut moult grant dommage, 
car c'estoit ung moult noble, sage et bon seigneur, et 
qui de tout son povoir avoit bien et loyaument servy le 
roy et fort aymé le bien et utilité du roy et de son 
royaume. Et fut mise ladicte conté d'Eu en la main du 
roy et mise et baillée es mains dudit monseigneur le 
connestable, à la grant desplaisance de monseigneur 

1 . Sur les menées du connétable qui avait poussé à la guerre 
pour occuper le roi, puis empêcha les Français de presser les 
Bourguignons , tandis qu'il machinait d'autre part le mariage 
de la fille du duc de Bourgogne avec le duc de Guyenne, voyez 
Commynes, éd. Dupont, I, 217 et suiv. Saint-Pol était très impo- 
pulaire à Paris. 

2. Charles d'Artois mourut le 25 juillet à l'âge de soixante-dix- 
huit ans. Anselme (I, 390) et Moréri le font mourir en 1472. Fait 
prisonnier à Azincourt en 1415, il avait passé vingt-trois années 
en Angleterre. 



262 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1471 

le conte de Nevers, frère dudit seigneur d'Eu^, et qui 
après ladicte mort cuidoit bien joyr de ladicte conté 
d'Eu et des autres terres dudit defunct comme son 
vray héritier^. 

Depuis ledit moys de juillet jusques au jour de Noël 
ensuivant, ne fut riens fait oudit royaume de France, 
sinon que les ambasseurs du roy et de mondit sei- 
gneur de Bourgongne firent plusieurs alées et venues 
les ungs avecques les autres pour pacifier et trouver 
moien de paix et accord entre eulx. 

En ladicte année fut mortalité commune et univer- 
selle par la pluspart dudit royaume de maladie de flux 
de ventre et autres maladies, à cause de quoy plusieurs 
gens de façon moururent en ladicte ville de Paris et 
ailleurs^. 

Oudit an, monseigneur de Guienne, qui s'en estoit 
retourné audit pays de Guienne après le retour 
d'Amiens, devint mal content du roy et manda venir 
à lui le conte d'Armaignac, qui avoit esté fugitif hors 
du royaume et duquel le roy avoit mis sadicte conté 
en sa main, qui y vint. Et puis mondit seigneur lui 
rendi la pluspart de sadicte conté contre le gré et 
voulenté du roy*. En après, lesdiz de Guienne et 

1. Jean de Bourgogne, comte de Nevers, né le 25 octobre 1415, 
mort le 25 septembre 1491, était fils de Philippe de Bourgogne, 
comte de Nevers, et de Bonne d'Artois. Il avait abandonné la 
cause bourguignonne pour servir Louis XI. Il était non pas le 
frère, mais le neveu du comte d'Eu, dont sa mère était la sœur. 

2. Interpolations et variantes, § LXXIV. 

3. Interpolations et variantes, § LXXV. I 

4. Interpolations et variantes, § LXXVI. — Dès le 11 octobre 
1471, Louis XI écrit au seigneur de Bressuire .- « Je suis esté 
adverty que les forces qu'a mon beau frère de Guyenne s'ap- i 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 263 

Armaignac et aussi le conte de Foix et autres assem- 
blèrent en leur pays gens de guerre, feignans de vou- 
loir faire guerre au roy, lequel, pour ce leur empes- 
cher, y envoya sur la marche dudit pays de Guienne 
cinq cens lances et certain nombre de frans archers, 
avecques grant nombre de son artillerie, qui depuis 
ce y fut et séjourna par long temps, pendant lequel 
vint et fut nouvelles que mondit seigneur de Guienne 
estoit mort à Bordeaulx, dont il n'estoit riens^. 

Oudit temps aussi furent envoiez par diverses foiz, 
de par le roy, ambasseurs pardevers le duc de Bour- 
gongne pour le fait de la tresve d'entre eulx, qui fail- 
loit le iiii® jour de may IIIP LXXIF. Et y estoient 
encores, audit premier jour de may, le sire de Craon, 
maistre Pierre d'Oriole et autres. 

prestent pour entrer en noz pays, que Dieu ne veuille! » Le 
22 décembre suivant, il annonçait encore au grand maître que 
son frère avait rendu ses terres au comte d'Armagnac (Vaesen, 
Lettres de Louis XI, IV, 281, 294). 

1. Interpolations et variantes, § LXXVII. — Cette prise d'armes 
fut la conséquence d'une entente générale des ennemis du roi 
(voy. l'Instruction pour Poucet de Rivière, Guill. de Soupplainville 
et autres envoyés en Bourgogne par le duc de Bretagne, 17 avril 
1472, dans Histoire de Bourgogne, t. IV, p. cccxvi). Louis XI expé- 
dia sur la Garonne Ruffet de Balsac, Gaston du Lyon et les autres 
sénéchaux du Midi, qui occupèrent aussitôt le Quercy et l'Age- 
nais, passèrent le fleuve et saisirent en quelques jours presque 
toutes les places de l'Armagnac. Jean V se jeta dans Lectoure, 
où il ne tarda pas à être assiégé. Il capitula après la mort du duc 
de Guyenne devant les renforts amenés à Ruffet de Balsac et à 
du Lyon par Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, nommé lieute- 
nant général du roi en Guyenne (17 juin 1472) (voy. Louis XI, 
Jean d'Armagnac, etc., cité, p. 21-24). 

2. Les instructions des ambassadeurs de Louis XI, datées de 
Montils-lès-Tours, le 10 mars 1471 (v. st.), sont imprimées aux 
Preuves de Y Histoire de Bourgogne, IV, p. cccxui. Cf. Commynes, 
éd. Dupont, I, 277 et suiv. 



264 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

Et, ledit premier jour de may CGGCLXXII, fut faicte 
à Paris une moult belle et notable procession en l'église 
de Paris et fait ung preschement bien solennel par ung 
docteur en théologie nommé maistre Jehan Brete, 
natif de ToursS lequel dist et declaira entre autres 
choses que le roy, aiant singulière confidence en la 
benoiste, glorieuse vierge Marie, prioit et exhortoit 
son bon populaire, manans et habitans de sa cité de 
Paris, que d'ores en avant, à l'eure de midi que son- 
neroit à l'église dudit Paris la grosse cloche, chascun 
feust fléchi ung genoil en terre en disant Ave Maria, 
pour donner bonne paix et union ou royaume de 
France^. Et, après ladicte procession faite. Révérend 
Père en Dieu monseigneur l'evesque de Paris cheut 
malade d'une maladie, de laquelle ce mesme jour il 
ala de vie à trespas, dont fut grant dommage et fut 
fort pleuré, car il estoit saincte et bonne personne et 
grant clerc. Et ce jour furent en son hostel episcopal 
grant populaire de la ville de Paris, tant hommes, 
femmes que enfans, le veoir mort en sa chappelle haulte 
estant au bout de la grant sale dudit hostel, et ilec par 
ledit peuple fut moult piteusement pleuré et pour son 
ame dévotement prié, et au partir lui baisoient les 
piez et les mains ; et disoient la pluspart d'iceulx qu'ilz 
creoient fermement que ledit evesque feust sainct et 

1. Jean Brette, chanoine de l'église de Tours, professeur a in 
sacra pagina » au collège du Plessis, à Paris (Folibien, Histoire 
de Paris, III, 378^*). 

2. Au mois de mars 1472 (n. st.), Louis XI fit don aux tilles et 
femmes du tiers ordre de Saint - François du monastère des 
Béguines, sis près les Célestins, à Paris, et ordonna que cette 
maison fut désormais appelée VAvc Maria. Cette fondation parait 
due surtout à la piété de la reine Charlotte (Lenglet, III, 178 
et 180). 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 265 

bien aymé de Dieu. Et, le xv® jour dudit moys de 
may, le roy envoya lettres aux prevost des marchans 
et eschevins et bourgoys dudit lieu, par lesquelles il 
leur faisoit savoir que ledit evesque, en son vivant, 
lui avoit esté mauvais et non aymé son prouflfit, et 
qu'il avoit eu intelligence avecques le duc de Bour- 
gongne et autres princes et seigneurs qui avoient esté 
devant la ville de Paris durant le Bien Publique, et 
que, pour leur donner faveur, en icelle ville avoit 
suborné plusieurs desdiz habitans ; et que, pour ces 
causes et afin qu'il en feust mémoire, ordonna estre 
faicte et mise sur son corps ung tableau ou epytaphe 
contenant les choses dessusdictes ; lequel epitaphe fut 
fait faire par les dessusdiz jusques à l'asseoir*. 

En ce temps, oudit moys de may, la trefve d'entre 
le roy et le duc de Bourgongne, qui failloit au nif jour 
dudit moys, fut de rechef continuée jusques au xv" jour 
de juing ensuivant. 

Oudit moys de may, le duc de Galabre, nepveu du 
roi de Secile et de Jherusalem, à qui le roy avoit fait 
tant de honneur de lui donner sa fille ainsnée en femme 
et espouse, s'en ala hors de sa duchié de Lorraine, 
pardevers ledit duc de Bourgongne, pour traicter 
d'avoir et espouser sa fille, en délaissant, en ce faisant, 
ladicte fille du roy, sa femme, qui fut chose moult 
estrange à lui de ainsi faulser sa foy et soy ainsi abais- 
ser de délaisser la propre fille ainsnée du roy, son 

1. Sur les motifs de la rancune de Louis XI contre l'évêque 
Chartier, voyez plus haut, p. 71. Le Gallia chrisliana (t. VII, 
p. 150 et suiv.) donne le texte d'une epitaphe consacrée à la 
louange de ce prélat, qui fut rétablie après la mort de Louis XI 
dans le chœur de Notre-Dame. 



266 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

souverain seigneur, pour cuider avoir et prendre la 
fille dudit de Bourgongne, subject et vassal du roy^. 

Et, par avant ces choses, ledit de Bourgongne avoit 
fait et fait faire moult de guerre ou royaume de France 
à la faveur de mondit seigneur de Guienne, feignant 
à ceste cause de lui donner et bailler sadicte fille, dont 
il ne fist riens, mais fist tout le contraire, en abusant 
iceulx seigneurs et plusieurs autres soubz umbre dudit 
mariage 2. 

Et, le jeudi xim® jour dudit moys de may IIIPLXXII, 
advint par maie fortune que tout le comble et fcste de 
l'église Nostre-Dame de Glery près Orléans, que le roy 
avoit fait faire ^ et édifier de nouvel, et où il y avoit 
moult noble et belle couverture, tant de charpenterie 
de bois que d'ardoise et de plomb, fut toute arse et 
bruye et tout tumbé en bas et par terre, parceque 
ujig plombeur, besongnant en icelle couverture, s'en 
dévala en bas et laissa le feu où il chaufoit les fers à 
soulder en icelle couverture sans aucune garde ; et 
lequel feu le vent acueilli tellement qu'il s'envola et 
dispersa au long d'icelle charpenterie et couverture, 

1. Nicolas, duc de Calabre et de Lorraine depuis la mort de son 
père (décembre 1470), conclut le 25 mai 1472, à Arras, un traité 
d'amitié et d'alliance avec le duc de Bourgogne, et le 13 juin sui- 
vant fut fiancé à sa fille. Cet accord fut annulé du consentement 
des deux parties le 5 novembre de la même année (Lenglet, III, 
189-195). Nicolas était le petit-fils et non le neveu du roi René. 

2. Interpolations et variantes, § LXXVIII. — Dès le commence- 
ment du mois d'août 1471, Louis XI était informé que son frère 
avait envoyé à Rome l'évêque de Montauban afin d'obtenir du 
pape une dispense de parenté qui lui permît d'épouser Marie 
de Bourgogne (Lenglet, III, 160 et suiv. Cf. Vaesen, Lettres de 
Louis XI, IV, Pièces justif., p. 352-360). 

3. Interpolations et variantes, § LXXIX. 



1472] OU CHRONIQXJE SCANDALEUSE. 267 

en telle façon que, sans y povoir remédier, tout fut 
bruslé et ars*. 

Et, ce mesmes jour, le roy ot certaines nouvelles 
que lui fist asavoir monseigneur de Malicorne, servi- 
teur et bien fort aymé de mondit seigneur de Guienne, 
que sondit seigneur et maistre estoit aie de vie à très- 
pas en la ville de Bordeaulx^. 

En icellui moys, monseigneur de Craon, maistre 
Pierre d'Oriole, gênerai des finances, maistre Olivier 
Le Roux, conseiller et maistre des comptes, et autres 
ambasseurs du roy, par lui envoiez pardevers ledit 
duc de Bourgongne, retournèrent devers le roy lui 
relater ce que fait avoient avec lui et de la tresve qu'ilz 
avoient ainsi faicte, qui devoit durer jusques audit 
XV® jour de juing ensuivant. Durant laquelle trêve et 
nonobstant icelle, ledit de Bourgongne fist mettre ses 

1. Interpolations et variantes, § LXXX. — C'est Antoine de 
Beaune qui paraît avoir dirigé et qui fut ciiargé de payer les cons- 
tructions nouvelles élevées à Cléry (voy. la lettre de Louis XI à 
Bourré en date de Cléry, 7 octobre (1473), au ms. fr. 20493 de 
la Bibl. nat., fol. 9). Au mois d'août 1471, le roi commanda à un 
orfèvre parisien un tabernacle destiné à Notre-Dame de Cléry et 
le fit dorer à Tours (Bibl. nat., ms. fr. 6759, fol. 121 \°. Comptes 
sur parch.). 

2. Interpolations et variantes, § LXXXI. — Jean Aubin, seigneur 
de Malicorne, fils de Gaucher Aubin, chevalier, maître d'hôtel du 
roi Charles VII, était au service de Charles de France dès 1465. 
Il devint son premier chambellan et fut l'un de ses exécuteurs 
testamentaires. Si Louis XI reçut effectivement le 14 la nouvelle 
de la mort de son frère (il l'annonça le 18 aux habitants de 
Bayonne), cette nouvelle était prématurée, car, ainsi que l'a 
démontré M. Vaesen, le duc de Guyenne, depuis longtemps fort 
malade, ne succomba que le 25 mai 1472 [Lettres de Louis XI, IV, 
325, n. 1). Le testament du duc est précisément daté du li mai 
(voy. V Interpolation indiquée ci-dessus). 



268 JOURN.VL DE JEAN DE ROYE [1472 

gens de guerre sur les champs et mener et asseoir son 
parc et artillerie entre Arras et Bapaumes, en ung lieu 
qu'on nomme Hebuterne en Artois'. 

Et, pendant ledit temps, le roy, après les nouvelles 
de la mort de mondit seigneur de Guienne, son frère, 
se party du Plessis du Parc lez Tours et s'en tira oudit 
pays de Guyenne, la Rochelle, Saint-Jehan d'Angely, 
Bordeaulx et autres lieux voisins^, et y mist et créa 
officiers nouveaulx de par lui, et d'icelle duchié de 
Guienne fîst et establit gouverneur monseigneur de 
Beaujeu, frère de mondit seigneur de Bourbon^. 

Après ces choses, ledit de Bourgongne, en persévé- 
rant toujours en ses dyableries, foies obstinacions et 
mauvaistiez, comme devant avoit fait, le jeudi, xi® jour 
de juing oudit an LXXlI, envoya devant la ville de 
Neesie, dedens laquelle y avoit de par le roy ung nommé 

4. Hebuterne, aujourd'hui dans le département du Pas-de- 
Calais, arrondissement d'Arras. — Dans une lettre datée du 7 juin, 
d'Amboise, et que M. Vaesen a attribuée à l'année 1472, Louis XI, 
écrivant au duc de Milan, fait mention d'une trêve dernièrement 
conclue avec le duc de Bourgogne n jusques au premier jour 
d'avril prochain venant, qui sera l'an GCCG soixante et treize » 
{Lettres île Louis XI, IV, 331). Notre chroniqueur s'est-il donc 
trompé? Nous croyons plutôt à une inadvertance de l'éditeur des 
Lettres de Louis XI, car le jour de Pâques eu 1473 tomba le 18 avril, 
et, si le roi avait voulu, écrivant en juin 1472, parler du 1«"" avril 
1473 (n. st.), il aurait écrit 1472. Son 1473 (v. st.) doit être lu en 
style nouveau 1474, et sa lettre doit être attribuée à l'année 1473. 
Cette année-là, comme en 1472, Louis XI passa le mois de juin 
à Amboise. 

2. Louis XI ne paraît pas avoir été plus loin que Saint-Jean- 
d'Angely, où l'Itinér-aire cité note sa présence le l^^juin; mais un 
passage d'une lettre du Milanais Sforza de Bettini, cité par 
M. Vaesen (Lettres de Louis XI, IV, 325, n. 1), témoigne que sou 
intention avait été de t tirare verso Bordeos. » 

3. Interpolations et variantes, § LXXXII. 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 269 

le Petit Picart, qui estoit capitaine de cinq cens frans 
archers de l'Isle de France^, qui estoient dedens 
ladicte ville. Et par grant force et violence voulurent 
avoir ladicte ville et chasteau, et pour l'avoir y bail- 
lèrent et livrèrent de grans et divers assaulx ; ausquelz 
Bourguignons fut moult vaillamment résisté par ledit 
Picart et ceulx de sadicte compaignie, et jusques au 
lendemain, qui estoit vendredi, xii^ jour dudit moys 
de juing, que, environ cinq heures de matin, ledit 
Picart, en la compaignie de la contesse dudit lieu de 
Neesle, yssirent hors de ladicte place pour aler parde- 
vers le bastard de Bourgongne et autres ayans ilecques 
leur armée pour ledit de Bourgongne, pour cuider trou- 
ver pacificacion et accord entre les gens du roy et ledit 
Bourguignon, qui traicta avecques eulx en telle manière 
que lesdiz Picard et ceulx de sadicte compaignie s'en 
vroient leurs vies saulves, en rendant ladicte place, en 
laissant leurs biens et harnoys ; à quoy faire ilz furent 
contens, et à tant se départirent et s'en retournèrent 
en ladicte ville de Neelle et dirent ausdiz frans archers 
leur composicion et comment ilz dévoient laisser leurs 
biens, chevaulx et harnoys et eulx en aler leurs vies 
saulves. Pour laquelle chose, incontinent après, plu- 
sieurs d'iceulx par l'ordonnance dudit Picard, leur 
capitaine, se despoullerent et habandonnerent leurdit 
harnois. Et, en ce faisant, et avant qu'ilz feussent bien 
asseurez d'avoir lettres de leur promesse et traictié, 
furent par aucuns dudit lieu de Neelle mis et boutez 

1. Pierre de Sonneville, dit le Petit Picard, fit la campa!,'ne de 
Bourbonnais en 1465, en qualité de capitaine des francs archers 
des élections de Paris, Mantes, Melun et Étampes (Bibl. nat., 
ms. fr. 20496, fol. 20, orig.). 



270 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

en icelle place lesdiz Bourguignons, qui, incontinent et 
nonobstant ladicte promesse, vindrent charger sur les- 
diz francs archers, ainsi desabillez soubz umbre d'icelle 
promesse, et plusieurs en tuèrent et murdrirent. Et 
partie d'iceulx, cuidans eulx saulver, s'en alerent et 
retrairent dedens l'église dudit lieu de Neelle , où 
depuis lesdiz Bourguignons alerent les tuer tous et 
murdrir. Et, après qu'ilz furent tous ainsi tuez et 
murdris, y survint et se y trouva ledit de Bourgongne, 
qui, tout à cheval, entra dedens ladicte egUse, en 
laquelle y avoit bien demy pié de hault du sang 
espandu des povres créatures ilec estans, qui à ceste 
heure estoient tout nuz gisans ilec mors. Et, quant 
ledit Bourguignon les vit ainsi abatus, se commença 
à seigner et dire qu'il veoit moult belle chose et qu'il 
avoit avecques lui de moult bons bouchers. Et, le len- 
demain ensuivant, qui fut le samedi xiii® jour dudit 
moys, ledit Petit Picart, qui estoit prisonnier, avecques 
autres de ceulx de sa dicte compaignie, furent pendus 
et estranglez de l'ordonnance dudit de Bourgongne; 
et puis fîst arraser ladicte place et mectre le feu 
dedens^. 

\. Gommynes (éd. Dupont, I, 275), Basin (II, 291) et la chron. 
anon. du ms. fr. 20354 de la Bibl. nat., impr. dans Jean de Wa- 
vrin, m, 293, témoignent de la barbarie avec laquelle les défen- 
seurs de Nesle furent traités par les Bourguignons, mais ils 
prétendent que « ceux de dedans » tuèrent un héraut qui les allait 
sommer. Ils ajoutent que le capitaine de Nesle sortit à la faveur 
d'une suspension d'hostilités pour tâcher d'obtenir des conditions 
acceptables pour la capitulation, mais il échoua complètement, 
et à son retour, malgré la trêve, les gens de Nesle tuèrent encore 
deux Bourguignons. Une enquête faite en 1521 et 1522, et 
dont les procès-verbaux ont paru dans le Bulletin de la Société 
d'histoire de France, Documents, t. I, p. H, semble confirmer les 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 271 

Et, le dimenche xim^ d'icellui moys, s'en partirent 
dudit lieu de Neelle et alerent devant Roye, où estoient 
environ XTiiP frans archers de la compaignie et charge 
Pierre Aubert, bailly de Meleun^, et de Mignon. Et aussi 
y estoient pour gentilzhommes et cappitaines Louyset 
de Baligny, cappitaine de Beauvais^, monseigneur de 
Mouy^ et le seigneur de Rubempré^ et autres, qui 
bien avoient deux cens lances bien en point. Et jasoit 
ce qu'ilz feussent dedens ladicte ville, que le roy avoit 
fait bien reparer, bien avitailler et garnir de moult 
belles serpentines, ilz se rendirent le mardi ensuivant, 
xyf d'icellui moys, à l'eure de midi, et laissèrent ilec 
ladicte artillerie, leurs chevaulx et harnoys et toutes 
leurs bagues, où le roy et eulx eurent dommage de 
cent mil escus d'or et plus, et s'en revindrent tous 

assertions de la Chronique scandaleuse (voy. Basin, II, 292, note 
de M. Quicherat. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 2913, fol. 9). 

1. Sur Pierre Aubert, écuyer, conseiller et maître d'hôtel du 
roi, capitaine général des 4,000 francs archers de Champagne 
(Bibl. nat., ms. fr. 6758, fol. 32; 18442, fol. 161, et Montres, 1413, 
fol. 28 et 47), voy. la notice de M. Vaesen {Lettres de Louis XI, III, 
81 et suiv.). Le 8 mai 1471, il reçut 200 livres tournois pour avoir 
fait réparer et fortifier Roye et Saint-Quentin (Bibl. nat., Pièces 
orig., vol. 120, dossier Aubert, n» 265). Fils de Jean Aubert, sei- 
gneur d'Ingrande en Berri, et d'Isabelle de Beaujeu, Pierre avait 
servi avec distinction contre les Anglais sous Charles VII (Arch. 
nat., X2a 41, à la date du 9 juillet 1476). 

2. Louis Gommel, seigneur de Balagny, écuyer, était conseiller 
et chambellan du roi (Commynes, éd. Dupont, I, 284, n. 3). 

3. Sur Colart, seigneur de Moy, chevalier, bailli de Verman- 
dois et plus tard de Cotentin, mort en 1499, voy. la notice de 
M. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 252. 

4. Antoine, fils dAntoine, seigneur de Rubempré, et de Jac- 
queline de Croy, avait passé au service de Louis XI dès 1467. Il 
épousa Jeanne de Mouchy (Kervyn de Lettenhove, Chastellain, 
V, 76, n.). 



272 JOURN.AX DE JEAN DE ROYE [1472 

nuz et en pourpoins, ung baston en leur poing*. Et 
demoura ilec ledit de Bourgongne depuis par certain 
temps, et d'ilec s'en ala à Beauvais mettre le siège, où 
il y arriva le samedi XXMI' jour de juing oudit an 
IIIP LXXII, où de pleine venue y donnèrent ung fort 
assault, à quoy fut fort résisté par les bourgois et 
habitans d'icelle ville ^. Et celle mesme nuit y arriva 
Guillaume de Valée^, lieutenant du seneschal de Nor- 
mendie, à tout ii*^ lances, qui moult bien secoururent 
ceulx dudit lieu, car ilz y arrivèrent à l'eure du fort 

1. « Sire, plaise vous savoir que Roye c'est rendue au bout de 
deux jours, au moyen que les francs archiers... n'ont voullu 
tenir... » (Saint-Pol au roi, de Ham, 17 juin. Bibl. nat.,ms. fr. 2913, 
fol. 86, cop. du xv» siècle). Louis XI ne considérait pas Roye 
comme bien tenable (Ibid., fol. 84, cop. contemp.). 

2. Les Bourguignons arrivèrent sous les murs de Beauvais le 
matin. Les défenseurs de la place, ayant refusé d'écouter leur som- 
mation, eurent à supporter deux attaques simultanées, l'une à la 
porte de Bresles, l'autre contre celle de Limaçon. Déjà, vers la porte 
de Limaçon, les assaillants, qui s'étaient emparés du faubourg, 
criaient Ville gagnée et couvraient la muraille de leurs traits ; mais 
les habitants de Beauvais, assistés de leurs femmes et de leurs 
filles, qui apportent sur le mur des flèches et des pierres, réus- 
sissent à intimider l'ennemi, qui n'ose se lancer à l'assaut. Les 
défenseurs de la porte de Breslea, secondés, eux aussi, par leurs 
femmes, ne se montrèrent pas moins vaillants. Enfin, vers le 
soir, les seigneurs de la Roche-Tesson et de Fontenailles (ce der- 
nier lieutenant du seigneur de Bueil) arrivèrent de Noyon avec 
200 lances pour secourir Beauvais. Laissant leurs chevaux aux 
soins des femmes, ils coururent à la porte de Bresles, qui, percée 
de boulets, avait été incendiée par les défenseurs de la place. Le 
feu fut entretenu pendant huit jours pour en éloigner les Bour- 
guignons (Lenglet, Preuves de Gommynes, III, 202 et suiv. Dis- 
cours ... véritable du siège de Beauvais. Cf. Gommynes, éd. Dupont, 
I, 283 et s.). 

3. Guillaume de Valée, écuyer, seigneur de la Roche-Tesson 
(Gommynes, éd. Dupont, I, 287, n.). 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 273 

de leur assault, et tout incontinent montèrent dessur 
la muraille et firent reculer lesdiz Bourguignons. Et le 
lendemain ensuivant y vint monseigneur de Crussol, 
Joachin Rouault, la compaignie de monseigneur de 
Bueil, Guerin Le Grain, monseigneur de Torcy et 
autres, à tout m" lances, et autres nobles de Normen- 
die, qui très vaillamment s'y contindrent^. Et pendant 
ce temps furent bien secourus de ceulx de Paris, tant 
de pionniers, pics, pelles, farines, vins, pouldres à 
canon et autres advitaillemens^. Et en ces entrefaictes 
y et de grandes escarmouches, où plusieurs Bourgui- 
gnons furent mors et tuez. 

1. Gommyaes, qui était encore au service du duc de Bourgogne 
à l'époque du siège de Beauvais, cite aussi parmi les capitaines qui 
vinrent défendre Beauvais le connétable (?), Méri de Goué, seigneur 
de Fontenailles, Salazart, Estevenot de Talauresse. Sans ce secours 
Beauvais, défendu seulement par « quelque peu de gens de l'ar- 
riere-ban, » eût assurément succombé, malgré la vaillance de ses 
citoyens. — Guérin le Groing, chevalier, seigneur de la Mothe, bailli 
de Saint-Pierre-le-Moutier, conseiller et chambellan du roi, capi- 
taine de 100 lances, avait épousé Isabeau Taveau (Anselme, YIII, 
142. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 20495, fol. 36). Le Discours véritable 
porte que le maréchal Rouault arriva avec 100 lances le dimanche 
après midi et fit aussitôt réparer et fortifier les points menacés de 
la muraille. Les jours suivants, il fut rejoint par les sénéchaux 
de Poitou et de Garcassonne, chacun avec 100 lances, parla com- 
pagnie du sénéchal de Toulouse, par le sire de Torcy, qui condui- 
sait les nobles de Normandie, tandis que Robert d'Estouteville, 
prévôt de Paris, amenait les nobles de Paris, le bailli de Senlis et 
le comte de Dammartin 100 lances, et Salazart 120 hommes 
d'armes. Ils étaient si nombreux à la fin que, suivant l'expression 
de Commynes, ils eussent pu défendre une haie. 

2. Les Parisiens envoyèrent « grand nombre de grosse artillerie, 
coulevrines, arbalestiers, canonniers et pionniers et des vivres à 
si grande habondance » que, durant ce temps, on voyait à Beau- 
vais « plus grand marché beaucoup que l'on avoit eu longtemps 
auparavant ledit siège » {Discours véritable, p. 215). 



274 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

En ce temps, advint que aucuns des habitans d'Au- 
cerre saillirent hors de leur ville pour aler courir es 
pays du roy, pour prendre et amener oudit lieu d'Au- 
cerre beufz, vaches et tout ce qu'ilz pourroient trou- 
ver pour eulx avitailler, et vindrent près de Joigny, 
de Seignelay^ et ilec environ : contre lesquelz y ale- 
rent le bastard dudit Seignelay, le seigneur de Plancy 
et autres jusques au nombre de iif , qui vindrent ren- 
contrer lesdiz d'Aucerre, qui se mirent en bataille 
contre eulx. Et, quant les dessusdiz seigneurs les 
eurent ainsi veuz, ilz se fraperent dedens moult vigo- 
reusement et y en ot viii^'^ de mors, iiii" de prins, et 
le demourant se mist en fuite ou fut noyé^. 

Oudit temps, pour raison de l'aprouchement desdiz 
Bourguignons ainsi venus à Beauvais, furent faictes à 
Paris de moult belles ordonnances par sire Denis Hes- 
selin, pennetier du roy nostre sire, esleu de Paris et 
prevost des marchans de ladicte ville 3, comme de faire 
reedifier la muraille et gardes de dessus les murs, 
faire faire belles et grans tranchées, mettre en point 
les chaynes, reedifier les fossez, boulevers et barrières 
des portes, en faire murer d'aucunes, faire faire de 
moult belles serpentines toutes neufves; et d'autres 
belles ordonnances y furent faictes. 

Et, le jeudi second jour de juillet, vint et arriva à 
Paris le seigneur de Rupembré, qui venoit de ladicte 
ville de Beauvais, et apporta lettres des cappitaines de 

1. Joigny, auj. chef-lieu d'arr. du dép. de l'Yonne. — Seignelay, 
mémo dép,, arr. d'Auxerre. 

2. Interpolations et variantes, § LXXXIII. 

3. Denis Hesselin exerça cette charge de 1470 à 1474 (Vitu, la 
Chronique de Louis XI, etc., p. 58). 



I 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 275 

ladicte ville adreçans au seigneur de Gaucourt, lieute- 
nant du roy^, aux prevost des marchans et eschevins 
de ladicte ville de Paris, par lesquelles leur estoit fait 
savoir que le duc de Bourgongne et ceulx de son ost 
estoient en telle orphanie-' de vivres que ung pain de 
deux deniers à Beauvais valoit audit ost m sols pari- 
sis, et que icellui Bourguignon avoit intencion déjouer 
au desespoir et avoir ladicte ville pour y perdre la 
pluspart de tous ses gens^. Et pour ce prioient ausdiz 
de Paris que on leur envoiast de la menue artillerie, 
des arbalestres, du traict et des vivres ; laquelle chose 
fut faicte et envoyée à eulx par le bastard de Roche- 
chouart, seigneur de Meru, qui y mena et conduisy 
les soixante arbalesft'iers de Paris, avecques traict, 
arbalestres, artillerie et vivres. 

Et, le jeudi ix^ jour dudit moys de juillet, environ 
l'eure de sept heures au matin, après que ledit de 
Bourgongne ot fait gecter grant nombre et quantité 
de bombardes et autres artilleries contre les murs de 
ladicte ville à l'endroit de la porte de l'Ostel Dieu*, 
vindrent et acoururent dedens les fossez de ladicte 
ville grant quantité desdiz Bourguignons, qui y appor- 
tèrent grans bourrées, cloyes et autre merrien ^ dedens 

1. C'est le 21 juin 1472 que Louis XI, alors à Angers, commit 
au gouvernement de Paris, avec le titre de lieutenant général, 
Charles de Gaucourt, conseiller et chambellan du roi, précédem- 
ment gouverneur d'Amiens (Arch, nat., reg. des Bannières, Y", 
fol. 132 vo). 

2. C'est-à-dire disette. 

3. « Toutesfois délibéra ledit duc donner l'assault, mais ce fut 
tout seul, car nul ne se trouva de ceste oppinion que luy » (Gom- 
myaes, éd. Dupont, I, 288). 

4. Et de la porte de Bresles (Discours véritable... Lenglet,III,213). 

5. Bois de construction. On dit aujourd'hui merrain. 

1 20 



276 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

les fossez d'icelle, et puis y dressèrent escheles et 
moult vigoreusement assaillirent ladicte ville à l'en- 
droit de la muraille et portail dudit Hostel Dieu'^, dont 
avoit la charge et garde monseigneur Robert d'Estou- 
teville, chevalier, seigneur de Beyne et prevost de 
Paris, qui moult honnorablement et vaillamment s'y 
contint et ceulx de sadicte compaignie. Et dura ledit 
assault depuis ladicte heur£ de sept heures jusques 
après XI heures, durant lequel temps y ot grant quan- 
tité desdiz Bourguignons ruez et abatus mors de des- 
sus lesdiz murs dedens les fossez d'icelle ville, et de 
navrez grant quantité et bien jusques au nombre de 
XV à xvi" hommes^; et plus largement y en eust eu de 
mors s'il y eust eu saillie à ystte hors d'icelle ville, 
mais toutes les portes d'icelle estoient murées du costé 
de l'ost desdiz Bourguignons^. Par quoy ne se peut 
faire ladicte saillie, dont furent moult dolens les nobles 
seigneurs, cappitaines, gens d'armes et de trait qui 
estoient dedens icelle ville en bien grant nombre et 
bon habillement, comme de xim à xv" combatans, 
dont avoient la charge et conduicte le conte de Damp- 
martin, Joachin Rouault, mareschal de France, Sale- 
zart, Guillaume de Valée, Mery de Goué, Guerin Le 

1. Interpolations et variantes, § LXXXIV. 

2. Interpolât io7is et variantes, § LXXXV. — t Lequel assaut 
dura trois heures ou environ, où ils (les Bourguignons) furent 
bien vaillamment recueillis par lesdiz gens de guerre et habitans 
de la ville, qui ne leur donnèrent pas loisir de jetter leurs fagots 
es fossez. » Cette fois encore, les femmes portèrent sur la muraille 
toutes sortes de projectiles (Discours véritable, p. 213). Commynes 
évalue les pertes des Bourguignons à environ 120 hommes 
(éd. Dupont, I, 289). 

3. La porte de Paris seule avait été laissée ouverte (Discours 
véritable, p. 215). 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 277 

Groin, les sires de Beyne et de Torcy, frères, et plu- 
sieurs autres gentilzhommes de conduicte et grant 
façon. Et, durant ledit assault, moiennant la grâce de 
Dieu, ne fut point tué des gens du roy plus que de 
trois ou quatre personnes, et encores disoit on que ce 
avoit esté par leur oultrage^ Et, au regard de toute 
l'artillerie qui fut tirée par lesdiz de Bourgongne 
durant ledit temps en icelle ville jusques au ix® jour 
de juillet, n'en fut tué plus de quatre personnes. 

Et, le lendemain dudit assault, environ le point du 
jour, fut derechef envoyé par ledit sire Denis Hesselin, 
prevost des marchans, audit lieu de Beauvais grant 
quantité de traict à arbalestre et des cordes pour y 
servir, des pouldres à canon et coulevrine, et des cirur- 
giens pour penser et guérir les navrez. 

Et, le samedi xf jour dudit moys de juillet, au 
matin, fut tiré hors des prisons du Ghastellet de Paris 
ung messager de l'ostel du roy, qui avoit esté constitué 
prisonnier esdictes prisons, pour ce qu'il avoit dit et 
publié au Palais et autres plusieurs lieux de ladicte 
ville de Paris que monseigneur le connestable avoit 
tiré dudit lieu de Beauvais aux champs les cappitaines 
estans dedens icelle, feignant d'avoir conseil avecques 
eulx à savoir qu'il estoit de faire pour la seureté et 
défense d'icelle ville, et que, cependant qu'il tenoit 
ledit conseil, lesdiz Bourguignons furent avitaillez en 
leur ost de grant quantité de vivres ; à quoy eust esté 
fait faire resistence par lesdiz cappitaines, se n'eust 
esté ledit conseil. Desquelles paroles ainsi dictes par 
ledit messager, qui sonnoient mal à la charge de mon- 

1. Par leur témérité. 



278 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

dit seigneur le connestable, et qui de ce se tint fort à 
mal content, fut ledit messager baillé et délivré par 
l'ordonnance du roy à maistre Milles, huissier d'armes 
de son liostel, qui le mena et conduisy pardevers ledit 
connestable et si lui porta les charges et informacions 
qui faictes a voient esté desdictes paroles. 

Et, le vendredi x^ jour dudit moys, qui fut le len- 
demain dudit assault, par une trenchée qui fut faicte 
pour ystre hors dudit lieu de Beauvais, Salezart et 
autres de sa compaignie entrèrent dedens le parc 
d'icellui de Bourgongne environ le point du jour, où 
il y fut tué tous les Bourguignons qu'ilz rencontrèrent' . 
Et en icellui parc y furent bruslez trois tentes et tout 
ce qui estoit dedens, et en une d'icelles y furent tuez 
deux hommes^ de grant façon, ja soit ce qu'ilz pro- 
mettoient de paier moult grant finance. Et, pour ce 
que en icellui ost fut fait grant cry et noise en criant 
Vive Salezart, lesdiz de l'ost s'assemblèrent en bien 
grant nombre, par quoy il convint audit Salezart se 
retraire audit lieu de Beauvais. Et, en soy retraiant et 
ceulx de sa compaignie, en amenèrent avecques eulx 
de bien belle artillerie, comme deux des chambres 
des bombardes qui avoient batu et getté en bas la 
muraille de ladicte ville; lesquelles chambres, pour 
cause de briefté, ilz getterent dedens les fossez, et si 
boutèrent en ladicte ville deux bien belles serpentines 
avecques ung gros canon de cuivre nommé l'un des 
Douze Pei'S, que le roy, à la journée ou rencontre de 
Montlehery, y perdi. Et fut ledit Salezart suivy de bien 
près et fort batu et navré, et son cheval aussi navré 

1. Interpolations et variantes, § LXXXVI. 

2. Interpolations et variantes, § LXXXVII. 



1472J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 279 

de plusieurs cops de picques de Flandres et autres^, 
nonobstant qu'il le reporta jusques audit lieu de Beau- 
vais, où ledit cheval mourut incontinent qu'il y fut 
arrivé^. 

Et depuis ladicte saillie n'avint oudit ost gueres de 
chose jusques au xxi® jour dudit moys de juillet que 
les bons bourgois, manans et habitans de la ville d'Or- 
léans envoierent et firent passer parmy la ville de Paris 
la quantité de cent tonneaulx du vin du cru dudit lieu 
d'Orléans qu'ilz envoierent et donnoient ausdiz sei- 
gneurs et gens de guerre estans audit Beauvais, pour 
les rafreschir et aider à bien besongner à l'encontre 

1. Les piquiers flamands étaient redoutés des hommes d'armes 
français, car « ilz scavoient l'usage des picques plus que nulz 
autres... Ce sont bastons moult convenables pour mettre une picque 
entre deux archiers contre le fouldroieux effort des chevaulz qui 
Youldroient effondrer dedens eulx, car il n'est cheval, s'il est attaint 
d'une picque en la poitrine, qu'il ne doie morir sans remède, et si 
scevent ces picquenaires desmarchier et attaindre les chevaulz de 
costé et yceulx perchier tout oultre : mesmement n'est si bon 
harnoys de guerre qu'ilz ne perchassent ou faulsassent ; ainsy les 
scevent ilz bransler et empraindre... » (J. de Wavrin, lU, 74). 

2. Interpolations et variantes, § LXXXVIII. — Suivant le 
récit du Discours véritable, Salazart, à la tête d'une quinzaine 
d'hommes d'armes, sortit de Beauvais vers trois heures du matin, 
suivi de Guérin le Groing, grènetier de Fécamp, avec 3 ou 
4,000 piétons. Ils se jetèrent au nombre de 60 ou 80 hommes sur le 
camp bourguignon et tuèrent quelque 200 ennemis. Mais pendant 
la retraite il y eut un peu de désordre, l'infanterie étant rentrée tout 
droit dans la ville en abandonnant les cavaliers, obligés de faire 
le tour des murs jusqu'à la porte de Paris. Une poignée de bour- 
geois assistés de huit hommes d'armes réussirent à jeter dans les 
fossés « deux gros canons, l'un de fer et l'autre de mestail, et sur 
celuy de mestail esloit cscrit Montlliery, et coupèrent les gorges 
aux canoniers qui les gardoient, ot puis furent tirez de nuit par 
engins dedans la ville, sans ce qu'en ce faisant aucun fust mor- 
tellement navré ou blessé » (Lenglet, III, 214). 



280 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

desdiz Bour^ignons. Et si leur envoierent encores 
grant quantité de trousses de flèches à arc, artillerie, 
arbalestres et des pouldres à canon. Et, pour conduire 
les choses dessusdictes, y estoient en personne aucuns 
bourgoys dudit lieu d'Orléans, pour faire le présent 
ausdiz seigneurs et gens de guerre estans audit Beau- 
vais, de par icelle ville d'Orléans^. 

En ce temps furent faictes les monstres en la ville 
de Paris par les habitans d'icelle par chascune dixaine 
et quartiers de ladicte ville, tous lesquelz y furent en 
armes et par ordre. Lesquelles monstres furent veues 
et receues par le sire de Gaucourt, lieutenant du roy 
en ladicte ville, maistre Jehan de la Driesche, prési- 
dent des comptes, et sire Denis Hessehn, pennetier 
du roy, esleu sur le fait des aides et prevost des mar- 
chans de ladicte ville. Lesquelles monstres il faisoit 
moult beau veoir, et plus eust fait si les arbalestriers, 
coulevriniers, gens prins es bannières et autres gens 
de guerre en grant nombre, envoiez en ladicte ville 
audit lieu de Beauvais, y eussent esté. 

En ce temps fut mis en termes que encores seroit 
prins parmy ladicte ville jusques au nombre de 
III™ combatans, qui seroient armez et souldoiez de 
par ladicte ville, ceulx de Parlement, Chastellet, la 
Chambre des comptes, la Chambre des monnoyes, la 
Chancellerie , maistres des requestes , les esleuz et 
autres, qui sembla estre moult grant charge aux habi- 
tans d'icelle, veu le grant nombre de gens que desjà 
on avoit envoyé audit Beauvais, et que aussi ladicte 
ville en demorroit moult fort aiîeblye. Et furent ces 

1. Cf. Discours véritable... (Lenglet, III, 215). 



' 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 281 

choses moult honnorablement remonstrées par ledit 
sire Denis Hesselin aux cappitaines estans oudit Beau- 
vais, qui desdictes remonstrances se tindrent à bien 
contens et se contentèrent de ce qui leur avoit esté 
envoyé, sauf qu'ilz prièrent que encores on leur 
menast cent arbalestriers et coulevriniers ; ce que fist 
ladicte ville. 

Et depuis, le mercredi, feste de la Magdaleine*, 
environ l'eure de trois heures de matin, ledit duc de 
Bourgongne honteusement se desloga de son ost et 
s'en parti et s'en ala sans autre chose faire^, sinon que, 
durant l'espace de xxvi jours entiers qu'il fu devant 
ladicte ville, il ne cessa de faire getter son artillerie 
contre ladicte ville nuit et jour, qui peu ou néant gre- 
vèrent icelle ville ne les habitans d'icelle, et y donna 
et fist donner deux grans et merveilleux assaulx, aux- 
quelz y furent tuez et murdris bien grant nombre de 
ses gens de guerre, des plus grans qu'il eust en sa 
compaignie. Et si perdi durant icellui temps grant 
quantité de son artillerie, que ceulx de la garnison 
d'Amiens pour le roy gaignerent dessus lesdiz Bour- 
guignons. 

Et, depuis ledit partement desdiz Bourguignons, ilz 
s'en alerent boutans les feux es blez et es villages par- 
tout où ilz passoient^ ; et vindrent devant Saint-Walery 

1. 22 juillet. « En un mercredy matin..., en belle nuit, sans 
trompette, honteusement et villainement s'enfuit et deslogea avec 
son ost... » {Discours véritable, loc. cit., 214). 

2. Interpolations et variantes, § LXXXIX. 

3. Pour venger son échec, le duc brûla tous les villages des 
environs de Beauvais à quatre ou cinq lieues à la ronde, « du 
costé où il tenoit son parc, car d'autre part il n'y eust osé pas- 
ser » [Ibid.]. Commynes veut que le duc se soit retiré « en bel 



-282 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

lez le Crotoy*, qui leur fut rendu par cealx de dedens, 
pour ce qu'ilz n'estoient pas assez gens et que la place 
n'estoit point de tenir contre sa puissance. Et après 
s'en ala à Eu, qui pareillement lui fut rendue pour la 
cause que dessus-. 

Et, le mercredi xxix^ jour de juillet, monseigneur 
le connestable, monseigneur le grant maistre et autres 
cappitaines qui estoient dedens la ville de Beauvais, 
acompaignez de vin'^ lances, se partirent dudit lieu 
pour eulx tirer ou pays de Caulx, vers Arques et 
Moustierviller^, pour estre au devant desdiz Bourgui- 
gnons, qu'ilz supposoient qu'ilz y dévoient aler; ce 
que firent lesdiz Bourguignons et alerent mettre et 
asseoir leur parc entre ladicte place d'Eu et Dieppe, 
en ung village nommé Ferrieres^. Et ilec depuis y 
séjourna bien grant pièce sans rien conquérir, sinon 
le Neuf Ghastel de Nycourt, où ilz se boutèrent pour 
ce que dedens n'y trouvèrent aucun qui leur contre- 
deist; et y furent par l'espace de trois jours, puis s'en 
alerent ; et au partir y boutèrent le feu et brûlèrent la 

ordre, » espérant être attaqué (édit. Dupont, I, 289 et suivantes). 

1. Auj. Saint- Valery-sur-Somme , dép. do la Somme, arr. 
d'Abbeville. 

2. Le 28 juillet, Charles campa « outre l'eau, sous la ville d'Eu, 
vers Dieppe, où il resta jusqu'au 9 août » (Lenglet, II, 202). Cf. 
Commynes, éd. Dupont, I, 290 : « Il print... son chemin en Nor- 
mandie pour ce qu'il avoit promis au duc de Bretaigne aller 
jusques devant Rouen, lequel avoit promis de s'y trouver... » 

3. Arques, auj. Seine-Inférieure, près Dieppe. Montivilliers, 
même dép., arr. du Havre. 

4. Ferrières, auj. dép. de la Seine-Inférieure. L'Itinéraire de 
Charles le Hardi porte que le 28 juillet le duc campa « outre 
l'eau, sous la ville d'Eu vers Dieppe, » et qu'il y resta jusqu'au 
9 août (Lenglet, II, 202). 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 283 

ville et chasteP, qui fut ung moult grant et piteux 
dommage, car c'estoit une moult belle ville de guerre 
et grande. Et en après fist mettre et bouter ledit 
Bourguignon le feu à Longueville, au Fay et autres 
plusieurs lieux et villages du bailliage de Caulx, que 
pour tout son vaillant ne sauroit réparer^. Et plus ne 
autre vaillance ne fist que de bouter lesdiz feux, depuis 
son parlement de ses pays jusques au premier jour de 
décembre 1111= LXXII. 

Durans ces choses, le roy, qui estoit en Bretaigne 
à tout plus de cinquante mil combatans, n'y fist que 
peu ou rien, pour ce qu'il fut mené de belles paroles 
et par ambassades, au moien de quoy il cuidoit avoir 
bonne pacificacion et accord avecques ledit duc de 
Bretaigne, sans effusion de sang ne perdicion de ses 
gens de guerre, que tousjours il a fort craint, plus 
sans comparoison que ledit de Bourgongne^, qui est 
trop cruel et plein de mauvaise obstinacion, ainsi que 
par cy devant l'a monstre et monstre chascun jour^. 

1. Interpolations et variantes, § XG. — Il s'agit ici de Neufchà- 
tel-en-Bray (Seine-Inférieure). Cf. Basin, II, 298. 

2. C'est le 26 août que le duc fit incendier le château de Lon- 
gueville, auj. arr. de Dieppe (Lenglet, II, 202). Basin, qui, malgré 
sa partialité habituelle, qualifie sévèrement cette dévastation bar- 
bare du pays de Caux, dit que les chefs français n'osèrent pas 
attaquer l'armée bourguignonne. Ils se contentaient de chevaucher 
sur ses flancs, en ramassant les traînards. Tel était, disaient-ils, 
l'ordre du roi, mais l'opinion générale fut que cette attitude pas- 
sive était le fait du connétable, et l'évêque de Lisieux ajoute : 
« quod certum verisimile est quia idem cornes ultro citroquc pro- 
ditor pessiinus erat... « (II, 299 et suiv.). Cf. la chron. anon. inip. 
en appendice de Wavrin, III, 295 et suiv. 

3. Interpolations et variantes, § XGI. 

4. Le duc Charles de Bourgogne vivait encore lorsque ce pas- 
sage fut rédigé. 



284 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

Et, après que ledit duc de Bourgongne fut retourné 
dudit pays de Caulx, où ainsi avoit bouté les feux que 
dit est, et que devant Arques et Dieppe* fut si vigueu- 
reusement recueilli et batu, lui et ses gens, s'en party 
d'icellui pays et délibéra de s'en aler devant la bonne 
ville et cité de Rouen, où plus que devant fut bien 
receu et tellement que, au moien des saillies et grans 
vaillances que firent sur lui ceulx de dedens, lui con- 
vint soy en retourner bien honteusement et à sa grant 
perte vers Abbeville^, et fist courir lors grant bruit de 
mettre le siège devant la ville de Noyom et icelle avoir 
par force. A quoy lui fut bien résisté par le sire de 
Grussol et autres vaillans cappitaines pour le roy, qui 
se vindrent loger dedens et qui la fortifièrent d'engins, 
de vivres et autres choses pour repuiser sa dampnée 
fureur. Mais ung grant mal fut fait par son moien, car 
lesdiz cappitaines, pour estre et demourer plus seurs 
en ladicte ville, firent brûler et abatre les faulxbourgs 
d'icelle ville pour garder d'y loger lesdiz Bourgui- 
gnons, qui n'y vindrent point. 

Oudit temps, messire Robert d'Estouteville, cheva- 
lier, prevost de Paris, qui estoit dedens la ville de 
Beauvais avecques les nobles de la prevosté et viconté 
de Paris et certain nombre de frans archers, s'en 
party dudit lieu de Beauvais et s'en vint loger es 
fauxbourgs de la ville d'Eu , du costé d'Abbeville. 
Et, ce mesme jour aussi, arriva d'autre costé es diz 
faulxbourgs du costé de Dieppe monseigneur le ma- 
reschal Joachin ; lesquelz incontinent envoierent som- 
mer les Bourguignons qui estoient dedens. Et lelz 

1. Inlerpolatiom et variantes, § XCII. 

2. Appendice de Wavrin, III, 297. 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 285 

effrois leur firent les gens du roy qu'ilz prindrent 
composicion, qui estoit telle qu'ilz s'en alerent tous et 
rendirent ladicte ville. C'est assavoir les chevaliers, 
chascun sur ung petit courtault, et tous les autres 
Bourguignons, qui estoient bien vnf et plus, s'en 
alerent chascun ung baston en leur poing et laissèrent 
tous leurs habillemens, biens et chevaulx, et si paie- 
rent dix mil escuz. Et puis ne demoura gueres que 
lesdiz Joachin et d'Estouteville, eulx et leurs gens, s'en 
alerent devant la ville de Saint-Walery, qu'ilz eurent 
par semblable condicion, et paierent \i^ escuz. Et puis 
s'en alerent à Rambures^ ung bien bel et fort chas- 
teau, où dedens estoient aucuns Bourguignons, qui 
vindrent au devant dudit d'Estouteville et Joachin, 
ausquelz ilz rendirent ledit chastel, moyennant que 
lesdiz Bourguignons s'en alerent eulx et leurs bagues 
saulves. 

En ces entrefaictes, aucuns tenans le party dudit 
de Bourgongne, comme le conte deRoussy, tîlz dudit 
connestable-, et autres de leur parti tindrent les 

1. Les Bourguignons étaient en possession du château de Ram- 
bures (auj. dép. de la Somme, cant. de Gamaches) depuis le 26 juil- 
let (Lenglet, II, 202). Cf. Appendice de Wavrin, HI, 295, 299 ss. 
— Sur la réclamation de Charles le Hardi, il fut stipulé, dans la 
trêve conclue le 3 novembre 1472, que les places de Saint- Valéry 
et de Rambures, prises par les troupes royales, ne seraient ni 
brûlées ni démolies non plus que fortifiées autrement qu'elles ne 
l'étaient au jour de la capitulation (Lenglet, III, 232). 

2. Antoine de Luxembourg, comte de Brienne, de Ligny et de 
Roussy, fils du comte de Saint-Pol et de Jeanne de Bar, était 
lieutenant général du duc Charles en Bourgogne. Lenglet donne 
(III, 227), d'après le ms. fr. 3887, la liste des places prises sur les 
Français dans cette région pendant la première quinzaine du mois 
d'octobre 1472. 



286 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

champs, ou pays et marche de Bourgongne, et se 
vinrent espandre et loger en la conté de Tonnerre, où 
ilz ne trouvèrent aucune resistence, et en gastant et 
destruisant pays vindrent jusques à Joigny, qui fut fort 
secouru par les gens du roy et ne le orent point. Et 
puis s'en alerent vers Troyes, boutans feux es gran- 
ches et villages, et autre vaillance ne firent. Et, pen- 
dant qu'ilz faisoient telz maulx, semblablement le fai- 
soient le conte daulphin d'Auvergne et autres nobles 
hommes de sa compaignie ou pays de Bourgongne 
pour le roy, où ilz mirent et boutèrent aussi le feu en 
plusieurs des villes, villages et lieux dudit de Bour- 
gongne, et y firent du dommaige irréparable; mais 
c'estoit pour revenge de ce que ledit Bourguignon 
avoit fait sur les villes, pays et subgetz du roy ^ comme 
mauvais subgetz qu'ilz estoient à leur vray et souve- 
rain seigneur. 

Ou moys de septembre ensuivant, le roy, qui avoit 
esté par certain temps ou pays de Bretaigne, fist trêve 
ou abstinence de guerre avecques ledit duc de Bre- 
taigne jusques au premier jour d'avril ensuivant^. En 
laquelle trêve estoient comprins les amis et aliez d'icel- 
lui de Bretaigne, lesquelz il declaira estre ledit duc 
de Bourgongne, qui aussi print et accepta la trefve 

1 . Interpolations et variantes, § XGIII. 

2. Une trêve de six semaines fut conclue le 15 octobre 1472 au 
nom du duc de Bretagne par Piiilippe des Essarts, seigneur de 
Thieux, et par Guillaume de Soupplainville. II fut stipulé que 
Louis XI évacuerait les places qu'il occupait en Bretagne, à l'ex- 
c(q)tion d'Ancenis. Le duc François ratifia la trêve on date du 
2(i octobre, et c'est dans ces lettres de ratilication que sont nommés 
les « amis et alliés » du duc, savoir « les ducs de Bourgogne et 
de Calabre, leurs pays, subjets et serviteurs, si compris y veulent 



1472] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 287 

ledit temps durant, aussi pour lui, ses amis et aliez, 
qu'il declaira estre l'empereur d'Alemaigne, les roys 
d'Angleterre, Escoce, Portugal, Espaigne, Arragon, 
Secile et autres roys jusques au nombre de sept, et 
plusieurs autres ducs et grans seigneurs'. 

En ce temps acoucha d'un filz la bonne royne de 
France, qu'on appella monseigneur de Berry, qui ne 
vesqui gueres^. 

Vers la fin du moys d'octobre, advint que monsei- 
gneur de Beaujeu, frère de monseigneur le duc de 
Bourbon, qui estoit aie par l'ordonnance du roy ou 
pays d'Armaignac comme gouverneur de Guienne, 
lequel estoit bien acompaigné de grans seigneurs et 
nobles hommes, lui estant dedens la ville et cité de 
Lestore oudit pays, fut par trahison prins et mis es 
mains dudit conte d'Armaignac, lequel, au moien 
d'icelle prinse, recouvra ladicte cité^. Et, puis après 

estre » (Lenglet, III, 228 et suiv. Cf. Commynes, éd. Dupont, I, 
291 et suiv.). Cette trêve fut prolongée pour un an à partir du 
23 novembre 1472 (Lenglet, lU, 235-238). 

1. C'est la trêve du roi avec la Bourgogne, conclue le 3 no- 
vembre 1472 par le connétable pour Louis XI et pour le duc 
Charles par les seigneurs de Croy, d'Humbercourt et d'Aymeries, 
et non pas celle passée avec les Bretons, qui devait prendre fin 
le 1er avril 1473. Étaient compris dans cet accord du côté bour- 
guignon, outre les souverains nommés ci-dessus, les rois de Hongrie 
et de Pologne, les ducs de Bretagne, de Calabre et de Lorraine, la 
duchesse de Savoie et son fils, le comte de Romont et la maison 
de Savoie, le duc d'Autriche, la seigneurie de Venise, le comte 
Palatin, le duc de Gueldres. 

2. Interpolations et variantes, § XCIV. — La nourrice de Fran- 
çois, duc de Berry, Jeanne Garnière, figurait encore aux gages de 
50 1. t. dans la maison de la reine Charlotte, en 1483 (Bibl. nat., 
ms. fr. 15538, fol. 63). 

3. Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, venait d'arriver à Lec- 
toure pour se mettre à la tète d'une expédition destinée à pour- 



288 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1472 

icelle prinse, ledit d'Armaignac délivra plusieurs des 
seigneurs estans avec ledit seigneur de Beaujeu, qui 
depuis furent prins de par le roy pour ce qu'il avoit 
souspeçon qu'ilz eussent esté cause de la prinse dudit 
seigneur de Beaujeu, et furent menez prisonniers ou 
chasteau de Loches. Et de ladicte prinse dudit de 
Beaujeu fut le roy moult dolent, et, pour le ravoir, 
envoia devant icelle cité de ses gens de guerre et 
artillerie en grant nombre \ et lui mesmes ala jusques 
à Poictiers, à la Rochelle et ou pays d'environ, et y 
estoit le jour saint Andry [30 novembre], oudit an 
LXXII, et puis s'en retourna à Angers^. 

Et, à cause de ladicte prinse, y ot ung gentilhomme, 
serviteur dudit monseigneur de Beaujeu, nommé Jehan 
Deymier, qui estoit prisonnier oudit lieu de Loches^, 
lequel fust escartelé en la ville de Tours, pour ce 
qu'il confessa avoir esté traistre au roy et à sondit 
maistre ; et, à l'eure qu'il deust mourir, parla moult 
honnorablement et publiquement devant tous dudit 
seigneur de Beaujeu, en disant par lui qu'il estoit bon 
et leal et qu'il n'avoit riens sceu de ladicte trahison, 
mais d'icelle en charga fort le Gabdet d'Albret, sei- 

suivre et à saisir Jean V d'Armagnac. Mais celui-ci, averti par 
le Cadet d'Albret, son cousin, qui feignait un grand attactiement 
à la cause royale, réussit à surprendre la ville de Lectoure, à peu 
près dégarnie de troupes et toute pleine de ses partisans (19 octobre 
1472). Beaujeu et ses compagnons se laissèrent prendre au lit 
(voy. les détails de cet épisode dans l'extrait cité de la Revue 
historique, année 1888, Louis XI, Jean V d'Armagnac, etc., p. 31 
et suiv.). 

1. Novembre 1472 (^Ibid., p. 43 et suiv.). 

2. Louis XI est signalé à l'Hermenault (auj. dép. de la Vendée) 
du 25 au 29 novembre et le 30 à la Roclielle (Itin. cité). 

3. Interpolations et variantes, § XCV. 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 289 

gneur de Saincte- Basile ^ ouquel ledit de Beaujeu 
avoit eu grant confidence pour ce qu'il avoit esté 
nourry et eu moult de biens en la maison de Bourbon -. 
Après ces choses, le roy séjourna longuement en 
Poictou et vers les marches de Bretaigne, et tant y 
demoura que appoinctement se fist entre le roy et 
ledit duc de Bretaigne, dont pour ce faire se mesla 
fort Oudet de Rie, seigneur de Lescum, à qui le roy, 
à ceste cause, fist de grans biens, et par avant lui en 
avoit aussi fait. Et, en faisant ledit appoinctement, le 
roy bailla et délivra audit duc de Bretaigne la conté 
de Monfort et certaine somme de deniers. Et, après 
ledit accord ainsi fait, fut envoyé par ledit duc de 
Bretaigne le faire notiffier et savoir par ses ambas- 
seurs au duc de Bourgongne, et pour ravoir de lui les 
scellez que ledit duc de Bretaigne lui avoit baillez en 
faisant l'aliance d'entre eulx^. 

1. Charles, dit le Cadet d'Albret, fils de Charles II, seigneur 
d'AIbret, et d'Anne d'Armagnac, avait reçu de son père, dès le 
17 novembre 1456, les seigneuries de Sainte-Bazeille(auj. dép. de 
Lot-et-Garonne), de Gensac, de Langoiran, etc. (art. cité, p. 26). 

2. Interpolations et variantes, § XCVI. 

3. Interpolations et variatites,^ XGVII. — Louis XI séjourna en 
Poitou pendant toute la seconde partie du mois de novembre 1472 
et jusqu'au milieu de janvier 1473. — Sur les marchandages qui 
finirent par assurer au roi le concours d'Odet d'Aidie, le grand 
directeur de la politique bretonne, voy. Commynes, éd. Dupont, 
I, 291-295. Ce chroniqueur qualifie aussi l'appointement conclu 
entre le roi de France et François II de « paix finalle. » Louis XI 
s'engagea à ne traiter avec la Bourgogne que par l'entremise du 
duc de Bretagne (Montaigu en Vendée, !«■• janvier 1473, n. st.). 
En conséquence, le 29 janvier, à Nantes, François U donnait com- 
mission à Vincent, évêque de Léon, de se rendre auprès du duc 
Charles afin d'obtenir la prorogation de la trêve qui devait prendre 
fin le l^"" avril et qui fut en effet prolongée pour une année (Len- 
glet, m, 246-255. Cf. p. 184-186, avec la date erronée de 1472). 



290 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1473 

Ou moys de février, oudit an IIIPLXXII, le tiers 
jour dudit moys, advint, sur le point de six heures au 
soir, que le temps estoit fort doulx et chault, qu'il 
descendit du ciel deux grans clartez comme deux 
chandelles passans devant les yeulx des regardans, 
qui sembloit estre fort espoventable, et en yssoit moult 
grant clarté, mais ce ne dura gueres. 

Le septiesme jour dudit moys de février, monsei- 
gneur l'evesque de Paris, filz de monseigneur de la 
Forest, fîst son entrée comme evesque de ladicte ville, 
et y ot grant solennité gardée à son entrée'. Et, après 
le service fait en la grant église, donna à disner aux 
gens d'eghse, Université, Parlement, Chambre des 
comptes, generaulx, maistres des requestes, secré- 
taires, prevost des marchans, eschevins et bourgois 
de ladicte ville bien et honnorablement. 

En ce temps fut tirée de la ville de Lestaure une 
grosse serpentine en l'ost des gens du roy estaus 
devant, laquelle d'un seul cop tua le maistre de l'artil- 
lerie du roy et quatre autres canonniers. 

Oudit temps fut prins prisonnier le duc d'Alençon 
par messire Tristan l'Ermite, prevost des mares- 
chaulx, et mené devers le roy pour occasion de ce 
que on disoit qu'il s'en estoit party de ses pays, cui- 
dant s'en aler pardevers ledit de Bourgongne pour lui 
vendre et délivrer toutes ses terres et seigneuries qu'il 
avoit ou pays du Perche et Normendie avecques ladicte 
duchié d'Alençon^. 

1. Louis de Beaumont, évêque de Paris, qui mourut le 5 juil- 
let 1492, était Gis de Louis, seigneur de la Forêt, chevalier de 
l'ordre, et l'ua des serviteurs les plus employés de Louis XL 

2. Jean V fut arrêté à BrezoUes, dans le Perche, enfermé d'abord 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 291 

Ou mois de mars ensuivant mil IIIP LXXII, le ven- 
dredi cinquiesme jour, le conte d'Armaignac, estant 
dedens ladicte ville de Lestaure et qui audit jour 
avoit composicion faicte avecques le roy ^ par le moien 
de messire Yves du Fau^, que le roy avoit envoyé 
pardevers ledit d'Armaignac pour ceste cause, afin de 
soy en wider dudit lieu de Lestaure, lui, sa femme et 
serviteurs, leurs vies saulves, fut ledit d'Armaignac 
tué et murdry par les gens du roy^, qui entrèrent 
en icelle ville, pour ce que ledit d'Armaignac, 
nonobstant sondit appoinctement et en alant à ren- 
contre, voulut tuer et murdrir aucuns des gens 
du roy qui entrèrent en icelle ville soubz umbre et 
couleur dudit traictié, lesquelz, quant ilz virent que 
ledit d'Armaignac les vouloit ainsi traicter, crièrent 
aux gens du roy tenans ilec le siège qu'ilz les voul- 
sissent secourir; ce qu'ilz firent, et vindrent assaillir 
ladicte ville à l'endroit où elle avoit esté batue. Et par 
là entrèrent dedens le seneschal de Lymosin et autres 
en grant nombre et tel qu'ilz tuèrent ledit d'Armai- 
gnac, toutes ses gens et tous les habitans de ladicte 
ville de Lestaure, tellement que de tous n'en demoura 
que la contesse d'Armaignac et trois femmes et trois 
ou quatre hommes, que tout ne feust tué, murdry et 

au château de Rochecorboa, près de Tours, puis transféré à Paris, 
au Louvre (voy. plus loin). 

1. Interpolations et variantes, § XGVIII. 

2. Yves du Fou, chevalier, seigneur du Vigean et de la Ramen- 
teresse en Poitou, conseiller et chambellan du roi, sénéchal de 
Poitou, gouverneur d'Angoumois, grand veneur de France, etc., 
épousa Jeanne Mourraut et mourut en 1488 (Anselme, VIII, 704, 
et Bibl. nat., ms. fr. 20432, fol. 5). 

3. Interpolations et variantes, § XCIX. 

I 21 



292 JOURNAJL DE JEAN DE ROYE [1473 

tout pillié^ Et, partant, monseigneur de Beaujeu et 
les autres seigneurs et gentilzhommes que ledit d'Ar- 
mignac tenoit prisonniers audit lieu de Lestaure 
furent délivrez et s'en vindrent devers le roy. Et des 

1. Lectoure, la clef de la Gascogne, construit sur une sorte de 
promontoire élevé et vulnérable d'un seul côté, était une très forte 
place. C'est au commencement de janvier que les Balsac com- 
mencèrent à en canonner les défenses, et c'est le 4 mars, après de 
nombreux pourparlers, que les mandataires du comte d'Armagnac, 
Jean de Villiers la Groslaye, évêque de Lombez, et le chancelier d'Ar- 
magnac, réussirent à s'entendre avec du Lude et avec le cardinal 
d'Albi, Jean Jouffroy, sur les conditions de la capitulation. Jean V 
reçut la promesse du pardon royal et un sauf-conduit en règle 
pour se rendre auprès de Louis XI. Tous ses partisans devaient 
être réintégrés dans leurs biens, et la cité de Lectoure conservait 
ses privilèges. Par contre, Armagnac s'engageait à rendre immé- 
diatement ses prisonniers et les clefs de la ville aux chefs de l'ar- 
mée royale. Le 5 mars, il exécutait cet engagement. On a donné 
ailleurs, dans un travail plusieurs fois cité au cours de cette édi- 
tion, les raisons qui rendent peu vraisemblable le récit que la 
Chronique scandaleuse donne du meurtre de Jean V. C'est la 
version royaliste, celle que le procureur du roi défendit sous 
Charles "VIU lors des débats qui furent engagés au Parlement de 
Paris pour la succession du comte d'Armagnac ; mais les chances 
sont pour que Jean V ait été tué sans provocation, à la faveur 
d'une rixe qui s'engagea entre ses gardes et les francs archers des 
sénéchaux du roi, avec ou sans l'approbation de ces derniers. 
Après le meurtre, la soldatesque fit main basse sur tout ce qu'elle 
rencontra, mais notre chroniqueur a exagéré le nombre des vic- 
times, et les actes de réparation ordonnés par Louis XI lui-même 
en faveur des « pauvres habitants » de Lectoure prouvent qu'il en 
survécut un assez grand nombre. Après le sac de la ville, le feu 
y fut mis, et fortifications et édihces furent méthodiquement démo- 
lis. Jeanne de Foix, veuve du comte d'Armagnac, fut transportée 
au château de Buzet, dans le Toulousain. Elle n'y fut nullement 
empoisonnée, quoi qu'on en ait dit, et vécut plusieurs années 
encore d'une pension de 6,000 1. t. que Louis XI lui avait assi- 
gnée (Louis XI, Jean V d'Armagnac, etc., extrait de la Rev. hisL, 
cité, p. 46-57). 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 293 

choses dessusdictes en apporta les nouvelles au roy 
ung des chevaucheurs de son escuierie, nommé Jehan 
d'Auvergne, dont le roy fut moult joyeux, et, pour 
ceste cause, le fist et créa son herault et si lui donna 
cent escuz d'or^. Et entra dedens ladicte ville le car- 
dinal d'Arras^, qui moult vaillamment s'estoit porté 
devant icelle, en y tenant le siège pour le roy. Et après 
fut toute ladicte ville arse et tout getté dedens les 
fossez. 

Et, pour la desconfiture dudit lieu de Lestaure et 
dudit d'Armaignac, en ala la nouvelle au roy d'Arra- 
gon, qui estoit à Parpeignen, lequel, pour la cause 
dessusdicte, et aussi qu'on lui rapporta que PheHppe 
Monseigneur de Savoye s'en aloit à lui pour lui faire 
guerre et recouvrer ladicte ville de Parpignen qu'il 
avoit prinse sur le roy, et venoit ilec à tout grant 
compaignie de gens de guerre, tant des pays de Savoie, 
du Daulphiné que d'Armaignac, s'en ala et départi 
dudit Parpeignen et se retrahy en autres ses pays^. 

1. Nous ne savons s'il faut confondre ce Jean d'Auvergne avec 
un personnage du même nom, archer de la compagnie de Gilbert 
de Chabannes, gouverneur de Limousin (Bibl. nat., Titres. Montres 
1414, fol. 128, cop., à la date du 18 novembre 1475). On rencontre 
aussi un Guillaume d'Auvergne, chevaucheur de l'écurie du roi, 
à la date du 30 octobre 1480 (Pièces orig., vol. 149, dossier d'Au- 
vergne, parch.). 

2. Jean Jouffroy, évêque d'Arras (1458-1462), puis d'Albi, car- 
dinal, mort en 1473, joua un rôle important pendant la dernière 
partie du siège de Lectoure. M. Fierville a écrit la biographie de 
ce prélat guerrier et diplomate, sous ce titre : le Cardinal Jean 
Jouffroy et son temps (Goutances, 1874, in-8o). 

3. Les rigueurs d'Antoine du Lau, seigneur de Castelnau, 
récemment rentré en grâce auprès de Louis XI et nommé gou- 
verneur de Perpignan, indisposèrent les habitants de cette ville 
au point que, dans la nuit du 2 février 1473, ils introduisirent 



294 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1473 

Et, puis le samedi matin, xiii* jour dudit moys de 
mars, à l'eure de six heures de matin, le roy, qui 
estoit au Plesis du Parc^, jadis nommé les Motifz lez 
Tours, s'en party à privée compaignie et s'en ala à 
Bordeaux et Baionne, et, afin que homme vivant, autre 
que ceulx qu'il avoit ordonnez, ne le suivissent ne 
alassent après lui, fist tenir toutes les portes de Tours 
fermées depuis ladicte heure jusques à dix heures 
sonnées, et si fist rompre ung pont près dudit lieu de 
Tours par où il estoit passé, que homme n'y passast. 
Et fist ilec aussi demourer monseigneur de Gaucourt, 
cappitaine des gentilzhommes de sa maison, afin que 
personne n'alast après lui^. 

Et, le mercredi septiesme jour d'avril, avant Pas- 
dans la cité une bande d'Aragonais. Les Français, contraints de 
se réfugier dans la citadelle, n'eurent d'autre ressource que d'y 
attendre le secours qu'ils avaient réclamé du roi. C'est aux envi- 
rons du 10 avril que le comte de Bresse, lui aussi réconcilié avec 
son royal beau -frère, vint mettre le siège devant Perpignan. 
Encouragés par la présence du vieux roi Juan d'Aragon, les bour- 
geois opposèrent une résistance acharnée aux troupes de Philippe 
de Savoie renforcées par l'armée de Lectoure que Louis XI avait 
dirigée sur l'Espagne après la mort du comte d'Armagnac (Basin, 
II, 304 et suiv.). 

1, Charles Vil possédait déjà, dans un faubourg de Tours, aux 
Montils, un logis et un parc dont il termina la clôture en 1451 
(De Beaucourt, Hist. de Charles VJl, t. V, p. 73). Le château du 
Plessis, dont quelques parties subsistent encore à une faible dis- 
tance des limites actuelles de la ville, fut probablement une adjonc- 
tion faite par Louis XI au domaine des Montils. 

2. Ce passage de la Chronique scandaleuse a été particulièrement 
incriminé par M. Quicherat (Recherches sur le chroniqueur Jean 
Castel, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, II, 467). On a fait 
ressortir, dans l'introduction de la présente édition, p. xvi-xviii, 
que le récit de Jean de Roye est parfaitement exact et que, si la 
chancellerie royale est demeurée au Plessis, Louis XI a bien fait 
dans le Midi l'excursion indiquée. 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 295 

ques, oudit an LXXII, le Cabdet d'Albret, filz du conte 
d'Albret^ qui avoit esté avecques mondit seigneur de 
Beaujeu audit lieu de Lestaure, et qui avoit trahy et 
baillé ledit seigneur au conte d'Armaignac, fut icellui 
Cabdet prins prisonnier audit lieu de Lestaure après la 
mort dudit d'Armaignac et amené prisonnier à Poic- 
tiers, où ilec fut fait son procès et condempné à estre 
décapité; laquelle [chose] il fut, ledit jour de mer- 
credi VII® avril. Et, incontinent qu'il ot eu le col couppé, 
fut son corps et sa teste mis en ung sarcueil couvert 
d'un poile armoyé à ses armes, et fut porté ledit corps 
enterrer par les quatre ordres mendians dudit Poic- 
tiers, et lui fut fait ung moult beau service^. 

Oudit moys d'avril fut fait derechef tresve entre le 
roy et ledit duc de Bourgongne jusques à ung an 
prouchain ensuivant, qui finiroit l'an LXXIIIP. 

L'an mil IIII'^LXXIII, environ la fin d'avril, advint 

1. Lisez Sire d'Albret. Ce Cadet d'Albret, quatrième fils de 
Charles II, mort en 1471, était le frère et non le ûls du sire d'Al- 
bret (Alain le Grand), alors vivant. 

2. Le Cadet d'Albret, arrêté le jour de la capitulation de Lec- 
toure, fut amené au château de Lusignan, en Poitou. Son procès, 
instruit par des commissaires désignés par le roi, commença le 
20 mars 1473. Charles d'Albret, tout en protestant qu'il était 
demeuré étranger au coup de main du comte d'Armagnac sur 
Lectoure, fut contraint de reconnaître qu'il y avait collaboré au 
moins par ses conseils et qu'il avait pris part à la défense de la 
ville contre les troupes royales. Transporté au château de Poitiers, 
il fut condamné à mort le 7 avril 1473 pour crime de haute trahi- 
son par un tribunal présidé par le chancelier d'Oriole et composé 
de Guillaume Cousinot, chevalier, de Pierre Bragier, seigneur de 
Puyjarreau et de Magesir, et de sept conseillers au Parlement de 
Paris. La sentence fut exécutée le même jour à Poitiers (voy. 
Louis XI, Jean d'Armagnac, etc., art. cité, p. 63 et suiv.). 

3. C'est la prolongation do trêve dont il a été parlé plus haut 
(voy. Lenglet, UI, 247-255). 



296 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1473 

que le roy d'Arragon fist entreprinse sur ]a ville de 
Parpeignen et la print sur monseigneur du Lau, qui en 
avoit la garde et la charge, mais le chasteau demeura 
au roy et à ceulx qui dedens estoient. Et le tindrent, 
depuis ladicte ville prinse, bien longuement, etjusques 
après la conqueste faicte dudit lieu de Lestaure, que, 
après icelle, le roy en envoya son armée pardevant 
ladicte ville de Parpaignen, -devant laquelle ilz mirent 
le siège et y assiégèrent ledit roy d'Arragon et son filz. 
Et, avecques les nobles seigneurs, cappitaines et senes- 
chaulx de ladicte armée, y estoit aussi monseigneur le 
cardinal d'Albi, qui moult bien et sagement se y 
gouverna. Et, devant icelle ville tindrent le siège 
longuement, et jusques au mois de juing, que le roy 
y envoya derechef et pour renforcer ladicte armée 
1111'= lances prinses à Amiens et autres villes voisines. 
Et si y envoya grant quantité d'artillerie et canon- 
niers^ 

Ou moys de juing, oudit an mil IIIIc LXXIII, le duc 
d'Alençon , que le roy avoit fait prendre et amener 
prisonnier à Loches, fut amené à Paris ou chasteau du 
Louvre, et y arriva le mercredi, veille du Saint-Sacre- 
ment, XVI® jour dudit moys de juing, à l'eure d'entre ix 
et dix heures au soir, à l'arche de Bourbon, où il 
descendi ilec des basteaulx qui l'avoient amené de 
GorbueiF. Et y estoient à le conduire monseigneur de 

1. Ce n'est pas à la fin d'avril 1473, mais, comme on l'a vu 
ci-dessus, au commencement de février, que Juan d'Aragon réus- 
sit à enlever la ville de Perpignan aux Français. Assiégé à son 
leur, il lit preuve d'une grande énergie, harcelant au moyeu de l'rc- 
quontos sorties ses adversaires décimés par les ardeurs d'un été 
torride et épuisés par le manque de vivres. Le siège de Perpi- 
gnan fut levé le 24 juin suivant. 

2. L'arche de Pourbon, sur la rivo droite do la Seine, en face 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 297 

Gaucourt, le sire de la Gholetiere, maistre d'ostel du 
roy^ et avecques ce en leur compaignie y estoient 
cinquante archers de la garde et xxiiii gentilzhommes 
de l'ostel du roy, lesquelz, après que ledit seigneur 
eut esté mis et bouté oudit chasteau du Louvre, s'en 
retournèrent devers le roy et le laissèrent en la garde 
dudit seigneur de la Gholetiere et des archers de 
ladicte ville de Paris. Et est à savoir que, le jour qu'il 
arriva, fut mené loger en la rue Saint-Honoré, à l'en- 
seigne du Lion d'argent. Et, ledit jour dudit Saint- 
Sacrement, après souper, aussi à ladicte heure d'entre ix 
et X heures au soir, fut mené et conduit ledit seigneur 
audit chasteau du Louvre. 

Et, après que ledit siège eut esté longuement tenu 
devant ladicte ville de Parpeignen, advint que les 
gens du roy, au moien de la grande et extrême cha- 
leur qu'ilz avoient et souffroient ilec, et aussi qu'ilz 
avoient grant souffreté de vivres, prindrent trêves 
lesdiz de Parpeignen et eulx ung peu de temps, pen- 
dant lequel chascun se avitailla et appoincta de ce que 
besoing leur estoit^, et, en ces entrefaictes, y furent 

la rue des Poulies, donnait accès au port aux Passeurs. Ce point 
d'atterrissement était donc très voisin du Louvre (Berty, Plan 
archéologique de Paris du XII h au XVII^ siècle). 

1. Jean Gholet, chevalier, seigneur de la Gholetiere, etc., con- 
seiller et maître d'hôtel du roi, capitaine du château de Decise 
(avril 1475), est qualifié maître de l'artillerie au mois de février 
1478. Il épousa Perrine d'Argenson et mourut en 1479 (Bibl. nat., 
Titres. Montres 1414, fol. 2, 21; Pièces orig., vol. 758, doss. Chol- 
let de la Gholetiere; ms. lat. 10133, fol. 71 v», et Vaesen, Lettres de 
Louis XI, lY, 42). — Le seigneur de Gaucourt était capitaine de la 
garde du roi. 

2. Sur les souffrances endurées par les troupes françaises en 
Roussillon, voy. Basin, II, 311. — Un arrangement provisoire 
finit par intervenir entre les deux partis en présence, le 19 sop- 



298 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1473 

envoiez grant quantité de gens de guerre. Et, pour y 
remettre le siège et fournir de vivres ledit host, le roy 
y envoya monseigneur de Gaucourt, maistre Jehan 
Bourré et le changeur du trésor* pour prendre vivres 
et les paier partout où recouvrer en pourroient pour 
mener audit Parpeignen. 

Durant ce temps, et ou moys de juillet IIIPLXXIII, 
mourut ung des enfans du Toy, nommé monseigneur 
Françoys de France, duc de Berry^, dont le roy porta 
moult grand dueil, et fut par l'espace de six heures 
ou chasteau d'Amboise que homme ne parloit à luy^. 

Oudit moys de juillet, le duc de Calabre mourut de 
pestilence à Nancy le Duc, en la duchié de Lorraine. 
Et, incontinent après son trespas, fut nouvelles que 
ung Alemant, qui, avant ledit trespas, a voit la conduite 
de l'armée dudit de Calabre, print à prisonnier le 
conte de Vaudesmons, héritier de ladicte duchié de 
Lorraine, à l'adveu et faveur du duc de Bourgongne. 
Pour laquelle cause, et afin de ravoir ledict conte ^ de 
Vaudesmons, fut prins pour marque^ en ladicte ville 
de Paris ung jeune filz escolier, nepveu de l'empereur 
d'Alemaigne^. 

tcmbre 1473, qui replaça le Roussillon et la Gerdagne aux mains 
du roi de France (mais sous le gouvernement d'un Catalan pré- 
senté par le roi d'Aragon) jusqu'à parfait paiement des sommes 
d'argent dues à Louis XI. 

\ . Gilles Cornu. Sur l'envoi, à l'armée de Roussillon, de ces trois 
personnages, voy. Vaesen, Notice biographique sur Jean Bourre 
(Extrait do la Uibliolhèque de l'École des chartes, 1882-1885, p. 12). 

2. Voyez plus haut, p. 287. 

3. Interpolations et variantes, § G. 

4. Le texte porte ici ladicte conté, ce qui est un lapsus évident. 

5. C'est-à-dire pour otage. 

6. Nicolas, duc de Calabre et de Lorraine, né en 1448, mourut 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 299 

Oudit moys de juillet fut ordonné ung grant conseil 
estre tenu en la ville de Senlis, entre les gens du roy 
et ceulx du duc de Bourgongne, pour appoincter sur 
les differens d'entre eulx. Et y envoya le roy de son 
costé le conte de Dampmartin\ qui y fist de grans 
pompes, monseigneur le chancellier, monseigneur de 
Craon, monseigneur le premier président de Parle- 
ment, maistre Guillaume de Cerisay, greffier civil 
d'icelle court, et maistre Nicole Bataille, advocat en 
ladicte court, lesquelz y séjournèrent par long espace 
de temps et jusques au jour de my aoust dudit 
an LXXIII, sans avoir riens fait. 

En ce mesmes temps, le duc de Bourgongne mist 
sus son armée et s'en ala en la duchié de Guéries pour 
la subjuguer et mettre en ses mains ^. 

Oudit moys d'aoust, le dimenche viii® jour d'iceluy, 
le roy estant dedens le chasteau d'Alençon, qui s'en 
aloit hors d'icellui, advint que par fortune, ainsi qu'il 
yssoit hors du chasteau d'icellui lieu, chey sur lui, 

sans alliance le 24 juillet 1473. La nouvelle qui courut à Paris de 
l'enlèvement de René, comte de Vaudémont, désigné pour recueil- 
lir la succession du duché de Lorraine, n'était sans doute qu'un 
faux bruit. A Nancy, on prétendit un moment que le jeune duc 
avait été fait prisonnier par les Messins (voy. D. Calmet, Preuves 
de l'histoire de Lorraine, IV, xlix). 

1. Interpolations et variantes, § CI. 

2. Interpolations et variantes, § GII. — Arnoul d'Egmont, duc 
de Gueldres, jeté en prison par son fils Adolphe, avait constitué 
pour héritier de son duché le duc de Bourgogne. Charles le Hardi fit 
arrêter Adolphe, l'emprisonna à son tour, envahit le duché et triom- 
pha assez aisément de la résistance de ses partisans. Le 15 juin, 
il campait près de Montfoort sur l'Yssel, s'emparait successive- 
ment de Venloo sur la Meuse, puis de Nimègue (19 juillet). Zut- 
phen, Arnheim et le reste du pays se soumirent peu après (Basin, 
II, 314-320. Cf. Commynes, éd. Dupont, I, 306-309). 



300 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [U73 

dessur l'une de ses manches, une grosse pierre de 
fes^ dont et de quoy il fut en moult grant danger de 
sa personne, duquel danger [par] Dieu et la benoiste 
Vierge Marie, à la grâce de laquelle il est^ moult fort 
enclin, en fut garendi et gecté hors. 

Oudit moys d'aoust, le conseil du roy, qui estoit en 
la ville de Senlis avec les ambasseurs de Bourgongne 
et Bretaigne, et qui y avoient séjourné longuement, 
s'en départirent et s'en ala et retourna chascun en son 
lieu, sans riens faire ^ de la matière pour laquelle ilz 
estoient alez. 

Et, au regard du fait et disposicion du temps de 
ladicte année, l'esté fut moult chault, et par especial 
depuis le moys de juing jusques au premier jour de 
décembre, et plus chault et ardant que onques n'avoit 
esté veu d'aage d'omme lors vivant^. Et, à ceste cause, 
furent les vins chaulx et ardans, et plusieurs d'iceulx 
devindrent aigres et puans et en fut grant quantité de 
perdus et gettez par les rues. Et ne fist point de froit 
ne ne gela point qu'il ne feust la Chandeleur^. 

En ce temps, pour ce qu'il estoit bruit que les Bour- 
guignons tiroient vers Loraine et Barrois, le roy y 
envoya cinq cens lances soubz la conduicte de mon- 
seigneur de Craon, qu'il fist son lieutenant gênerai, et 
y envoya les nobles de l'Isle de France, de Normendie 
et les frans archers, qui furent logez en divers lieux 

1. Une pierre de faix, de poids. 

2. On remarquera l'emploi du temps présent. Les éditions 
imprimées portent estoit. 

3. Interpolations et variantes, § GUI. 

4. C'est ce que dit Basin (II, 3H). Cf. Omont, la Chaleur à Paris 
en 1473, dans Bull, de la Soc. de l'hist. de France, nov.-déc. 1893. 

5. 2 février iàl\ (n. st.). 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 301 

OU pays de Champaigne et y demourerent plus de 
deux moys, et puis s'en retourna chascun en sa mai- 
son, sans riens faire ^. 

Oudit temps, ledit Bourguignon amena l'empereur 
d'Alemaigne jusques à Luxembourg, et fut ledit empe- 
reur dedens la ville de Metz pour les enhorter de 
bouter ledit de Bourgongne en ladicte ville, ce qu'ilz 
ne vouldrent pas faire. Et s'en retourna ledit empereur 
audit lieu de Luxembourg, et d'ilec s'en retourna en 
Alemaigne^. 

En ce temps, ledit de Bourgongne envoya à Venise 
pour emprunter de l'argent aux Veniciens, et d'icellui 
argent en souldoier vi"^ lances du pays pour le temps 
de trois moys, et passèrent par la duchié de Milan et 
s'en vindrent joindre ou hault pays de Bourgongne 
avecques les subgetz dudit duc, pour ce qu'ilz n'es- 
toient pas assez fors pour grever l'armée du roy qu'il 
avoit fait loger sur les marches dudit duchié de Bour- 
gongne^. 

1. Sur les craintes causées par la présence du duc de Bourgogne 
en Lorraine et en Alsace, voyez nos Relations de Charles VII et de 
Louis XI avec les cantons suisses (Paris, 1881, in-8°, p. 107 etsuiv.). 

2. Frédéric IV quitta Bâle le 9 septembre, entra à Metz le 18, 
y séjourna jusqu'au 27 et arriva à Trêves le 29. Le duc de Bour- 
gogne était à Luxembourg avec son armée. Le projet primitif des 
deux princes avait été de se rencontrer à Metz pour la cérémonie 
de l'investiture à Charles le Hardi du duché de Gueldres ; mais 
les Messins, redoutant un guet-apens, refusèrent absolument de 
livrer aux Bourguignons un des portails de leur cité (Ghmel, 
Monumenta Habsburgica. Vienne, 1854, in-8°, p. li-lix). L'entre- 
vue eut lieu à Trêves. 

3. Antoine de Montjeu se rendit à Venise de la part du duc de 
Bourgogne dès le mois de juin 1473, et il y retourna en 1475 jiour 
traiter avec le célèbre condottiere Barthélémy GoUeone, de Ber- 
game, que Charles le Hardi voulait attirer à son service. Montjeu 



302 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1473 

Oudit temps, le roy maria son ainsnée fille, que par 
avant il avoit promise au feu duc de Calabre, à mon- 
seigneur de Beaujeu, frère de monseigneur le duc de 
Bourbon * . 

Oudit temps, les Bourguignons par trahison et em- 
blée entrèrent ou pays de Nivernois et y prindrent des 
places de monseigneur de Nevers, comme Laroche, 
Ghastillon et autres. 

Oudit temps se rassemblèrent à Gompiengne les 

fut à cause de cela pris à partie par Louis XI (Preuves de l'histoire 
de Bourgogne, IV, p. cccxxn). Sur le passage des mercenaires ita- 
liens à travers la Savoie, le pays de Vaud et les défilés du Jura, 
de 1473 à 1475, voyez Gingins, Épisodes des guerres de Bourgogne, 
dans Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire de la 
Suisse romande, t. VIII, passim. 

1. Pierre, seigneur de Beaujeu, né le 1" décembre 1438, avait 
alors près de trente-cinq ans. Son mariage avec Anne de France, 
qui fut accordé le 3 novembre 1473 à Jargeau, près Orléans (Con- 
trat impr. par Lenglet, III, 345-347), fut célébré deux fois, la 
première au château de Montrichard, en présence de Philippe de 
Savoie, du comte de Dunois et d'autres. Peu après, on reconnut 
que les nouveaux époux étaient parents par le sang et de plus par 
alliance, Nicolas, duc de Calabre, qui avait été fiancé jadis à Anne, 
alors âgée de six ans, étant le neveu du seigneur de Beaujeu. Pour 
écarter cet empêchement, on obtint du légat du pape des lettres 
apostoliques adressées à l'archevêque de Lyon, Charles de Bour- 
bon, qui, après un semblant de procédure, excommunia les époux 
et prononça leur divorce. Ils demeurèrent séparés trois ou quatre 
jours, Anne à Amboise, auprès de la reine sa mère, Beaujeu aux 
Montils, d'où il écrivait à M"* Anne « de gracieuses lettres » et 
l'invitait plaisamment à ne pas se pourvoir d'un nouvel époux. 
Enfin, les délais écoulés, l'archevêque de Lyon remit aux parties 
une dispense régulière et célébra une seconde fois leur union 
aux Montils-lès-Tours (Arch. nat., P 1367 <, cote 1539, examen 
de témoins du 28 août 1499). La dot d'Anne de France fut de 
100,000 écus d'or, dont un tiers devait demeurer à la disposition 
du mari et les deux autres tiers former le propre héritage paternel 
de réponse. 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 303 

ambasseurs du roy, qui auparavant avoient esté assem- 
blez à Senlis, cuidant y trouver l'ambaxade ^ de Bour- 
gongne, qui avoit promis y venir; lesquelz y firent 
longuement attendre lesdiz ambasseurs du roy, les- 
quelz s'en retournèrent à Paris, pour ce que lesdiz 
Bourguignons n'y venoient point. Et puis encores y 
retournèrent^ le moys de janvier, et y estoient le 
XV® jour dudit mois. 

En ce temps fut nouvelles que ledit de Bourgongne, 
voyant qu'il n'avoit pas puissance de parvenir à des- 
truire le royaume de France, ainsi que grant peine y 
avoit mis, conspira avecques ung nommé maistre 
Ythier Marchant, qui avoit esté serviteur de monsei- 
gneur de Guyenne, et avecques ung nommé Jehan 
Hardi, serviteur dudit maistre Ythier, qui s'en estoient 
retirez après ledit trespas devers ledit de Bourgongne, 
de trouver moien de faire mourir et empoisonner le 
roy. De laquelle chose faire ledit Hardi print à lui la 
charge, et, pour ce faire et acomplir, lui furent bail- 
lées lesdictes poisons, en lui promettant faire moult de 
biens, et de lui donner l™ escuz pour distribuer à 
cellui ou ceulx qui feroient ladicte execucion. Et si fut 
délivré argent audit Hardi pour faire ses despens en 
ladicte poursuite. Lequel Hardi, fol et enragé et non 
aiant Dieu devant les yeulx, et non voulant congnoistre 
que, se ladicte execucion eust esté acomplie, où Dieu 
a bien pourveu, tout le bon et très noble royaume de 
France estoit du tout perdu, destruit et exillé, s'en 
parti et tira tout droit où le roy estoit. Et, pour mettre 
sa dampnée entreprinse à execucion, et non congnois- 

1. Lisez les ambassadeurs. 

2. Interpolations et variantes, § CIV. 



304 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1473 

saut que le roy Tavoit recueilli et donné argent, 
s'adreça à ung des serviteurs du roy aient charge en 
sa cuisine de faire saulces, et auquel il avoit eu con- 
gnoissance durant que ledit saulcier et Hardi avoient 
esté en l'ostel et ou service dudit monseigneur de 
Guienne, et à lui se declaira ledit Hardi de sadicte 
entreprinse, en lui promettant xx"" escuz ou cas où il 
vouldroit faire et acomplir . ladicte charge, qui lui 
presta l'oreille et dist qu'il n'y pourroit riens faire sans 
le moien de Golinet, queux du roy, et qui aussi avoit 
esté et demouré avecques ledit Hardy et saulcier en 
l'ostel dudit seigneur de Guienne, en disant par ledit 
saulcier à icellui Hardy qu'il parleroit audit queux et 
y feroit ce qu'il pourroit, en disant audit Hardi qu'il 
lui delivrast lesdictes poisons pour les monstrer audit 
queux. Et, bientost après, lesdiz saulcier et Golinet, 
qui de ce avoient parlé ensemble, en alerent advertir 
le roy, dont il fut moult esbahy et espoventé. Et dudit 
advertissement furent lesdiz queux et saulcier moult 
honnorablement et prouffitablement guerredonnez du 
roy. Et, en toute diligence, fut ledit Jehan Hardi 
suivy, qui s'en retournoit devers Paris, et fut prins 
vers Estampes et remené devers le roy, qui le inter- 
rogua ou fist interroguer sur les choses dessusdictes, 
et icelles lui confessa estre vraies. Pour quoy, et alîn 
de y donner le jugement ordonné estre fait en pareil 
cas, s'en party le roy d'Amboise et s'en vint à Ghartres, 
Meulenc, Greil et autres lieux es marches de Beau- 
voisiz^. Et, après lui, estoit mené ledit Hardi en une 
basse charrette, où il estoit moult bien enferré de 

4. Louis XI quitta effoctivoment la Touraine vers le milieu de 



1473] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 305 

gros fers enchaynez, et le conduisoit Jehan Blosset, 
escuier, cappitaine des cent archers de la garde de 
monseigneur le daulphin^ et avecques lui avoit cin- 
quante desdiz archers tousjours estans autour de ladicte 
charrette. Et, ainsi acompaigné que dit est, fut ledit 
Hardi envoyé à Paris pour estre délivré au prevost 
des marchans et eschevins de ladicte ville. Et y fut 
mené et y arriva le jeudi, xx® jour de janvier 
IIIP LXXIII, environ l'eure de trois heures après dis- 
ner, que sire Denis Hesselin, conseiller et maistre 
d'ostel du roy, prevost des marchans et esleu sur le 
fait des aides de ladicte ville et autres notables habi- 
tans d'icelle, l'ala recueillir es faulxbourgs de la porte 
Saint-Denis d'icelle ville. Et, avecques lui, estoient les 
quatre eschevins, le clerc et sergens de l'Ostel de 
ladicte ville et autres notables habitans d'icelle; et 
acompaignoient lesdiz prevost et eschevins avecques 
les archers d'icelle ville et par bel ordre. Et fut ledit 
Hardi, ainsi acompaigné que dessus, mis et assis sur 
une haulte chaiere mise au dedens et ou mylieu d'une 
charrete, à ce qu'il feust manifesté, apperceu par le 
populaire d'icelle ville. Ausquelz, et afin qu'ilz ne 
feussent meuz de mal faire ou injurier ledit Hardi pour 
J'enormité dudit cas, fut défendu de le mutiler, blas- 
phémer ne injurier. Et, ainsi estant en ladicte char- 
décembre 1473. Le 26, sa présence est signalée à Chartres, où il 
demeura jusqu'à la fin du mois, le 4 janvier 1474 (n. st.) à Meu- 
lan, le 7 et jours suivants à Greil, puis à Beauvais. 

1. Jean Blosset, plus tard chevalier, seigneur de Saint-Pierre 
et de Carouges, vicomte de Cariât, conseiller et chambellan du 
roi, grand sénéchal de Normandie, avait été capitaine des archers 
de la garde française du corps du roi (Bibl. nat., ms. fr. 25780, 
n» 65). 



306 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1473 

rete que dit est, fut amené tout au long de la grant 
rue Saint-Denis et dessendu oudit Hostel de la Ville, 
et délivré par ledit Blosset es mains et en la garde 
desdiz prevost des marchans et eschevins, ausquelz 
le roy voult leur attribuer l'onneur d'en avoir la garde 
et faire faire son procès et icellui mettre à execu- 
cion^. 

Oudit temps, le roy, estant à Greil, fist ung edict 
touchant les gens d'armes de son royaume, par lequel 
il declaira que chascune lance n'auroit ne tendroit que 
six chevaulx, c'est assavoir la lance trois chevaulx 
pour lui, son page et le coustiller, et les deux archers 
deux chevaulx et ung cheval pour leur varlet, et qu'ilz 
n'aroient plus de panniers à porter leurs harnois, et 
avecques ce qu'ilz ne sejourneroient que ung jour en 
ung village. Et, en oultre, fut crié que nul marchant 
ne vendeist ausdiz gens de guerre ne prestast aucuns 
draps de soye ne camelotz, sur peine de perdre l'ar- 
gent que lesdictes gens de guerre leur pourroient 
devoir à cause de ce, et aussi qu'on ne leur vendist 
aucun drap de laine plus de xxxu sous parisis l'aulne. 

Oudit temps, le roy fist ordonnance sur le fait de 
ses monnoyes et ordonna ses grans blans courir pour 
XI tournois, qui par avant n'en valoient que dix; les 
larges xi tournois, qui en valoient xii ; l'escu xxx sous 

1. L'arrêt définitif rendu le 30 mars 1473 (v. st.) par la cour de 
Parlement contre Jean Hardi est rapporté par Vitu {la Chron. de 
Louis XI, etc., p. 58 et suiv.). Cet arrêt contient en substance que 
Hardi s'était introduit dans l'entourage du roi < soubs ombre de 
venir... traicter du commandement dud. maître Ytier Marchant, 
feintement par trahison, sa venue devers le roy. » On a vu plus 
haut (p. 118) quel prix Louis XI attachait à s'assurer les services 
d'Ylliior Marchand. 



1474] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 307 

iiii deniers tournois, et ainsi de toutes les autres 
espèces de monnoies, tout fut changé^. 

Oudit temps, environ le xx® jour de janvier IIIP 
LXXIII, fut fait accord et appoinctement entre le roy 
et monseigneur le connestable, qui avoit prins et mis 
en sa main la ville de Saint-Quentin et en bouté hors 
le sire de Creton^, qui y avoit cent lances de par le roy. 
Et, par ledit accord, demoura ledit monseigneur le 
connestable oudit Saint-Quentin, ainsi que avant avoit 
esté fait, et lui fut rendu Meaulx et autres places dont 
il avoit esté despoincté. Et si lui bailla on commis- 
saires pour eulx informer de ceulx qui avoient parlé 
dudit seigneur pour raison de ladicte prinse de Sainct- 
Quentin, afin de les punir; et si lui fust délivré l'ar- 
gent du souldoy de ses gens de guerre, qui empesché 
fut incontinent après ladicte ville de Saint-Quentin 
prinse^. 

Oudit temps, le roy vint des parties d'Amboise, oîi 
il estoit, soy tenir à Senlis et ilec environ, et ce pen- 
dant les ambasseurs du roy et du duc de Bourgongne, 
qui communiquèrent sur le fait de trouver entreulx 
appoinctement de paix ou tresves. Et finablement fut 
ladicte trefve continuée jusques à la my may, en 
attendant plus ample appoinctement^. 

En ce temps, le roy, qui estoit à Senlis, s'en vint 

1. Recueil des Ordonnances, t. XVII, p. 597 et suiv. (Chartres, 
28 décembre 1473). 

2. Gilbert de Chabannes, seigneur de Gurton. 

3. « Il avoit du roy 400 hommes d'armes bien payez dont luy- 
mesmes estoit commissaire et en faisoit la monstre. Sur quoy il 
poYoit praticquer grant argent, car il ne tenoit point le nombre... » 
(Commynes, éd. Dupont, I, 297). 

4. Voy. Lenglet, III, 302. 

I 22 



308 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1474 

loger à Ermenonville en Sancters, appartenant à 
maistre Pierre l'Orfèvre, conseiller des Comptes, et 
ilec y séjourna environ ung moys^; pendant lequel 
temps monseigneur le duc de Bourbon, que le roy 
avoit diverses foiz mandé venir pardevers luy, y vint 
et arriva et n'y demeura que dix ou xii jours, et puis 
s'en retourna en ses pays faire ses Pasques, ainsi que 
le roy lui en donna le congié, auquel il promist incon- 
tinent après Quasimodo s'en retourner et revenir par- 
devers lui^. 

En ce temps, ou moys de mars, le jeudi xxx® et 
penultime jour dudit moys, Jehan Hardi, emprisonné, 
dont est parlé devant, fut condempné par arrest de la 
court de Parlement à estre trayné depuis l'uis de la 
conciergerie du Palais jusques à la porte dudit lieu, 
et d'ilec bouté en ung tumbereau et mené devant 
rOstel de la ville de Paris dessur l'eschaffault pour ce 
ilec drecié pour y estre escartelé, ainsi qu'il fut fait, 
et condempné la teste estre mise et demourer dessus 
une lance devant l'Ostel de ladicte ville, les quatre 
membres portez en quatre des bonnes villes des extre- 
mitez de ce royaume, et à chascun desdiz membres 
estre mis ung epitaphe pour faire savoir la cause 
pour quoy lesdiz membres y estoient mis et posez ; et 

1. Louis XI quitta Beau vais pour Sealis le 5 février 1474 (n. st.). 
Il y resta jusqu'au 9 mars et séjourna à Ermenonville du 11 mars 
aux premiers jours d'avril (Itin. cité). 

2. Le duc de Bourbon, secrètement travaillé par le connétable, 
s'était refusé à abandonner le parti du roi ; mais, retiré dans ses 
domaines depuis 1472, il gardait une attitude expectante qui no 
laissait pas que d'inquiéter Louis XI. Malgré sa promesse de revenir 
après Quasimodo, il ne rejoignit son bcau-frèrc que l'année sui- 
vante (voy. La Mure, Hist. des ducs de Bourbon, etc., p. 297, note). 



1474] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 309 

oultre condempné le corps estre brûlé et mis en cendre 
devant l'Ostel de ladicte ville, toutes les maisons 
dudit Jehan Hardi arrasées et mises par terre, mes- 
mement le lieu de sa nativité gecté par terre, sans 
jamais y estre fait édifice, et de y mettre epitaphe 
pour faire savoir l'enormité du cas dudit Hardi, et 
pourquoy estoit faicte ladicte demolicion^. Et fut ledit 
Hardi ainsi exécuté ledit jour de jeudi es présences du 
seigneur de Gaucourt, lieutenant du roy, du premier 
président Boulenger, du prevost de Paris, du prevost 
des marchans et eschevins de ladicte ville, du procu- 
reur et le clerc d'icelle' et plusieurs autres notables 
personnes. Et fut baillé audit Hardi, pour la conduicte 
de son ame et conscience, ung notable docteur en 
théologie, nommé maistre Jehan Hue^. Et puis, le 
samedi ensuivant, environ myenuit (par quoy ce fut, 
il n'a point esté sceu), la teste d'icellui Hardi, mise au 
bout d'une lance, fut ostée de dessus l'eschaffault, où 
elle estoit mise, et gettée en une cave près d'ilec. 

Ledit jour de jeudi, xxx® et penultime jour dudit 
moys, vint et arriva à Paris une moult belle ambaxade 
du roy d'Arragon^, qui fut bien recueillye par mon- 

1. JLie procès de Jean Hardi fut instruit par des commissaires 
ordonnés par le roi qui remirent leur rapport au Parlement. Le 
misérable fut torturé à plusieurs reprises, la dernière fois à la 
date du 28 mars 1474 (n. st.). Notre chroniqueur a reproduit 
exactement les termes de l'arrêt prononcé contre lui (Vitu, pas- 
sage cité. Cf. Bibl. nat. , ms. fr. 4055, fol. 24, cop. du xvi^ siècle). 

2. Le procureur de la ville de Paris était Jacques Rebours. 
Jean Luillier, clerc et receveur de la ville, succéda à son père 
le 20 juillet 1467 et mourut au mois de mai 1474 ou le mois sui- 
vant (Vitu, la Chronique de Louis XI citée, p. 44). 

3. Jean Hue était curé de Sainl-André-des-Arcs. 

4. Cette ambassade avait pour chefs lo comte de Prades et le 



310 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1474 

seigneur le conte de Penthievre, monseigneur de 
Gaucourt et autres, qui bien festierent ladicte am- 
baxade en plusieurs lieux de Paris et jusques au jour 
de Pasques fleuries*, qu'on cessa, pour la sepmaine 
peneuse qui entra, de les festier. Et puis vint et arriva 
le roy à Paris le samedi xvi® jour d'avril LXXIIII, 
après Pasques. 

Et, le mercredi ensuivant, xx® jour dudit moys 
d'avril mil IIIP LXXIIII, le roy ordonna que les mons- 
tres feussent faictes des officiers, bourgoys, manans 
et habitans de ladicte ville de Paris; ce qui fut fait. Et 
fut ladicte monstre faicte et monstrée au dehors de 
Paris, depuis la bastide Saint-Anthoine, en alant au 
long des fossez, jusques à la tour de Billy, et d'ilec en 
bataille jusques à la Granche aux Merciers. Et, de 
l'autre costé aussi estoient en bataille les habitans de 
ladicte ville, qui estoient moult grande et belle chose 
à veoir, et estimoit on le nombre des armez de iiiP'' à 
C™ hommes, tout d'une livrée de hoquetons^ rouges à 
belles croix blanches. Et fut tirée aux champs grant 
quantité de l'artillerie de ladicte ville de Paris, qui 
faisoit moult beau veoir. Et à veoir ladicte monstre y 
estoit le roy et l'ambaxade du royaume d'Arragon, 
qui tous faisoient grandes admiracions de la quantité 
de gens de'guerre qu'ilz virent ystre hors de ladicte 

castellaa d'Emposte. Le but apparent de leur mission était de 
traiter le mariage du dauphin Charles avec Isabelle, tille de Fer- 
dinand d'Aragon. L'objet réel était de faire valoir une série de 
réclamations relatives à l'exécution du dernier traité passé entre 
les rois de France et d'Aragon (Legeay, Histoire de Louis XI, II, 
118 et suiv.). 

1. Le jour des Rameaux tomba le 3 avril on 1474. 

2. Hoqueton, sorte de casaque. 



1474] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 3H 

ville. Et avecques le roy estoit sa garde, ses gentilz- 
hommes de sa maison, le conte de Dampmartin, qui 
se y trouva moult fort pompeux. Aussi y estoient 
Philippe Monseigneur de Savoye, conte de Bresse, 
monseigneur du Perche et Salezard et plusieurs autres 
cappitaines, notables hommes et gens de nom. Et, 
après ladicte monstre faicte, le roy s'en ala au boys 
de Vinciennes soupper, et y mena avecques lui ladicte 
ambaxade d'Arragon. Et, peu de temps après, le roy 
donna aux deux seigneurs, chefz de ladicte ambaxade, 
deux hanaps couvers, à petit souage^ tout de fin or, 
qui pesoient quarante mars d'or fin et cousterent 
ni"" ii*^ escuz d'or. 

Et puis s'en parti le roy pour s'en retourner à Sen- 
tis, où il y séjourna depuis par certain temps. Pen- 
dant lequel temps vint et arriva l'ambassade de Bre- 
taigne, qui s'en ala devers le roy. Et des Alemaignes 
aussi arriva à Paris ambassade, dont estoit chef le duc 
en Bavière^. Et, avecques ladicte ambaxade de Bre- 
taigne, y vint Phihppe des Essars, seigneur de Thieux, 
maistre d'ostel du duc de Bretaigne, lequel avoit 
auparavant esté contre le roy ; et le recueilly très bien 
le roy et lui donna dix mil escus, et si le fist maistre 
enquesteur et gênerai reformateur des eaues et forestz 
es marches de Brie et de Ghampaigne que tenoit mon- 

1. Où appelait « souage » une moulure enroulée autour du pied 
d'une pièce d'orfèvrerie. 

2. Christophe et Wolfgang, ducs en Bavière, qu'il ne faut pas 
confondre avec Albert II le Sage, duc régnant, sollicitèrent, à 
l'automne de l'année 1474, de Sigismond, duc d'Autriche, des 
lettres de recommandation auprès de Louis XI, au service duquel 
ils désiraient entrer. C'est peut-être l'un de ces princes allemands 
qui vint à Paris au mois d'avril de la même année (Chmcl, MonU' 
menta Habsburgica, I, 270 et suiv.). 



312 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1474 

seigneur de Ghastillon , à qui le roy le osta pour 
bailler audit Philippe des Essars^. 

Oudit temps que le roy estoit à Senlis^, à Ermenon- 
ville et ilec environ, y vint et arriva l'ambaxade de 
Bourgongne, qui y demoura assez longuement sans 
riens faire. Durant lequel temps, le roy s'en ala à 
Gompiengne, à Noiom et autres places environ, et là 
monseigneur le connestable vint pardevers lui, sur 
aucuns difFerens qui estoient entre le roy et lui, et 
parlèrent aux champs ensemble en ung village nommé 
[Fargniers] ^, où fut fait ung pont entre eulx deux, et 
chascun d'eulx estoient garnis de gens de guerre pour 
la garde de leurs personnes. Et, ilec ainsi assemblez 
que dit est, parlèrent de leursdiz differens, mesme- 
ment pour raison de la prinse et retenue que faisoit 
mondit seigneur le connestable de la ville de Saint- 

1. Interpolations et variantes, § GV. — Philippe des Essarts reçut 
en outre une pension de 1,200 écus, le bailliage de Meaux, la mai- 
son que Geoffroy Gœur possédait à Thieux, près Dammartin, et, 
pour sa femme, la terre de Lye. Ces nombreux avantages lui 
avaient été garantis par Louis XI dès le mois d'octobre 1472, en 
récompense de services rendus lors de la conclusion de la trêve 
avec la Bretagne (Bibl. nat., ms. fr. 20428, fol. 114, et ms. fr. 6602, 
fol. 57. Gf. Commynes, éd. Dupont, I, 294). 

2. Louis XI séjourna à Senlis une grande partie du mois d'avril 
et les dix premiers jours de mai 1474 (Itin. cité). 

3. Le nom de la localité où l'entreviie prit place est demeuré 
en blanc dans les deux mss. de la Chronique, comme dans les 
éditions imprimées. Gommynes veut que les deux princes se soient 
rencontrés « à trois lieues de Noyon, tirant vers la Fère, sur une 
petite rivière, » et Quicherat a supposé que c'était à Ognes ou à 
Abbecourt (éd. de Basin, II, 365, n. 1); mais les procès-verbaux 
des procès du duc de Nemours et du connétable donnent « Farnics, 
près Noyon. » C'est Fargniers, auj. dans le dép. de l'Aisne, à 
quatre kilomètres de la Fère, sur un aifluent de l'Oise et sur le 
canal de Grozat. 



147'i] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 313 

Quentin qu'il avoit prinse et mise en sa main, et 
d'icelie en dechassé et débouté dehors le sire de Grê- 
lon, qui avoit la garde d'icelie ville de par le roy et 
la retenue de cent lances, qui tous, par la force et 
contraincte dudit monseigneur le connestable, widerent 
dehors de ladicte ville de Saint-Quentin, dont le roy 
fut bien mal content. Et, pour ceste cause, le roy fist 
arrester les deniers et descharges qui avoient esté 
levez pour le paiement dudit monseigneur le connes- 
table, et des im'' lances de sa charge et retenue pour 
le quartier d'avril, may et juing lors escheu, qu'il 
print ledit Saint-Quentin. Et, après ledit pourparlé 
ensuivant, le roy leva sa main dudit arrest et fist tout 
ledit paiement délivrer audit monseigneur le connes- 
table, et puis s'en départirent d'ensemble bons amys. 
Et si fist ilec le roy la paix dudit seigneur et du conte 
de Dampmartin, qui riens ne s'entredemandoient. Et, 
audit parlement, le roy pardonna tout audit monsei- 
gneur le connestable, qui lui promist et jura de non 
jamais lui faire autres faultes, mais que bien le servi- 
roit de là en avant à l'encontre de tout le monde, sans 
nul en excepter ^ . 

En icellui temps, le roy s'en retourna à Senlis, 
Ermenonville, Pons Sainte- Maxence et autres lieux. 
Et souvent et presque tous les jours aloit le roy en 
l'abbaye de la Victoire prier et aourer la benoiste 
Vierge Marie ilec requise, à l'onneur et loenge de 

1. « Quant le roy eut bien pensé et ouy le murmure des gens, 
il luy sembla follye d'avoir esté parler à son serviteur et l'avoir 
ainsi trouvé, une barrière fermée au devant de luy et acompaigné 
de gens d'armes, tous ses subjectz et payez à ses despens » (Gom- 
mynes, éd. Dupont, I, 302). 



314 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1474 

laquelle il fist oudit prieuré de bien grans dons en or 
content, qui bien montèrent x™ escuz d'or^. 

Oudit temps, le roy, aiant en singulière recomman- 
dacion son populaire et gens de guerre et pour esche- 
ver effusion de sang par guerre, fist une tresve avec- 
ques son ennemy et adversaire le duc de Bourgongne 
pour ung an, finissant le premier jour d'avril- LXXV, 
combien que plusieurs ambaxades feussent venues par- 
devers lui de par l'empereur d'Alemaigne lui humble- 
ment prier et requérir qu'il ne feist point ladicte trefve 
avecques ledit de Bourgongne, et que par port d'armes 
ilz le rendroient fugitif et en la mercy du roy, et que 
toute la conqueste et prouffit qu'ilz pourroient faire 
et avoir sur ledit de Bourgongne, ilz promettoient la 
bailler et donner au roy, sans riens lui couster du sien. 
Mais, nonobstant ce que dit est, fut ladicte tresve 
faicte et accordée avec ledit de Bourgongne, à la 
grant desplaisance des très bons et loyaulx subgetz 
du roy^. Et, nonobstant ladicte tresve et au commen- 
cement d'icelle, lesdiz Bourguignons firent de grans 
oultrages et dommages aux pays et subgetz du roy 
estans à l'entour desdiz Bourguignons; dont aucune 
reparacion ne fut faicte par iceulx Bourguignons : 
laquelle chose demoura en grant esclande de veoir le 
vassal ainsi oultrager les pays et subgetz de son sou- 
verain seigneur. 

Au commencement du moys de juillet mil IIIP 

1. L'Itinéraire indique le passage de Louis XI à Senlis du 
27 mai au 2 juin, à Pont-Sainte-Maxence le 5 juin, à la Victoire 
le 9, à Gompiègne le 12, puis à Noyon et à Ermenonville. 

2. Lisez de mai (Lcnglet, III, 315-318). 

3. Le roi promit d'observer cette trêve par lettres datées de la 
Groix-Saint-Ouen, près Gompiègne, le 13 juin 1474. 



1474] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 315 

LXXIIII, le roy vint et arriva en sa bonne ville et cité 
de Paris, où il ne séjourna que une nuit ; et, le lende- 
main, s'en ala à l'église Nostre Dame, et de là en la 
Saincte-Chappelle du Palais, et disna en la conciergerie 
dudit Palais, ou logis et domicile de maistre Jehan de 
la Driesche, président des Comptes '. Et d'ilec, environ 
quatre heures après midi, s'en party et ala en ung 
basteau par la rivière depuis la poincte dudit Palais 
jusques à la tour de Neelle, où il monta à cheval et 
s'en ala à Chartres, à Amboise et de là à Nostre-Dame 
de Behuart en Poictou^. 

Oudit an, le roy envoya grant nombre des gens 
d'armes de son ordonnance, des frans archers et 
autres et de son artillerie pour reconquérir le royaume 
d'Arragon^. Dieu leur doint grâce de y bien beson- 
gner et de retourner joyeusement, car on dit commu- 
nément que c'est le cimitiere aux Françoys^ ! 

Oudit temps, le lundi xviii® jour dudit moys de 
juillet IIIP LXXIIII, l'arrest fut prononcié en la court 

1. II était concierge et bailli du Palais. 

2. Louis XI fut à Paris le 13 juillet et rentra en Touraine vers 
le 19. Sur Notre-Dame-de-Behuard (auj. Maine-et-Loire, cant. 
de Saint-Georges), voy. l'article de M. Quicherat dans la Revue 
d'Anjou, t. U (1853), p. 128-141. — La tour de Nesle se dressait sur 
la rive gauche de la Seine, en face du Louvre, à la place où est 
aujourd'hui l'Institut. 

3. Louis XI élevait en effet quelques prétentions sur les royaumes 
de Valence et d'Aragon en sa qualité de petit-fils de Yolande 
d'Aragon et comme héritier des droits de sa mère Marie d'Anjou. 
Mais, dans le cas présent, il ne visait en réalité qu'à rétablir son 
autorité en Roussillon et en Cerdagne. Preuves de l'Hist. de Bour- 
gogne, t. IV, p. cccxxxvn. 

4. La forme de ce vœu indique que ce passage a été écrit au 
moment de l'événement. Les éditions imprimées portent : « dont 
on disoit que Dieu leur donnast la grâce de..., etc. » 



316 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1474 

de Parlement par monseigneur le chancellier, nommé 
maistre Pierre Doriole, du procès fait à l'encontre du 
duc d'Alençon, qui par avant avoit esté détenu pri- 
sonnier au Louvre et audit lieu du Palais. Et, par 
icelui arrest, fut ramené à fait le cas et crimes à lui 
imposez et la condemnacion jadis contre lui prononcée 
à Vendosme, durant la vie du bon roy Charles, dont 
Dieu ait l'ame, et le pardon -et grâce que de ce lui 
avoit depuis fait le roy de lui laisser la vie saulve, et 
que depuis il avoit encores continué de mal en pis, 
comme ingrat. Et, tout dit et recité publiquement en 
icelle court, fut ledit duc d'Alençon declairé par arrest 
estre criminel de crime de lèse majesté, et comme tel 
condempné à estre décapité et souffrir mort, sauf sur 
ce le bon plaisir du roy, et toutes ses terres et sei- 
gneuries et tous ses biens estre acquises et confisquées 
au roy. Et lui fut le dictum^ dudit arrest dit à sa 
bouche par le dit monseigneur le chancelier. Et, bien- 
tost après, fut ramené prisonnier à sa première prison 
dudit Louvre, en la garde et conduicte de sire Denis 
Hesselin, esleu de Paris ^, et de ses gens pour lui, de 
sire Jaques Hesselin, son frère, escuier d'escuierie du 
roy, et de sire Jehan de Herlay, chevalier du guet de 
nuit de ladicte ville, et autres ordonnez de par le roy 
à la garde dudit seigneur. 

1. On entendait par diclum ou sumptum une sentence rendue 
sur rapport. 

2. Le 21 juin, Denis Hesselin, qui venait de quitter les fonctions 
de prévôt des marchands, avait été élu par les échevins, conseil- 
lers, bourgeois, quarteniers et marchands de la ville de Paris, 
clerc et receveur tant du domaine (|ue des aides et payeur des 
œuvres de la ville. Ce choix fut raliUc par le roi le 26 du môme 
mois (Vitu, la Chronique de Louis XI, p. 42 et suiv.)- 



i474] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 317 

Après ledit arrest, le roy s'en tira à Angers et ou 
pays d'environ, et tîst mettre en sa main ladicte ville 
d'Angers et autres terres et seigneuries qui sont et 
appartiennent au roy de Cécile, pour aucunes causes 
qui à ce le meurent, et au gouvernement et adminis- 
tration desdictes seigneuries et terres y fut mis et 
commis maistre Guillaume de Gerisay, greffier civil de 
la court de Parlement^. 

En après, le roy retourna pardevers le pays de 
Beausse, à Ghartres, et en Gastinois, au Bois Males- 
herbes et autres lieux voisins^, où il séjourna par cer- 
taine longue espace de temps, en chassant et prenant 
bestes sauvaiges comme cerfz, sangliers et autres 
bestes, dont il trouva largement. Et, pour raison de 
la grant quantité des bestes qui y furent trouvées, 
ayma fort ledit pays, combien que en autres choses il 
est maigre pays, sec, inutile et de petite valeur. Et 
puis s'en parti le roy et s'en ala au pont de Samois, 
où aussi il demoura par certain temps et jusques au 
jeudi, VI® jour d'octobre oudit an LXXIIIJ, qu'il s'en 
parti et ala jusques à Monstereau ou fouit d'Yonne^. 
Et, audit pont de Samois, demoura monseigneur de 
Beaujeu, pardevers lequel s'en aloient par chascun 

1. Louis XI, ayant découvert que son oncle, le roi de Sicile, 
était entré en négociations avec le duc de Bourgogne pour lui 
vendre la succession éventuelle de la Provence, des duchés de Bar 
et d'Anjou, se présenta devant Angers et s'en fit livrer les portes 
(fin juillet 1474. Voy. Preuves de l'Hist. de Bourgogne, t. lY, p. cccxlii 
et suiv.). 

2. Bois-Malesherbes (auj. Malesherbes, dép. du Loiret, arr. de 
Pithiviers) 7 août 1474, Ghartres 15 août, etc. Le roi passa en 
Beauce et en Gàtinais les mois de septembre et d'octobre. 

3. Auj. Montereau-faut- Yonne, Seine-et-Marne, arr. de Fon- 
tainebleau, au confluent de l'Yonne et de la Seine. 



318 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1474 

jour les gens du grant conseil tenir le conseil en 
l'absence du roy. 

En ce temps, le duc de Bourgongne, qui s'en estoit 
parti de ses pays pour aler faire guerre aux Alemans, 
ala en Alemaigne tenir et mettre le siège devant la 
ville de Nux, qui est une bonne ville près de Gou- 
longne sur le Rin, où il séjourna bien longuement, 
tenant le siège ilec devant avecques toute son armée 
et artillerie^. 

Oudit temps furent envolez en Bretaigne ambasseurs 
de par le roy, c'est assavoir monseigneur le chancel- 
lier, Philippe des Essars^ et autres. Et, au retour de 
ladicte ambaxade, revint et retourna dudit Bretaigne 
messire Pierre de Morviller, jadis chancellier, qui s'en 
estoit aie avecques feu monseigneur de Guienne, et 
depuis son trespas s'en estoit retrait oudit pays de 
Bretaigne. 

En ce temps, les gens tenans le parti dudit de Bour- 

1. L'archevêque de Cologne, Robert de Bavière, parent du duc 
de Bourgogne, « débouté de sa chaire episcopale et cité métropo- 
litaine, lui remonstra sa doleance et comment ceulx du chapitre 
dudit Coulongne vouloient avoir archevesque Hermant, lantgrave 
de Haesse, frère à Henri, lantgrave de Hesse, auquel favorisoit 
l'empereur, etc. » (Molinet, éd. Buchon, dans Coll. des chron. 
nationales françaises, Paris, 1827, in-8°, I, 27). — L'armée bour- 
guignonne arriva à la fin de juillet devant Neuss, petite ville 
située au sud-ouest de Dusseldorf, mais sur la rive gauche et à 
une petite distance du Rhin. « Elle estoit forte à merveille, dit 
Molinet, tant d'eaue comme de murailles, adossée d'un lez d'un 
bras du Rhin qui battoit aux murs, et d'une autre rivière nommée 
Arne, qui passe par le duché de Julers. » 

2. Voy. ci-dessus, p. 312. La trêve avec le duc de Bretagne 
devait expirer à la fin de novembre, et il y avait un intérêt majeur 
pour Louis XI à détacher François II des alliances anglaise et 
bourguignonne. 



1474] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 319 

gongne, nonobstant ladicte tresve, prindrent la cité de 
Verdun en Lorraine, dont le roy estoit seigneur et 
gardien, et, pour la ravoir, le roy envoya m*^ lances 
et un'" frans archers qui estoient acompaignez du sei- 
gneur de Graon et autres. 

Oudit temps aussi, lesdiz Bourguignons prindrent 
par emblée une ville ou pays de Nivernois nommée 
Molins Engibers"^, où pareillement le roy envoya des 
gens de guerre et de son artillerie. Et ne différa point 
ledit de Bourgongne que par ses gens et de son party, 
nonobstant icelle tresve, de tousjours faire maulx et 
persécuter les gens, serviteurs, villes et subgetz du 
roy^. 

En icellui temps, Edouart, roy d'Angleterre, envoya 
ses heraulx pardevers le roy le sommer de lui rendre 
et bailler les duchez de Guienne et de Normandie, 
qu'il disoit à lui appartenir, ou que en son refus il 
lui feroit guerre. Ausquelz heraulx fut faicte et rendue 
response, et par iceulx le roy envoya audit Edouart 
le plus beau coursier qu'il eust en son escuierie. Et, 
depuis ce, le roy lui envoya encores par Jehan de 
Lailler, mareschal de ses logis, ung asne, ung loup et 
ung sanglier. Et à tant s'en retournèrent lesdiz heraulx 
en leurdit pays pardevers le roy. 

Ou moys de novembre, le roy vint pardevers Paris 
et fu logié à Ablon sur Seine, depuis au boys de Vin- 
ciennes, à Hauberviller et autres lieux, et puis d'ilec 
se desloga et ala en la France soy loger en ung hostel 
appartenant à maistre Dreux Budé, audiencier, nommé 

1. Auj. Moulins-Engilbert, dép. de la Nièvre, arr. de Ghâteau- 
Ghinon. 

2. Interpolations et variantes, § GVI. 



320 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1474 

le Bois le Gonte^. Et messeigneurs de Lion, de Beau- 
jeu et autres seigneurs suivans le roy se logèrent à 
Mitry en France. Et puis se desloga le roy et ala avec- 
ques les seigneurs devantditz à Ghasteauthierry, où il 
demoura certaine espace de temps et jusques environ 
le xii^ jour de décembre, qu'il retourna à Paris, et y 
fist son Noël , et fu le roy au service , la veille de 
Noël, en l'église Nostre Dame de Paris. 

Le lendemain de Noël, qui estoit le jour Saint- 
Estienne, le roy ot des nouvelles que les Anglois 
estoient en armes en grant nombre sur mer, et estoient 
vers les parties du Mont Saint-Michel-. Et incontinent 
fist monter à cheval et envoier en Normandie les 
archers par lui mis sus de sa nouvelle garde, nommée 
la garde de monseigneur le daulphin^. 

En ce temps, le roy ot des nouvelles de son armée 
qu'il avoit envoyée en Arragon, et comment ses gens 
a voient prins une place près de Parpeignen, nommée 
Gonne*, dedens laquelle y estoient aucuns gentilz- 
hommes et habitans de ladicte ville de Parpeignen 
qu'on voulut faire mourir comme traistres^; mais on 

1. Ablon-sur-Seiae, auj. dép. de Seiae-et-Oise, cant. de Long- 
jumeau. Louis XI y fut le 6 novembre 1474 et le 20 à Auber- 
villiers (auj. dép. de la Seine, cant. de Saint- Denis). Le château 
d'Auberviliiers appartenait aux Luillier. Quant au Bois-le-Gomte, 
qui était à Dreux Biidé, seigneur de Boissy-Saint-Léger et de Vil- 
liers-sur-Marne, le roi y séjourna au commencement du mois 
de décembre et arriva à Château-Thierry vers le 8 du même mois. 

2. C'était un faux bruit qui fut semé à plusieurs reprises et avec 
intention par les ennemis du roi. 

3. Sous le commandement de Jean Blosset, seigneur de Saint- 
Pierre. 

4. EIne, auj. dép. des Pyrénées-Orientales, cant. de Perpignan. 

5. Louis XI avait envoyé en Roussillon le seigneur du Lude 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 321 

différa, pour ce qu'ilz promirent, dedens ung temps 
qu'ilz nommèrent, de faire réduire et mettre en l'obéis- 
sance du roy ladicte ville de Parpeignen , laquelle 
chose ilz ne firent point dedens le temps qu'ilz avoient 
promis, pour quoy en furent aucuns de eulx décapi- 
tez, et entre les autres y ot ung nommé Bernard de 
Doms, qui ot le col coppé^. Et, bientost après, fu fait 
appoinctement entre le roy et lesdiz d'Arragon, par 
lequel la conté de Roussillon fut derechef remise en la 
main du roy. 

Ou moys de janvier LXXIIII, advint que aucuns 
larrons bourguignons, sans maistre ne adveu, se 
mirent sur les champs et vindrent courir es pays du 
roy et jusques près de Compiengne, où ilz prindrent 
et tuèrent gens, et puis voulurent édifier une place 
pour eulx retraire près de Roye, nommée Arson-, où 
ilz amenèrent grant quantité de pionniers. Et, quant 
le roy en ot ouy les nouvelles, il manda aux garnisons 
d'Amiens, Beauvais et autres lieux, avecques la com- 
paignie du grant maistre et aussi des arbalestriers et 
archers de Paris et autres de ladicte ville, que mes- 
sire Robert d'Estouteville , prevost de ladicte ville, 
conduisoit, qu'ilz alassent destruire lesdiz Bourgui- 
gnons et place. Mais, incontinent qu'ilz en orent les 

avec 400 lances et 3,000 archers, qui ravagèrent le pays et brû- 
lèrent les récoltes. Elne se rendit le .5 décembre 1474. 

1. Bernard d'Oms ou d'Orms, chevalier catalan, s'était mis à la 
tête d'une conjuration des nobles et des principaux habitants de 
Perpignan, qui, le 25 janvier 1473, tentèrent d'introduire les Ara- 
gonais dans la ville. Le coup ayant manqué, Bernard avait pris 
la fuite avec ses principaux complices (Basin, II, 306 et suiv.). 

2. Ressons-sur-Matz, dép. de l'Oise, arr. de Gompiègne. 



322 JOURNAL DE JEAN DE ROYE fl475 

nouvelles, ilz désemparèrent tout et s'enfouirent, 
comme paillars qu'ilz sont^ 

Oudit moys de janvier 1111= LXXlllI, advint que ung 
franc archer de Meudon, près Paris, estoit prisonnier 
es prisons de Chastellet, pour occasion de plusieurs 
larrecins qu'il avoit faictes en divers lieux, et mesme- 
ment en l'église dudit Meudon; et, pour lesdiz cas et 
comme sacrilège, fut condempné à estre pendu et 
estranglé au gibet de Paris, nommé Montfaucon, dont 
il appella en la court de Parlement, où il fu mené pour 
discuter de son appel. Par laquelle court et par son 
arrest fut ledit franc archer declalré avoir mal appelle 
et bien jugié par le prevost de Paris, pardevers lequel 
fut renvoie pour exécuter sa sentence. Et, ce mesme 
jour, fut remonstré au roy par les médecins et cirur- 
giens de ladicte ville que plusieurs et diverses per- 
sonnes estoient fort traveillez et molestez de la pierre, 
colique, passion et maladie du costé, dont pareille- 
ment avoit esté fort molesté ledit franc archer, et que 
aussi desdictes maladies estoit lors fort malade mon- 
seigneur du Boschage, et qu'il seroit fort requis de 
veoir les lieux où lesdictes maladies sont concrées 
dedens les corps humains, laquelle chose ne povoit 
mieulx estre sceue que inciser le corps d'un homme 
vivant, ce qui povoit bien estre fait en la personne 
d'icellui franc archer, qui aussi bien estoit prest de 
souffrir mort. Laquelle ouverture et incision fut faicte 
ou corps dudit franc archer, et dedens icellui quis et 
regardé le lieu desdictes maladies. Et, après qu'ilz 
orent esté veues, fut recousu et ses entrailles remises 

1. Qu'ils estoient, dans les éditions imprimées. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 323 

dedens, et fut, par rordonnance du roy, fait très bien 
penser, et tellement que, dedens xv jours après, il fut 
bien guery et ot remission de ses cas, et et remission 
sans despens, et si lui fut donné avecques ce argent^. 

En ce temps, le xxviii® jour dudit moys de janvier, 
le roy, aiant singulière affection aux sains fais et grans 
vertus de saint Gharlemaigne, voulut et ordonna que, 
ledit XXVIII® jour de janvier, feust faicte et solemnizée 
la feste dudit saint Gharlemaigne; laquelle chose fut 
faicte et solemnizée en la ville de Paris, et ladicte feste 
gardée comme le dimenche, et ordonné que doresen- 
avant, par chascun an, ladicte feste seroit faicte ledit 
xxvui® jour de janvier^. 

Ou moys de février ensuivant, furent les Alemans 
dedens la ville de Nux avi taillez par ceulx de la ville 
de Goulongne sur le Rin et autres Almans de la partie 
de l'empereur d'Alemaigne, nonobstant le duc de 
Bourgongne qui, passé a long temps, estoit demeuré 
tenant le siège devant ladicte ville de Nux^, et qui 

1. Il est douteux qu'il faille considérer cette audacieuse opéra- 
tion, ainsi que l'ont fait les auteurs de l'Art de vérifier les dates, 
après l'abbé Ga.Tmer {Hist. de France, 1770, t. IX, p. 324), comme 
le plus ancien exemple connu en France de l'extraction de la 
pierre. En tout cas, le procédé qui consiste à extraire une pierre 
de la vessie par une incision pratiquée dans la paroi abdominale 
fut salué comme une nouveauté lorsque Franco l'employa vers 
1561 (Mandrot, Ymbert de liatarnay, seigneur du Bouchage, cité, 
p. 49 et suiv.). 

2. Gharlemagne fut canonisé en 1165 par l'anti-pape Paschal III, 
et depuis ce temps il a été révéré au rang des saints. Louis XI 
avait pour sa mémoire une grande vénération, témoin son culte 
pour « la vraye croix que sainct Gharlemaigne portoit, qui s'ap- 
pelle la croix de la Victoire, » sur laquelle il fit jurer le traité de 
Péronne au duc de Bourgogne (Commynes, éd. Dupont, I, 175). 

3. Depuis le 30 juillet précédent. 

I 23 



324 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

avoit fait arriver plusieurs navires pour cuider empes- 
cher que ledit avitaillement ne vînt en icelle ville; 
mais, nonobstant toute sa puissance et armée, vint et 
entra ledit avitaillement en ladicte ville, et furent 
toutes les navires dudit duc rompues et mises en 
pièces dedens la rivière du Rin, et mors plus de six 
à sept mille Bourguignons estans dedens iceulx navires. 
Et, auparavant, avoient euz et soul'ers lesdiz Bourgui- 
gnons de grans pertes et maulx par lesdiz de Nux ^ . 

Ou moys de mars ensuivant, pour ce que lesdiz 
Bourguignons des parties de Flandres et Picardie, et 
aussi de ceulx estans par ledit duc de Bourgongne 
logez à Roye, Peronne, Montdidier et autres places 
tenans son parti, estoient venus courir es pays et sur 
les subgetz du roy, et en iceulx prins plusieurs pri- 
sonniers, vivres et biens et menez en leurs places 
contre la tresve faicte entre le roy et lui, se mirent 
aux champs plusieurs des compaignies de l'ordonnance 
du roy estans es garnisons d'Amiens, Beauvais, Saint- 
Quentin et autres lieux , jusques au nombre de 
liii'' lances et autres populaires, qui pareillement ale- 
rent courir sur lesdiz Bourguignons et jusques dedens 
les faulxbourgs d'Arras, où ilz couchèrent une nuit 
entière. Et ilec, au moien de certaine grande quantité 
de vans, fléaux et autres oultilz dont les gens du roy 
avoient mené graut quantité avecques eulx en char- 
retes et chariotz, fut batu tout le grain estant et trouvé 
es granches dudit pays de Bourgongne et Picardie, et 
icellui avec autres bestiaulx, gens, prisonniers et uten- 

\. Voy. Molinet, éd. Buchon, I, 60. Cf. Gingiiis, Dépêches des 
ambassadeurs milanais sur les campagnes de Charles le Hardi, de 
l'ïl'i à l'jll . Genève, 1858, iii-S", passim. 



1475J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 325 

siles fait amener et conduire par Salezart et autres 
capitaines dedens lesdictes villes d'Amiens et Beauvais. 

Durant le temps, le roy ne bouga de Paris et y fist 
son quaresme, faisant grant chère, et s'i trouva sain 
et bien disposé, comme il disoit^. 

Oudit moys de mars, advint à Paris que ung jeune 
fîlz brigandinier^, qui avoit esté nourry en partie par 
ung poissonnier d'eaue doulce de ladicte ville, nommé 
Jehan Penssart, meu de mauvais courage et trahison, 
sachant que ledit Pensart avoit grant argent, qui 
estoit venu et yssu de la vente du poisson qu'il avoit 
vendu durant le quaresme, et dont il devoit la plus- 
part à plusieurs seigneurs et autres notables hommes 
qui lui avoient vendu le poisson de la pesche de leurs 
estans, et lequel argent ledit brigandinier avoit veu et 
le heu où icellui Penssart le mettoit, vint et entra de 
nuit en l'ostel dudit Pensart, et, après la myenuit 
passée, vint ouvrir l'uys dudit Pensart à trois Escos- 
sois qu'il avoit ilec fait venir pour avoir ledit argent 
et desrober ledit Pensart, l'un desquelz Escossois estoit 
nommé Mortemer, dit l'Escuier, et l'un des autres 
Thomas Le Clerc; lesquelz Escossois, par le moien 
dudit brigandinier, crochetèrent, prindrent et empor- 
tèrent ledit argent, montant en somme n"" V'' livres 
tournois. Et, pour lequel recouvrer, fut fait bien 
grant diligence, tellement que, ledit jour dudit desro- 
bement, fut ledit brigandinier trouvé tenant franchise 
aux Carmes de ladicte ville, duquel lieu il fut tiré hors 
et apporté ou Chastellet de Paris, pour ce que, au 

1. Louis XI passa à Paris les trois premiers mois de l'année 
1475 (Itin. cité). 

2. C'est-à-dire un jeune ouvrier en brigandines. 



326 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

moien des fers dont il estoit ferré, il ne povoit aler. 
Et ilec confessa que lesdiz Escossois avoient eu tout 
ledit argent; pour quoy fut fait grant diligence de le 
recouvrer, et eust esté ledit Mortemer prins et fait 
amener oudit Ghastellet par l'ordonnance de maistre 
Phelippe du Four, n'eussent esté deux autres Escos- 
sois de la garde du roy qui vouldrent tuer ledit 
maistre Phelippe et ses sergens et firent eschapper 
ledit Mortemer. Et depuis fut ledit Thomas Le Clerc 
trouvé tenant franchise dedens l'église Saincte-Kathe- 
rine du Val des Escoliers^, qui ilec fut prins à grant 
port d'armes qu'il fist contre les gens dudit monsei- 
gneur le prevost de Paris, dont il blessa plusieurs, et, 
en la fin, après qu'il et reçues plusieurs plaies, fut 
amené esdictes prisons, où il confessa ladicte (sic) lar- 
recin, à cause de quoy fut rendue partie de ladicte 
somme qu'il avoit mucée près de Saint-Estienne des 
Grex^. Et, pour ledit cas et autres, par mondit sei- 
gneur le prevost de Paris, eu sur ce opinion et delibe- 
racion à sages, fut condampné à estre pendu et estran- 
glé au gibet de Paris, dont il appella. Et depuis fut 
ledit appel widé par la court de Parlement et renvoyé 
audit monseigneur le prevost pour exécuter sa sen- 
tence, laquelle fut mise à execucion le jeudi xvi® jour 
dudit moys de mars l'an LXXIIIII (sic) ; pour veoir 
laquelle furent jusques audit gibet sire Denis Hesselin, 
maistre Jehan de RueiP, comme commis par maistre 



{. Rue Saint-Antoine. 

2. Saint-Étienne-des-Grés, près la porte Saint- Jacques. 

3. Jean de Rueil, seigneur de Vaul.^, était cousoiller et audi- 
teur aux causes du Ghàtelet. Il avait épousé Jeanne Piedefer et 
mourut vers 1491 (Bibl. nat., Pièces orig., doss. de Rueil). 



1 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 327 

Pierre de Ladehors* à l'exercice de l'office de lieute- 
nant criminel, pour occasion de la maladie dudit de 
Ladehors. 

Oudit temps fut la ville de Parpeignen mise et 
reduicte en l'obéissance du roy, et s'en alerent ceulx 
de dedens qui s'en voulurent aler, eulx et leurs biens 
saufz, fors que l'artillerie, qui dedens estoit, demoura 
au roy, laquelle estoit moult belle et de grant value^. 

Le vii'3 joup du moys d'avril, l'an mil GGGG LXXVS 

1. Pierre de la Dehors, lieutenant criminel de la prévôté de 
Paris, avait épousé Jeanne Haussecul (Arch. nat., LL437, fol. 1. 
Cf. Y 3, fol. 53). 

2. Les commandants de l'armée royale, du Lude, du Fou et 
Boffile de Juge, avaient accordé ces conditions relativement douces 
aux défenseurs de Perpignan, et Louis XI ne les connaissait pas 
encore lorsqu'il remit à Ymbert de Batarnay, seigneur du Bou- 
chage, qui allait devenir pour un temps son lieutenant général 
en Roussillon, des instructions fort sévères qui n'allaient à rien 
moins qu'à dépeupler Perpignan. Du Bouchage n'exécuta de ces 
instructions que ce qui lui parut utile, et, d'accord avec Boffile 
de Juge, il n'expulsa de Perpignan que « les nobles et les gros 
qui firent la trahison » {Ymbert de Batarnay, p. 59-65). 

3. Lisez XVII^. 

4. Le traité conclu à Andernach, le 31 décembre 1474 (il porte 
la date de 1475 parce qu'en Allemagne l'année commençait à 
Noël), entre l'empereur et les électeurs, d'une part, et les envoyés 
de Louis XI, de l'autre, stipulait que l'Empire mettrait sur pied 
contre le duc de Bourgogne une armée de 30,000 hommes au 
moins, et que le roi de France enverrait dans le Luxembourg ou 
sur tout autre point des domaines bourguignons une armée d'égale 
force dès le dimanche après la Circoncision (8 janvier 1475). La levée 
éventuelle du siège de Neuss ne devait pas empêcher ce traité d'avoir 
son effet, et chacune des parties s'engageait à ne pas conclure la 
paix avec le duc de Bourgogne sans l'assentiment de l'autre (voy. 
le texte dans Lenglet, III, 459-462). Un traité d'alliance intime et 
générale, confirmant et étendant toutes les alliances anciennes, 
fut conclu le même jour entre l'empereur et le roi de France 
(Ibid., 462 et suiv.), et ce dernier le confirma le 17 avril 1475, à 



328 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

fut publiée à Paris l'aliance d'entre l'empereur et le 
roy, et de l'ordonnance du roy fut envoyée publier 
devant le logis de monseigneur du Mayne, duc de 
Galabre*, et l'ambaxade de Bretaigne qui estoit en 
ladicte ville, et après par les carrefours d'icelle ville. 

Oudit moys d'avril vint pardevers le roy deux 
ambassades, l'une de Fleurence et l'autre de l'empe- 
reur d'Alemaigne, qui furent moult honnorablement 
receuz et lestiez, tant du roy que des autres seigneurs 
d'autour de luy^. 

Oudit moys de may, le roy se party de Paris pour 
aler à Vernon sur Seine ^, auquel lieu l'attendoient 

Paris (Ibid., 465-469). Le 25 mars de la même année, à Cologne, l'em- 
pereur et les électeurs prorogèrent jusqu'au 24 décembre suivant 
le délai primitivement fixé au roi de France pour envahir le 
Luxembourg, et consentirent à ce que le nombre prévu de 
30,000 hommes fût réduit à 20,000 (Ibid., 464 et suiv.). 

1. Charles II d'Anjou, comte du Maine et duc de Calabre, 
neveu du roi René, était alors à Paris pour traiter avec Louis XI 
la question, si menaçante pour la maison d'Anjou, des réclama- 
tions que le roi élevait sur une partie des biens des feus roi et 
reine de Sicile, Louis et Yolande, ses grands-parents maternels 
(Lenglet, m, 385-392). 

2. Interpolations et variantes, § CVII. — Cette ambassade do 
Florence, envoyée par Laurent de Médicis, fit valoir avec succès 
des réclamations tendant à faire restituer à des marchands de 
cette nation la valeur d'environ 30,000 écus de marchandises 
que Coulon avait saisies sur des galères napolitaines se rendant 
d'Angleterre dans la Méditerranée (Buser, Die Bcziehungcn dcr 
Mediceer zu Prankreich. Leipzig, 1879, in-8°, p. 451 et suiv.). — 
Quant aux Allemands, ils venaient chercher la ratification du 
traité d'Andernach. Le sceau royal fut apposé sur la lettre du 
traité le 17 avril 1475 (Ghmel, Monumenta Ilabsburgica , I, 271 
et suiv.). 

3. L'Itinéraire veut que Louis XI se soit rendu de Paris à Ver- 
non vers le G airil 1475. La suite de la phrase rectifie le lapsus 
du chroniqueur. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 329 

monseigneur l'admirai et les autres cappitaines pour 
conclurre de la guerre, et ce qui estoit à faire pour la 
tresve qui failloit le derrenier jour dudit moys d'avril, 
et puis s'en retourna à Paris, où il arriva le vendredi 
xiiii^ jour dudit moys. Et, le lundi ^ xxv® jour dudit 
moys d'avril, s'en parti le roy pour aler à Pons Sainte- 
Maixence pour illec préparer de son armée, et en 
amena pour le conduire et estre autour de lui, avec- 
ques les gentilzhommes, sa garde et officiers de son 
hostel, VII'' lances fournies. Et y fut menée et conduicte 
grant quantité d'artillerie grosse et menue, entre les- 
quelles y avoit cinq bombardes, dont les quatre avoient 
nom, c'est assavoir, l'une Londres, l'autre Breban, 
la tierce Bourg en Bresse et la quarte Saint-Omer. Et 
oultre, et par dessus la compaignie desdiz de la garde 
escossoize et françoize et autres gentilzhommes et offi- 
ciers de l'ostel, y fut et y ala grande compaignie des 
nobles et frans archers de France et Normandie, et, 
pour ravitaillement de l'ost, y furent envoiez vivres 
de toutes pars. 

Et , le lundi premier jour de may, le roy se party 
de l'abbaye de la Victoire^, où il estoit, pour aler 
audit Pons Saincte-Maixence pour faire ses approuches 
et ordonner de la guerre, en ce qui estoit à faire sur 
les Bourguignons, et fut envoyé devant le Tronquoy et 
Mondidier^. — Et, le mardy ii® may, vint et arriva à 
Paris monseigneur de Lion de devers le roy, lequel 
fut estably lieutenant du roy au conseil de Paris. 

1. Le 25 avril 1475 tomba un mardi. 

2. Près Seniis. 

3. l*"" mai 1475. Louis XI « eût mieuix aymé ung alongement 
de trefve. » Il l'avait demandé vainement au duc de Bourgogne, 
par crainte des Anglais. 



330 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

Et, le mercredi m® jour dudit moys, feste de Saincte- 
Groix, fut faicte une moult belle procession générale, 
audit lieu de Paris, de toutes les églises. En laquelle 
faisant furent tous les petis enfans de Paris, chascun 
tenant ung cierge, et fut aie quérir le saint Innocent^ 
et porté à Nostre-Dame. Et en ladicte procession 
estoient mondit seigneur de Lyon et monseigneur le 
chancellier de costé lui. Et après aloient monseigneur 
de Gaucourt, lieutenant du roy à Paris, les prevost 
des marchans et eschevins de ladicte ville, les prési- 
dent et conseillers de Parlement, Ghambre des Gomptes 
et autres officiers d'icelle ville. Et après, le populaire 
aloient en grant et merveilleux nombre, qu'on esti- 
moit à cent mil personnes et mieulx. Et fut porté ledit 
saint Innocent en ladicte procession par monseigneur 
le premier président et par Nanterre-, de la cour de 
Parlement, et le président des Gomptes de la Driesche 
et le prevost des marchans. Et, pour conduire et 
mettre ordre en ladicte procession, y estoient les 
archers de la ville et autres gens ordonnez pour gar- 
der de faire bruit et noise en icelle procession^. 

Et, le mardi second jour de may, oudit an, le roy, 
qui avoit envoyé sommer les Bourguignons tenant 
ledit Tronquoy, fut par lesdiz Bourguignons tuez ceulx 

i. Le chef de saint Richard, enfant crucifié par les Juifs en 1179, 
était conservé dans l'église des Innocents. (Lebeuf, Hist. de la ville 
et du diocèse de Paris (Paris, 1883), I, 48. — Cf. Acta Sanctorum, 
mars m, 593.) 

2. Jean Le Boulanger et Mathieu de Nanterre. 

3. Louis XI avait pour coutume de consacrer par une commé- 
moration hebdomadaire le jour de la semaine où la fête des Inno- 
cents avait été célébrée l'année précédente. En 1475, le 3 mai 
était un mercredi, comme l'avait été la fèto, le 28 décembre 1474 
(voy. Commynes, éd. Dupont, I, 365, note 2). 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 331 

qui estoient alez faire ladicte sommacion. Et, pour 
ceste cause, fist tirer son artillerie contre ledit lieu du 
Tronquoy, tellement que ledit jour, à cinq heures 
après midi, y fut livré l'assault fort et aspre, tellement 
que ladicte place fut emportée d'assault et furent tuez 
et pendus tous ceulx qui furent trouvez dedens, sauf 
et réservé ung nommé ^ Motin de Ganlers que le roy 
fist saulver, et si le fist esleu de Paris extraordinaire. 
Mais, avant qu'ilz feussent prins, firent grande resis- 
tence lesdiz Bourguignons contre les gens du roy, et 
tuèrent oudit assault le cappitaine de Pontoise, qu'on 
disoit estre vaillant homme, et autres gens de guerre 
et frans archers, et puis fut ledit lieu abatu et demoly. 

Et, ledit jour de Saincte-Groix, s'en ala l'armée du 
roy mettre le siège devant Montdidier, pour ce qu'ilz" 
furent refusans de eulx rendre au roy. Et, le vendredi 
v^jourduditmoys d'avril, oudit an, fut mise et reduicte 
en la main du roy ladicte ville de Montdidier, et s'en 
alerent ceulx de dedens leurs vies saulves et laissèrent 
tous leurs biens, et puis fut ladicte ville abatue^. 

Le samedi ensuivant, Vf jour de may, fut pareille- 
ment rendue la ville de Roye^ et s'en alerent les Bour- 
guignons de dedens vies et bagues saulves*. Et puis 
fut aussi rendu le chasteau de Moreul, pareillement 

1. Interpolations et variantes, § CVIII. 

2. Gommynes se borne à dire que le Tronquoy (auj. Tronchoy, 
Somme, cant. d'Hornoy) était « ung meschant petit chasteau » et 
qui fut « en peu d'iieures prins d'assault. o Lui-même fut envoyé 
par le roi « parler à ceulx qui estoient dans Montdidier, lesquelz 
s'en allèrent leurs bagues sauves. » Louis XI fit abattre les murs 
de la ville et en laissa incendier les maisons, malgré les promesses 
qu'il avait faites aux habitants (éd. Dupont, I, 325 et suiv.). 

3. Interpolations et variantes, § CIX. 

4. C'est Commynes et l'amiral, bâtard de Bourbon, qui lurent 
chargés de négocier la reddition de Roye (auj. Somme, arr. do 



332 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

que ceulx de Roye^ Et, en faisant telles execucions 
que dit est sur le Bourguignon et son pays par l'ar- 
mée du roy, qui estoit si noble, telle et si belle com- 
paignie et artillerie que, où elle eust esté menée, y 
avoit gens assez pour en brief temps prendre et 
mettre en la main du roy toutes les villes et places 
dudit de Bourgongne, tant Flandres, Picardie que 
autres lieux, car tout fuioit. devant iceulx. Et, pour 
rompre icelle armée, fut le roy adverti par aucuns, et 
mesmement de par monseigneur le connestable, que 
besoing lui estoit de garder sa duchié de Normendie 
pour les Anglois, que on lui disoit qui y dévoient des- 
cendre, et si lui fut dit par mondit seigneur le connes- 
table, au moins fut mandé ou escript qu'il fist hardie- 
ment ledit voyage en Normendie et qu'il ne se soussyast 
point d'Abbeville et Peronne, et que, cependant qu'il 
yroit, les feroit réduire en sa main-. Et le roy, croiant 
ces choses, s'en ala oudit pays de Normandie, et là 
mena avecques lui monseigneur l'admiraP et v*^ lances 

Montdidier). Cette ville fut également brûlée (Gomraynes, éd. 
Dupont, I, 326). 

1. Interpolations et variantes, § GX. — Moreuil est auj. dans 
le dép. de la Somme, arr. de Montdidier. 

2. € Led. connestable envoyoit souvent en l'ost du duc de 
Bourgongne [devant Neuss]. Je croy bien que la fin estoit de le 
retirer de ceste foUye. Et, quant ses gens estoient revenuz, il man- 
doit quelque chose au roy de quoy il pensoit moult plaire, et 
aussi l'occasion pour quoy il avoit envoyé, et pensoit entre- 
tenir le roy par ce moyen, car il avoit tant de paour qu'on 
iuy allast courre sus... » (Gommynes, éd. Dupont, I, 332). « Il 
me semble », faisait dire le duc de Bourgogne au roi d'Angle- 
terre, « que devez faire vostre descente en Normendie, soit en la 
rivière de Seyne ou à la Hogue... et si serez à la droicte main de 
mon frère de Bretaignc et de moy » (Ibid., I, 336, note. Gf. Basiu, 
II, 351). 

3. Interpolations et variantes, § GXI. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 333 

avecques les nobles et francs archers de Normandie. 
Et, à ceste cause, se départi l'armée et s'en ala chas- 
cun en son logeis. Et puis, quant le roy fut en Nor- 
mandie, trouva qu'il n'estoit nulles nouvelles desdiz 
Anglois, et ala à Harfleu, Dieppe, Caudebec et autres 
places. Et cependant ne se fist riens à l'aventage du 
roy, mais au contraire, au moien de ladicte alée en 
Normandie, firent lesdiz Bourguignons de grans pertes 
aux subgetz es pays du roy. Et puis s'en vint le roy 
à Nostre Dame d'Escouys, en ung hostel près d'ilec, 
nommé Gaillart^, lors appartenant à Coulon, lieute- 
nant de monseigneur l'admirai, où il se tint par aucun 
temps, durant lequel ot nouvelles de mondit seigneur 
le connestable de la venue et descendue que faisoient 
lesdiz Anglois à Calais, et aussi que mondit seigneur 
de Bourgongne s'estoit levé de devant Nux-, dont il 
disoit qu'il avoit la possession et faict son appoincte- 
ment avecques l'empereur, lequel empereur, avec- 
ques ledit de Bourgongne, s'en venoient faire guerre 
au roy. Desquelles choses n'estoit riens et fu trouvé 
tout le contraire estre vray. 

1. C'est à la fin du mois de mai 1475 que Louis XI prit le che- 
min du pays de Caux. Il visita successivement l'embouchure et 
la vallée de la Seine et séjourna à Ételan (auj. Saint-Maurice- 
d'Ételan, Seine-Inférieure, cant. de Lillebonne), chez Guillaume 
Le Picard (6 juin); à Rouen, du 10 au 16 juin; à Écouis, à Gail- 
larbois (auj. Gaillarbois-Gressenville, Eure, cant. de Fleury-sur- 
Andelle), du 20 au 25 du même mois. M. de Beaurepaire a observé 
que le château de Gaillarbois appartenait à cette époque à Jean 
Le Sec, lieutenant général de Guillaume de Casenove, dit Coulon, 
et que ce dernier n'en devint propriétaire que plus tard, en suite 
de son mariage avec Guillemette Le Sec {Notes sur six voyarjcs de 
Louis XI à Rouen, citées, p. 314). 

2. Interpolations et variantes, § GXII. 



334 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

Durans ces choses fut prins uiig herault d'Angle- 
terre, nommé Scales, qui avoit plusieurs lettres qu'on 
escripvoit de par le roy Edouart à diverses personnes, 
lesquelles lettres le roy vid, et dist et certiffia au roy 
que les Anglois estoient descendus à Calais et que 
ledit roy Edouart y devoit estre le xxn® jour de ce 
présent moys de juing, à tout xii ou xiii™ comba- 
tans*. Et si luy certiffia oultrexjue ledit de Bourgongne 
avoit fait sondit accord avec ledit empereur et estoit 
retourné à Brucelles, dont de tout il n'estoit rien. 

Audit lieu d'Escouys fut aussi le roy adverty que 
mondit seigneur le connestable avoit envoyé à mon- 
seigneur le duc de Bourbon son scellé pour suborner 
et tant faire que mondit seigneur de Bourbon voulsist 
devenir et estre contre le roy, et de soy alier avec- 
ques ledit duc de Bourgongne. De toutes lesquelles 
choses le roy fut moult esmerveillié^. Et incontinent, 
par plusieurs et divers messages, fut mandé par le 
roy mondit seigneur de Bourbon venir à lui, et enfin 
l'envoya quérir par monseigneur l'evesque de Mande ^, 

1. « A Calais a iiii ou v™ Anglois, mais ilz ne bougent et n'en 
est pas venu ung pour se montrer devant noz gens » (Louis XI à 
Damraartin, de Groisy-sur-Andelle, 30 juin. Commynes, éd. 
Dupont, Preuves, III, 301 et suiv. Cf. t. I, 326 et suiv.). 

2. Sur ces intrigues qui tendaient à une prise d'armes générale 
des ennemis de Louis XI, voy. Jacques d'Armagnac, etc., cité, 
p. 67-70. 

3. Le connétable sentait bien qu'un seul homme, le duc de 
Bourbon, eût mis fin, en se déclarant contre le roi, aux hésita- 
tions des anciens confédérés du Bien Public. Il fit tout pour déci- 
der Jean II et alla jusqu'à lui proposer de le faire régent du 
royaume. Mais, sans parler de la répugnance que Bourbon pou- 
vait éprouver à marcher avec les Anglais et des doutes qu'il con- 
cevait sur l'issue d'une nouvelle prise d'armes, Louis XI lui avait 
créé dans le royaume une situation telle qu'il pouvait à peine en 



1475J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 335 

par lequel ledit seigneur de Bourbon avoit envoyé au 
roy le seellé dudit monseigneur le connestable des 
choses devantdictes. 

Oudit temps, le roy ot nouvelles de mondit seigneur 
de Bourbon comment les gentilzhommes de ses pays, 
frans archers et autres que mondit seigneur avoit 
envolez faire guerre pour le roy ou duchié de Bour- 
gongne, par* laquelle guerre le roy avoit commis 
mondit seigneur à son lieutenant gênerai, qu'ilz avoient 
trouvé lesdiz Bourguignons à Guy, près de Ghasteau 
Chinon, et ilec chargèrent sur iceulx, lesquelz ilz des- 
confîrent, et y en ot de prins, de mors, et qui s'en- 
fouirent grant quantité^. Entre lesquelz Bourguignons 
y fut deffait ii"^ lances de Lombardie, dont la pluspart 
y moururent. Et si y mourut le seigneur de Gouches 
et autres seigneurs, et y furent prins le conte de 

ambitionner une plus grande. Toutefois, il saisit le prétexte d'une 
attaque de goutte pour demeurer à Moulins jusqu'au mois d'août. 
— L'évêque de Mende se nommait Jean Petitdé (1474-1478). 

1. Lisez pour. — Satisfait de la loyauté du duc de Bourbon, 
Louis XI le nomma son lieutenant général en Lyonnais, Yiva- 
rais, Gévaudan, Haute-Marche, Auvergne, Bourbonnais, Forez et 
Beaujolais, et plaça ainsi sous sa direction le ban et l'arrière-ban 
de ces provinces. Le duc s'occupa aussitôt d'organiser la défense 
de ses domaines du côté de la Bourgogne, posta des troupes sur la 
Loire vers Roanne pour couvrir le Forez et fit prendre l'offeDsive 
à un autre corps commandé par le sire de Gombronde (La Mure, 
ouvrage cité, p. 300 et suiv., note). 

2. Tandis qu'un corps d'armée français, uni aux forces du duc 
de Lorraine, envahissait le duché de Luxembourg, en exécution 
des traités passés avec l'empereur, le sire de Gombronde, lieutenant 
du duc de Bourbon, saisissait Bar-sur-Seine, Ghâtillon et Gham- 
plitte. Le comte de Roussy, Antoine de Luxembourg, fils du con- 
nétable de Saint-Pol, maréchal et gouverneur de Bourgogne pour 
le duc Gharles, tenta vainement de s'opposer aux Français et se 
fit prendre à Guipy (auj. Nièvre, arr. de Gosne). 



336 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

Roussy, mareschal de Bourgongne, le sire de Longy, 
le bailly d'Auxois, le sire de Lisle, l'enseigne du sei- 
gneur de Beauchamp, le filz du conte de Saint-Martin, 
messire Loys de Montmartin, messire Jehan de Di- 
goigne, le seigneur de Rugny, le seigneur de Challi- 
gny, les deux filz monseigneur de Viteaux*, dont l'un 
est conte de Joigny, et autres; et fut ladicte destrousse 
ainsi faicte le mardi xx® jour de juing mil IIIPLXXV. 
Oudit moys de juing, nonobstant les lettres ainsi 
envoiées par mondit seigneur le connestable au roy, 
le roy ot nouvelles de l'empereur qu'il avoit fait refres- 
chir ceulx de la ville de Nux, et d'icelle avoit mis 
hors tous les navrez et malades et les avoit avitaillez 
pour ung an entier et mis gens tous nouveaulx^, et 
partant mis ledit de Bourgongne à sa croix de par 
Dieu^ et que avecques ce avoit gaignée grande quan- 
tité de son artillerie, sa vaisselle d'argent et autres 
bagues. 

1. Claude de Montagu, chevalier, seigneur de Couches, d'É- 
poisses, etc., chevalier de la Toison, épousa Louise de la Tour; 
Girard de Longvy, seigneur de Pagny, Givry, etc., épousa Jeanne 
de Neufchàtel; Jean Damas, seigneur de Digoine, etc., chevalier 
de la Toison, bailli de Maçonnais, épousa Claudine de Saint- 
Amour; Guillaume d'Appelvoisin, seigneur de Chaligny, etc., 
épousa Iseut de Linières. Charles de Ghalon, chevalier, hérita 
vers 1467 du comté de Joigny, qui appartenait à son oncle Guy 
de la Trémoille. Son père, Jean de Chalon, frère de Louis II, 
prince d'Orange, était seigneur de Vitteaux. Il épousa successive- 
ment Jeanne de la Trémoille et Marie d'Enghien. 

2. Interpolations et variantes, § CXIIL 

3. C'est-à-dire que l'empereur ramena le duc de Bourgogne au 
point où il en était lorsqu'il commença le siège. On appelait Croix 
de par Dieu l'alphabet où l'on apprenait à lire aux enfants, parce 
que le titre en était décoré d'une croix ainsi désignée (Littré, 
v'o Croix). 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 337 

Oudit moys de juing, le mardi xxvii% monseigneur 
Tadmiral et ceulx de sa compaignie, qui avoient esté 
ordonnez de par le roy à faire le gast en Picardie et 
Flandres et de mettre à feu et à sang tout ce qu'ilz 
trouveroient esdiz pays, vint ledit jour mettre ses 
embusches près de la ville d'Arras^ ; et, icelles mises, 
envoya environ xl lances courir devant ladicte ville 
d'Arras. Lesquelz d'Arras, cuidans desconfire lesdictes 
lances, firent sur eulx grans saillies, qui vindrent 
asprement courir sus ausdictes lances, lesquelles se 
vindrent rendre esdictes embusches et après eulx les- 
diz d'Arras, tous lesquelz furent enclos par lesdictes 
embusches, qui sur eulx chargèrent et les mirent en 
fuite ; et, en fuiant, y en ot de tuez de xini à xv*^ hom- 
mes. Et y fut tué le cheval du sire de Romont, filz de 
Savoye et frère de la roy ne, mais il se saulva. Le 
gouverneur d'Arras, nommé Jaques de Saint-PoP, et 
plusieurs autres seigneurs et gens de nom y furent 
prins^, que mondit seigneur l'admirai mena devant 

1. Le 30 juin 1475, dans une lettre que M"e Dupont a imprimée 
aux Preuves de son édition de Gommynes (III, 302), Louis XI 
écrit à Dammartin que, les Anglais ne faisant pas mine de débar- 
quer en Normandie, il a fait ravager la Picardie par ses gens afin 
d'en éloigner les Anglais, et que tout est brûlé depuis la Somme 
jusqu'à Hesdin et Arras. 

2. Interpolations et variantes, § GXIV. 

3. Voy. la lettre ci-dessus mentionnée et le récit que fait Gom- 
mynes de cette rencontre (même édition, I, 326 et suiv.). Une 
dame, que le chroniqueur n'a pas voulu nommer, ayant écrit à 
Louis XI pour l'engager à envoyer du monde devant Arras, le roi 
y expédia l'amiral. Les habitants d'Arras contraignirent les gens 
de guerre qui gardaient leur ville à faire une sortie qui eut le 
résultat pitoyable raconté ci-dessus. Jacques de Saint-Pol, seigneur 
de Richebourg, blessé à la tête, fut pris avec les seigneurs de Gon- 
tay et de Garency-Bourbon; mais il sut plaire à Louis XI, qui, peu 



338 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [U75 

icelle ville pour les sommer de eulx rendre es mains 
du roy leur souverain seigneur, ou autrement il feroit 
copper les colz ausdiz seigneurs prisonniers. 

Oudit moys de juing, le roy, qui avoit à son pri- 
sonnier le prince d'Orenge, seigneur d'Arlay, et qui 
estoit à xxx"^ escus de finance, le délivra et donna 
sadicte finance; et, en ce faisant, devint homme lige 
du roy et lui fist hommage de ladicte principauté 
d'Orenge. Et partant, le roy le renvoya à ses des- 
pens à ses pays, et lui donna et octroya telle préémi- 
nence qu'il se puist nommer par la grâce de Dieu, 
puissance de faire monnoye d'or et d'argent de bon 
aloy, aussi bon que la monnoye du Daulphiné, donner 
aussi toutes grâces, remissions et pardons, réservé de 
hérésie et de crime de lèse majesté ^ Et si donna le roy 
dix mil escuz contens au seigneur qui avoit prins 
ledit prince 2. 

de temps après, le délivra, lui donna des gens d'armes et une 
pension et l'employa jusqu'à sa mort (Ibid., I, 333 et suiv.). 
Jacques de Savoie, comte de Romont, baron de Vaud, chevalier 
de la Toison d'or, mort en i486, était fils du duc Louis de Savoie 
et d'Anne de Chypre. Il avait épousé Marie de Luxembourg. On 
le chercha parmi les morts après l'escarmouche livrée devant 
Arras, mais il avait réussi à s'enfuir, 

{. 9-10 juin 1475 (Bibl. nat., ms. fr. 3882, fol. 79-98, cop.). 

2. Guillaume, fils de Louis, prince d'Orange, et de Jeanne de 
Montbéliard, qui avait succédé à son père à la fin de 1463 et qui 
mourut le 27 octobre 1475, avait été en 1473, « allant au parti de 
Bourgongne sans congé, » fait prisonnier par Philibert de Groslée 
(Bibl. nat., ms. cité, fol. 75, cop.). — C'est à Rouen, où le roi le fit 
venir dans les derniers jours du mois de mai 1475, que le prince 
d'Orange se laissa décider à servir Louis XI, et, comme il était 
nécessiteux, ce dernier lui fit remettre 200 1. t. pour l'aider à payer 
la dépense qu'il avait faite à Rouen et celle de son voyage de retour 
(Bibl. nal., Pièces orig., vol. 650, doss. Chalon. Reçu sur parch.). 
Le 28 juin, le chancelier apporta à la Chambre des comptes une 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 339 

Oudit moys de juing, le roy envoya ses lettres 
patentes à Paris, par lesquelles il fist publier que les 
Anglois estoient descendus à Calais \ et que, pour y 
résister, il mandoit au prevost de Paris de contraindre 
tous les nobles et non nobles tenans fief ou arrière 
fief pour estre prcstz le lundi, m® jour de juillet, entre 
Paris et le bois de Vinciennes, pour d'ilec partir et 
aler où ordonné leur seroit, et nonobstant leur privi- 
lège et pour ceste foiz seulement. En ensuivant lequel 
cry furent envoiez par ceulx de Paris plusieurs gens 
en armes montez et habillez pardevers monseigneur le 
prevost de Paris ou pays de Soissonnois. 

Ou moys de juillet ensuivant, le roy, qui séjourna 
en Normendie par aucun temps, s'en revint à Nostre 
Dame d'Escouys et à Gaillartbois, près d'ilec, où 
aussi il séjourna une pièce ; et puis s'en parti pour 
aler à Nostre-Dame de la Victoire, où il fut aussi une 

lettre signée du prince et datée du 6 du même mois, par laquelle 
il confessait devoir au roi 40,000 écus d'or pour sa rançon. Au 
dos de cette pièce était un certificat, en date du 10 juin, attestant 
que le prince s'était acquitté envers le roi par la vente et trans- 
port qu'il lui avait faits de l'hommage et dernier ressort en sou- 
veraineté sur la principauté d'Orange. D'autres pièces complétaient 
la précédente, notamment une lettre royale contenant plusieurs 
grâces et privilèges en faveur du prince d'Orange (Lenglet, III, 
396 et suiv.). 

1. Vers la Saint-Jean (Molinet, I, 139). L'armée entière 
d'Edouard IV comptait, suivant Gommynes, environ 1,500 hommes 
d'armes bien montés et 15,000 archers à cheval, sans compter les 
valets d'armée. Cette troupe mit plus de trois semaines à passer. 
Le chroniqueur ajoute que, si Louis XI avait « entendu le faict 
de la mer aussi bien qu'il entendoit le faict de la terre, jamais le 
roy Edouard ne fust passé, au moins pour ceste saison » (éd. 
Dupont, I, 338). 

1 24 



340 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

autre espace de temps, et puis s'en ala à Beauvais*. 

Oudit moys, ledit duc de Bourgongne, qui avoit esté 
devant la ville de Nux par l'espace de xii moys^, s'en 
parti et s'en ala de nuit et honteusement de devant 
icelle ville sans l'avoir peu conquérir, qui lui vint à moult 
grant blasme et perte de gens et biens, et puis s'en 
revint en ses pays, où il trouva son frère le roy 
Edouart d'Angleterre qu'il y avoit fait descendre pour, 
en continuant son mal et malice, faire derechef guerre 
au roy et à ses pays et subgetz^. 

Oudit [temps] se fist de grandes bateries et des- 
truccions de pays es terres dudit duc de Bourgongne, 
et ot plusieurs villes, bourgs et villages ars et destruiz. 

Et, oudit temps, fut mandé par le roy venir à lui 
monseigneur le duc de Bourbon, qui, avant qu'il y 
vint, ot plusieurs lettres et messages, et puis vint par- 
devers le roy, lui estant à Nostre-Dame de la Victoire^. 
Et arriva en la ville de Paris mondit seigneur de 
Bourbon ou moys d'aoust, à moult belle et honneste 
compaignie de nobles hommes et bien fort triumphant, 
et avoit bien avecques lui de sa compaignie v*^ che- 
vaulx. Et s'en parti mondit seigneur le duc de ladicte 
ville de Paris, pour aler pardevers le roy, le lundi 

1. Le 15 juillet 1475 et jours suivants, Louis XI séjourna à 
Gaillarbois, et, le 27, il était rendu à Beauvais (Itin. cité). 

2. Du 30 juillet 1474 au 13 juin 1475. 

3. Charles le Hardi arriva à Calais le 14 juillet, « à bien petite 
compaignie. » Il avait envoyé ce qui restait de ses gens, après 
les épreuves du siège de Neuss, piller le Barrois et la Lorraine 
« pour les faire vivre et se rafreschir, » n'osant pas les montrer aux 
Anglais (Commynes, éd. Dupont, I, 334, 337, 342). 

4. 15 août et jours suivants {Itin. cité). — Interpolations et 
variantes, § XCV. 



Î475J OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 341 

xm^^ jour d'aoust ; et fut ung peu d'espace de temps 
avecques le roy, et puis s'en party de Senlis pour 
aler à Glermont. 

Oudit moys d'aoust, le roy ot ambaxade de par le 
roy d'Angleterre qu'il s'estoit venu loger à Lihons en 
Sancters-, qui communiquèrent avecques le roy d'au- 
cunes matières. Après lequel pourparlé, le roy envoya 
à Paris monseigneur le chancellier, messeigneurs les 
gens des finances et autres pour avoir prest d'argent 
de ceulx de ladicte ville, ausquelz fut fait promesse et 
obligacion de leur restituer leur prest dedens le jour 
de Toussaint. Et fut preste de ladicte ville lxxv™ escuz 
d'or, qui furent baillez ausdiz Angloys, au moien de 
certain traictié fait avecques eulx . Et si fut envoyé au 
roy grant quantité de gens en armes, de par ladicte 
ville, montez et habillez, aux gaiges et despens des 
officiers et autres habitans de ladicte ville ^. 

Oudit moys d'aoust, le mardi xxix® dudit moys, le 
roy se parti d'Amiens^, et aussi monseigneur de Bour- 

1. Lisez : XIV^ jour d'août. 

2. Lihons- en -Santerre est aujourd'hui dans le dép. de la 
Somme, arr. de Péronne. 

3. Les Anglais, trompés par le duc de Bourgogne et reçus à 
coups de canon par le connétable, qu'ils croyaient devoir « son- 
ner les cloches à leur venue et porter la croix et l'eau bénite 
au devant d'eux », découragés en outre par le mauvais temps et 
le manque de vivres, accueillirent aisément les propositions d'ar- 
rangement de Louis XI. Le 13 août, les ambassadeurs des deux 
rois se rencontrèrent près d'Amiens et tombèrent d'accord sur 
les termes d'un traité (Commynes, éd. Dupont, I, 345-356). 

4. Louis XI était à Amiens depuis le 25 août. Dès le 19, le 
duc de Bourgogne étant accouru de Luxembourg à Saint-Ghrist- 
sur-Somme pour rompre les négociations qu'il savait entamées 
entre les Anglais et le roi de France, Edouard IV lui répondit 
qu'il venait de conclure avec les Français une trêve de sept ans 



342 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

bon, monseigneur de Lion et autres nobles hommes, 
cappitaines, gens d'armes et de traict, officiers et 
autres gens en moult grant et merveilleux nombre, 
que bien on estimoit estre c™ chevaulx^ pour tous 
aler à Piquegny^. Auquel lieu le roy Edouart d'An- 
gleterre vint parler au roy, et en amena avecques lui 
son avant garde et arrière garde, qui demoura en 
bataille près dudit Piquegny. Et, dessur le pont d'icel- 
lui Piquigny, le roy avoit fait dresser deux appendis 
de bois, l'un devant l'autre, dont l'un estoit fait pour 
le roy et l'autre pour le roy d'Angleterre. Et entre 
lesdiz deux appendis y avoit une cloison de bois, dont 
la moitié par hault estoit treillissée, tellement que 
chascun des deux roys povoient mettre leur bras par 
dedens ledit treillis^. Et en l'un desdiz appentis vint 
et arriva le roy tout le premier, et, incontinent qu'il 
y fut arrivé, s'en party ung baron d'Angleterre, ilec 
attendant la venue du roy, qui ala dire audit roy d'An- 
gleterre que le roy estoit ainsi arrivé. Lequel roy 

et lui offrit de l'y faire comprendre. — Pendant les trois jours 
qui précédèrent l'entrevue de Picquigny, Louis XI fit faire grande 
chère aux Anglais aux portes d'Amiens (Ibid., Preuves, III, 306, 
et I, 361-363). 

1 . Ce chiffre serait fort exagéré, même si l'on comptait toutes 
les troupes françaises cantonnées en Picardie. Or, Gommynes, 
présent à l'entrevue de Picquigny, dit que « la quarte partie de 
l'armée du roi n'y estoit pas » (éd. Dupont, I, 373). 

2. « A trois lieues d'Amyens, ung fort chasteau qui est au vidasme 
d'Amyens, combien qu'il avoit esté bruslé par led. duc de Bour- 
gongne. La ville est basse et y passe la rivière de Somme, 
laquelle n'est point gueable et en ce lieu n'est point large » (Ibid., 
I, 368). 

3. Un fort treillis en bois « comme l'on faict aux caiges de cea 
lions » (Ibid., I, 369). 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 343 

d'Angleterre, qui estoit en son parc, loing d'une 
bonne lieue dudit Piquigny, acompaigné de xx"" Anglois 
bien artillez dedens sondit parc, s'en vint incontinent 
audit lieu de Piquigny audit apentis, qui lui estoit 
appareillé, et amena seulenaent avecques lui, pour 
l'atendre au joignant d'icellui appentis, vint des lances 
de sadicte compaignie, qui ilec furent et demeurèrent 
dedens l'eaue à costé dudit pont par tout le temps que 
le roy fut et demoura en icellui appentiz^. Durant 
lequel temps vint moult grande et merveilleuse pluye, 
qui fist moult de mal et perte aux seigneurs et gen- 
tilzhommes du roy, à cause des belles housseures et 
nobles habillemens qu'ilz avoient préparez pour la 
venue dudit roy Edouart d'Angleterre 2. Et lequel roy 
d'Angleterre, quant il vit et apperceut le roy, il se 
gecta à ung genoil à terre, et depuis par deux foiz se 
y gecta avant que arriver au roy, lequel le receut bien 
benignement et le fîst lever ^ ; et parlèrent bien ung 
quart de heure ensemble, es présences de mesdiz sei- 
gneurs de Bourbon, Lion, et autres seigneurs et gens 
des finances que le roy avoit fait ilecques venir jusques 
au nombre de cent^. Et puis, après ce qu'ilz orent parlé 

1. Interpolations et variantes, § GXVI. — Il avait été convenu 
que chacun des deux rois n'aurait avec lui que douze personnes 
sur le pont. 

2. Interpolations et variantes, § GXVII. 

3. « II (le roi d'Angleterre) osta sa barrette et s'agenouilla 
comme à demy pied de terre. Le roy luy feit aussi grant révé- 
rence, lequel estoit ja appuyé contre les barrières. Et, à s'cn- 
treembrasser par entre les trouz, feit le roy d'Angleterre encores 
une aultre révérence » (Gommynes, éd. Dupont, I, 374). 

4. Sur le rôle important que le duc de Bourbon et l'arche- 
vêque de Lyon, son frère, jouèrent en cette occasion, voy. Raw- 
don Brown, Calendar of State papers, etc., t. I, p. 132. 



344 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

ensemble en gênerai, le roy fist tout reculer et par- 
lèrent à privé ensemble, où aussi ilz furent et demou- 
rerent une espace de temps^. Et, au département, fut 
publié que l'appoinctement estoit fait entre eulx tel 
qu'il s'ensuit : c'est assavoir que tresves estoient 
accordées entr'eulx pour le temps de sept ans, qui 
commencèrent ledit xxix® jour d'aoust l'an LXXV et 
finiroient à pareil et semblable jour, qui sera mil 
IIIP IIIP'' et deux. Laquelle trêve seroit marchande, 
et pourroient aler venir lesdiz Anglois par tout le 
royaume armez et non armez, pourveu qu'ilz ne 
seroient en armes en une compaignie plus que de cent 
hommes-. Et fut publiée ladicte trefve à Paris ^, Amiens 
et autres lieux du royaume de France ; et puis fut 
baillé audit roy d'Angleterre lx et xv™ escuz d'or. Et 
si fist le roy d'autres dons particuliers à aucuns sei- 
gneurs d'autour dudit Edouart et aux heraulx et trom- 
petes de ladicte compaignie, qui en firent grant feste 
et bruit, en criant à haulte voix : Largesse au très 
noble et puissant roy de France! Largesse! Largesse! 
Et si promist encores audit Edouart lui paier et don- 
ner par chascune desdictes sept années, par chascune 
d'icelle[s] cinquante mil escuz, et si festoya bien 

1. Après un discours prononcé par Thomas Scot, évêque de 
Lincoln et grand chancelier d'Angleterre, les lettres du traité 
furent déployées et les deux rois les approuvèrent, puis, une 
main sur le missel et l'autre sur la vraie croix, ils jurèrent d'en 
observer le contenu. Après quoi, Louis XI, « qui se monstroit 
avoir auctorité en ceste compaignie, » fit retirer tout le monde 
et parla seul à seul à Edouard IV (Ibid., I, 376 et suiv.). 

2. Rymer, Acla et fwdcra, t. V, part. III, p. 65 et suiv. 

3. Les « trêves et abstinences do guerre » furent criées et 
publiées dans les rues de Paris le h septembre 1475 (Arch. nat., 
reg. des Bannières Y 7, fol. 149 v°). 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 345 

fort le duc de Clairence, frère dudit roy d'Angleterre, 
et lui donna de beaux dons. Et puis le roy Edouart 
retira tous ses Anglois qu'il avoit, tant de son ost que 
autres qu'il avoit envoiez à Abbeville, Peronne et ail- 
leurs, et fist trousser et baguer tout son bagaige et 
s'en retourna à Calais pour passer la mer et s'en aler 
en son royaume d'Angleterre^. Et le convoya jusques 
audit Calais maistre Jehan Héberge, evesque d'Evreux. 
Et si laissa ledit roy Edouart au roy deux barons d'An- 
gleterre, l'un nommé le seigneur de Hauart et l'autre 
le grant escuier d'Angleterre^, jusques à ce que le roy 
eust eu aucunes choses que ledit Edouart lui devoit 
envoier du royaume d'Angleterre ; et lesquelz seigneur 
de Hauart et grant escuier estoient fort amis et en la 
grâce dudit Edouart et qui avoient esté moien de 
faire ladicte paix, tresve et autres traictiez entre iceulx 
roys^; et furent icellui Hauart et escuier fort festoiez 
à Paris. Et puis le roy, mesdiz seigneurs de Bourbon, 
Lion et autres seigneurs, qui estoient à Amiens, s'en 
retournèrent à Senlis, où ilz furent une espace de 
temps. Et ordonna le roy gens de sa maison pour con- 
duire et mener ledit seigneur de Hauart parmy ladicte 
ville de Paris et autres lieux, et entre autres y ordonna 

1. Interpolations et variantes, § CXVIII. 

2. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 360. — John Howard, pre- 
mier duc de Norfolk de la maison de Howard (28 juin 1483), né 
vers 1430, était fils de sir Robert Howard et de Marguerite Mow- 
bray, fille de Thomas, duc de Norfolk. John Howard fut marié : lo à 
Catherine Moleyns; 2° à Marguerite Chedworth, et mourut à la 
bataille de Bosworth (22 août 1485) [Dictionary of national bio- 
rjrapluj, in-S", 1891). — John Gheyne est qualifié également grand 
écuyer du roi Edouard IV (master of the horse) par Gommynes 
(éd. Dupont, I, 360, note). Il vivait encore le 10 août 1480. 

3. Interpolations et variantes, § GXIX. 



346 JOXJRNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

et bailla la charge à sire Denis Hesselin, son maistre 
d'ostel et esleu de Paris, qui en fist bien son devoir, 
à i'onneur et loenge du roy ; et demourerent en ladicte 
ville par l'espace de huit jours entiers, où ilz furent 
bien fort festiez et menez jouer au bois de Vincennes 
et autres lieux ; et entre autres furent bien fort festiez 
aux Tournelles, en l'ostel du roy, et, pour ce faire, 
leur fut envoyé pour les honnestement entretenir plu- 
sieurs dames, damoiselles et bourgoises ; et puis s'en 
retourna ledit seigneur de Hauart pardevers le roy, 
qui estoit à la Victoire près Senlis^. 

Et, oudit moys de septembre, le roy, qui estoit 
audit lieu de la Victoire, s'en ala vers le pays de Sois- 
sonnois et à Nostre-Dame de Lience-, et en ce voyage 
print et reduisy en ses mains la ville de Saint-Quentin, 
que monseigneur le connestable avoit prinse et usur- 
pée sur lui, et bouté hors ceulx à qui le roy en avoit 
baillé la charge, ainsi que dit est devant^. Et, aupara- 
vant, ledit connestable s'en estoit aie et avoit haban- 
donné ses villes et places pour aler avec et en l'obéis- 
sance du duc de Bourgongne. Et, qui pis estoit, avoit 
cscript et mandé au roy Edouart d'Angleterre, après 
le traictié par lui fait avecques le roy, et qu'il estoit 
retourné à Calais pour passer mer et retourner en 
Angleterre, qu'il estoit ung lasche, deshonnoré et 
povre roy d'avoir fait ledit traictié avec le roy, soubz 
umbre des promesses que le roy lui avoit faictes, dont 



\. 3-H septembre 1475 (Itin. cité). 

2. Notre-Darae-de-Liesse, auj. dép. de l'Aisne, arr. de Laon. 

3. C'est le 14 septembre, au soir, que Louis XI, averti que le 
connétable allait introduire le duc de Bourgogne dans Saint- 
Quentin, y fit entrer en toute hâte des troupes. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 347 

il ne lui tiendroit rien, et que en fin s'en trouveroit 
deceu. Lesquelles lettres ainsi audit Edouart escriptes, 
il envoya dudit lieu de Calais au roy, qui bien appar- 
ceut que ledit connestable n'estoit point féal comme 
estre devoit*. Et puis fut donné congié par le roy 
ausdiz de Hauart et grant escuier d'eulx en retourner 
oudit royaume d'Angleterre, et leur fut donné de 
beaulx dons, tant en or que en vaisselle d'or et d'ar- 
gent. Et si fist le roy publier à Paris qu'on leur lais- 
sast prendre des vins ou pays de France tant que bon 
leur sembleroit, pour mener en Angleterre, en le 
paiant. 

Oudit moys d'octobre, le roy, qui estoit aie à Ver- 
dun ^ et autres places environ la duchié de Lorraine, 
retourna à Senlis et à la Victoire. Et y vindrent l'am- 
baxade de Bretaigne, qui firent la paix entre le roy 
et ledit duc de Bourgongne^, qui renonça à toutes 
aliances et scellez qu'il avoit fait et baillez contre le 
roy. Et pareillement ledit monseigneur de Bourgongne 
print et accepta tresves marchandes avecques le roy, 
pareillement que la tresve des Anglois^. 

Et le lundi, xvi® jour dudit moys d'octobre, oudit 
an mil IIIP LXXV, fut publiée solennellement au son 

1. Cf. Molinet, I, 178. 

2. A la fin de septembre (Ordonnances, XVIII, 137). Il était de 
retour à Senlis et à la Victoire le 9 octobre, et y resta jusque vers 
le 10 novembre. 

3. Le traité de paix perpétuelle et d'alliance avec la Bretagne 
(le chroniqueur a écrit par erreur Bourgogne) est daté de Notre- 
Dame-de-la-Vicloire le 9 octobre ; il fut confirmé par Louis XI 
le 16 du même mois et le 5 novembre par le duc François (Len- 
glet, m, 430-441). 

4. Interpolations et variantes, § GXX. 



348 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

de deux trompettes et par les carrefours de la ville 
de Paris ladicte tresve marchande d'entre le roy et 
mondit seigneur de Bourgongne, pour le temps et 
terme de neuf ans commençans le xiii® jour de sep- 
tembre oudit an et finissans à semblable jour l'an mil 
IIIP IIIF'' et IIII ; par laquelle toute marchandise doit 
avoir cours par tout le royaume de France, et, ce 
temps durant, chascun peut retourner en ses posses- 
sions immeubles^. Et puis le roy s'en retourna à Saint- 
Denis, et puis à Savignys près Montlehery, et de là au 
Boys Malesherbes, et en après à Orléans, à Tours et 
à Amboise^. 

Et, le lundi xx^ jour de novembre, oudit an LXXV, 
fut mené escarteler aux haies de Paris, par arrest de 
la court de Parlement, ung gentilhomme, natif de 
Poictou, nommé Regnault de Veloux, serviteur et fort 
familier de monseigneur du Maine, pour occasion de 
ce que ledit Regnault avoit fait plusieurs voyages par- 
devers divers seigneurs de ce royaume et conseillé de 
faire plusieurs traictiez et porté plusieurs scellez contre 
et ou préjudice du roy, dudit royaume et de la chose 
publique. Et fut ledit Regnault, par l'ordonnance de 
ladicte court, fort secouru pour le fait de son ame et 
conscience, car il lui fut baillé le curé de la Magda- 
leine, penancier de Paris et moult notable clerc, doc- 

i. Basin exprime la satisfaction que la trêve de neuf ans causa 
dans les deux pays, particulièrement parmi les marchands, qui, 
depuis cinq années, ne pouvaient exercer leur commerce (II, 367). 

2. Le roi passa le 12 novembre à Savigny-sur-Orge (auj. dép. 
de Soinc-et-Oise, cant. de Longjumeau), et rentra au Plessis avant 
le 25 du même mois [Ordonnances, XVIII, 151) : il y demeura 
du milieu de décembre à la mi-février. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 349 

leur en théologie, et deux grans elers de l'ordre des 
Gordeliers, et furent pendus ses membres aux quatre 
portes de Paris et le corps d'icellui au gibet ^. 

Et, pour ce que par le roy nostre sire, d'une part, 
et ses ambasseurs pour lui et les ambasseurs de mon- 
seigneur de Bourgongne, ou moys d'octobre derre- 
nier passé, en faisant par eulx la tresve de neuf ans 
entre eulx deux dont est faicte mencion devant, avoit 
esté promis de par ledit duc de Bourgongne de mettre 

1. Interpolations et variantes, § GXXI. — Regaault de Velort 
avait fait partie des cent gentilshommes de la garde du roi, dont 
il quitta l'hôtel pour se rendre auprès du duc de Galabre, comte 
du Maine, qui fit de lui son chambellan, puis le capitaine de ses 
archers. Il fut accusé d'avoir joué un rôle dans la grande cons- 
piration de 1475, dont le connétable avait été l'instigateur et qui 
avait pour objet de saisir la personne du roi et de lui enlever 
la direction du gouvernement. Le rôle joué auprès du duc de 
Galabre par les émissaires du comte de Saint-Pol, Hector de 
l'Écluse et Robert de Marburi, fut identique à celui que les 
agents du connétable avaient joué auprès du duc de Nemours : 
annoncer le débarquement des Anglais, l'appointement du duc 
de Bourgogne avec l'empereur, inquiéter le prince sur les pro- 
jets du roi à son égard... Velort fut donc accusé d'avoir poussé 
son maître à écouter les propositions du connétable; de n'avoir 
point ignoré qu'il y avait eu entre eux échange de scellés; de 
s'être à plusieurs reprises, pendant l'été de 1475, dissimulé aux 
environs du château d'Angers pour en épier les défenses et exa- 
miner le moyen de l'arracher au roi ; enfin d'avoir servi d'inter- 
médiaire pour la conclusion entre le duc de Bretagne et le duc 
de Galabre d'une alliance défensive contre Louis XI, voire d'un 
traité d'alliance offensive qui recevrait son exécution dès que les 
Anglo-Bourguignons tiendraient la campagne. L'accusé fut inter- 
rogé par les commissaires du roi, en présence de Philippe de 
Gommynes et d'Ymbert de Batarnay, et, malgré ses réserves et 
ses dénégations, il fut condamné à mort pour crime de lèse-majesté 
(Bibl. nat., ms. fr. 18442, fol. 130-143 v°. Fragment d'interro- 
gatoire). 



I 



350 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

et livrer es mains des gens et ambasseurs du roy ledit 
connestable de France S nommé messire Loys de 
Lucembourg, fut par ledit de Bourgongne baillé et 
livré ledit connestable es mains de monseigneur l'ad- 
mirai, bastard de Bourbon, de monseigneur de Sainct- 
Pierre, de monseigneur du Bouschage, de maistre 
Guillaume de Gerisay et autres plusieurs 2. Et par tous 
les dessus nommez en fut amené, prisonnier en la ville 
de Paris et mené par dehors les murs d'icelle du 
costé des champs à l'entrée de la Bastide Saint-An- 
thoine; laquelle entrée ne fut point trouvée ouverte, 
et pour ce fut ordonné et amené ledit monseigneur 
le connestable passer parmy la porte Saint-Anthoine 
au dedens de ladicte ville et mis en ladicte Bastide. 
Et estoit ledit monseigneur le connestable vestu et 
habillé d'une cape de camelot^, doublée de veloux 

1. Interpolations et variantes, § GXXII. — Sur l'arrestation du 
connétable, voy. Molinet, I, 180. 

2. Interpolations et variantes, § GXXIII. — Basin fait ressortir 
l'odieux de la conduite du duc de Bourgogne, qui trahit le sauf- 
conduit que lui-même avait fait remettre au comte de Saint-Pol 
pour se réfugier à Mons. Il faut ajouter que, jusqu'au der- 
nier moment, les gens du duc poursuivirent un ignoble marchan- 
dage afin d'obtenir pour leur maître, entre autres avantages, les 
quelques seigneuries omises au traité passé avec le roi de France 
le 13 septembre précédent, traité qui transportait dès lors au 
Bourguignon tous les biens meubles du connétable, ses villes, 
châteaux et seigneuries de Ham, Bobain et Beaurevoir, ou bien 
(l'option lui étant réservée jusqu'au 20 décembre) lui donnait la 
faculté de conserver les places qu'il avait saisies en Lorraine 
(Lettres de Louis XI datées de Savigny-sur-Orge, 12 novembre 
1475, dans Lenglet, III, 443 et suiv.). Charles lo Hardi choisit 
les places lorraines (Lettre de Louis XI datée du Plessis, le 
18 décembre 1475. Ibid., III, 448 et suiv.). 

3. Étoffe de poil ou de laine. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 351 

noir, dedens laquelle il estoit fort embrunché^; et 
estoit monté sur ung petit cheval bayart à cours crins, 
et en ses mains avoit unes moufles fort velues. Et oudit 
estât, après ce qu'il fut descendu oudit lieu de la Bas- 
tide, trouva ilec monseigneur le chancelier, le premier 
président, et les autres presidens en la court de Par- 
lement et plusieurs conseillers d'icelle court; et aussi 
y estoit sire Denis Hesselin, maistre d'ostel du roy 
nostre sire, qui tous ilec le receurent et après s'en 
départirent et laissèrent en la garde de Philippe Luil- 
1er, cappitaine dudit lieu de la Bastide. Et auquel lieu 
de la Bastide ledit monseigneur l'admirai présenta ledit 
connestable ausdiz chancelier, presidens et autres des- 
susnommez, où il profera et dist telles ou semblables 
paroles en effect et substance ; « Messeigneurs, qui 
icy estes tous presens, veez cy monseigneur de Saint- 
Pol, lequel le roy m'avoit chargé d'aler quérir par- 
devers monseigneur le duc de Bourgongne, qui lui 
avoit promis le lui faire bailler, en faisant avecques le 
roy son dernier appoinctement de la tresve entre eulx. 
En fournissant à laquelle promesse, le me a fait bailler 
et délivrer pour et ou nom du roy. Et depuis l'ay bien 
gardé jusques à présent que je le metz et baille en 
vos mains pour lui faire son procès le plus diligem- 
ment que faire le pourrez, car ainsi m'a chargié le roy 
de le vous dire. » Et à tant s'en party ledit monsei- 
gneur l'admirai dudit Heu de la Bastide. Et, après 
que ledit connestable ot ainsi esté laissé es mains des 
dessus nommez, monseigneur le chancelier^, premier 

1. C'est-à-dire dans laquelle il avait enfoui son visage. 

2. Interpolations et variantes, § GXXIV. 



352 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

et second presidens de Parlement, et autres notables 
et sages personnes en bien grant nombre vaquèrent et 
entendirent à bien grant diligence et solicitude à faire 
ledit procès, et, en faisant icellui, interroguerent ledit 
seigneur de Saint-Pol sur les charges et crimes à lui 
mis sus et imposez : ausquelz interrogatoires il res- 
pondi de bouche sur aucuns poins. Lesquelz interro- 
gatoires et confessions furent mis au net et envoiez 
devers le roy ^ . 

Et, le lundi im^jour de décembre, ouditan LXXV, 
advint que ung herault du roy, nommé Montjoye, 
natif du pays de Picardie, et qui faisoit la pluspart de 
sa résidence avecques ledit seigneur de Saint-Pol, lui 
estant connestable, vint et arriva, lui et ung sien filz, 
en la ville de Paris, pardevers maistre Jehan de la 
Driesche, président des Comptes et trésorier de France, 
natif du pays de Breban, pour lui apporter lettres 
de par le conte de Merle ^, sa femme et enfans, afin 
de secourir et aider par lui, en ce que possible lui 
seroit, audit connestable, père dudit conte de Merle. 
Lesquelles lettres il ne voult pas recevoir d'icellui 
herault, sinon en la présence de mondit seigneur le 
chancellier et des gens du conseil du roy. Et, à ceste 
cause, ledit de la Driesche mena et conduisy ledit 
herault jusques au logeis dudit monseigneur le chan- 
cellier, afin que par lui lesdictes lettres feussent veues 

1. Interpolations et variantes, § GXXV. — Voy. ces procès- 
verbaux au manuscrit français 4795 de la Bibliothèque nationale, 
pap., xv« s. 

2. Jean, comte de Marie et de Soissons, fils du premier mariage 
du comte de Saint-Pol avec Jeanne de Bar, chevalier de la Toi- 
son d'or, fut tué à la bataille de Morat, le 22 juin i476. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 353 

et ce qui dedens y estoit contenu. Mais, pour ce que 
ledit maistre Jehan de la Driesche demoura lonsue- 
ment au conseil avec icellui monseigneur le chancel- 
lier et autres, ledit Montjoye et sondit filz s'en retour- 
nèrent en leur logis, et ilec montèrent incontinent à 
cheval et s'en alerent au giste au Bourgel^ combien 
que à leur partement ilz dirent à leur hoste que, se 
aucun les demandoit, qu'il deist qu'ilz s'en estoient 
alez au giste au Bourg la Royne^. Et, quant ledit de la 
Driesche cuida trouver ledit herault pour avoir les- 
dictes lettres, ne le trouva point ; pourquoy fut hasti- 
vement envoyé après ledit herault jusques au Bourg la 
Royne, où il ne fut point trouvé ; mais fut trouvé par 
deux archers de la ville de Paris audit lieu du Bour- 
geel, et par eulx ramené le diraenche, tiers jour de 
décembre, oudit an, qui fut mené et conduit jusques 
en rOstel d'icelle ville, et ilec, devant les gens et 
conseil à ce ordonnez, fut ledit Montjoye et sondit filz 
chascun à part interrogué, et furent leurs deposicions 
rédigées et mises par escript par ledit sire Denis 
Hesselin. Et après ce, furent lesdiz Montjoye et sondit 
filz mis et laissez en la garde de Denis Baudart, archer 
de ladicte ville, et en son hostel ; ouquel lieu il fut et 
demoura par l'espace de xxv jours, et ilec bien et 
diligemment gardé avec sondit filz par trois des archers 
de ladicte ville. 

Oudit temps, au commencement du moys de décem- 
bre, fut amené le conte de Roussy^, qui prisonnier 

1. Le Bourget, auj. dép. de la Seine, cant. de Pantin. 

2. Bourg-la-Reine, même dép., cant. de Sceaux. 

3. Antoine de Luxembourg, fait prisonnier au combat de 
Guipy (voy. plus haut, p. 335j. 



354 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

estoit dedens la grosse tour de BourgesS jusques au 
Plessis du Parc, autrement dit les Motiz lez Tours, où 
le roy estoit, et ilec fut parler à lui et lui fist plusieurs 
grandes remonstrances des grandes folies esquelles 
par long temps il s'estoit entremis, et comment il 
avoit du roy mal parlé durant ce qu'il avoit esté et soy 
porté son ennemy, et fait plusieurs grans et énormes 
maulx à ses villes, pays et subgetz, comme mareschal 
de Bourgongne pour le duc dudit lieu, et comment 
villainement et honteusement il avoit esté prins pri- 
sonnier par les gens du roy, qui pour lui estoient en 
armes oudit pays de Bourgongne, soubz la charge de 
monseigneur le duc de Bourbonnoys, et par ledit de 
Roussy baillée sa foy au seigneur de Combronde^, et 
comment il l'avoit acheté de mondit seigneur le duc 
xxii"^ escuz d'or. Et lui fist le roy de grans paours et 
esfroiz, dont ledit de Roussy cuida avoir froide joye 
de sa peau^. Mais, en conclusion, le roy le mist à 
XL™ escuz de raençon, et lui fut par lui donné terme 
de les trouver et rapporter devers le roy dedens deux 
moys après ensuyvans, pour tous termes et délais, et 
que autrement et où il y aroit faulte dedens ledit 
terme, qu'il feust asseuré qu'il mourroit. 

Et, depuis ces choses, fut procédé par toute dili- 
gence à faire le procès dudit connestable par mesdiz 
seigneurs le chancelier, presidens et conseillers clers 
et laiz de la court de Parlement, lesdiz de Saint-Pierre, 



1. Forteresse célèbre dans l'histoire du xv^ siècle et de laquelle 
relevaient plusieurs fiefs. 

2. Bèrault Dauphin. 

3. On dit dans le même sens : avoir la chair de poule (Lacurne 
de Sainte-Palaye, Dict. de l'anc. langage fYançais, éd. Favre). 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 355 

Hesselin et autres à ce faire ordonnez et appeliez. 
Lequel procès veu, fut par eulx conclud tellement 
que, le mardi xix^ jour de décembre, oudit an mil 
IIII'' LXXV, fut ordonné que ledit connestable seroit 
mis et tiré hors de sa prison et amené en la court de 
Parlement pour lui dire et declairer le dictum donné 
et conclut à l'encontre de lui par icelle court de Par- 
lement. Et fut à lui, ledit jour de mardi, en la chambre 
et logis dudit connestable en icelle Bastide, ledit mon- 
seigneur de Saint-Pierre, qui de lui avoit la garde et 
charge; lequel, en entrant en la chambre, lui fut par 
lui dit : « Monseigneur, que faictes vous? Dormez 
vous? » Lequel connestable lui respondi : « Nennil, 
long temps a que ne dormy, mais suis icy où vous 
me voiez pensant et fantasiant^. » Auquel ledit de 
Saint-Pierre dist qu'il estoit nécessité qu'il se levast 
pour venir en ladicte court de Parlement, pardevant 
les seigneurs d'icelle court, pour lui dire par eulx 
aucunes choses qu'ilz lui avoient à dire touchant son 
fait et expedicion, ce que bonnement ne povoit mieulx 
faire que en ladicte court, en lui disant aussi par ledit 
de Saint-Pierre qu'il avoit esté ordonné que avecques 
lui et pour le acompaigner y seroit et viendroit mon- 

l. B Et, quant il (Saint-Pierre) fut entré, le trouva couché au 
lit, dénué de tous ses gens ; et, après qu'il l'eut salué, mons. le 
connestable lui demanda de quelle main il se seigneroit pour la 
journée, et led. seigneur respondit : « De telle main que vous 
« avez accoustumé de faire, i Puis il se leva et habilla, et en 
partant de son logis fit le signe de la croix et dist : « A Dieu je 
« me recommande. » Puis monta à cheval et fut amené au Palais 
jusques à la table de marbre; et le greffier de Parlement estant 
illec et qui le hayoit le plus lui lut certains articles, en l'inter- 
rogeant et disant : « Monseigneur, est il ainsi? » Et il respondit ': 
« Oye » (Molinet, I, 182. Cf. Basin, II, 375 et suiv.). 

I 25 



356 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

seigneur Robert d'Estouteville, chevalier, prevost de 
Paris. Dont de ce ledit connestable fut ung peu espo- 
venté pour deux choses que lors il declaira : !a pre- 
mière, pour ce qu'il cuidoit qu'on le voulsist mettre 
hors de la possession dudit Philippe Luiller, cappitaine 
d'icelle Bastide, avecques lequel il s'estoit bien trouvé 
et l'avoit fort agréable, pour le mettre es mains dudit 
d'Estouteville, qu'il reputoit estre son ennemy, et que, 
s'il y estoit, doubtoit qu'il lui feist desplaisir, et aussi 
qu'il craignoit le populaire de Paris et de passer parmy 
eulx. A toutes lesquelles doubtes ainsi faictes par ledit 
connestable lui fut solu et dit par ledit seigneur de 
Saint-Pierre que ce n'estoit point pour lui changer son 
logeis, et qu'il le meneroit seurement audit lieu du 
Palais, sans lui faire aucun mal. Et à tant s'en party 
dudit lieu de la Bastide, monta achevai et ala jusques 
audit Palais, tousjours ou mylieu desdiz d'Estouteville 
et de Saint-Pierre, qui le firent descendre aux degrez 
de devant la Porte aux Merciers^ d'icelle court de 
Parlement. Et, en montant lesdiz degrez, trouva ilec 
ledit seigneur de Gaucourt et Hesselin qui le saluèrent 
et lui firent le bien veignant, et icellui connestable leur 
rendi leur salut. Et puis après, après qu'il fut monté, 
le menèrent jusques en la Tour Criminelle- dudit Par- 
lement, où il trouva monseigneur le chancellier, qui à 
lui s'adreça, en lui disant telles paroles : a Monsei- 
gneur de Saint-Pol, vous avez esté par cy devant et 

1. La grande porte du Palais, rue de laBarillerie, ouvrait sur la 
cour de Mai, d'où l'on accédait à la galerie des Merciers par un 
perron appelé les Degrés aux Merciers (Aubert, le Parlement de 
Paris..., son organisation, etc., appendice, p. 390). 

2. Ou Tournelle Criminelle. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 357 

jusques à présent tenu et réputé Je plus sage et le 
plus constant chevalier de ce royaume; et, puis don- 
ques que tel avez esté jusques à maintenant, il est 
encores mieulx requis que jamais que aiez meilleure 
constance que onques vous n'eustes. » Et puis lui 
dist : « Monseigneur, il fault que ostiez d'autour de 
vostre col l'ordre du roy que y avez mise. » A quoy 
il respondi que voulentiers il le feroit, et de fait mist 
la main pour la cuider oster, mais elle tenoit par der- 
rière à une espingle. Il pria audit de Saint-Pierre qu'il 
lui aidast à l'avoir, ce qu'il fist, et icelle baisa et bailla 
audit monseigneur le chancellier. Et puis lui demanda 
mondit seigneur le chancellier où estoit son espée, 
qui baillée lui avoit esté en le faisant connestable, qui 
respondi qu'il ne l'avoit point, et que, quant il fut 
mis en arrest, que tout lui fut osté et qu'il n'avoit 
riens avecques lui autrement que ainsi qu'il estoit 
quant il fut amené prisonnier en ladicte Bastide ; dont 
par mondit seigneur le chancellier fut tenu pour 
excusé, et à tant se départi mondit seigneur le chan- 
cellier. Et, tout incontinent après, y vint et arriva 
maistre Jehan de Poupaincourt, président en ladicte 
court, qui lui dist autres paroles telles qui s'ensui- 
vent : a Monseigneur, vous savez que par l'ordon- 
nance du roy vous avez esté constitué prisonnier en la 
Bastide Saint-Anthoine pour raison de plusieurs cas et 
crimes à vous mis sus et imposez. Ausquelles charges 
avez respondu et esté ouy en tout ce que avez voulu 
dire et sur tout avez baillé voz excusacions. Et, tout 
bien veu à bien grant et meure deliberacion, je vous 
diz et declaire et par arrest d'icclle court que vous 
estes criminelx de crime de lèse majesté et comme tel 



358 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

estes condempné par icelle à souffrir mort dedens le 
jour d'uy, c'est assavoir que vous serez décapité 
devant l'Ostel de ceste ville de Paris, et toutes voz 
seigneuries, revenues et autres héritages et biens 
declairez acquis et confisquez au roy nostre sire^. » 
Duquel dictum et sentence il se trouva fort perplex et 
non sans cause, car il ne cuidoit point que le roy ne 
sa justice le deussent faire niourir. Et dist alors et 
respondi : « Ha, ha! Dieu soit loué, veez cy bien dure 
sentence; je lui supplie et requier qu'il me doint grâce 
de bien le recognoistre au jour d'uy. » Et si dist alors 
à Mons. de Saint-Pierre : « Ha, ha ! monseigneur de 
Saint-Pierre, ce n'est pas cy ce que m'avez tousjours 
dit; » et à tant se retray, et fu mis et baillé es mains 
de quatre notables docteurs en théologie, dont l'un 
estoit cordelier, nommé maistre Jehan de Sordun, 
l'autre augustin, le tiers penancier de l'église de Paris, 
et le quart est nommé maistre Jehan Hue, curé de 
Saint-Andry des Ars, doien de la faculté de théologie 
audit lieu de Paris ; ausquelz et à mondit seigneur le chan- 
cellier il requist qu'on luy baillast le corps de Nostre 
Seigneur ; ce qui ne lui fut point accordé, mais lui fu 
fait chanter une messe devant lui, dont il se contenta 
assez. Et, icelle dicte, lui fut baillé de l'eaue benoiste 
et du pain benoist dont il menga, mais il ne but ne 
but point lors ne depuis. Et puis demoura avecques 
lesdiz confesseurs jusques à entre une et deux heures 

i. Cf. Molinet (I, 183), qui met dans la bouche du seigneur de 
Gaucourt le discours attribué plus exactement sans doute par 
notre chroniqueur au président Jean de Popincourt. On trou- 
vera le texte de l'arrêt aux Interpolations cl variantes, § CXX.VI. 
Cf. Bibl. nat., ms. fr. 1707, fol. 38-4(t v». Copie sur pap. du xv" s., 
et Lenglet, III, 454 et suiv. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 359 

après midi dudit jour, qu'il descendi dudit Palais et 
remonta à cheval pour venir en l'Ostel de ladicte ville, 
où estoient fais plusieurs eschafaux pour son execu- 
cion*. Et avecques lui y estoient le greffier de ladicte 
court et huissiers d'icelle. Et oudit Hostel de la ville 
descendi et fut mené au bureau dudit Hostel, contre 
lequel il y avoit ung grant eschafault drecié ; et au joi- 
gnant d'icellui on venoit par une alée de bois à ung 
autre petit eschafault, là où il fut exécuté^. Et en icel- 
lui bureau fut ilec avec sesdiz confesseurs faisant de 
grans et piteux regrés, et y fist ung testament tel quel 
et soubz le bon plaisir du roy, que ledit sire Denis 
Hesselin escripvy soubz lui^. En faisant lesquelles 
choses il demoura oudit bureau jusques à trois heures 
dudit jour, qu'il yssy hors d'icellui bureau et s'en vint 
getter au bout dudit petit eschafFault et mettre la face, 
les deux genolz flechiz, devant l'église Nostre-Dame 

1. Quand le connétable et les personnages qui l'accompagnaient 
eurent gravi les marches du grand échafaud, le greffier donna 
lecture au peuple de la confession du condamné et de l'arrêt qui 
le frappait de mort. Il y avait sous l'échafaud une foule immense, 
car de bien longtemps les Parisiens n'avaient joui d'un pareil 
spectacle. Basin, qui fournit ces détails (II, 376), ajoute que, 
même après qu'il eut été dépouillé du collier de l'ordre et des 
insignes de son rang, Saint-Pol croyait encore à la possibilité 
d'une grâce. 

2. « Erat autem illic velut tribunal magnum et altum in medio 
(plateee) exstructum et erectum cum gradibus, ut ad ipsius cul- 
men scanderetur, satis magnitice de ligno fabricatum. Pannis 
quidem de veluto nigro ita velatum vestitumque erat ut lignea 
machina minime cerneretur » (Basin, loc. cit.). 

3. Ce testament, ou, pour mieux dire, ce codicille, a été imprimé 
par Lenglet (III, 450-452). Il porte la mention : « Escript en 
l'hostel de la ville, le dix-neuviesme jour de décembre 1475. » Ces 
dispositions complètent le testament que le connétable avait 
fait à Péronne le 24 novembre précédent et qu'on trouve aussi 
dans Lenglet {ibid.}. 

I 25* 



360 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

de Paris, pour y faire son oroison, laquelle il tint assez 
longue, en doloreux pleur et grande contricion, et 
tousjours la croix devant ses yeulx, que lui tenoit 
ledit maistre Jehan Sordun, laquelle souvent il bai- 
soit en bien grant révérence et moult piteusement pleu- 
rant. Et, après sadicte oroison ainsi faicte et qu'il se 
fut levé debout, vint à lui Petit Jehan, fîlz de Henry 
Cousin^, maistre de la haulte justice, qui lui apporta 
une moienne corde dont il lya les deux mains dudit 
de Saint-Pol, ce qu'il soufFry bien benignement. Et, 
en après, le mena ledit Petit Jehan et fist monter 
dessus ledit petit eschafault, dessus lequel il se 
arresta et tourna le visaige pardevers lesdiz chancellier, 
deGaucourt, prevost de Paris, seigneur de Saint-Pierre, 
greffier civil de ladicte court, dudit (sic) sire Denis 
Hesselin et autres officiers du roy estans ilec en bien 
grant nombre, en leur criant mercy pour le roy et leur 
requérant qu'ilz eussent son ame pour recommandée, 
non pas, comme il leur dist, qu'il n'entendoit pas qu'il 
leur coustast riens du leur; et aussi se retourna au 
peuple estant du costé du Saint-Esperit ^ en leur sup- 
pliant aussi de prier pour son ame. Et puis s'en ala 
mettre à deux genolz dessus ung petit carreau de 
layne aux armes de ladicte ville, qu'il mist à point 
et remua de l'ung de ses piez, où il fut ilec dihgem- 
ment bandé par les yeux par ledit Petit Jehan, tous- 
jours parlant à Dieu et à sesdiz confesseurs et souvent 
baisant ladicte croix. Et incontinent ledit Petit Jehan 
saisy son espée, que sondit père lui bailla^, dont il lui 

1. Interpolations et variantes, § GXXVII. 

2. Derrière l'hôtel de ville. 

3. Henri Cousin, maître exécuteur des hautes œuvres, toucha 
peu de temjis après 60 1. t. pour l'acquisition d'une grande épée 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 361 

fist voler la teste de dessus les espaules si tost et tran- 
sitivement que son corps chey à terre avant que la 
testée Laquelle teste incontinent après fut prinse par 
les cheveulx par icellui Petit Jehan et mise laver en 
ung seau d'-eaue estant près d'ilec, et puis mise sur les 
apuyes dudit petit eschafault et monstrée aux regar- 
dans ladicte execucion, qui estoient bien 11"= mil per- 
sonnes et mieulx. 

Et, après ladicte execucion ainsi faicte, ledit corps 
mort fut despoullié et mis avecques ladicte teste tout 
ensevelir dedens ung beau drap de lin, et puis bouté 
dedens ung sarcueil de bois que ledit sire Denis Hes- 
selin avoit fait faire. Et lequel corps, ainsi ensevely 
que dit est, fut venu quérir par l'ordre des Gordeliers 
de Paris et sur leurs espaules l'emportèrent inhumer 
en leur eghse^; etausquelz Gordeliers ledit Hesselin fist 
bailler XL torches pour faire le convoy dudit corps, 
après lequel il fut et le convoya jusques audit lieu des 
Gordeliers. Et le lendemain y fist aussi faire ung beau 
service en ladicte église ; et aussi en fut fait service à 
Saint- Jehan en Grève ^, là où estoit aussi sa fosse 

à feuille avec son fourreau, et pour avoir t fait rhabiller la vieille 
epée » qui avait été ébréchée lors de l'exécution du connétable 
(Sauvai, Antiq. de Paris, TU., 429). 

1 . Interpolations et variantes, § GXXVIII. — Au moment de l'exé- 
cution, les draperies et autres ornements qui décoraient le petit 
échafaud furent enlevés, afin que la foule pût jouir à son aise du 
dénoùment du drame et en gardât le souvenir. On sait que le 
connétable était détesté des Parisiens (Basin, II, 377). 

2. Interpolations et variantes, § GXXIX. Cf. Molinet, I, 184 et 
suiv. — Le couvent et l'église des Gordeliers ou frères mineurs, 
établis à Paris depuis le milieu du xui« siècle, étaient situés entre 
les portes Saint-Germain et Saint-Michel, dans la ville et contre 
le mur d'enceinte. 

3. Saint-Jean-en-Grève, derrière l'Hôtel de Ville. — Voici un 



60 1. »» s. » d. 



60 1. 



•1 1. 10 s. 3 d. 



362 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

iaicte, cuidaat qu'on l'y deust enterrer, et y eust esté 
mis, n'eust esté que ledit Sordun dist à icellui de 
Saint-Pol que en leurdicte église y avoit enterré une 
contesse de Saint-Pol et qu'il devoit mieulx vouloir y 

extrait du troisième compte de Denis Hesselin, receveur de la 
ville de Paris, qui se rapporte aux dépenses occasionnées à la 
ville par l'exécution du connétable : 

« Aux sergens qui gardèrent de presse avec 
les archers de la ville de Paris, depuis' que ledit 
de Luxembourg partit du Palais, et assistèrent à 
laditte exécution et convoj' du corps, et pour 
grande quantité de boulayes baillez ausdits ser- 
gens pour faire serrer les gens 

« Au capitaine desdits archers, pour luy et 
pour eux 

« Pour un coffre de bois auquel a esté mis le 
corps dudit deffunt, après qu'il a esté exécuté . 

« Pour deux draps de Un baillés par deux 
sœurs de la chapelle Auldry, dont a esté ense- 
vely ledit corps, et pour les salaires desdittes 
deux sœurs d'avoir lavé et ensevely icelluy. . 3 1. 2 s. 6 d. 

« Pour 42 torches, chacunes de 2 1. de cire, 
4 cierges de 8 1., 13 autres cierges de 13 1., et 
26 pointes ^ de 6 1. et demy, dont a esté conduit 
le corps dudit deffunt en laditte egUse des Gor- 
deUers 

« 80 messes basses et 3 haultes en laditte eghse 
et pour la fosse 

< Au religieu frère mineur qui a assisté à laditte 
exécution 

€ Pour vigilie à S*^- 

« Aux Jacobins .... 

« Aux Augustins . . . 

« Aux Carmes .... 

« Aux S^'-Innocens . . 

« Pour cierges ausdittes églises 

t Total. . . 
(Bibl. nat., mss., Nouv. acq. fr. 3243, fol. 11; cop. mod.) 
1. Chandelles de cire. 



27 1. 17 s. 6 d. 



23 1. 19 s. 9 d. 



. . .10 1. 


»» s. » d. 


. . . 13 1. 


16 s. 9 d. 


...81. 


7 s. 6 d. 


...81. 


5 s. » d. 


...81. 


5 s. d. 


...il. 


10 s. . d. 


...31. 


»* s. > d. 


. . . 94 1. 


19 s. 6 d.» 



1475] OU CHRONIQUE SCAND.\LEUSE. 363 

estre enterré que en nulle autre part; dont icellui de 
Saint-Pol fut bien content et pria à ses juges que son- 
dit corps feust porté ausdiz Cordeliers. 

Et est vray que, après ladicte sentence ainsi declai- 
rée à part audit defunct de Saint-Pol, que dit est, fut 
tout son procès bien au long declairé au grant parc 
de ladicte court et à huis ouvers * . Ouquel procès fut 
dit et declairé de moult merveilleux et énormes cas et 
crimes avoir esté fais et perpétrez par ledit de Saint- 
Pol et en iceulx maulx soy estre entretenu, continué 
et maintenu par long temps et par diverses foiz. Et 
entre autres choses fut dit et recité comment lesdiz de 
Bourgongne et de Saint-Pol avoient envoyé, de la par- 
tie d'icellui de Bourgongne, messire Philippe Bouton 
et messire Philippe Pot, chevaliers, et, de la partie 
dudit connestable, Hector de l'Escluse, pardevers 
monseigneur le duc de Bourbon, afin de esmouvoir 
mondit seigneur de Bourbon de soy eslever et estre 
contre le roy et soy départir de sa bonne loyaulté. 
Ausquelz fut dit pour ledit seigneur par la bouche du 
seigneur de Fleurac, son chambellan, qu'ilz s'abu- 
soient, et que ledit seigneur aymeroit mieulx mourir 
que d'estre contre le roy; et n'en orent plus pour ceste 
foiz^. Et que, depuis ce, ledit de l'Escluse y retourna 

1. Peu de jours après l'exécution du connétable, le texte com- 
plet de l'arrêt de condamnation fut « divulgué par pays. » Moli- 
net l'a reproduit t. I, p. 186-190. 

2. Hector de l'Escluse, seigneur du Mas en Bourbonnais, 
figure au mois d'août 1469 parmi les hommes d'armes de l'or- 
donnance du roi (Arch. nat., JJ 195, fol. 77). Au printemps de 
l'année 1475, il faisait partie de 97 hommes d'armes dont le comte 
de Saint-Pol avait la charge. Sur les missions dont il fut charg»'' 
par le connétable, voyez les lettres de rémission que Louis XI 
lui accorda CArch. nat., JJ 204, n» 38), sa déposition au procès du 



364 JOURNAL DE JEAN DE ROYE [1475 

de rechef, qui dist audit monseigneur de Bourbon que 
ledit connestable lui mandoit par lui que les Anglois 
descendroient en France et que sans difficulté, à l'aide 
dudit connestable, ilz aroient et emporteroient tout le 
royaume de France ; et que, pour eschever sa perdi- 
cion et de ses villes et pays, ledit seigneur de Bour- 
bon voulsist estre et soy alier avecques ledit de Bour- 
gongne ; et lui dist que en ce faisant lui en viendroit 
de grant prouffit, et où il ne le vouldroit faire que 
bien lui en convenist et que s'il lui en prenoit mal 
qu'il ne seroit pas à plaindre. Lequel mondit seigneur 
de Bourbon dist et respondit audit de l'Escluse (ju'il 
n'en feroit riens et qu'il aimeroit mieulx estre mort et 
avoir perdu son vaillant et devenir en aussi grant 
captivité et povreté que fut onques Job, que de con- 
sentir faire ne estre fait quelque chose que ce feust qui 
fust au dommage ou préjudice du roy ; et à tant s'en 
retourna ledit Hector sans autre chose faire. Et, par 
avant ces choses, mondit seigneur envoya au roy les- 
dictes lettres de seellé dudit connestable, par lesquelles 
apparoit la grande trahison dudit connestable et plu- 
sieurs autres grans cas, trahisons et mauvaistiez que 
a voit confessées en sondit procès ledit connestable, bien 

duc de Nemours (Bibl. Sainte-Geneviève, LF, fol. 100 v° et suiv., 
et les documents cités dans Jacques d'Armagnac..., p. 70). Au 
mois d'avril 1477, Louis fit don à Hector de l'Escluse, devenu 
son écuyer d'écurie, de la baronnie de la Bove enLaonnois, con- 
fisquée sur Philippe de Croy (Arch. nat.,P 2300, fol. 281). - On 
trouvera de même dans les documents indiqut's le récit des négo- 
ciations dont Philippe Bouton, bailli de Dijon, et Philippe Pot, 
seigneur de la Roche-Nolay, furent chargés par le duc de Bour- 
gogne, et celui de l'entrevue du seigneur de Florac avec L'Es- 
cluse. La déposition de Guillaume de la Cueille, seigneur de 
Florac, est au Procès de Nemours, ms. cité, fol. 72 et suiv. 



1475] OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 365 

au long declairées en icellui procès, que je laisse icy 
pour cause de briefté. 

Et, si est vérité que ledit connestable, après ce qu'il 
ot esté confessé et qu'il vouloit venir oudit eschafault, 
dist et declaira à sesdiz confesseurs qu'il avoit dedens 
son pourpoint lxx demys escuz, qu'il tira hors d' icel- 
lui, en priant audit cordelier qu'il les donnast et dis- 
tribuast pour Dieu et en aumosne pour son ame et en 
sa conscience. Lequel cordelier lui dist qu'ilz seroient 
bien emploiez aux pauvres enfans novices de leur 
maison ; et autant lui en dist ledit confesseur augustin 
des enfans de leur maison. Et, pour tous les appaiser, 
dist et respondi icellui defunct connestable à sesdiz 
confesseurs qu'il prioit à tous lesdiz quatre confesseurs 
que chascun d'eulx en prensist la quarte partie et que 
en leurs consciences la distribuassent là où ils ver- 
roient qu'il seroit bien employé. Et en après tira ung 
petit anneau d'or où avoit ung dyamant, qu'il avoit 
en son doy, et pria audit penancier qu'il le donnast et 
presentast de par luy à l'ymage Nostre-Dame de Paris 
et le mist dedens son doy, ce que ledit penancier pro- 
mist de faire. Et puis dist encores audit cordelier Sor- 
dun : « Beau père, veez cy une pierre que j'ay lon- 
guement portée en mon col et que j'ay moult fort 
aymée, pour ce qu'elle a moult grande vertu, car elle 
résiste contre tout venin et préserve aussi de toute 
pestilence. Laquelle pierre je vous prye que portez 
de par moy à mon petit filz^ auquel dictes que je lui 

1. Il s'agit probablement ici de Louis de Luxembourg, fils de 
Pierre de Luxembourg et de Marguerite de Savoie et petit-fils du 
connétable, auquel, par son testament du 24 novembre 1475, il 
laissa tous les meubles dont il n'aurait pas disposé le jour de son 
trépas (Lenglet, III, 452). Cet enfant mourut jeune. 



366 JOURNAL DE JEAN DE ROYE. [1475 

prye qu'il la garde bien pour l'amour de moy; » 
laquelle chose lui promist de le faire. Et après ladicte 
mort mondit seigneur le chancellier interrogua lesdiz 
quatre confesseurs s'il leur avoit aucune chose baillé, 
qui lui dirent qu'il leur avoit baillé lesdiz demys escuz, 
dyamant et pierre dessus declairée ; lequel monsei- 
gneur le chancelier leur respondy que , au regard 
d'iceulx demys escuz et dyamant, ilz en feissent ainsi 
que ordonné l'avoit, mais que, au regard de ladicte 
pierre, qu'elle seroit baillée au roy pour en faire à son 
bon plaisir. 

Et de ladicte execucion ainsi faicte que dit est, en 
fut fait ung petit epitaphe tel qui s'ensuit : 

Mil 1111=, l'année de grâce 

LXXV, en la granl place, 

A Paris, que l'en nomme Grève, 

L'an que fut fait aux Angloys tresve, 

De décembre le xix, 

Sur ung escliafault fait de neuf, 

Fut amené le connestable, 

A compaignie grant et notable, 

Gomme le veult Dieu et raison, 

Pour sa très grande trahison. 

Et là il fut décapité, 

En ceste très noble cité\ 

\. Interpolations et variantes, § GXXX. — Cf., au fol. 42 du 
ms. fr. 1707 de la Bibl. nat. (xv* s.), la Complainte du connestable, 
commençant par ces mots : « Mirez vous cy, perturbateurs de 
paix. » Cette complainte a été imprimée par Lenglet, III, 458 et 
suiv. Le même recueil renferme un rondeau et dix épitaphes en 
vers également à l'opprobre du comte de Saint-Pol. 



Nogent-ie-Rotrou, imprimerio Daupeley-Gouverneur. 



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BINDING SECT. JUL 23 1976 



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HF Roye, Jean de 

R8895J Journal; ed, Mandrot 

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